Élevage

Association des producteurs de lait des 8 cantons

A Güeter, c’est fini !

Publié le 09/02/2022

La commercialisation des yaourts de la marque A Güeter a pris fin le 31 décembre dernier. La crise sanitaire, les volumes, une baisse des ventes et une certaine incompréhension avec la laiterie Eurial sont les premières explications. Retour sur une aventure de quatre années avec le président de l’association des 8 cantons, Michel Rohrbach.

Nous sommes au soir du jeudi 20 janvier. Il est 21 h. Sur un réseau social, la nouvelle fait l’effet d’une bombe. Sur sa page, la marque A Güeter annonce, en quelques lignes un rien laconique, la fin de sa commercialisation et remercie ses partenaires. « C’est bien moi qui ai rédigé et publié ce post, explique le président de l’association des 8 cantons, Michel Rohrbach. Je voulais informer celles et ceux qui nous suivent. On va laisser digérer cette déception, avant pourquoi pas de repartir sur de nouveaux projets. La disparition de la marque ne change rien pour nous producteurs. Nous continuons de livrer notre lait à notre laiterie. » Déçu et visiblement un peu las de cette situation, il est néanmoins fier d’avoir été de cette belle aventure professionnelle et humaine. « Les premières ventes ont démarré en octobre 2017. Mais avant, il y a eu deux années de travail et de préparation. Ce concept était unique. Il tenait à des producteurs dynamiques qui ont su se mobiliser et s’organiser pour développer et promouvoir une marque qui leur appartenait, avec une laiterie derrière », ajoute Michel Rohrbach.     Cette marque de yaourts a été une belle source de diversification pour les professionnels. Elle répondait à une demande locale pour des produits locaux. Après un bon démarrage, les ventes ont poursuivi leur croissance. « En 2018 et en 2019, tout était à la hausse. De l’ordre de 30 % en plus chaque année. Au bout de deux ans et demi, nous sommes arrivés à vendre un million de pots par an. On était alors proche de notre objectif sur la quantité minimum de fabrication que nous pensions atteindre rapidement. On prenait des parts de marché. Nous avons élargi notre gamme avec six parfums. Nous avons été distribués dans 280 magasins de vente dans tout l’Est de la France avec cinq centrales d’achat. Nous avons également travaillé avec les producteurs lorrains. Tout comme nous, ils étaient une trentaine. Ce fonctionnement pertinent fonctionnait grâce à des hommes, à un directeur d’usine, à un travail d’équipe. C’était de l’humain. Des relations de confiance », insiste Michel Rohrbach. La marque était valorisée dans la division « marque de distribution » (MDD). Un service qui collabore précisément avec l’usine de la laiterie à Château-Salins en Moselle. Crise sanitaire Pour les producteurs, le projet avait du sens humainement et économiquement. « Les producteurs étaient également nombreux à participer à des animations dans les magasins. Cela a été notre grande réussite. Nous avons compris que pour attirer les consommateurs, il fallait aller vers eux, communiquer. C’est ce qui a fait notre différence. Ces animations ont permis de développer les ventes. Mais aussi de rémunérer les professionnels », affirme le président de l’association des 8 cantons. Les prix des yaourts ont été stables pendant deux années avant d’évoluer en fonction du prix du lait, mais aussi de la politique de chaque magasin. C’est la loi du marché, comme pour tout produit. Les premières difficultés sont arrivées avec la crise sanitaire en 2020. « Nous n’avions plus la possibilité de faire nos animations. Un gros problème sur ce petit marché où les gens pouvaient goûter nos produits de cette façon. Cela permettait de les fidéliser. Et surtout, ces animations nous mettaient en avant dans les magasins et dans les rayons », analyse Michel Rohrbach. Les conséquences ont été immédiates. Les ventes ont baissé. « Pendant le premier confinement notamment, les gens faisaient rapidement leurs courses et achetaient de façon plus « classique » des produits qu’ils connaissaient sans regarder les petites marques. C’était des achats de « sécurité » dans une période incertaine. Cela a été la grande différence avec nos collègues producteurs d’œufs », précise Michel Rohrbach. Une autre difficulté cette fois liée aux industriels. Pendant près de trois mois, ils ont réduit leur gamme sur tous les marchés. Il n’y avait par exemple plus de vanille et de chocolat. En 2020, les ventes de A Güeter se sont donc effondrées de 30 %. « Nous n’étions pas intéressants pour eux » En 2021, les choses s’arrangent un peu au niveau des ventes. Les producteurs reprennent tout juste leur marché de 2019. Sans pouvoir reprendre leurs animations dans les magasins. Mais une nouvelle problématique surgit. « Eurial nous a plus ou moins imposé un changement de division. Cela n’a pas été neutre. Du même coup, nous avons changé d’interlocuteurs. Eux, ils étaient basés à Paris. Pendant toute cette période, nous ne les avons jamais vus. Ils ne connaissaient pas le contexte de notre l’histoire de notre marque. En un an et quatre mois, j’ai à peine eu au téléphone une fois celle qui devait être notre interlocutrice. C’était le jour où, en quatre minutes, elle m’a expliqué que nous étions trop « petits ». Il fallait que l’on double nos ventes en six mois. Nous avons bien cherché à communiquer dans les journaux, les réseaux sociaux… Mais cela n’avait pas le même impact que dans les magasins », note Michel Rohrbach. En août 2021, une nouvelle réunion, ou plutôt une visioconférence de sept minutes, scelle définitivement l’avenir de la marque A Güeter. Les objectifs fixés n’ont pas été atteints. Il est décidé de la fin de cette collaboration et donc la fin de la marque pour le 31 décembre 2021. « On était pourtant encore proche des 50 000 pots vendus en décembre. Les six parfums étaient presque équilibrés dans les ventes. Mais pour eux, à Paris, nous étions une petite ligne, une petite marque, dans une grande structure, un grand groupe. Nous n’étions pas intéressants pour eux. J’ai aussi un peu le sentiment que notre concept unique dérangeait pas mal de monde », lance, amer, Michel Rohrbach. Il fait le constat que ce beau projet, d’abord pertinent et humainement valorisant, a été jeté sans ménagement. Jouer collectivement Une expérience qui montre que certains gros outils ne laissent aucune place au sentiment. « Je n’ai pas été surpris. Mais je suis évidemment déçu. Cela faisait six ans que nous travaillions tous ensemble. Il y a eu du plaisir et l’envie de changer une relation par rapport à notre laiterie. Nous nous sommes interrogés sur la suite. Mais face à de telles structures, que pouvons-nous faire ? Je veux retenir le positif. Nous nous sommes rassemblés autour de ce projet. 90 % des producteurs sont venus à nos assemblées générales. Nous avons tous compris qu’il fallait jouer collectivement et pas individuellement. Cela a marché », observe Michel Rohrbach. Depuis la fin de cette aventure, le lait des producteurs des 8 cantons continue d’aller à Château-Salins. « 20 millions de litres de lait qui sont liés par un contrat. Cette histoire ne change rien. A Güeter était un produit de diversification en parallèle de notre production de lait », réagit Michel Rohrbach.     Il se veut serein. L’association n’a pas « d’ardoise » à payer ou à rembourser. Mieux même, elle a redistribué aux producteurs le volume de livraison de l’année 2021. 3,34 € les 1 000 litres de lait en ristourne. Soit un total de 100 000 €. Une réactivité qui contraste avec un dernier constat. « Il y a la laiterie. Il y a les consommateurs. Mais il y a également les collectivités et autres structures publiques. Nous avons cherché à placer nos yaourts. Il fallait à chaque fois six mois pour avoir des réponses. Nous avons fait le constat qu’en France, le dessert n’est pas valorisé. Que les yaourts, c’est le bas de gamme des menus. Dans le même temps, nous entendons ces discours sur le fait qu’il faut développer les circuits courts », conclut Michel Rohrbach.

Ovinpiades des jeunes bergers

Une version covidée allégée

Publié le 01/02/2022

Les ovinpiades des jeunes bergers ont eu lieu cette année chez Virginie Ebner, à Sélestat, dans une version allégée tant en termes de nombre de candidats, d’épreuves que d’éleveurs correcteurs.

Après avoir été repoussée deux fois, puis annulée une fois, la sélection alsacienne pour les ovinpiades des jeunes bergers a finalement eu lieu, suite à l’annonce de la tenue du Salon de l’agriculture, du samedi 26 février au dimanche 6 mars. Mais dans une version allégée : « Une épreuve théorique a permis de réduire le nombre de candidats à 52. Il n’y a pas eu de journée d’entraînement. Nous avons limité le nombre d’épreuves à trois au lieu de six. Il n’y a pas de remise officielle des diplômes… », décrit Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien ovin à la Chambre d’agriculture d’Alsace.     Vous le savez, le #SIAdesretrouvailles aura bien lieu ! ? L’occasion pour nous de remercier les exposants, les agriculteurs, les éleveurs, les producteurs ainsi que les partenaires et les fournisseurs officiels. ❤️ Qui va venir nous voir cette année ? #SIA2022 pic.twitter.com/pDf6VypsJe — Salon International de l'Agriculture (@Salondelagri) January 28, 2022     Mercredi 26 janvier, les candidats, des élèves issus des classes de bac pro des lycées agricoles d’Obernai et de Rouffach ainsi que des apprentis du CFA d’Obernai, se présentent établissement par établissement et classe par classe dans un bâtiment annexe de la bergerie flambant neuve de Virginie Ebner. Une autre conséquence des reports répétés de l’événement : « Il a fallu trouver un élevage avec des animaux disponibles pour être manipulés. C’est-à-dire pas en état de gestation avancée, pas en pleine période d’agnelage… », indique Jean-Pierre Saulet-Moes. Virginie Ebner a bien voulu mettre quelques animaux à disposition. Mais, pour préserver la tranquillité du plus grand nombre, elle a préféré cette option. Résultat : les épreuves se déroulent dans la pénombre. Et, en fin de journée, il faut sortir un projecteur pour que les candidats puissent procéder à l’épreuve du parage d’onglons dans de bonnes conditions.       Des éleveurs pour jurés Le principe de cette épreuve est simple : Les candidats ont huit minutes maximum pour parer les quatre onglons d’une brebis, sous l’œil attentif de Simon Maier, éleveur au sein du Gaec de l’Eichmatt à Bassemberg. Il apprécie à la fois la qualité du rendu final (propreté, correction des aplombs…) et la technique des candidats. « Je veille à comment ils positionnent leurs mains, pour ne pas se blesser, ni la brebis », précise-t-il. À quelques pas de là, Yvan Stoffel, en cours d’installation à Rosenwiller près de Dettwiler, surveille l’épreuve de notation de l’état corporel. Cette fois, les candidats doivent attraper trois brebis et donner pour chacune une note d’état corporel. L’éleveur note à la fois leur aptitude à attraper et bloquer l’animal sans lui faire mal, et leur technique d’analyse de son état corporel. En le palpant sur le dos, le long de la colonne vertébrale, ils doivent lui attribuer une note, comprise entre 0 et 5. « À 0 l’animal est squelettique, à 5, il est obèse ! Dans la pratique, ces deux notes extrêmes ne sont pas observées dans les élevages. Une brebis peut être à 1,5 après la mise bas. Elle doit être à 2,5 pour la mise à la lutte », indique Yvan Stoffel. « Les éleveurs évaluent régulièrement l’état des brebis, notamment afin d’adapter les rations. Mais c’est surtout pour déterminer quels agneaux sont prêts à partir à l’abattoir que la technique est utilisée. Car s’ils ne correspondent pas aux critères des acheteurs, ils sont déclassés, donc, moins bien rémunérés », précise le jeune éleveur, qui a lui même participé aux ovinpiades en 2018 :         Une paupière qui en dit long Louis Frischinger, éleveur de quelque 380 brebis à Tagsdorf, dans le Sundgau, et entrepreneur de travaux agricoles questionne les candidats à l’épreuve de notation de l’état de santé. « Comment peut-on évaluer l’état de santé d’une brebis ? » La réponse est à la fois simple et compliquée. La couleur de la troisième paupière de l’animal est un bon indicateur. Blanche : la brebis est anémiée, c’est-à-dire qu’elle manque de fer, ce qui peut être dû à un problème parasitaire ou alimentaire. Rouge : l’animal souffre d’une infection, ou d’une acidose. Jaune : le mouton souffre d’un problème de foie, qui peut être lié à la douve du foie, à l’ingurgitation d’une plante toxique, à un excès de cuivre. Bleu : l’animal est en hypoxie. Vert : « ça n’existe pas ! », tente de piéger Louis Frischinger. Avant de préciser que la bonne couleur de cette fameuse paupière est rose. Pour être plus précis dans son diagnostic, l’éleveur doit recouper les informations. Notamment avec l’état de la dentition. « L’écartement et l’usure des dents renseignent sur l’âge de la brebis », indique Louis Frischinger. Les mamelles doivent être inspectées afin de détecter mammites, infections, ou abcès. Tout comme les pattes, afin de vérifier la qualité des aplombs, et si l’animal ne souffre pas d’affections type piétin, panaris, fourchet, granulome, dermatite… La présence de diarrhée doit être notée, de 0 à 2. Elle peut signer un problème alimentaire ou parasitaire. Enfin, la prise de température est impérative. « Elle doit être comprise entre 36 et 40 °C. En dessous c’est l’hypothermie. Au-dessus l’hyperthermie. La température idéale se situe entre 38,5 et 39 °C », indique Louis Frischinger. Celui qui est aujourd’hui juré s’est lui-même distingué aux ovinpiades des jeunes bergers à deux reprises. Une première fois en 2016, dans le Bas-Rhin, où il s’est classé deuxième. Et une seconde fois en 2018, en Franche-Comté , où il s’est classé premier. Lors de la finale nationale de la même année il avait atteint la seconde place sur le podium. « Depuis, je suis juge à Paris », sourit Louis Frischinger, qui apprécie autant l’exercice professionnel que l’ambiance ! Au final, cette édition, était « plus fade, moins conviviale que les précédentes », constate Jean-Pierre Saulet-Moes. Mais l’épreuve a eu lieu, malgré les restrictions, et ce n’était pas gagné. Alors, les élèves qui ont pu concourir ont fait bonne figure, et ont participé dans la bonne humeur. Les deux gagnants, Pierre Stoffel et Océane Monnier, tous deux élève au lycée agricole d’Obernai, iront représenter l’Alsace à la finale nationale des ovinpiades, au Salon international de l’agriculture à Paris.

Décès de Jean Wehrey

La dernière transhumance d’Hansi

Publié le 07/01/2022

Jean « Hansi » Wehrey est décédé le 27 décembre dernier. Tout au long de sa vie de paysan, cet ardent défenseur de la race vosgienne et des traditions marcaires a su fédérer autour de lui dans l’intérêt de l’agriculture du massif vosgien. Un « grand sage » s’en est allé.

Cette fois-ci, il ne redescendra pas. Le 27 décembre, Jean Wehrey, dit « Hansi », a effectué sa dernière transhumance pour rejoindre sa très chère Lisala, décédée le 7 avril 2015. La fin d’un long parcours pour cet arrière-petit-fils, petit-fils et fils de paysan, marcaire dans l’âme, fervent défenseur de la race vosgienne, visionnaire déterminé, philosophe, meneur d’hommes charismatique et source intarissable du patrimoine local. Hors-la-loi aussi, mais pour la bonne cause : permettre à sa chère vosgienne, rayée du catalogue des races françaises en 1947, de survivre clandestinement pour, un jour, lui faire retrouver ses lettres de noblesse. Il est, dans les années 1960, le premier à s’engager dans cette improbable aventure. D’autres éleveurs le rejoignent. Ensemble, ils forment un groupe de « résistants » qui iront jusqu’à cacher un taureau dans leurs fermes pour lui éviter la castration. De la clandestinité à la « renaissance » Puis vint l’année 1976 et sa sécheresse historique. Le ministre de l'Agriculture est de passage en Alsace. Hansi saisit cette opportunité pour lui démontrer à quel point la rusticité de la vosgienne est intéressante quand les conditions climatiques sont difficiles. Le discours fait mouche, Hansi réussit son pari : un an plus tard, un plan de relance de la race est mis en place. Bien épaulé par les techniciens de l’époque et les autres éleveurs autour de lui, il fixe un objectif clair : l’amélioration des performances génétiques via l’insémination artificielle. Le herd-book de la race bovine vosgienne voit le jour avec Hansi comme président. Sa logique est simple : allier la tradition d’une race ancestrale à la modernité scientifique pour faire de la vosgienne une vache d’avenir, génétiquement au top, qui n’aura pas à rougir face aux autres races. S’il a le leadership dans le sang, il ne conçoit pas l’action autrement que par le collectif. « C’est quelqu’un qui aimait les autres », souligne sa petite-fille, Fanny. Pour lui, pas de guéguerre intra-alsacienne entre Bas-Rhinois et Haut-Rhinois, juste la réelle volonté d’agir « ensemble » pour sa « maison », la montagne vosgienne. Un à un, Hansi recrute les noyaux d’éleveurs de vosgiennes subsistant à l’extérieur de son département natal. Dans les années 1980, il lance l’idée de concours de vosgiennes « itinérants » en dehors de la vallée de Munster : les « cousins » de Remiremont, Ranrupt et Saint-Bresson sont lancés et deviendront des rendez-vous annuels pour tous les amoureux de la race. « Ces concours ont apporté beaucoup de motivation aux éleveurs de l’époque à s’investir et à croire dans cette race », retrace Anthony Di Carlo, animateur au sein de l’OS vosgienne. Et puis il y a eu la renaissance « ultime » : le jour où, après des années de combat et de mobilisation, la belle tachetée noire et blanche fait son grand retour au Salon de l’agriculture de Paris à la fin des années 1990 avec Hansi au licol, évidemment. Mais l’aventure aurait pu être toute autre s’il n’avait pas écouté son cœur et son intuition. À l’école, son instituteur voyait en lui un futur vétérinaire. Prendre soin des animaux oui, mais les siens, dans la ferme familiale d’Oberbreitenbach, là où tout a commencé et où tout sera vécu. Son mariage heureux avec Lisala, la naissance de ces deux fils Jean-Daniel et Michel, les solos d’accordéon en poussant la chansonnette, les apéritifs à la gentiane ou encore la décoration du sapin de Noël avec ses petits-enfants. Un refuge qu’il devra souvent quitter pour assumer ses nombreuses fonctions à la Chambre d’agriculture, à la MSA, chez les sapeurs-pompiers de Breitenbach en tant que chef de corps, pour la race vosgienne ou pour les fermes-auberges. La quête du fromage « 100 % vosgienne » Pour améliorer la crédibilité de la race, et la qualité de son lait, Hansi avait compris l’intérêt d’avoir des débouchés de qualité : « C’est pour cela qu’il voulait créer un munster grand cru uniquement fabriqué avec du lait de vosgienne », explique Anthony Di Carlo. Un appel qui ne sera jamais entendu jusqu’au nouveau cahier des charges de l’AOP munster (en partie du moins), en vigueur depuis 2021. « Pour les éleveurs qui ont plus de 70 % de vosgiennes dans leur cheptel, ils peuvent l’indiquer sur l’emballage du fromage : munster au lait de vosgienne. Même si ce n’est pas tout à fait ce qu’Hansi imaginait, cela reste une belle victoire pour lui », poursuit-il. Au milieu des années 2000, il avait aussi en tête de valoriser la viande de vosgienne en circuits courts à travers la Copravo. Un projet qui n’a pas vu le jour non plus mais qui a posé les bases du label « Race bovine vosgienne », la marque collective lancée par l’OS quelques années plus tard. Mais le fromage « 100 % vosgienne » verra finalement le jour en 2015 avec le Cœur de massif grâce à ses successeurs à l’OS vosgienne. Un projet qui est un peu le prolongement de la Maison du fromage, à Gunsbach, dans laquelle Hansi s’est fortement impliqué en créant l’ensemble des animations retraçant la vie du marcaire. Le marcaire « visionnaire » Et puis il y a cette transhumance qui lui permettait de faire le pont entre son métier d’éleveur et celui de fermier aubergiste au Buchwald, l’autre grande « œuvre » de sa carrière. En 1971, il crée l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin, entouré par un noyau de marcaires. Le projet, utopique pour l’époque, était de développer l’agrotourisme sur le massif vosgien. Le temps lui donnera à nouveau raison. « C’était un visionnaire », témoigne son successeur, Serge Sifferlen. Une aventure qui n’a pas été facile non plus. Il a dû attendre les années 1980 pour voir les fermes-auberges gagner en intérêt et crédibilité. Avec son ami et ancien secrétaire général de l’association, Jean Klinkert, il bataille pour faire reconnaître le statut de double actif des fermiers aubergistes auprès de la MSA, pour améliorer le réseau routier de la montagne avec le Conseil général du Haut-Rhin, pour électrifier l’ensemble des établissements. À la fin des années 1990, il soutient la création d’une nouvelle charte des fermes-auberges de Haute-Alsace, s’attirant au passage quelques inimitiés. « Il a tenu bon : il savait que c’était la bonne décision à prendre pour assurer la pérennité de nos établissements. À nous maintenant d’être les gardiens du temple qu’il nous a légué », conclut Serge Sifferlen.  

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