Élevage

Ovinpiades des jeunes bergers

Une version covidée allégée

Publié le 01/02/2022

Les ovinpiades des jeunes bergers ont eu lieu cette année chez Virginie Ebner, à Sélestat, dans une version allégée tant en termes de nombre de candidats, d’épreuves que d’éleveurs correcteurs.

Après avoir été repoussée deux fois, puis annulée une fois, la sélection alsacienne pour les ovinpiades des jeunes bergers a finalement eu lieu, suite à l’annonce de la tenue du Salon de l’agriculture, du samedi 26 février au dimanche 6 mars. Mais dans une version allégée : « Une épreuve théorique a permis de réduire le nombre de candidats à 52. Il n’y a pas eu de journée d’entraînement. Nous avons limité le nombre d’épreuves à trois au lieu de six. Il n’y a pas de remise officielle des diplômes… », décrit Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien ovin à la Chambre d’agriculture d’Alsace.     Vous le savez, le #SIAdesretrouvailles aura bien lieu ! ? L’occasion pour nous de remercier les exposants, les agriculteurs, les éleveurs, les producteurs ainsi que les partenaires et les fournisseurs officiels. ❤️ Qui va venir nous voir cette année ? #SIA2022 pic.twitter.com/pDf6VypsJe — Salon International de l'Agriculture (@Salondelagri) January 28, 2022     Mercredi 26 janvier, les candidats, des élèves issus des classes de bac pro des lycées agricoles d’Obernai et de Rouffach ainsi que des apprentis du CFA d’Obernai, se présentent établissement par établissement et classe par classe dans un bâtiment annexe de la bergerie flambant neuve de Virginie Ebner. Une autre conséquence des reports répétés de l’événement : « Il a fallu trouver un élevage avec des animaux disponibles pour être manipulés. C’est-à-dire pas en état de gestation avancée, pas en pleine période d’agnelage… », indique Jean-Pierre Saulet-Moes. Virginie Ebner a bien voulu mettre quelques animaux à disposition. Mais, pour préserver la tranquillité du plus grand nombre, elle a préféré cette option. Résultat : les épreuves se déroulent dans la pénombre. Et, en fin de journée, il faut sortir un projecteur pour que les candidats puissent procéder à l’épreuve du parage d’onglons dans de bonnes conditions.       Des éleveurs pour jurés Le principe de cette épreuve est simple : Les candidats ont huit minutes maximum pour parer les quatre onglons d’une brebis, sous l’œil attentif de Simon Maier, éleveur au sein du Gaec de l’Eichmatt à Bassemberg. Il apprécie à la fois la qualité du rendu final (propreté, correction des aplombs…) et la technique des candidats. « Je veille à comment ils positionnent leurs mains, pour ne pas se blesser, ni la brebis », précise-t-il. À quelques pas de là, Yvan Stoffel, en cours d’installation à Rosenwiller près de Dettwiler, surveille l’épreuve de notation de l’état corporel. Cette fois, les candidats doivent attraper trois brebis et donner pour chacune une note d’état corporel. L’éleveur note à la fois leur aptitude à attraper et bloquer l’animal sans lui faire mal, et leur technique d’analyse de son état corporel. En le palpant sur le dos, le long de la colonne vertébrale, ils doivent lui attribuer une note, comprise entre 0 et 5. « À 0 l’animal est squelettique, à 5, il est obèse ! Dans la pratique, ces deux notes extrêmes ne sont pas observées dans les élevages. Une brebis peut être à 1,5 après la mise bas. Elle doit être à 2,5 pour la mise à la lutte », indique Yvan Stoffel. « Les éleveurs évaluent régulièrement l’état des brebis, notamment afin d’adapter les rations. Mais c’est surtout pour déterminer quels agneaux sont prêts à partir à l’abattoir que la technique est utilisée. Car s’ils ne correspondent pas aux critères des acheteurs, ils sont déclassés, donc, moins bien rémunérés », précise le jeune éleveur, qui a lui même participé aux ovinpiades en 2018 :         Une paupière qui en dit long Louis Frischinger, éleveur de quelque 380 brebis à Tagsdorf, dans le Sundgau, et entrepreneur de travaux agricoles questionne les candidats à l’épreuve de notation de l’état de santé. « Comment peut-on évaluer l’état de santé d’une brebis ? » La réponse est à la fois simple et compliquée. La couleur de la troisième paupière de l’animal est un bon indicateur. Blanche : la brebis est anémiée, c’est-à-dire qu’elle manque de fer, ce qui peut être dû à un problème parasitaire ou alimentaire. Rouge : l’animal souffre d’une infection, ou d’une acidose. Jaune : le mouton souffre d’un problème de foie, qui peut être lié à la douve du foie, à l’ingurgitation d’une plante toxique, à un excès de cuivre. Bleu : l’animal est en hypoxie. Vert : « ça n’existe pas ! », tente de piéger Louis Frischinger. Avant de préciser que la bonne couleur de cette fameuse paupière est rose. Pour être plus précis dans son diagnostic, l’éleveur doit recouper les informations. Notamment avec l’état de la dentition. « L’écartement et l’usure des dents renseignent sur l’âge de la brebis », indique Louis Frischinger. Les mamelles doivent être inspectées afin de détecter mammites, infections, ou abcès. Tout comme les pattes, afin de vérifier la qualité des aplombs, et si l’animal ne souffre pas d’affections type piétin, panaris, fourchet, granulome, dermatite… La présence de diarrhée doit être notée, de 0 à 2. Elle peut signer un problème alimentaire ou parasitaire. Enfin, la prise de température est impérative. « Elle doit être comprise entre 36 et 40 °C. En dessous c’est l’hypothermie. Au-dessus l’hyperthermie. La température idéale se situe entre 38,5 et 39 °C », indique Louis Frischinger. Celui qui est aujourd’hui juré s’est lui-même distingué aux ovinpiades des jeunes bergers à deux reprises. Une première fois en 2016, dans le Bas-Rhin, où il s’est classé deuxième. Et une seconde fois en 2018, en Franche-Comté , où il s’est classé premier. Lors de la finale nationale de la même année il avait atteint la seconde place sur le podium. « Depuis, je suis juge à Paris », sourit Louis Frischinger, qui apprécie autant l’exercice professionnel que l’ambiance ! Au final, cette édition, était « plus fade, moins conviviale que les précédentes », constate Jean-Pierre Saulet-Moes. Mais l’épreuve a eu lieu, malgré les restrictions, et ce n’était pas gagné. Alors, les élèves qui ont pu concourir ont fait bonne figure, et ont participé dans la bonne humeur. Les deux gagnants, Pierre Stoffel et Océane Monnier, tous deux élève au lycée agricole d’Obernai, iront représenter l’Alsace à la finale nationale des ovinpiades, au Salon international de l’agriculture à Paris.

Décès de Jean Wehrey

La dernière transhumance d’Hansi

Publié le 07/01/2022

Jean « Hansi » Wehrey est décédé le 27 décembre dernier. Tout au long de sa vie de paysan, cet ardent défenseur de la race vosgienne et des traditions marcaires a su fédérer autour de lui dans l’intérêt de l’agriculture du massif vosgien. Un « grand sage » s’en est allé.

Cette fois-ci, il ne redescendra pas. Le 27 décembre, Jean Wehrey, dit « Hansi », a effectué sa dernière transhumance pour rejoindre sa très chère Lisala, décédée le 7 avril 2015. La fin d’un long parcours pour cet arrière-petit-fils, petit-fils et fils de paysan, marcaire dans l’âme, fervent défenseur de la race vosgienne, visionnaire déterminé, philosophe, meneur d’hommes charismatique et source intarissable du patrimoine local. Hors-la-loi aussi, mais pour la bonne cause : permettre à sa chère vosgienne, rayée du catalogue des races françaises en 1947, de survivre clandestinement pour, un jour, lui faire retrouver ses lettres de noblesse. Il est, dans les années 1960, le premier à s’engager dans cette improbable aventure. D’autres éleveurs le rejoignent. Ensemble, ils forment un groupe de « résistants » qui iront jusqu’à cacher un taureau dans leurs fermes pour lui éviter la castration. De la clandestinité à la « renaissance » Puis vint l’année 1976 et sa sécheresse historique. Le ministre de l'Agriculture est de passage en Alsace. Hansi saisit cette opportunité pour lui démontrer à quel point la rusticité de la vosgienne est intéressante quand les conditions climatiques sont difficiles. Le discours fait mouche, Hansi réussit son pari : un an plus tard, un plan de relance de la race est mis en place. Bien épaulé par les techniciens de l’époque et les autres éleveurs autour de lui, il fixe un objectif clair : l’amélioration des performances génétiques via l’insémination artificielle. Le herd-book de la race bovine vosgienne voit le jour avec Hansi comme président. Sa logique est simple : allier la tradition d’une race ancestrale à la modernité scientifique pour faire de la vosgienne une vache d’avenir, génétiquement au top, qui n’aura pas à rougir face aux autres races. S’il a le leadership dans le sang, il ne conçoit pas l’action autrement que par le collectif. « C’est quelqu’un qui aimait les autres », souligne sa petite-fille, Fanny. Pour lui, pas de guéguerre intra-alsacienne entre Bas-Rhinois et Haut-Rhinois, juste la réelle volonté d’agir « ensemble » pour sa « maison », la montagne vosgienne. Un à un, Hansi recrute les noyaux d’éleveurs de vosgiennes subsistant à l’extérieur de son département natal. Dans les années 1980, il lance l’idée de concours de vosgiennes « itinérants » en dehors de la vallée de Munster : les « cousins » de Remiremont, Ranrupt et Saint-Bresson sont lancés et deviendront des rendez-vous annuels pour tous les amoureux de la race. « Ces concours ont apporté beaucoup de motivation aux éleveurs de l’époque à s’investir et à croire dans cette race », retrace Anthony Di Carlo, animateur au sein de l’OS vosgienne. Et puis il y a eu la renaissance « ultime » : le jour où, après des années de combat et de mobilisation, la belle tachetée noire et blanche fait son grand retour au Salon de l’agriculture de Paris à la fin des années 1990 avec Hansi au licol, évidemment. Mais l’aventure aurait pu être toute autre s’il n’avait pas écouté son cœur et son intuition. À l’école, son instituteur voyait en lui un futur vétérinaire. Prendre soin des animaux oui, mais les siens, dans la ferme familiale d’Oberbreitenbach, là où tout a commencé et où tout sera vécu. Son mariage heureux avec Lisala, la naissance de ces deux fils Jean-Daniel et Michel, les solos d’accordéon en poussant la chansonnette, les apéritifs à la gentiane ou encore la décoration du sapin de Noël avec ses petits-enfants. Un refuge qu’il devra souvent quitter pour assumer ses nombreuses fonctions à la Chambre d’agriculture, à la MSA, chez les sapeurs-pompiers de Breitenbach en tant que chef de corps, pour la race vosgienne ou pour les fermes-auberges. La quête du fromage « 100 % vosgienne » Pour améliorer la crédibilité de la race, et la qualité de son lait, Hansi avait compris l’intérêt d’avoir des débouchés de qualité : « C’est pour cela qu’il voulait créer un munster grand cru uniquement fabriqué avec du lait de vosgienne », explique Anthony Di Carlo. Un appel qui ne sera jamais entendu jusqu’au nouveau cahier des charges de l’AOP munster (en partie du moins), en vigueur depuis 2021. « Pour les éleveurs qui ont plus de 70 % de vosgiennes dans leur cheptel, ils peuvent l’indiquer sur l’emballage du fromage : munster au lait de vosgienne. Même si ce n’est pas tout à fait ce qu’Hansi imaginait, cela reste une belle victoire pour lui », poursuit-il. Au milieu des années 2000, il avait aussi en tête de valoriser la viande de vosgienne en circuits courts à travers la Copravo. Un projet qui n’a pas vu le jour non plus mais qui a posé les bases du label « Race bovine vosgienne », la marque collective lancée par l’OS quelques années plus tard. Mais le fromage « 100 % vosgienne » verra finalement le jour en 2015 avec le Cœur de massif grâce à ses successeurs à l’OS vosgienne. Un projet qui est un peu le prolongement de la Maison du fromage, à Gunsbach, dans laquelle Hansi s’est fortement impliqué en créant l’ensemble des animations retraçant la vie du marcaire. Le marcaire « visionnaire » Et puis il y a cette transhumance qui lui permettait de faire le pont entre son métier d’éleveur et celui de fermier aubergiste au Buchwald, l’autre grande « œuvre » de sa carrière. En 1971, il crée l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin, entouré par un noyau de marcaires. Le projet, utopique pour l’époque, était de développer l’agrotourisme sur le massif vosgien. Le temps lui donnera à nouveau raison. « C’était un visionnaire », témoigne son successeur, Serge Sifferlen. Une aventure qui n’a pas été facile non plus. Il a dû attendre les années 1980 pour voir les fermes-auberges gagner en intérêt et crédibilité. Avec son ami et ancien secrétaire général de l’association, Jean Klinkert, il bataille pour faire reconnaître le statut de double actif des fermiers aubergistes auprès de la MSA, pour améliorer le réseau routier de la montagne avec le Conseil général du Haut-Rhin, pour électrifier l’ensemble des établissements. À la fin des années 1990, il soutient la création d’une nouvelle charte des fermes-auberges de Haute-Alsace, s’attirant au passage quelques inimitiés. « Il a tenu bon : il savait que c’était la bonne décision à prendre pour assurer la pérennité de nos établissements. À nous maintenant d’être les gardiens du temple qu’il nous a légué », conclut Serge Sifferlen.  

Coût des matières premières

L’élevage alsacien sous tension

Publié le 17/12/2021

L’année 2021 a été marquée par une hausse du coût des matières premières : les prix s’envolent et les pénuries guettent. Une flambée que l’agriculture subit de plein fouet. De quelle manière l’élevage alsacien est-il touché par cette crise ? Des éleveurs et des spécialistes livrent leurs témoignages à notre journaliste, Marie Perrin.

Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein et président cantonal à la FDSEA du Bas-Rhin, chiffre à 17 centimes par jour et par animal l’augmentation du coût de la ration de ses 600 vaches, et à 25 centimes celle du kilo de carcasse. En cause, notamment, les prix des aliments. Les tourteaux de soja et de colza battent des records et nourrir les bêtes revient de plus en plus cher. L’année ayant été faste pour les céréales, il lui arrive de se dire qu’il « serait plus rentable de vendre les céréales produites sur l’exploitation que de remplir les silos ». Mais « né éleveur », il le restera, en dépit des vents contraires. À Meyenheim, Stéphane Guthleben est confronté à une autre difficulté : l’an passé, il a passé ses porcs au soja européen sans OGM. Là, c’est l’approvisionnement qui coince. « On serre les dents, on maintient le cap, mais on n’a pas de garantie qu’il y en aura toute l’année. » « En 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça » « On se dit que ça va se rééquilibrer mais en 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça. C’est vraiment une grosse crise qui risque de durer », confie Claude Wanner, responsable de la nutrition animale à la Coopérative agricole de céréales de Colmar. Si l’alimentation, l’énergie et les intrants sont la principale source de frictions, d’autres postes sont concernés. À La Plume d’or, où l’on produit du foie gras de canard, Georges Kuntz évoque le coût des bocaux et des couvercles. Malgré une solide implantation dans le paysage local, il s’essouffle : « Avec 30 % de hausse globale, cela devient très compliqué, surtout qu’on ne répercute que 2 ou 3 % sur les prix de vente. » Le constat est identique chez Cyrielle Diemer, du Gaec du Petit Jura à Jetterswiller, qui parle des films enrubannés, de l’AdBlue ou des produits d’entretien pour le robot-traite. Quant au fioul GNR, il est passé de 75 centimes il y a six mois à 1,10 euro. Quand on utilise 30 000 litres par an, cela fait une somme. Du côté des investissements, c’est aussi l’impasse. « J’ai besoin de faire construire un bâtiment. De février à novembre, le devis a augmenté de 35 %. Et je n’ai aucune garantie du prix dans quatre mois », confie Jean-François Huckert, président cantonal « montagne » à la FDSEA du Bas-Rhin, éleveur de Salers et de porcelets à Grendelbruch. La problématique est la même pour les tracteurs et les machines agricoles. Enfin, une variable compte dans l’estimation de la situation : les achats et les contrats ont-ils été faits très en amont ? Si c’est le cas, l’impact de la flambée risque de n’être que reporté. Car il faudra bien refaire les stocks. Chacun cherche ses solutions Cette crise met en lumière l’urgence de revaloriser la viande, le lait et les œufs. En effet, « à 350 euros la tonne de lait, on touche moins que le cours mondial, qui est de 500 euros », explique Olivier Wilt, éleveur à Dachstein. Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, espère pour sa part que la loi Egalim 2, votée en octobre, va apporter un peu souplesse à la mécanique de double peine qui touche les exploitants. D’autres acteurs ont un rôle à jouer. Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein mène « des discussions avec les abattoirs, le nerf de la guerre ». Bruno Siebert, de l’entreprise du même nom sise à Ergersheim, garantit aux éleveurs de volaille « des prix indexés sur l’alimentation. Pour l’instant, l’abattoir sert de tampon ». Chacun cherche ses solutions. Dans le Haut-Rhin, à Feldbach, Sébastien Stoessel lutte contre le gaspillage : « Les rations des vaches et des poules sont analysées de manière encore plus fine. Il faut être pointu techniquement pour que rien ne se perde. » Les fientes de poules, le fumier ou le lisier aident à limiter les intrants. Certains essayent de s’affranchir des protéines les plus onéreuses, d’autres réfléchissent à un réseau d’irrigation pour mettre le fourrage à l’abri des sécheresses. Tandis que Cyrielle Diemer, éleveuse de vaches laitières à Jetterswiller mise sur une diversification de son activité par la vente directe de fromages, Jean-François Huckert, éleveur de Salers et de porcelets à 30 kilomètres de là, a augmenté le nombre de chevaux qu’il a en pension. Toutes ces initiatives illustrent une réalité : la crise touche tout le monde mais chaque éleveur la vit différemment. En cause : les choix d’exploitation, les investissements, les charges salariales, la spécificité du terroir, les prix et débouchés pour les produits. Ainsi le résume Sébastien Stoessel : « Il y a cinquante ans, toutes les fermes se ressemblaient. Aujourd’hui, toutes les exploitations sont différentes. »

Pages

Les vidéos