Élevage

Coût des matières premières

L’élevage alsacien sous tension

Publié le 17/12/2021

L’année 2021 a été marquée par une hausse du coût des matières premières : les prix s’envolent et les pénuries guettent. Une flambée que l’agriculture subit de plein fouet. De quelle manière l’élevage alsacien est-il touché par cette crise ? Des éleveurs et des spécialistes livrent leurs témoignages à notre journaliste, Marie Perrin.

Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein et président cantonal à la FDSEA du Bas-Rhin, chiffre à 17 centimes par jour et par animal l’augmentation du coût de la ration de ses 600 vaches, et à 25 centimes celle du kilo de carcasse. En cause, notamment, les prix des aliments. Les tourteaux de soja et de colza battent des records et nourrir les bêtes revient de plus en plus cher. L’année ayant été faste pour les céréales, il lui arrive de se dire qu’il « serait plus rentable de vendre les céréales produites sur l’exploitation que de remplir les silos ». Mais « né éleveur », il le restera, en dépit des vents contraires. À Meyenheim, Stéphane Guthleben est confronté à une autre difficulté : l’an passé, il a passé ses porcs au soja européen sans OGM. Là, c’est l’approvisionnement qui coince. « On serre les dents, on maintient le cap, mais on n’a pas de garantie qu’il y en aura toute l’année. » « En 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça » « On se dit que ça va se rééquilibrer mais en 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça. C’est vraiment une grosse crise qui risque de durer », confie Claude Wanner, responsable de la nutrition animale à la Coopérative agricole de céréales de Colmar. Si l’alimentation, l’énergie et les intrants sont la principale source de frictions, d’autres postes sont concernés. À La Plume d’or, où l’on produit du foie gras de canard, Georges Kuntz évoque le coût des bocaux et des couvercles. Malgré une solide implantation dans le paysage local, il s’essouffle : « Avec 30 % de hausse globale, cela devient très compliqué, surtout qu’on ne répercute que 2 ou 3 % sur les prix de vente. » Le constat est identique chez Cyrielle Diemer, du Gaec du Petit Jura à Jetterswiller, qui parle des films enrubannés, de l’AdBlue ou des produits d’entretien pour le robot-traite. Quant au fioul GNR, il est passé de 75 centimes il y a six mois à 1,10 euro. Quand on utilise 30 000 litres par an, cela fait une somme. Du côté des investissements, c’est aussi l’impasse. « J’ai besoin de faire construire un bâtiment. De février à novembre, le devis a augmenté de 35 %. Et je n’ai aucune garantie du prix dans quatre mois », confie Jean-François Huckert, président cantonal « montagne » à la FDSEA du Bas-Rhin, éleveur de Salers et de porcelets à Grendelbruch. La problématique est la même pour les tracteurs et les machines agricoles. Enfin, une variable compte dans l’estimation de la situation : les achats et les contrats ont-ils été faits très en amont ? Si c’est le cas, l’impact de la flambée risque de n’être que reporté. Car il faudra bien refaire les stocks. Chacun cherche ses solutions Cette crise met en lumière l’urgence de revaloriser la viande, le lait et les œufs. En effet, « à 350 euros la tonne de lait, on touche moins que le cours mondial, qui est de 500 euros », explique Olivier Wilt, éleveur à Dachstein. Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, espère pour sa part que la loi Egalim 2, votée en octobre, va apporter un peu souplesse à la mécanique de double peine qui touche les exploitants. D’autres acteurs ont un rôle à jouer. Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein mène « des discussions avec les abattoirs, le nerf de la guerre ». Bruno Siebert, de l’entreprise du même nom sise à Ergersheim, garantit aux éleveurs de volaille « des prix indexés sur l’alimentation. Pour l’instant, l’abattoir sert de tampon ». Chacun cherche ses solutions. Dans le Haut-Rhin, à Feldbach, Sébastien Stoessel lutte contre le gaspillage : « Les rations des vaches et des poules sont analysées de manière encore plus fine. Il faut être pointu techniquement pour que rien ne se perde. » Les fientes de poules, le fumier ou le lisier aident à limiter les intrants. Certains essayent de s’affranchir des protéines les plus onéreuses, d’autres réfléchissent à un réseau d’irrigation pour mettre le fourrage à l’abri des sécheresses. Tandis que Cyrielle Diemer, éleveuse de vaches laitières à Jetterswiller mise sur une diversification de son activité par la vente directe de fromages, Jean-François Huckert, éleveur de Salers et de porcelets à 30 kilomètres de là, a augmenté le nombre de chevaux qu’il a en pension. Toutes ces initiatives illustrent une réalité : la crise touche tout le monde mais chaque éleveur la vit différemment. En cause : les choix d’exploitation, les investissements, les charges salariales, la spécificité du terroir, les prix et débouchés pour les produits. Ainsi le résume Sébastien Stoessel : « Il y a cinquante ans, toutes les fermes se ressemblaient. Aujourd’hui, toutes les exploitations sont différentes. »

Ferme Schwenger-Fuchs à Logelheim

Quand investissements riment avec confiance

Publié le 02/12/2021

À Logelheim, la ferme avicole Schwenger-Fuchs est gérée par trois jeunes associés qui ont de la suite dans les idées pour développer leur activité d’élevage et de transformation de volailles, destinée à la vente directe. Pas après pas, ils peuvent concrétiser leurs nouveaux projets, grâce à l’accompagnement financier de la Banque Populaire.

Avec la confiance, on peut voir loin. À Logelheim, la ferme avicole Schwenger-Fuchs applique ce credo au quotidien entre ses trois associés, Jonathan Fuchs, Marc Schwenger et Selim Gharbi, et avec son partenaire financier historique : la Banque Populaire. Au cours des sept dernières années, elle a soutenu sans hésiter les trois jeunes éleveurs de volailles dans leur volonté de développement et de croissance. La première fois, c’était en 2015. À cette époque, l’EARL était encore gérée conjointement par Colette Schwenger, la petite-fille du fondateur de cette ferme créée en 1968, et Jonathan qui l’avait rejoint un an plus tôt en hors cadre familial. À son arrivée, il avait déjà investi ses propres deniers pour mettre aux normes l’abattoir vieillissant. Mais en cette fin d’année 2015, il a cette fois besoin de financer un tout nouveau laboratoire de transformation. Une pratique qui existait déjà au sein de l’exploitation, mais pas au niveau de ce qu’il imaginait. « C’était la période où la demande pour les produits à base de volaille était en pleine expansion. C’était le moment d’y aller », estime-t-il avec du recul. Des investissements « réfléchis » et créateurs d’emplois Les années passent et la demande ne faiblit pas. En 2018, l’année où Colette prend sa retraite, il entreprend la construction d’un nouveau bâtiment d’élevage aux côtés de ses deux nouveaux associés : Marc, le fils de Colette, et Selim Gharbi qui travaillait jusque-là comme employé. Les trois jeunes hommes ont besoin cette fois d’une somme plus conséquente pour concrétiser ce nouveau projet de 250 m2. « Il fallait qu’on augmente la cadence de production. D’autre part, nous devions agrandir le parcours des poulets pour respecter le cahier des charges du réseau « Bienvenue à la Ferme » que nous venions de rejoindre », indique Jonathan. Là encore, la Banque Populaire répond présente. Son chargé d’affaires Agriculture et Viticulture, Johnny Hanser, le justifie simplement : « Comme à chaque projet de nos clients, nous étudions l’investissement envisagé et proposons un plan de financement. Mais au-delà, l’aspect humain est primordial dans les échanges avec nos clients. Nous créons des relations au long cours où on apprend à se connaître et la confiance s’installe. Dans le cas présent, chaque investissement est mûrement réfléchi entre les trois associés. Ils font des efforts pour développer leur clientèle et la préserver. Ce sont des travailleurs méthodiques, engagés dans une démarche de filière courte qui, en plus, créent des emplois localement. Tout ceci correspond aux valeurs que défend la Banque Populaire. » Grâce à ce nouveau bâtiment, la ferme Schwenger-Fuchs a doublé sa capacité annuelle de volailles abattues et, par extension, son chiffre d’affaires. Ces nouvelles rentrées d’argent ont permis de financer trois emplois à mi-temps, tout en assurant aux trois associés un revenu correspondant à environ 1,5 Smic. « C’est à la fois un salaire correct, mais si on ramène ça à toutes les heures travaillées sur l’année, avec trois semaines de congé non payé, ça pourrait être mieux. Mais nous aimons ce que nous faisons, et l’aspect entrepreneurial qui va avec. Donc, ça nous convient », témoigne Jonathan. Depuis 2018, ils ont atteint leur plafond de production avec un peu plus de 250 poulets abattus par semaine. Améliorer la qualité, diminuer les charges À moins de nouveaux investissements, ils ne peuvent pas produire davantage de poulets. Ils essaient néanmoins d’accroître la qualité. D’une part, au niveau de l’élevage en améliorant l’environnement des poulets. « Si le cadre est plus propice, la volaille a une meilleure croissance et devient plus lourde. À la fin, c’est du chiffre d’affaires en plus », développe Jonathan. D’autre part, ils font en sorte de répondre aussi bien que possible aux demandes de leurs clients qui réclament de nouvelles recettes pour les produits transformés. « Il y a de nombreux jeunes dans notre clientèle, qui veut de la nouveauté, des saveurs. On doit donc diversifier notre gamme et s’adapter au marché. » C’est cette logique qui pousse Julien, Marc et Selim à solliciter une nouvelle fois la Banque Populaire pour un nouveau bâtiment de 60 m2, destiné à accueillir trois lots de dindes pendant la période estivale. « On est dévalisé constamment sur les marinades. Cela nous permettra d’avoir plus de produits à proposer. » En hiver, ce nouveau bâtiment permettra de consolider le chiffre d’affaires en améliorant la qualité des chapons élevés en vue des fêtes de fin d’année. Une fois la production optimisée et rentable, il faut se tourner vers les charges si on souhaite améliorer son bénéfice net en fin d’exercice. C’est pour cette raison que la ferme Schwenger-Fuchs a décidé d’investir dans une installation photovoltaïque dans le but de faire de l’autoconsommation pour alimenter les équipements de froid. Un investissement, là encore soutenu par la Banque Populaire, qui a le mérite de s’autofinancer pendant toute la durée de l’emprunt, à savoir une dizaine d’années. Jonathan conclut : « Avec la hausse globale du coût de l’énergie et une facture électrique mensuelle de 450 €, nous avons estimé que c’était un investissement judicieux sur le long terme. Cela va nous permettre de réduire notre facture de 50 % à terme. Nous parvenons à concilier économie d’énergie avec développement durable en réduisant nos charges tout en réduisant notre empreinte carbone. C’est une grande satisfaction ! »    

Publié le 08/11/2021

Maraîcher en biodynamie, Pierre-Henri Lenormand vient de se lancer dans l’élevage de poules pondeuses. Un atelier de porcs en plein air va s’y ajouter dans les mois qui viennent.

Depuis 2003, Pierre-Henri Lenormand est l’un des deux associés de la ferme de Truttenhausen à Heiligenstein. Il s’occupe du maraîchage, tandis que son associé, Antoine Fernex, se charge de la partie élevage. La ferme est conduite en biodynamie - elle est certifiée Demeter - et elle accueille de nombreux stagiaires qui se forment à cette spécialité au CFPPA d’Obernai. Avec le prochain départ à la retraite d’Antoine Fernex, prévu fin 2022, Pierre-Henri Lenormand a choisi de prendre un nouveau départ en s’installant sur 4 ha à Valff, en association avec Marc Lemonies. Les deux hommes ont créé l’EARL du Kapelfeld. Jusqu’alors, les 4 ha étaient mis à la disposition de la ferme de Truttenhausen et réservés à la production maraîchère et à la culture des céréales nécessaires à la rotation. En 2020, le maraîcher a mis en place deux tunnels et s’est lancé dans la construction d’un poulailler de 64 m2 pour élever des poules pondeuses. Avec une volonté : que les poules disposent, autour du bâtiment, d’un espace enherbé suffisamment vaste, en l’occurrence 3,5 fois la surface exigée en bio, soit « 3 000 m2 pour 200 poules ». Cela faisait deux ans que Pierre-Henri avait ce projet en tête : « Je ne voulais pas d’un bâtiment tout fait, mais plutôt de quelque chose à notre image : un beau bâtiment tout en bois, traité à l’huile de lin », avec à l’intérieur, nichoirs et pondoirs. Son nouvel associé et lui, en ont réalisé les plans et l’ont autoconstruit avec l’aide de leur équipe. Un système de récupération d’eau de pluie est installé sur le toit. Il est relié à une citerne enterrée de 15 000 l. L’eau ainsi recueillie permet d’arroser les 75 arbres fruitiers plantés l’automne dernier dans la parcelle. Le maraîcher avait invité une poignée de consommateurs à participer à la plantation de ces arbres en quenouilles de trois ans, qui ont l’avantage de rester petits en taille et de donner des fruits rapidement. « Tous les fruits abîmés servent de nourriture aux poules. Elles mangent également les insectes qui s’attaquent aux arbres. Ce sont des nettoyeuses, explique Pierre-Henri qui fait le pari de n’utiliser aucun insecticide sur ses fruitiers en misant uniquement sur la régulation naturelle exercée par les volailles. « Cinq coqs pour 200 poules » Les deux associés de l’EARL du Kapelfeld sont particulièrement attentifs au bien-être de leurs poules rousses : trois bacs à sable sont installés dans le parc, ce qui permet aux animaux de se rouler dans le sable et de se frotter à volonté. Et pour leur tenir compagnie, cinq coqs d’Alsace saumonés ont rejoint la troupe. « Cinq coqs pour 200 poules, c’est le bon équilibre », juge Pierre-Henri, qui se réjouit de voir les poules « à l’aise dans leur parc ». Les œufs étant ramassés tous les jours, il n’y a pas de risque qu’ils soient couvés par les poules. Les pondeuses sont nourries avec des céréales produites sur place : un mélange d’orge, de triticale et de féverole, complété d’un peu de soja toasté alsacien bio et de coquilles d’huîtres. À quoi s’ajoutent des déchets de légumes (fanes de blettes, de fenouil…) provenant des cultures voisines du poulailler, et l’herbe du parcours. Une alimentation moins ciblée que dans un élevage spécialisé, mais l’objectif est avant tout de produire des œufs de qualité. Du vinaigre de cidre ajouté dans l’eau de boisson permet de renforcer le système immunitaire des poules, mais « ce qui fait beaucoup pour l’immunité, c’est le fait qu’elles sortent dehors. » Et en effet, les volailles ne s’en privent pas : arrivées en août, à l’âge de 18 semaines, elles ont très vite investi le parc, à la recherche de vers de terre, de limaces et même de mulots et de souris. L’utilisation des engrais verts attire en effet une population relativement importante de rongeurs sur la parcelle. « On manque de surface » Une dizaine de tonnes de céréales sont nécessaires pour nourrir les 200 poules. « Avec 4 ha, on manque un peu de surface », avoue l’agriculteur. Pour l’instant, il fait appel à un collègue viticulteur en biodynamie qui lui sème du triticale et de l’épeautre mais il est à la recherche de 4 ha supplémentaires à louer pour faire face à ses besoins, qui vont aller croissant avec la mise en route prochaine d’un atelier de porcs en plein air. La porcherie est en cours de construction. Elle permettra d’élever une dizaine de porcs par an. La coexistence des différents ateliers concourt à l’équilibre recherché en agriculture biodynamique. Avec son associé, Pierre-Henri envisage également de construire un bâtiment en bois et en paille réunissant espace de lavage des légumes, stockage et laboratoire de transformation. Une petite boulangerie et un magasin devraient s’y ajouter à terme. Pour l’instant, l’EARL du Kapelfeld vend ses productions via des Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), au marché du boulevard de la Marne à Strasbourg et à celui de Barr. Compte tenu de ses choix techniques, et des coûts qu’ils engendrent, les œufs sont vendus à 3 € la boîte de 6 aux clients des Amap et 3,60 € sur les marchés. Dans le mot envoyé aux clients pour présenter son projet, Pierre-Henri précise : « En achetant ces œufs, c’est un vrai choix de consommateurs que vous faites, en soutenant ce type d’élevage, où le bien-être animal est essentiel. » À ce prix, un minimum de pédagogie s’impose.

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