Stratégie
« Je vise 99 % d’autonomie alimentaire »
Stratégie
Publié le 28/03/2022
À Griesheim-près-Molsheim, Michaël Eber élève une soixantaine de chèvres, dont le lait est entièrement transformé sur place. Depuis la sécheresse de 2003, il recherche l’autonomie alimentaire de sa troupe.
Le dimanche à 16 h 30 par beau temps, jusqu’à 200 personnes assistent à la traite des chèvres à la ferme Eber. Elles en profitent pour regarder les vaches, les chevaux, les poules, les lapins… Mais les vedettes, ce sont bien les 60 alpines qui s’alignent par bande de six sur les deux quais de traite. Michaël a repris l’élevage familial en 2001, tandis que son frère Yann prenait les rênes de l’Auberge de la chèvrerie créée par leurs parents. « En m’installant, j’ai récupéré une vingtaine d’hectares d’un ami agriculteur qui partait en retraite. J’en exploite 23 aujourd’hui. » Les deux premières années, il cultive des céréales pour la vente et achète des fourrages pour nourrir sa troupe. À la première sécheresse - celle de 2003 - il change son fusil d’épaule pour viser l’autonomie alimentaire. Comme la zone de protection du grand hamster d’Alsace se met en place au même moment, il signe un contrat pour la production de luzerne : 5 ha au départ, 10 ha aujourd’hui. Dans le Berry, où il a fait des stages, la légumineuse est considérée comme « le meilleur aliment pour les chèvres ». Michaël cultive également 2 ha de sainfoin et 3 ha de maïs grain qu’il fait sécher chez Gustave Muller et récupère ensuite pour alimenter sa troupe. Des 7 ha de blé, il ne garde que la paille. Pour une question de temps et parce que l’achat de matériel ne serait pas rentable, il fait réaliser « tous les travaux de culture de A à Z par deux entreprises de travaux agricoles : les semis, les traitements, la fenaison… » La ration des chèvres se compose à 80 % de luzerne. L’éleveur la distribue sous forme de foin en hiver. D’avril à septembre, il la fauche deux fois par jour à l’aide d’une faucheuse autochargeuse et la distribue en vert avec du sainfoin. Complémentaire à la luzerne, le sainfoin a des vertus antiparasitaires. De plus, il est très apprécié des chèvres. Celles-ci reçoivent du maïs grain entier en complément, entre 800 et 900 g distribués en deux repas au moment de la traite. « Mes seuls achats extérieurs sont les pierres à sel et les minéraux. Je ne donne ni enrubanné, ni ensilage, ni granulés, ni soja. Ce que je recherche, c’est une qualité de lait pour faire de bons fromages », expose Michaël. Les résultats suivent : l’élevage Eber, qui est suivi au contrôle laitier, affiche 1 300 l de lait/chèvre à 41 g/kg de taux butyreux et 36 g/kg de taux protéique. « Ce sont des résultats exceptionnels pour la région. Ils ne sont pas liés uniquement à l’alimentation, qui doit être très régulière, mais aussi à la génétique. » Les chevrettes mettent bas pour la première fois à 15 mois. « Je veux les habituer à manger de l’aliment grossier. Elles ont une croissance plus lente, mais à cet âge-là, elles mettent bas toutes seules et elles s’intègrent facilement dans le troupeau des adultes. Elles font leur première lactation en 500 jours », précise l’éleveur qui privilégie la longévité des animaux, quitte à allonger l’intervalle entre deux mises bas. Hébergés en chèvrerie toute l’année, les animaux ont accès à une cour d’exercice ouverte et peuvent se servir librement dans l’un des quatre râteliers mis à disposition. Michaël stimule leur appétit en mélangeant différentes coupes de luzerne. « Une chèvre doit toujours avoir du bon fourrage pour faire du lait. » Malgré tout, elles ne se gênent pas pour trier. Les 30 % de refus sont donnés aux vaches. Une demande pour du chèvre affiné La troupe est divisée en trois : un tiers des chèvres met bas début novembre. Elles sont inséminées avec la semence des dix meilleurs boucs de France, choisis sur catalogue. Les chevrettes issues d’IA sont gardées pour le renouvellement, tandis que les jeunes mâles sont vendus comme reproducteurs dans la grande région. Un deuxième tiers, sailli naturellement, met bas en février. Les chevrettes et les chevreaux issus des saillies naturelles sont vendus en élevage. Le tiers restant est conduit en lactation longue. « Avec une bonne génétique et une bonne alimentation, une chèvre peut faire cinq à six années de lactation consécutives sans être mise à la reproduction », indique l’éleveur. La totalité du lait est transformée sur place. Carole, l’épouse de Michaël, s’en charge avec l’aide d’une salariée employée à mi-temps. Fabriqués à partir de lait cru, moulés à la louche, salés individuellement et agrémentés de différentes épices (pavot, poivre, cumin…), 80 % des fromages sont vendus frais. Les 20 % restants sont conservés entre 1 et 16 mois dans la cave d’affinage. « Mes parents ne vendaient que du frais. Mais les goûts évoluent. Aujourd’hui, il y a une demande pour du chèvre affiné. » La production est écoulée majoritairement dans le magasin à la ferme, ouvert les vendredi, samedi et dimanche et durant la semaine en été et pendant les vacances scolaires. 30 % des fromages sont vendus à des restaurants, à quelques magasins de producteurs et à six grandes surfaces. Michaël et Carole ne font pas de marché, préférant accueillir la clientèle à la ferme. « La vente directe, c’est beaucoup d’heures de travail : tous les dimanches, on bosse. Mais c’est aussi un choix de vie. »












