Stratégie
Plus d’autonomie pour plus de libertés
Stratégie
Publié le 13/06/2022
À Holtzwihr, la ferme Meyer se distingue par ses choix singuliers dans la conduite de l’exploitation. Vincent et Caroline ont fait le pari de la ration 100 % herbe, de la monotraite, mais aussi de la vente directe et du photovoltaïque.
Vincent Meyer s’est installé sur la ferme familiale en 1996 à Holtzwihr avec son père Gérard. Sa femme Caroline y est salariée depuis 15 ans. « Nous avons bossé comme des fous pour faire évoluer notre ferme, témoigne Vincent. Arrivé à 40 ans, j’ai voulu changer de système. L’exploitation est passée à la monotraite il y a quatre ans. Les autres options étaient soit d’acheter un robot soit d’employer un salarié. Même si je n’ai pas trouvé de ferme utilisant cette pratique dans le secteur, je me suis lancé. Après quelques jours d’adaptation, les vaches s’y sont faites. Cela s’est très bien passé. Et pour moi cela signifie une amélioration de notre qualité de vie. » Vincent a repris le foot et le tennis. Sa femme peut consacrer plus de temps à sa passion pour les chevaux. « J’y vois aussi un bienfait pour les vaches, car depuis trois ans, le vétérinaire n’a plus besoin de passer, sauf vêlage difficile. Les vaches tiennent longtemps : jusqu’à 8 lactations par vache. Les taux sont très bons. » Il y a cinq ans, Vincent arrête de produire du maïs ensilage. Cela signifie aussi la fin de l’irrigation. « Nos génisses sont en pâturage intégral du mois de mars à novembre. Les laitières pâturent d’avril à octobre à l’arrière de la ferme. Tous les deux jours, je leur apporte de l’affouragement vert et du foin à volonté. » La ration en hiver (de novembre à février) se compose d’ensilage d’herbe, de foin et de regain, de mars à avril de fourrage sec (foin de luzerne, foin de prairie naturelle et regain). En début de lactation, les bêtes reçoivent deux kilos par jour de méteil en salle de traite (2x4 en épis avec décrochage automatique). « Avant, nous élevions 25 génisses pour le renouvellement contre seulement quatre par an aujourd’hui. Presque toutes les vaches sont inséminées en blanc bleu belge. Les meilleures mères sont inséminées en semence sexée en holstein ou montbéliarde. » Ainsi une soixantaine de veaux blanc bleu naissent chaque année et sont vendus à trois semaines. Depuis le passage en monotraite, toutes les vaches se portent bien. Les vêlages ont lieu toute l’année. Yaourts : « Je pourrais produire dix fois plus » Dès 1997, Vincent décide de transformer une partie de sa production en yaourts. « Cela faisait des années que le prix du lait stagnait. Même si les premières années ont été difficiles, je ne regrette pas mon choix. Les débouchés sont nombreux. Je pourrais produire dix fois plus. » Mais ce n’est pas l’idée de l’éleveur. Il vend ses petits pots et gros seaux de yaourts aux particuliers les lundis, mardis, jeudis de 18 h 30 à 19 h et lors du marché de producteurs qui se tient tous les vendredis de 16 h à 19 h à la ferme. Le reste de la production part dans les écoles, périscolaires, magasins de producteurs, restaurants et pâtisseries (pour le lait surtout). Le passage en agriculture biologique a eu lieu en 2019. « Cette certification aurait pu arriver avant, mais je n’en voyais pas l’intérêt puisqu’avant cette date, aucune laiterie ne collectait de lait bio dans notre secteur. » Sur les 500 000 litres de lait de la référence, la ferme ne produit plus que 300 000 litres depuis le passage en monotraite. « On nous a pris pour des fous, mais finalement on gagne autant qu’avant, car nous valorisons bien notre production. On fonctionne de plus en plus de manière autonome. Sans achat à l’extérieur, le modèle économique est viable. Alors que je perçois 500 € pour 1 000 l de lait en coopérative, je vends 1 000 € les 1 000 l de lait en direct, 2 500 € les 1 000 l valorisés en faisselle, 2 700 € pour le fromage blanc, 4 000 € pour le yaourt nature et 6 000 € pour le yaourt aux fruits. » Les yaourts aux fruits sont réalisés à partir des fruits et arbres fruitiers de la ferme (rhubarbe, fraise, framboise, cerise, mirabelle, quetsche et coing). Les yaourts citron, mangue et noix de coco nécessitent des extraits naturels de fruits bio. « Lait, ferment, sucre et fruit sont les seuls ingrédients. » La production a lieu une fois par semaine. Les livraisons sont limitées à l’approvisionnement de la ferme Clarisse à Sigolsheim une fois par semaine et du collège de Fortschwihr, une fois par mois. La ferme adhère à une charte zéro déchet qui l’a fait opter pour un pot en PET réutilisable fabriqué par l’entreprise Plex, au sud de Lyon. « Nous incitons nos clients à venir avec leur propre contenant ou à nous rapporter les pots vides ». Dans la même logique d’autonomie de la structure, la ferme a fortement investi dans le photovoltaïque. La première installation est réalisée en 2009 avec 78 kWc (kilowatts crête, puissance électrique maximum dans des conditions standards). Puis en 2010 sont ajoutés 172 kWc. Enfin en 2020, le toit de l’atelier de réparation des tracteurs permet d’ajouter 19 kWc pour de l’autoconsommation et de la revente. À cela s’ajoutent des panneaux thermiques pour chauffer l’eau du laboratoire et de la maison d’habitation dix mois de l’année.












