Élevage

Inauguration du Domaine des Bufflonnes à Uhrwiller

La vache la première au pré lèche toute la rosée

Publié le 03/10/2022

Dimanche 4 septembre a eu lieu l’inauguration du bâtiment flambant neuf du Domaine des Bufflonnes à Uhrwiller, au nord du Bas-Rhin.

« À l’heure où l’élevage est critiqué de toutes parts, l’acte de produire pour nourrir devrait être le guide de tout projet », déclare Anne Sander, conseillère européenne, lors de son discours à l’occasion de la journée d’inauguration des nouveaux bâtiments d’élevage, de la fromagerie et du magasin du Domaine des Bufflonnes à Uhrwiller.     En 2018, les époux Christmann se lancent dans l’élevage de bufflonnes et la production de mozzarella. Au fil du temps, le cheptel grandit et les exploitants saisissent l’opportunité de louer un bâtiment laitier dans un village voisin, tout en conservant la transformation à Uhrwiller. Une organisation un peu compliquée au niveau logistique, qui amène Michaël et Sophie Christmann à investir dans un nouveau bâtiment pour tout regrouper sur un seul site : le bâtiment des bufflonnes, la fromagerie et le magasin de vente. Après cinq années de réflexions, de décisions, de difficultés, par moments, mais surtout de défis, les époux Christmann ont accompli la mission qu’ils se sont donnée : conceptualiser et faire construire leur outil de production en un temps imparti et en respectant le budget de 2,8 millions d’euros. Historiquement, ni Michaël, ni Sophie n’étaient voués à devenir chefs d’exploitation. Avant, Michaël Christmann partageait son temps de travail entre son poste de technicien territorial au SDEA et son troupeau de charolaises. Sophie, son épouse, était jusqu’à l’année dernière responsable du pôle documentation chez De Dietrich. « Ce site est bien plus qu’une infrastructure. C’est cinq ans de positionnement, de rendez-vous manqués, d’engagements forts, avec toutes les concessions et les sacrifices que cela implique », déclare Sophie Christmann.     Un projet visionnaire L'agricultrice a résumé les grandes étapes et le cheminement de leur projet qui a pu sembler farfelu aux yeux de certains. Elle a remercié, non sans émotion, sa famille, ses enfants, son entourage puis les professionnels. Elle n’a pas oublié de mentionner une éleveuse venue de loin, dont le drapeau breton signalait la présence. « Marissa, merci beaucoup de nous avoir confié tes bufflonnes à la suite de ta cession d’activité, pour soutenir notre projet », ajoute-t-elle. Le monde politique a également été mis en lumière. « Maintenant, je sais pourquoi je vais voter. En Alsace, on a des élus soucieux qui se déplacent. Ce sont les architectes du territoire et leur présence a été remarquée par des collègues venus d’autres régions. Merci d’avoir porté notre projet et d’avoir encouragé son développement », dit-elle en s’adressant aux nombreux élus présents. Les maires des communes d’Uhrwiller et Soucht se sont tous les deux exprimés au micro, suivis de Marc Moser, vice-président de la Safer Grand Est. « Nous avions 22 candidats, il a fallu n’en choisir qu’un pour ce dossier », raconte l’élu. La famille Christmann a su se démarquer avec son projet visionnaire. Toutes les compétences sont transversales Avec ces profils atypiques, le projet a été mené selon une approche industrielle plus qu’agricole. « Depuis que je suis dans le monde agricole via mon mari, j’ai pu me rendre compte d’une chose qui mérite d’être évoquée. Dans l’industrie, tous les secteurs d’activité sont scindés. Dans l’agricole, toutes les compétences sont transversales », explique Sophie Christmann. Lors de son intervention, Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère départementale, ajoute « aujourd’hui, pour être éleveur, il faut multiplier les casquettes. De l’innovation à la diversification et à l’accueil des clients locaux et touristiques, il faut savoir vendre et communiquer. Bravo à vous d’être des pionniers ». Elle illustre ses propos avec une citation : « La vache la première au pré lèche toute la rosée». Reste que cette vision des choses ajoute de grosses difficultés au chantier. Le bâtiment, d’une portée unique de 40 m, construit par Système Wolf, a été réfléchi pour travailler dans les meilleures conditions, tant physiques que sécuritaires pour le personnel. Conçu pour accueillir entre 50 et 60 bufflonnes en production, il est modifiable au gré des futurs projets. Aujourd’hui, le bâtiment abrite la totalité du cheptel, des productrices au renouvellement. Défi technique Pour chaque entreprise, ce projet a été un défi technique et a mobilisé différents corps de métier qui ont tous collaboré ensemble. En commençant par les fondations, la maçonnerie, le montage du bâtiment puis l’installation des équipements internes, il a fallu trouver une solution à chaque problème qui a pu se présenter. « Nous avons choisi trois entreprises sur le même secteur d’activité : le bloc traite. Les sociétés Wahl, Niess et Unicoolait ont réussi à travailler ensemble. À chaque difficulté, on a pu discuter avec les uns et les autres. Ils étaient impliqués au-delà de leur périmètre », affirme la maître d’œuvre. La salle de traite, pièce centrale dans un atelier laitier, a été faite sur mesure par l’entreprise Wahl. Les côtes ne sont pas les mêmes que pour une installation standard. Des renforts ont dû être placés sur certains montants pour éviter que la structure tubulaire ne bouge trop. Les bufflonnes n’ont pas le même comportement, la même sécrétion lactée, ni la même morphologie que d’autres vaches. Le public, venu nombreux, a pu se régaler autour d’un repas ombragé sous les tonnelles dont le service a été assuré par l’association « Kahle Burjerlewe » qui récolte des fonds pour l’enfance inadaptée. « Nous avons réussi à relever le défi de la mise en route. Le prochain objectif est d’atteindre la rentabilité de l’atelier », souligne Sophie Christmann.

Contrat de filière Aquaculture

Une production historique appelée à s’adapter

Publié le 03/10/2022

Le 19 septembre, le président de la Région Grand Est s’est rendu à la pisciculture Kohler à Friesen. Dans le nouveau bâtiment de transformation financé en partie par l’aide régionale, un contrat d’aide et de soutien aux producteurs de salmonidés et poissons d’étang a été signé.

Dans le Grand Est, l’aquaculture représente 15 pisciculteurs-négociants de poissons d’étang et 500 propriétaires-exploitants d’étang, soit 150 emplois directs. « En Alsace, il y a deux grands pisciculteurs spécialisés dans la carpe à Friesen, les autres producteurs sont orientés vers la production de truites avec 250 tonnes par an », détaille Yannick Jouan, animateur de la filière pour le Grand Est. Le précédent contrat de filière (2019-2021) a permis de financer 51 projets (dont 3 en Alsace) pour un montant total de 153 000 €.     Parmi les projets financés, il y a le nouvel atelier de transformation de la pisciculture Kohler. « C’est notre nouvel outil de travail depuis le 1er novembre 2021, explique Jean-Baptiste Stalder, propriétaire de la pisciculture Kohler. L’investissement de 400 000 euros est en partie financé par le fonds européen pour la pêche. Notre demande de remboursement est à l’arrêt depuis deux ans chez FranceAgriMer. » L’entreprise emploie 10 salariés pour une production de 40 à 50 tonnes de poissons par an, à 85 % de la carpe, grâce à une surface de 100 ha d’étangs. « Nos principaux clients sont les restaurants alentour sur la route de la carpe frite ». « Il faut nous laisser travailler » « La production de poissons d’étang est une tradition historique. Aujourd’hui, c’est un produit du terroir demandé », rappelle Jean Rottner. En effet, dès le Xe siècle, les abbayes ont fait construire des étangs piscicoles pour fournir du poisson les jours de Carême. La filière nécessite d’être accompagnée. « J’ai appris que votre matière première vient à 50 % de l’étranger, il faudrait inverser la tendance. » Durant la période chaude, la production ne suffit pas à répondre à la demande et les pisciculteurs sont contraints de se fournir en République tchèque. La filière peine à accroître sa production locale. Jean-Baptiste Stalder donne l’exemple d’un étang qu’il vient d’acquérir dans le Territoire de Belfort : « Alors que tout se passe bien avec l’administration haut-rhinoise, la communication est plus difficile avec le département voisin. La carpe souffre d’une mauvaise image : de prédateur des autres poissons. » L’autre concurrent de la filière piscicole est le cormoran : en 20 ans, la production a baissé de 30 %. Le contexte est défavorable et décourageant pour les jeunes souhaitant s’installer selon Lakhder Tamazouzt, président de la filière aquacole du Grand Est. Il ajoute : « Il faut nous laisser travailler. » Il reste cependant optimiste : « Ce deuxième contrat de filière (2022-2027) est un levier non négligeable pour les petites structures. Les financements de 10 000 euros concernent souvent des entreprises unipersonnelles ».

Publié le 30/09/2022

À Schopperten, près de Sarre-Union, Lionel Reeb élève des bovins salers pour leur viande. Une activité qui l’occupe à plein temps depuis qu’il a quitté son poste de formateur dans un CFPPA mosellan.

Installé depuis 2011 à Schopperten, en Alsace Bossue, Lionel Reeb a concilié pendant 10 ans l’élevage avec un emploi de formateur pour adultes au CFPPA de Courcelles-Chaussy, à une heure de chez lui. Côtoyer des personnes ayant un projet professionnel - celui de devenir responsable d’exploitation agricole - lui a beaucoup appris sur le plan professionnel comme sur le plan humain, dit-il. Son père prenant de l’âge, il quitte ses fonctions en juin 2021 pour revenir à 100 % sur l’exploitation. Celle-ci compte 215 ha, dont 70 % de prairies naturelles. Le reste de l’assolement comprend 30 ha de blé et de triticale, dont une partie du grain est vendue, et 35 ha de prairies temporaires. Depuis 2015, Lionel a augmenté la part des surfaces fourragères pour rester dans les contraintes de chargement de la MAE herbe, dont le mode de calcul a changé. « J’ai préféré réduire les céréales et garder la MAE, qui représente quand même une rentrée de 10 000 €/an, même si elle est plafonnée depuis deux ans », indique l’éleveur. Il ne regrette pas ce choix. « Maintenant que j’ai augmenté la part d’herbe, je suis tranquille en fourrage. » L’implantation de prairies temporaires apporte également des bénéfices agronomiques en coupant le cycle des adventices dans les terres labourables. Si le parcellaire a peu évolué depuis son installation, le cheptel, en revanche, est passé de 80 à 130 vaches allaitantes et leur suite. Contrairement à ses parents, Lionel engraisse quasiment tous ses animaux, d’où une charge de travail grandissante pour prendre soin des 350 bovins. Il sait qu’à l’avenir, il lui faudra trouver une solution pour y faire face. La conduite du troupeau a été modifiée, suite à un épisode de BVD (diarrhée virale bovine) intervenu au moment de son installation. « Avant, on avait deux périodes de vêlage : l’automne et le printemps. Avec la BVD, on n’a pas pu mettre à la reproduction les vaches tant qu’elles avaient un veau IPI avec elles. Résultat : on s’est retrouvé avec des vêlages décalés l’année d’après. » Lionel et son père en ont pris leur parti, constatant que l’étalement des vêlages et la création de lots homogènes ont aussi des avantages. « Cela permet de diluer la pression sanitaire donc on a moins de problèmes de santé. Mais c’est aussi un atout en termes de trésorerie, puisqu’on vend des animaux toute l’année », souligne l’éleveur. Un protocole sanitaire pour vacciner les bovins Lionel s’impose une grande rigueur dans la conduite des lots, afin de garder de bons résultats de reproduction. Avec 0,91 veau vivant à 210 jours/vache/an, il se situe au-dessus de la moyenne régionale des élevages allaitants. La mortalité des veaux se situe à 6 % : c’est un point sur lequel l’éleveur est particulièrement vigilant et qu’il souhaite encore améliorer. « L’étalement des vêlages est un levier pour réduire la mortalité. Quand on a un petit lot de veaux malades, on arrive mieux à le suivre. » Lionel a aussi mis en place un protocole sanitaire avec son vétérinaire pour vacciner les bovins contre les principales maladies. Ce protocole, réactualisé tous les ans, tient compte des dates de vêlage et des risques. « Je vaccine beaucoup plus qu’avant : contre la BVD, contre les diarrhées néonatales et ponctuellement contre les pneumonies. » La mort foudroyante de plusieurs broutards l’amène également à vacciner contre l’entérotoxémie. Cette politique contribue à réduire l’usage des antibiotiques, dont l’élevage n’était de toute façon pas un gros consommateur. L’EARL Rosylio est engagée dans plusieurs démarches de qualité qui lui assurent une meilleure valorisation de la viande : les femelles croisées, lorsqu’elles respectent le cahier des charges Prim’herbe (moins de 18 mois et plus de 290 kg de carcasse avec une alimentation à base d’herbe sans antibiotique et sans OGM), partent en filière qualité Carrefour, via l’Apal. Lionel en a placé 26 dans ce circuit l’an dernier, à 302 kg de carcasse en moyenne. 25 à 30 vaches de réforme partent annuellement en label rouge, ou sous label « Le goût de la proximité » vendu dans le rayon boucherie traditionnelle de plusieurs grandes surfaces de la région. Ces deux labels, qui ont chacun leur cahier des charges, assurent à l’éleveur une plus-value de 40 à 50 cts/kg de carcasse. Bien que les prix aient augmenté depuis un an et demi, quelle que soit la catégorie d’animaux, l’écart s’est resserré avec le cours de la viande standard. « Il y a deux ans, le différentiel était de l’ordre de 80 cts/kg de carcasse », constate Lionel. Malgré tout, il reste persuadé qu’ « il faut jouer le jeu. » Sa crainte réside toutefois dans la flambée des coûts de l’engrais, du carburant, mais aussi du matériel agricole, dont il ne sait jusqu’à quand elle va durer.

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