Élevage

Contrat de filière Aquaculture

Une production historique appelée à s’adapter

Publié le 03/10/2022

Le 19 septembre, le président de la Région Grand Est s’est rendu à la pisciculture Kohler à Friesen. Dans le nouveau bâtiment de transformation financé en partie par l’aide régionale, un contrat d’aide et de soutien aux producteurs de salmonidés et poissons d’étang a été signé.

Dans le Grand Est, l’aquaculture représente 15 pisciculteurs-négociants de poissons d’étang et 500 propriétaires-exploitants d’étang, soit 150 emplois directs. « En Alsace, il y a deux grands pisciculteurs spécialisés dans la carpe à Friesen, les autres producteurs sont orientés vers la production de truites avec 250 tonnes par an », détaille Yannick Jouan, animateur de la filière pour le Grand Est. Le précédent contrat de filière (2019-2021) a permis de financer 51 projets (dont 3 en Alsace) pour un montant total de 153 000 €.     Parmi les projets financés, il y a le nouvel atelier de transformation de la pisciculture Kohler. « C’est notre nouvel outil de travail depuis le 1er novembre 2021, explique Jean-Baptiste Stalder, propriétaire de la pisciculture Kohler. L’investissement de 400 000 euros est en partie financé par le fonds européen pour la pêche. Notre demande de remboursement est à l’arrêt depuis deux ans chez FranceAgriMer. » L’entreprise emploie 10 salariés pour une production de 40 à 50 tonnes de poissons par an, à 85 % de la carpe, grâce à une surface de 100 ha d’étangs. « Nos principaux clients sont les restaurants alentour sur la route de la carpe frite ». « Il faut nous laisser travailler » « La production de poissons d’étang est une tradition historique. Aujourd’hui, c’est un produit du terroir demandé », rappelle Jean Rottner. En effet, dès le Xe siècle, les abbayes ont fait construire des étangs piscicoles pour fournir du poisson les jours de Carême. La filière nécessite d’être accompagnée. « J’ai appris que votre matière première vient à 50 % de l’étranger, il faudrait inverser la tendance. » Durant la période chaude, la production ne suffit pas à répondre à la demande et les pisciculteurs sont contraints de se fournir en République tchèque. La filière peine à accroître sa production locale. Jean-Baptiste Stalder donne l’exemple d’un étang qu’il vient d’acquérir dans le Territoire de Belfort : « Alors que tout se passe bien avec l’administration haut-rhinoise, la communication est plus difficile avec le département voisin. La carpe souffre d’une mauvaise image : de prédateur des autres poissons. » L’autre concurrent de la filière piscicole est le cormoran : en 20 ans, la production a baissé de 30 %. Le contexte est défavorable et décourageant pour les jeunes souhaitant s’installer selon Lakhder Tamazouzt, président de la filière aquacole du Grand Est. Il ajoute : « Il faut nous laisser travailler. » Il reste cependant optimiste : « Ce deuxième contrat de filière (2022-2027) est un levier non négligeable pour les petites structures. Les financements de 10 000 euros concernent souvent des entreprises unipersonnelles ».

Publié le 30/09/2022

À Schopperten, près de Sarre-Union, Lionel Reeb élève des bovins salers pour leur viande. Une activité qui l’occupe à plein temps depuis qu’il a quitté son poste de formateur dans un CFPPA mosellan.

Installé depuis 2011 à Schopperten, en Alsace Bossue, Lionel Reeb a concilié pendant 10 ans l’élevage avec un emploi de formateur pour adultes au CFPPA de Courcelles-Chaussy, à une heure de chez lui. Côtoyer des personnes ayant un projet professionnel - celui de devenir responsable d’exploitation agricole - lui a beaucoup appris sur le plan professionnel comme sur le plan humain, dit-il. Son père prenant de l’âge, il quitte ses fonctions en juin 2021 pour revenir à 100 % sur l’exploitation. Celle-ci compte 215 ha, dont 70 % de prairies naturelles. Le reste de l’assolement comprend 30 ha de blé et de triticale, dont une partie du grain est vendue, et 35 ha de prairies temporaires. Depuis 2015, Lionel a augmenté la part des surfaces fourragères pour rester dans les contraintes de chargement de la MAE herbe, dont le mode de calcul a changé. « J’ai préféré réduire les céréales et garder la MAE, qui représente quand même une rentrée de 10 000 €/an, même si elle est plafonnée depuis deux ans », indique l’éleveur. Il ne regrette pas ce choix. « Maintenant que j’ai augmenté la part d’herbe, je suis tranquille en fourrage. » L’implantation de prairies temporaires apporte également des bénéfices agronomiques en coupant le cycle des adventices dans les terres labourables. Si le parcellaire a peu évolué depuis son installation, le cheptel, en revanche, est passé de 80 à 130 vaches allaitantes et leur suite. Contrairement à ses parents, Lionel engraisse quasiment tous ses animaux, d’où une charge de travail grandissante pour prendre soin des 350 bovins. Il sait qu’à l’avenir, il lui faudra trouver une solution pour y faire face. La conduite du troupeau a été modifiée, suite à un épisode de BVD (diarrhée virale bovine) intervenu au moment de son installation. « Avant, on avait deux périodes de vêlage : l’automne et le printemps. Avec la BVD, on n’a pas pu mettre à la reproduction les vaches tant qu’elles avaient un veau IPI avec elles. Résultat : on s’est retrouvé avec des vêlages décalés l’année d’après. » Lionel et son père en ont pris leur parti, constatant que l’étalement des vêlages et la création de lots homogènes ont aussi des avantages. « Cela permet de diluer la pression sanitaire donc on a moins de problèmes de santé. Mais c’est aussi un atout en termes de trésorerie, puisqu’on vend des animaux toute l’année », souligne l’éleveur. Un protocole sanitaire pour vacciner les bovins Lionel s’impose une grande rigueur dans la conduite des lots, afin de garder de bons résultats de reproduction. Avec 0,91 veau vivant à 210 jours/vache/an, il se situe au-dessus de la moyenne régionale des élevages allaitants. La mortalité des veaux se situe à 6 % : c’est un point sur lequel l’éleveur est particulièrement vigilant et qu’il souhaite encore améliorer. « L’étalement des vêlages est un levier pour réduire la mortalité. Quand on a un petit lot de veaux malades, on arrive mieux à le suivre. » Lionel a aussi mis en place un protocole sanitaire avec son vétérinaire pour vacciner les bovins contre les principales maladies. Ce protocole, réactualisé tous les ans, tient compte des dates de vêlage et des risques. « Je vaccine beaucoup plus qu’avant : contre la BVD, contre les diarrhées néonatales et ponctuellement contre les pneumonies. » La mort foudroyante de plusieurs broutards l’amène également à vacciner contre l’entérotoxémie. Cette politique contribue à réduire l’usage des antibiotiques, dont l’élevage n’était de toute façon pas un gros consommateur. L’EARL Rosylio est engagée dans plusieurs démarches de qualité qui lui assurent une meilleure valorisation de la viande : les femelles croisées, lorsqu’elles respectent le cahier des charges Prim’herbe (moins de 18 mois et plus de 290 kg de carcasse avec une alimentation à base d’herbe sans antibiotique et sans OGM), partent en filière qualité Carrefour, via l’Apal. Lionel en a placé 26 dans ce circuit l’an dernier, à 302 kg de carcasse en moyenne. 25 à 30 vaches de réforme partent annuellement en label rouge, ou sous label « Le goût de la proximité » vendu dans le rayon boucherie traditionnelle de plusieurs grandes surfaces de la région. Ces deux labels, qui ont chacun leur cahier des charges, assurent à l’éleveur une plus-value de 40 à 50 cts/kg de carcasse. Bien que les prix aient augmenté depuis un an et demi, quelle que soit la catégorie d’animaux, l’écart s’est resserré avec le cours de la viande standard. « Il y a deux ans, le différentiel était de l’ordre de 80 cts/kg de carcasse », constate Lionel. Malgré tout, il reste persuadé qu’ « il faut jouer le jeu. » Sa crainte réside toutefois dans la flambée des coûts de l’engrais, du carburant, mais aussi du matériel agricole, dont il ne sait jusqu’à quand elle va durer.

Maison Lucien Doriath à Soultz-les-Bains

Être en phase avec l’animal

Publié le 29/09/2022

À l’occasion des journées du patrimoine, des producteurs de foie gras ont ouvert leurs portes un peu partout en France pour faire découvrir leur métier et leur savoir-faire au grand public. La Maison Lucien Doriath, à Soultz-les-Bains, s’est prêtée au jeu.

Après avoir mené à bien des études scientifiques, Lucien Doriath était destiné à l’enseignement. Mais il a d’abord travaillé dans l’industrie agroalimentaire, plus précisément dans la filière volaille. Puis, il y a 35 ans, il a entamé une reconversion professionnelle. Lorsqu’il a annoncé à sa grand-mère son intention de se lancer dans l’élevage de canards gras, ce fut la surprise ! « Ma grand-mère gavait des oies à Drusenheim, une centaine par an. Elle avait acquis un sacré savoir-faire. Quand je lui ai demandé des conseils, elle s’est tue. Elle a réfléchi. Puis, après un long moment, elle m’a dit : « Si tu te mets en phase avec l’animal, alors tu réussiras à avoir des produits de qualité. » J’ai mis deux ans à comprendre ce qu’elle voulait dire par là. Mais elle avait parfaitement raison », raconte Lucien Doriath à la fin de la visite, lorsque les explications techniques cèdent le pas aux anecdotes. Au début, face aux visiteurs, Lucien Doriath s’est montré prudent. Il a demandé à chacun (un couple dont monsieur cuisine régulièrement du foie gras, et des voisines venues en savoir plus sur ce qui se passe dans l’enceinte de l’entreprise), son état d’esprit vis-à-vis du gavage et du foie gras. C’est la curiosité qui domine. Aussi, Lucien Doriath se lance dans les explications, en commençant par des rappels de physiologie animale : « Les palmipèdes sont capables de stocker de l’énergie dans leur corps en vue des migrations. C’est un phénomène naturel que l’homme a poussé », introduit-il. Sans la main de l’homme, un foie peut atteindre quelque 200 g, le gavage permet d’aller jusqu’à plus de 500 g. Mais pour en arriver là, il faut « des athlètes au départ » et « il n’y a pas de retour en arrière possible, contrairement au phénomène naturel ». Les canards ont la clim Lucien Doriath explique ensuite ses choix d’entrepreneur. Pour la race d’abord. Alors que la plupart des élevages de canards gras utilisent des canards mulards (un hybride stérile issu du croisement de deux espèces de canard, particulièrement productif), il a fait le choix du canard de Barbarie. Il explique : « Ce canard donne une viande et un foie gras de meilleures qualités organoleptiques que le mulard. Mais, pour que l’élevage soit rentable, nous avons dû investir pour que les canards évoluent dans des conditions optimales. » Ainsi, ils sont gavés dans une salle climatisée. Les préserver des fluctuations thermiques saisonnières permet aussi de produire du foie gras toute l’année afin d’alimenter régulièrement le magasin de vente directe. Autre avantage du canard de Barbarie : tout l’animal est valorisable. Ainsi, pas moins d’une centaine de déclinaisons autour de la viande de canard sont élaborées dans les ateliers de la maison Doriath. À noter aussi que les femelles mulardes ne sont pas valorisées, alors que les canards de Barbarie femelles sont valorisées en cannes à rôtir. Produits normalement en Vendée (lire aussi en page 2-3), les canetons sont ensuite élevés jusqu’à l’âge adulte par trois éleveurs situés en Alsace et à la frontière lorraine. « Ils ont chacun investi plusieurs milliers d’euros pour assurer de bonnes conditions d’élevage aux canards », souligne Lucien Doriath. À leur arrivée à Soultz-les-Bains, les canards sont pesés, car leur alimentation sera adaptée à leur poids de départ, au gré de trois phases : démarrage, croissance et finition. Les canards sont répartis par quinze dans des cages de 3 m sur 1 m, disposées dans deux salles de gavage. « Pour renouveler l’air en oxygène sans créer de courant d’air, un flux d’air traité à l’ozone circule dans les bâtiments. Les bactéries, les virus et les molécules responsables des odeurs sont ainsi détruits ». En phase de gavage, les canards sont nourris matin et soir avec du maïs toasté, broyé, et mélangé à de l’eau tiède. L’opération mobilise quatre personnes, à raison de six heures par jour. « L’opérateur s’assied sur un siège dans une cage. Il prend chaque canard entre ses jambes pour les gaver un à un avec une canule », décrit Lucien Doriath. Chaque semaine, le mercredi, 700 canards sont abattus. Le jeudi est consacré à l’élaboration du foie gras. Les jours suivants à la découpe et à la transformation du reste de la carcasse. Des projets en attente Lucien Doriath met un point d’honneur à valoriser tout ce que donnent les animaux : les fientes fertilisent des champs, les plumes sont vendues en Allemagne. À terme, Lucien Doriath et son fils Mickaël, qui reprend l’affaire, aimeraient agrandir le magasin et y vendre des oreillers et des couettes fabriqués avec les plumes de leurs canards. Mais avec la grippe aviaire et l’augmentation des prix, le projet est en stand-by. « Le prix de l’alimentation des canards est passé de 380 à 580 €/t, illustre Lucien Doriath. De notre côté, nous avons augmenté nos tarifs de 5 %, sans être sûrs que cela suffise à faire face. » L’avenir de l’affaire, qui emploie 25 salariés, dépendra donc aussi des consommateurs et de leurs priorités à budgets contraints.

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