Élevage

La race montbéliarde en Suisse

Histoire d’une vache de caractère

Publié le 13/08/2022

Elle porte un nom bien français, mais trouve ses origines en Suisse, dans le canton de Berne. La montbéliarde a, au fil des siècles, séduit les éleveurs de part et d’autre de la frontière. À travers son histoire, parfois rocambolesque, on comprend la passion qui entoure la belle tachetée.

La montbéliarde trouve ses racines au XVIIe siècle, dans les montagnes bernoises. Des éleveurs mennonites de la région, fuyant les persécutions religieuses, s’installent en Pays de Montbéliard, emportant avec eux leurs troupeaux de race simmental. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les éleveurs ne se soucient guère de la race de leurs bovins. Ce qui compte alors, c’est la capacité de la bête à produire le lait nécessaire pour faire vivre les familles. L’apparition de la sélection génétique change la donne. L’appellation « montbéliarde » apparaît pour la première fois en 1872 à la foire de Couthenans en Haute-Saône. Les mennonites l’appelaient jusqu’ici la « race d’Alsace », mais l’annexion de la région par l’Allemagne rend la dénomination moins attrayante. En France, la montbéliarde est officiellement reconnue et inscrite sur le registre officiel des races françaises par le ministre de l'Agriculture en 1889. La nuit du 12 mai 1967 En Suisse, l’histoire de la montbéliarde est plus tourmentée. En effet, l’insémination artificielle bovine est longtemps interdite chez les Helvètes. Et c’est seulement en 1966 qu’est créée la fédération des sélectionneurs de bétail bovin. Quelques mois plus tard, des dissidents vaudois tentent de se procurer des semences de montbéliardes auprès de leurs voisins francs-comtois. L’histoire raconte que dans la nuit du 12 mai 1967, ils traversent la frontière, en toute illégalité, afin de ramener le précieux trésor. Un événement qui mènera finalement à l’obtention de la légalisation de la race. Cet acharnement résonne aujourd’hui avec la passion des éleveurs suisse. C’était le « Far West », version suisse évidemment, racontent les éleveurs venus témoigner devant de leurs confrères alsaciens*.     Aujourd’hui, l’Usem, l’union suisse des éleveurs de la race montbéliarde, travaille au développement de la race. Un engagement porteur puisque c’est une des seules qui progresse encore dans le pays, et ce de manière considérable. La répartition des élevages est néanmoins hétérogène, et les cantons de Vaud, de Neuchâtel et du Jura prédominent. Comme en France, la montbéliarde se plaît dans les régions vallonnées ou montagneuses, ce qui n’est pas sans rapport avec sa réputation. Elle est connue pour être fonctionnelle, robuste, bonne travailleuse et moins demandeuse d’attentions que d’autres races. Ses trayons supplémentaires sont un atout de plus, tout comme le gène sans corne. Le génotypage est quant à lui plutôt en retard comparé à la France. Malgré tout ces attraits, en Suisse, on lui préfère souvent la red holstein, la référence, témoigne Éric Gerber, juge à Habsheim et éleveur à Vendlincourt. Et il est vrai que, en Suisse allemande particulièrement, on lui reproche souvent d’être caractérielle. Une race mieux valorisée Le pays sait néanmoins tirer le meilleur de la race. Elle est d’ailleurs bien mieux valorisée qu’en France. Sa mixité permet une très bonne valorisation des veaux et des vaches de réforme. En Suisse, le pâturage – qui représente 70 % de la SAU du pays - est également bien ancré et valorisé grâce à une large production fromagère : AOP Gruyère, Tête de moine… S’ajoutent à cela un lait mieux rémunéré et des primes diverses qui existent pour saluer la qualité du produit. Un aspect qui a de quoi interpeller les éleveurs français. Il faut dire que si leurs homologues suisses sont particulièrement protégés par l’État, les contreparties sont des coûts de production bien plus élevés et une réglementation importante, que ce soit en matière de bien-être animal ou de régularité de la production. « Il faut aller au bout de la comparaison, insistent les Suisses. Même s’il faut admettre que l’élevage suisse est mieux soutenu qu’ailleurs. »

Publié le 12/08/2022

Ce dimanche 7 août a eu lieu la 5e édition de la fête des bergers à Preuschdorf. Après une trêve forcée, le public s’est fait une joie de se rendre dans le Parc régional des Vosges du Nord. Au programme, visite de la ferme Huchot avec ses différents ateliers de production et le magasin de vente directe et présentation du projet de valorisation de la laine Mos-Laine.

Les festivités ont débuté sur le site avec le défilé des bergers. Habillés de leurs bottes en cuir, de leur longue tunique noire et coiffés de leur chapeau, les bergers ont déambulé sur la route départementale, devant les yeux ébahis des spectateurs. Le troupeau de brebis était guidé par un trio de tête, à savoir Maurice, Stéphane et Florian Huchot. Cette belle image multigénérationnelle a permis de montrer au public que le pastoralisme ovin n’est pas tombé aux oubliettes. À la fin du peloton, la marche était fermée par d’autres bergers qui poussaient les brebis en avant. Du moins bon comme du bon… Mais Tristan Apfel, le président des JA du canton de Woerth, déplore la dégénérescence de l’agriculture dans ce territoire où le faible potentiel des sols n’aide pas. « Il y a de moins en moins d’actifs. Notre secteur compte des exploitations en polyculture-élevage, mais beaucoup sont des doubles actifs. Avec la profession, on essaie de trouver des solutions pour s’installer. Il ne faut pas nous laisser tomber », lance-t-il. Frédéric Bernhard surenchérit : « Dans les cinq prochaines années, on va encore perdre en effectif. Initialement, l’activité principale était le lait, mais elle s’affaiblit à grande vitesse. La diversification se développe petit à petit sur le territoire, avec des ateliers ovins, des poules. Un peu de maraîchage a également commencé mais cette culture est touchée de plein fouet par la problématique de l’eau. » Selon Virginie Ebner, présidente du Syndicat ovin, la ferme Huchot prouve qu’il est possible de vivre de cette activité et ce, sur plusieurs générations. Aujourd’hui, 80 éleveurs adhèrent au syndicat, mais les effectifs sont en perdition comme dans la plupart des régions françaises. « On essaie de redynamiser la filière, avec le concours des Ovinpiades, destiné aux élèves des lycées agricoles. Avec Cobevim, ce sont des acteurs majeurs qui nous soutiennent dans la promotion de notre filière », reconnaît-elle. Sécheresse et prédateurs sont les principales préoccupations Les inquiétudes étaient tournées vers la sécheresse et la prédation. Les produits sont commercialisés grâce au débouché Agneau terroir d’Alsace créé en 2012, à hauteur de 7 500 agneaux par an. Le cours de l’agneau n’a jamais été aussi haut, mais les charges qui augmentent et la sécheresse qui n’en finit pas appauvrissent les marges. « Il va falloir rentrer les agneaux d’herbe en bergerie, et les nourrir en entamant les stocks d’hiver », constate amèrement la présidente du Syndicat. Stéphane Ermann a pris la parole en tant que représentant du comité Élevage Grand Est. Il annonce que le plan loup a coûté 30 millions d’euros au contribuable. L’introduction du loup représente toujours plus de travail pour l’éleveur. Les dégâts sont constatés : 16 victimes auraient été recensées dans le Bas-Rhin depuis le début de l'année. « Le lynx est plus sournois. À l’heure qu’il est, on est incapable d’identifier clairement les dégâts causés par ce prédateur », reprend-il. D’après la présidente du syndicat, si les pouvoirs publics ne font rien, le pastoralisme sera en danger, tout comme les paysages français. Une filière laine enfin de retour sur le territoire ? Du côté des bonnes nouvelles, le projet Mos-Laine a été présenté au grand jour. L’impulsion a été donnée en Moselle, mais le périmètre s’étend sur le Grand Est, pour des questions de volume. Ce projet de valorisation de la laine s’inscrit dans un programme transfrontalier. « La laine, ce n’est pas un déchet. Sa tonte permet de favoriser le bien-être animal des brebis. Leur élevage préserve les prairies, qui sont des stocks de carbone », explique Stéphane Ermann. Ce cercle vertueux permet de construire cette filière qui comprend de nombreux atouts. Toutes les laines, de toutes les races seront utilisées selon un principe : l’éleveur n’est pas la variable d’ajustement. Ce projet de 3,4 millions d’euros a pour but de lancer une usine de feutrage à Bataville, en Moselle, pour la production de panneaux isolants et d’articles en feutre. La construction aurait dû être achevée en 2023, mais vu la conjoncture actuelle, la livraison sera retardée. Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère d’Alsace, salue l’initiative. « Je suis très contente d’entendre que ce projet se monte autour de la valorisation de la laine, matière noble et qualitative. Bravo aux bénévoles, les bras de l’ombre, pour tous leurs efforts », conclut l’élue. Sur les coups de midi, la trentaine de bénévoles présents pour l’évènement s’est activée pour servir l’assiette du berger, remplie de produits locaux dont l’agneau était la pièce maîtresse. Les visiteurs ne sont pas rentrés chez eux la faim au ventre. Un dessert lacté tout droit venu de la fromagerie a terminé le repas. En tout, 700 repas ont été servis, et autant de grillades vendues.     À partir de 17 heures, les fours ont crépité en vue de la cuisson des tartes flambées et pizzas. Les enfants ont pu s’amuser sur la structure gonflable et faire une course de tracteurs à pédales. Les glaces de la ferme ont fait carton plein, pour les petits comme les grands. Des démonstrations de chien de troupeau, de tonte, l’exposition du parc matériel et le marché des producteurs ont permis aux visiteurs de fermer la boucle de cette belle journée. Les messages ont été passés : l’élevage ovin en a assez d’être la cinquième roue du carrosse. La fête des bergers et les différents projets du moment veulent inverser cette tendance et montrer au plus grand nombre que l’élevage ovin a toute sa place en Alsace.

Alsace Lait - Lidl

Un partenariat et un engagement

Publié le 25/06/2022

Vendredi 17 juin, les huiles d’Alsace Lait et de Lidl se sont retrouvées à Hochfelden, à l’EARL des Cigognes - Winckel, pour concrétiser le lancement d’un partenariat entre le transformateur et le distributeur. Objet de ce partenariat : la distribution d’un lait mieux payé pour les producteurs dans les supermarchés Lidl du Grand Est.

Alors que la température extérieure n’en finit pas de monter, les vaches de Luc et Laura Winckel vaquent tranquillement à leurs occupations : certaines dégustent leur ration, d’autres vont à la traite dans le robot, il y a celles qui se promènent dans les allées, et celles qui préfèrent se prélasser dans leurs logettes. Mais toutes, sans exception, font le choix de rester dans le bâtiment plutôt que d’aller au pâturage, pourtant accessible. Bien conçue, l’étable est aérée, ombragée, et équipée d’un système de brumisation, alors que les 7,2 ha de terres labourables transformés en prairie pour bénéficier du label Lait de pâturage, sont en plein cagnard. Pas folles, les bêtes. Contrat tripartite L’arrivée d’une vingtaine de personnes ne semble pas les perturber plus que cela. Parmi elles figure Delphine Fournier, responsable commerciale pour Alsace Lait. Elle explique la nature du partenariat pour du lait « engagé » qui lie les parties prenantes. « Lidl est un client d’Alsace Lait depuis 30 ans. L’enseigne nous achète des produits Alsace Lait, et nous élaborons des produits vendus sous leur marque de distributeur », pose-t-elle. À ces deux relations de base s’en ajoute une nouvelle : Alsace Lait a élaboré une brique de lait UHT « engagé », sous la marque Alsace Lait, dans un packaging mis en oeuvre exclusivement pour Lidl, et qui sera commercialisé dans le cadre d’un accord de prix garanti à 425 €/1 000 l. Autre clause du contrat : une exclusivité d’un an avec Lidl pour ce produit. Ensuite, il pourra être décliné pour les autres enseignes de la grande distribution. En effet, Alsace Lait souhaite développer ces contrats tripartites entre producteurs, transformateurs et distributeurs qui permettent de mieux valoriser le lait. Le contrat concerne 500 000 litres de lait, soit pas grand-chose au regard des 150 Ml de lait collectés par Alsace Lait. Mais c’est un symbole, un signal, qui marque la volonté d’Alsace Lait de développer de tels partenariats pour mieux valoriser le lait de la coopérative, et de certains acteurs de la distribution de commercialiser des produits plus responsables. Les consommateurs, eux, ont la possibilité de choisir un lait collecté localement et qui aboutit à une meilleure paie du lait pour les producteurs. Le choix d’un lait local et équitable Michel Biero, patron de Lidl France, se balade avec sa bonne humeur dans les allées de l’étable. Il porte fièrement les couleurs de l’enseigne de distribution, et se présente comme « alsacien et fier de l’être » (il est né à Meistratzheim). Après avoir œuvré à la montée en gamme de l’enseigne, son cheval de bataille est la juste rémunération des producteurs. Une bataille engagée suite au saccage de magasins Lidl par des agriculteurs, en 2014. « J’en ai eu assez d’avoir à payer des réparations. Alors j’ai rencontré des éleveurs de porcs, j’ai travaillé avec eux, et nous avons mis en place des démarches tripartites », explique-t-il. Déjà, les 700 Ml de lait achetés par Lidl (tout confondu, lait brut mais aussi lait transformé) sont payés au minimum 400 €/1 000 l. « Je me bats pour qu’il n’y ait plus de lait vendu sous 70 cts/l », affirme celui qui a déjà fait en sorte que, dans les 1 600 magasins Lidl, les consommateurs aient la possibilité d’acheter du porc, du bœuf et du lait produits en France, et rémunérés de manière « équitable ». Ce créneau « responsable » représente « 20 à 25 % du business » sur ces segments de marché. « Personnellement, je pense qu’il faut agir pour sauver l’élevage, qui va mal. Lidl se porte bien, même si on paie du lait un peu plus cher. Et je n’ai plus de dégâts dans mes magasins », conclut-il.

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