Élevage

Concours national de la race vosgienne à Rambervillers

Un retour tant attendu

Publié le 01/09/2022

Les 3 et 4 septembre, se tiendra le concours national de la race vosgienne à Rambervillers. Un rendez-vous important pour les éleveurs et amoureux de la race qui n’avait pas eu lieu depuis 2016 ! Éleveurs et organisateurs sont d’autant plus motivés à rendre cette édition mémorable. Nicole Bloc, directrice de l’Organisme de sélection de la race vosgienne, présente le concours à venir. Un article de notre consoeur du Paysan Vosgien, Marion Falibois.

À quand remonte la dernière édition du concours national de la race vosgienne ? Nicole Bloc : « Le concours existe depuis de nombreuses années. La dernière édition dans les Vosges avait eu lieu en 2008 dans le cadre d’Eurogénétique, la grande manifestation d’élevage national qui se tenait au Parc des expositions à Épinal. Depuis, le concours s’est déplacé dans différents départements : Haut-Rhin, Bas-Rhin… Cette année, le concours devait avoir lieu soit en Haute-Saône soit dans les Vosges. L’opportunité de se caler avec le comice de Rambervillers nous a paru intéressante, c’est pour cela que le concours national de la race aura lieu à Rambervillers dans le cadre du comice. »   Comment a été organisée cette édition de reprise ? « Comme toutes les manifestations d’élevage, le concours a été annulé pendant deux ans à cause du contexte sanitaire. C’est pour cela que dès que nous avons senti une opportunité de reprendre en 2022 avec le comice de Rambervillers dans les Vosges nous avons saisi l’occasion. L’organisation et le programme se sont faits en concertation. D’emblée, les organisateurs du comice, que je remercie au passage, ont fait une large place à la vosgienne car quasi 100 % des vaches présentes seront de race vosgienne. Nous avons travaillé ensemble, bien sûr, mais l’organisation spécifique du concours est complètement sous la houlette de l’Organisme de sélection de la race vosgienne. Le comice gère, de son côté, toute la foire commerciale et le Houblon’art. »     Combien y a-t-il d’inscrits ? « Il y a environ 25 éleveurs de quatre départements différents qui sont inscrits : dix des Vosges, douze du Haut-Rhin, un du Bas-Rhin et deux de Haute-Saône. Les chiffres ne sont pas encore totalement figés car les éleveurs déclarent d’abord les animaux, des contrôles sanitaires sont ensuite effectués et des aléas comme la sécheresse, les mauvais vêlages ou autre peuvent faire qu’un animal déclaré peut finalement ne pas être apte à participer. Nous estimons donc qu’une centaine d’animaux seront présents. Il est important de dire aussi que la vosgienne se montrera sous sa double facette : race laitière et race allaitante. »   Quelle est la composition du jury ? « Deux juges spécialisés officieront dans chaque type de production. Le juge des sections laitières sera Mickael Fillion-Robin, éleveur de vaches abondance à Domancy (74), pays du Mont-Blanc, en production de lait à reblochon. Le juge des sections allaitantes sera Christian Asna, éleveur installé en Gaec à Castex (09) avec 200 mères gasconnes des Pyrénées. »   Sur quels critères seront évalués les animaux ? « Bien sûr pour le lait et pour la viande, les critères sont différents. Pour le lait, la quantité et la qualité comptent, surtout pour une race comme la vosgienne qui est une race de montagne et fromagère, il est donc important qu’elle ait un lait riche et fromageable. Et puis, il y a la conformation, c’est-à-dire la morphologie de l’animal qui est prise en compte par les juges avec des critères tels que la taille, la profondeur et notamment la qualité de mamelle. Les vaches sont évaluées sur une quarantaine de postes de morphologie. Les critères sont très précis. Les jugements se font par sections établies selon les catégories d’âge. En tout il y a huit sections : veaux, génisses, vaches taries, vaches en 1re, 2e, 3e, 4e et 5e lactation et plus. »     Quelles sont les spécificités de ce concours national ? « Au-delà des aspects très techniques, finalement, c’est avant tout une occasion conviviale pour les éleveurs de se retrouver et d’échanger. Nous connaissons un été difficile avec la sécheresse, etc. Il est important de ne pas rester isolé. Ces moments de convivialité très sympathiques avec les échanges, les repas entre éleveurs et leurs partenaires, sont très appréciés. »   Quels sont les enjeux pour les éleveurs de vosgiennes actuellement ? « Les éleveurs de vosgiennes, qu’ils soient laitiers ou allaitants, sont par définition des éleveurs de montagne avec leurs problématiques spécifiques. Cette année, les questions d’approvisionnement en eau et en fourrage sont particulièrement sensibles, et le seront sûrement encore plus dans les prochaines années. »   Quelle a été la réaction des éleveurs à l’annonce du concours ? « Beaucoup d’éleveurs sont des fermiers aubergistes et vont fermer leur auberge le week-end du concours pour pouvoir venir, cela montre leur engagement. C’est aussi une spécificité de la race que d’être garante de certaines traditions auxquelles les éleveurs sont attachés, comme le pastoralisme et la transhumance. Cette année, comme nous nous sommes adossés au comice de Rambervillers, la date était imposée. Ce n’est pas une période idéale pour que les éleveurs puissent se libérer mais ils ont répondu présents malgré tout et c’est une belle preuve de leur motivation ! »    

La race montbéliarde en Suisse

Histoire d’une vache de caractère

Publié le 13/08/2022

Elle porte un nom bien français, mais trouve ses origines en Suisse, dans le canton de Berne. La montbéliarde a, au fil des siècles, séduit les éleveurs de part et d’autre de la frontière. À travers son histoire, parfois rocambolesque, on comprend la passion qui entoure la belle tachetée.

La montbéliarde trouve ses racines au XVIIe siècle, dans les montagnes bernoises. Des éleveurs mennonites de la région, fuyant les persécutions religieuses, s’installent en Pays de Montbéliard, emportant avec eux leurs troupeaux de race simmental. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les éleveurs ne se soucient guère de la race de leurs bovins. Ce qui compte alors, c’est la capacité de la bête à produire le lait nécessaire pour faire vivre les familles. L’apparition de la sélection génétique change la donne. L’appellation « montbéliarde » apparaît pour la première fois en 1872 à la foire de Couthenans en Haute-Saône. Les mennonites l’appelaient jusqu’ici la « race d’Alsace », mais l’annexion de la région par l’Allemagne rend la dénomination moins attrayante. En France, la montbéliarde est officiellement reconnue et inscrite sur le registre officiel des races françaises par le ministre de l'Agriculture en 1889. La nuit du 12 mai 1967 En Suisse, l’histoire de la montbéliarde est plus tourmentée. En effet, l’insémination artificielle bovine est longtemps interdite chez les Helvètes. Et c’est seulement en 1966 qu’est créée la fédération des sélectionneurs de bétail bovin. Quelques mois plus tard, des dissidents vaudois tentent de se procurer des semences de montbéliardes auprès de leurs voisins francs-comtois. L’histoire raconte que dans la nuit du 12 mai 1967, ils traversent la frontière, en toute illégalité, afin de ramener le précieux trésor. Un événement qui mènera finalement à l’obtention de la légalisation de la race. Cet acharnement résonne aujourd’hui avec la passion des éleveurs suisse. C’était le « Far West », version suisse évidemment, racontent les éleveurs venus témoigner devant de leurs confrères alsaciens*.     Aujourd’hui, l’Usem, l’union suisse des éleveurs de la race montbéliarde, travaille au développement de la race. Un engagement porteur puisque c’est une des seules qui progresse encore dans le pays, et ce de manière considérable. La répartition des élevages est néanmoins hétérogène, et les cantons de Vaud, de Neuchâtel et du Jura prédominent. Comme en France, la montbéliarde se plaît dans les régions vallonnées ou montagneuses, ce qui n’est pas sans rapport avec sa réputation. Elle est connue pour être fonctionnelle, robuste, bonne travailleuse et moins demandeuse d’attentions que d’autres races. Ses trayons supplémentaires sont un atout de plus, tout comme le gène sans corne. Le génotypage est quant à lui plutôt en retard comparé à la France. Malgré tout ces attraits, en Suisse, on lui préfère souvent la red holstein, la référence, témoigne Éric Gerber, juge à Habsheim et éleveur à Vendlincourt. Et il est vrai que, en Suisse allemande particulièrement, on lui reproche souvent d’être caractérielle. Une race mieux valorisée Le pays sait néanmoins tirer le meilleur de la race. Elle est d’ailleurs bien mieux valorisée qu’en France. Sa mixité permet une très bonne valorisation des veaux et des vaches de réforme. En Suisse, le pâturage – qui représente 70 % de la SAU du pays - est également bien ancré et valorisé grâce à une large production fromagère : AOP Gruyère, Tête de moine… S’ajoutent à cela un lait mieux rémunéré et des primes diverses qui existent pour saluer la qualité du produit. Un aspect qui a de quoi interpeller les éleveurs français. Il faut dire que si leurs homologues suisses sont particulièrement protégés par l’État, les contreparties sont des coûts de production bien plus élevés et une réglementation importante, que ce soit en matière de bien-être animal ou de régularité de la production. « Il faut aller au bout de la comparaison, insistent les Suisses. Même s’il faut admettre que l’élevage suisse est mieux soutenu qu’ailleurs. »

Publié le 12/08/2022

Ce dimanche 7 août a eu lieu la 5e édition de la fête des bergers à Preuschdorf. Après une trêve forcée, le public s’est fait une joie de se rendre dans le Parc régional des Vosges du Nord. Au programme, visite de la ferme Huchot avec ses différents ateliers de production et le magasin de vente directe et présentation du projet de valorisation de la laine Mos-Laine.

Les festivités ont débuté sur le site avec le défilé des bergers. Habillés de leurs bottes en cuir, de leur longue tunique noire et coiffés de leur chapeau, les bergers ont déambulé sur la route départementale, devant les yeux ébahis des spectateurs. Le troupeau de brebis était guidé par un trio de tête, à savoir Maurice, Stéphane et Florian Huchot. Cette belle image multigénérationnelle a permis de montrer au public que le pastoralisme ovin n’est pas tombé aux oubliettes. À la fin du peloton, la marche était fermée par d’autres bergers qui poussaient les brebis en avant. Du moins bon comme du bon… Mais Tristan Apfel, le président des JA du canton de Woerth, déplore la dégénérescence de l’agriculture dans ce territoire où le faible potentiel des sols n’aide pas. « Il y a de moins en moins d’actifs. Notre secteur compte des exploitations en polyculture-élevage, mais beaucoup sont des doubles actifs. Avec la profession, on essaie de trouver des solutions pour s’installer. Il ne faut pas nous laisser tomber », lance-t-il. Frédéric Bernhard surenchérit : « Dans les cinq prochaines années, on va encore perdre en effectif. Initialement, l’activité principale était le lait, mais elle s’affaiblit à grande vitesse. La diversification se développe petit à petit sur le territoire, avec des ateliers ovins, des poules. Un peu de maraîchage a également commencé mais cette culture est touchée de plein fouet par la problématique de l’eau. » Selon Virginie Ebner, présidente du Syndicat ovin, la ferme Huchot prouve qu’il est possible de vivre de cette activité et ce, sur plusieurs générations. Aujourd’hui, 80 éleveurs adhèrent au syndicat, mais les effectifs sont en perdition comme dans la plupart des régions françaises. « On essaie de redynamiser la filière, avec le concours des Ovinpiades, destiné aux élèves des lycées agricoles. Avec Cobevim, ce sont des acteurs majeurs qui nous soutiennent dans la promotion de notre filière », reconnaît-elle. Sécheresse et prédateurs sont les principales préoccupations Les inquiétudes étaient tournées vers la sécheresse et la prédation. Les produits sont commercialisés grâce au débouché Agneau terroir d’Alsace créé en 2012, à hauteur de 7 500 agneaux par an. Le cours de l’agneau n’a jamais été aussi haut, mais les charges qui augmentent et la sécheresse qui n’en finit pas appauvrissent les marges. « Il va falloir rentrer les agneaux d’herbe en bergerie, et les nourrir en entamant les stocks d’hiver », constate amèrement la présidente du Syndicat. Stéphane Ermann a pris la parole en tant que représentant du comité Élevage Grand Est. Il annonce que le plan loup a coûté 30 millions d’euros au contribuable. L’introduction du loup représente toujours plus de travail pour l’éleveur. Les dégâts sont constatés : 16 victimes auraient été recensées dans le Bas-Rhin depuis le début de l'année. « Le lynx est plus sournois. À l’heure qu’il est, on est incapable d’identifier clairement les dégâts causés par ce prédateur », reprend-il. D’après la présidente du syndicat, si les pouvoirs publics ne font rien, le pastoralisme sera en danger, tout comme les paysages français. Une filière laine enfin de retour sur le territoire ? Du côté des bonnes nouvelles, le projet Mos-Laine a été présenté au grand jour. L’impulsion a été donnée en Moselle, mais le périmètre s’étend sur le Grand Est, pour des questions de volume. Ce projet de valorisation de la laine s’inscrit dans un programme transfrontalier. « La laine, ce n’est pas un déchet. Sa tonte permet de favoriser le bien-être animal des brebis. Leur élevage préserve les prairies, qui sont des stocks de carbone », explique Stéphane Ermann. Ce cercle vertueux permet de construire cette filière qui comprend de nombreux atouts. Toutes les laines, de toutes les races seront utilisées selon un principe : l’éleveur n’est pas la variable d’ajustement. Ce projet de 3,4 millions d’euros a pour but de lancer une usine de feutrage à Bataville, en Moselle, pour la production de panneaux isolants et d’articles en feutre. La construction aurait dû être achevée en 2023, mais vu la conjoncture actuelle, la livraison sera retardée. Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère d’Alsace, salue l’initiative. « Je suis très contente d’entendre que ce projet se monte autour de la valorisation de la laine, matière noble et qualitative. Bravo aux bénévoles, les bras de l’ombre, pour tous leurs efforts », conclut l’élue. Sur les coups de midi, la trentaine de bénévoles présents pour l’évènement s’est activée pour servir l’assiette du berger, remplie de produits locaux dont l’agneau était la pièce maîtresse. Les visiteurs ne sont pas rentrés chez eux la faim au ventre. Un dessert lacté tout droit venu de la fromagerie a terminé le repas. En tout, 700 repas ont été servis, et autant de grillades vendues.     À partir de 17 heures, les fours ont crépité en vue de la cuisson des tartes flambées et pizzas. Les enfants ont pu s’amuser sur la structure gonflable et faire une course de tracteurs à pédales. Les glaces de la ferme ont fait carton plein, pour les petits comme les grands. Des démonstrations de chien de troupeau, de tonte, l’exposition du parc matériel et le marché des producteurs ont permis aux visiteurs de fermer la boucle de cette belle journée. Les messages ont été passés : l’élevage ovin en a assez d’être la cinquième roue du carrosse. La fête des bergers et les différents projets du moment veulent inverser cette tendance et montrer au plus grand nombre que l’élevage ovin a toute sa place en Alsace.

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