Élevage

Publié le 22/06/2022

Alors que les foins ont été engrangés à la faveur des beaux jours, la Chambre d’agriculture Alsace a organisé une conférence de presse sur le thème des prairies naturelles. L’occasion de rappeler que l’herbe est une culture à part entière et qu’à ce titre, elle doit être respectée. Car des animaux, des produits et des éleveurs en dépendent.

« L’herbe, c’est une culture méconnue », pose Julie Diette, agricultrice au sein de la ferme Humbert - Gaec Les Aviats, à Urbeis. Pour le grand public, les prairies sont surtout des aires de pique-nique, de promenade et de prélassement. Pour les éleveurs, c’est le socle de leur métier. Et spécialement pour ceux qui, comme la famille Humbert, ont fait le choix de nourrir leurs animaux exclusivement à l’herbe, sans aucune complémentation. Aux beaux jours, les animaux pâturent. Durant la mauvaise saison, ils sont nourris à l’étable avec du foin ou du regain, récoltés mécaniquement. Dans de tels systèmes, les prairies sont capitales pour avoir de l’herbe de qualité en quantité suffisante. D’ailleurs, au fur et à mesure du développement du troupeau, la surface en herbe a également progressé, contribuant à l’ouverture paysagère. Dans une parcelle de 20 ha située juste au-dessus des bâtiments d’élevage, Thierry Froehlicher, responsable du pôle Aménagement du territoire à la communauté de communes du canton de Villé, explique comment cette zone, qui correspond à quelque 70 microparcelles, a été déboisée grâce à la création d’une association foncière pastorale (AFP). Aujourd’hui, elle est entretenue par deux agriculteurs qui apprécient cette ressource fourragère proche de l’exploitation. Pas de pousse au-delà de 28 °C Les prairies naturelles ou permanentes couvrent 86 000 ha en Alsace, soit près d’un quart de la SAU. C’est aussi la première ressource fourragère en Alsace. Particularité des prairies naturelles : il n’y en a pas une qui ressemble à une autre. Elles sont toutes composées d’espèces différentes, mais avec une base commune : des graminées (ray-grass…) et des légumineuses (trèfles…), avec parfois aussi, des espèces indésirables qu’il convient donc de contenir. Une prairie, toute naturelle soit-elle, cela s’entretient. Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace, passe en revue les interventions. Le passage de rabot de prairie, pour émietter les bouses et aplanir les taupinières, afin de garantir la récolte d’un fourrage propre, garant de la bonne santé des animaux et de la qualité des produits. Vient ensuite le temps de la fertilisation, qui vise à maintenir le potentiel de production et la diversité de la flore. Les premières récoltes ont généralement lieu début mai. « Cette première pousse, constituée d’une herbe jeune et riche, est récoltée en ensilage ou en enrubannage, car les conditions ne sont pas réunies pour sécher l’herbe à la parcelle », détaille Laurent Fritzinger. Puis vient le temps de la fenaison, où l’herbe est séchée au soleil. Objectif : passer de 80 à 15 % d’humidité pour garantir la bonne conservation du foin. L’herbe peut aussi tout simplement être pâturée. C’est le mode de récolte le plus économique, mais qui est plus technique qu’il n’y paraît : les éleveurs doivent mettre en place des clôtures, déplacer régulièrement les animaux pour qu’ils aient accès à une herbe de qualité en quantité suffisante… Cette année, les conditions sèches sont propices à des récoltes d’herbe dans de bonnes conditions. Il y aura donc des fourrages de qualité, à défaut de quantité. Car qui dit temps sec dit aussi pousse de l’herbe réduite. Le coup de chaud des derniers jours n’a pas arrangé les choses puisque, au-delà de 28 °C, l’herbe ne pousse plus. De 30 à 60 espèces végétales par prairie Alors que l’élevage est régulièrement décrié pour les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’eau qui y sont liées, Cécile Harry, conseillère à la Chambre d’agriculture Alsace invite à nuancer ces aspects en prenant en compte que les prairies stockent autant de carbone dans le sol que les forêts. « Grâce à leur tissu racinaire dense, elles retiennent les éléments minéraux et contribuent à la protection de la ressource en eau. Elles permettent de limiter le risque érosif. Elles constituent un réservoir de biodiversité, de 30 à 60 espèces dans ce contexte de prairies du massif vosgien. Une diversité végétale qui s’accompagne d’un cortège de faune et d’éléments paysagers. » Un trésor menacé Précieuses, les prairies sont néanmoins menacées. D’abord par le gibier, notamment les sangliers qui, s’ils ne trouvent pas suffisamment de nourriture en forêts, sortent retourner les prairies à la recherche de vers et autres insectes. Sur leur passage, ils provoquent des pertes de récolte, et la nécessité de restaurer les prairies. Les ongulés sauvages, quant à eux, prélèvent de l’herbe. Et ce n’est pas anodin. « Une étude menée par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges à l’aide d’enclos/exclos a mis en évidence un prélèvement de 28 % du potentiel fourrager par les ongulés », rapporte Cécile Harry. Ajoutons à cela le changement climatique, qui se traduit par des épisodes de manque d’eau à répétition. Enfin, les agriculteurs constatent des dégâts liés à l’attrait touristique des prairies : certains promeneurs sortent des sentiers balisés, d’autres laissent leurs animaux de compagnie y déposer leurs déjections, d’autres encore ne prennent pas la peine d’emporter leurs déchets… Aussi les agriculteurs de montagne mènent-ils un travail de sensibilisation, notamment en installant des panneaux pédagogiques dans leurs fermes et sur les lieux de passage. Face à ces menaces, « nous avons besoin de développer notre technicité, de nous former pour optimiser nos pratiques », constate Julie Diette. Une mission qu’a saisie l’Association des producteurs fermiers de montagne (APFM), dont elle est présidente. Comme l’a souligné Serge Janus, président de la communauté de communes du Val de Villé, le mode de gestion des prairies est différent selon leur contexte pédoclimatique et leur utilisation. « Les éleveurs doivent sans cesse s’adapter. » Ainsi, la surface en herbe du Gaec Les Aviats compte aussi bien des prairies productives que des landes à faible potentiel qu’il convient d’entretenir. « Les fertiliser, les récolter, cela peut représenter un coût pour les éleveurs. D’où l’importance d’avoir des outils comme les MAE qui permettent de valoriser des pratiques comme la fertilisation raisonnée, la fauche tardive… », pointe Julie Diette. À noter que le pilotage des MAE ne dépend plus de la Région mais de l’État. « Des démarches sont engagées pour que le système perdure », a informé Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, bien conscient que « pour avoir des produits fermiers à vendre en circuits courts, il faut des prairies ». Pour valoriser le patrimoine universel que constituent les prairies naturelles, des initiatives émergent. Comme le Concours général agricole des pratiques agroécologiques prairies et parcours. L’année dernière, la ferme Humbert a participé et a gagné le premier prix national dans la catégorie prairie humide de montagne. CQFD.

Syndicat des éleveurs de la race montbéliarde du Haut-Rhin

S’engager pour défendre l’élevage

Publié le 16/06/2022

Une trentaine de professionnels se sont donné rendez-vous à Courtavon, le mercredi 1er juin, pour tenir l’assemblée générale des éleveurs de la race montbéliarde. Des retrouvailles chaleureuses qui n’ont néanmoins pas fait oublier les difficultés qui s’accumulent. L’engagement et la défense de l’élevage seront les voies à emprunter pour y faire face.

« Nous traversons une période assez floue concernant les événements qui impacteront nos exploitations dans les mois et les années à venir. La guerre en Ukraine, une éventuelle sécheresse, des prix d’intrants qui flambent, la nouvelle Pac… », a énuméré d’entrée Jean-Philippe Meyer. Le président du syndicat des éleveurs de la race montbéliarde du Haut-Rhin n’a pas éludé les difficultés rencontrées et qui s’accumulent. Un constat qu’il a cependant voulu teinter d’optimisme. « Ne dressons pas un portrait trop noir de notre avenir ! » Et de continuer : « Et si demain les prix devenaient rémunérateurs et donnaient envie aux plus jeunes de suivre nos pas ? » Un appel à la mobilisation des éleveurs, mais aussi à celle des élus et des consommateurs qui ont leur rôle à jouer. Denis Nass, le président de la Chambre d’agriculture Alsace, a corroboré les propos de Jean-Philippe Meyer. « Je souhaite que nos jeunes prennent des responsabilités, qu’ils s’engagent et qu’ils partagent ce qu’ils vivent au quotidien. Nous savons que c’est un beau métier, bien que difficile. Si les éleveurs ne veulent plus s’engager de la même manière, il faut accueillir et réfléchir à d’autres voies. » Il insiste. « Qui mieux que nous pour porter votre parole dans les instances ? » Il a notamment illustré ses propos avec les négociations autour de la nouvelle Pac – qui occupe nombre de ses réunions au niveau régional actuellement : « Il est important de participer au débat. Je veux vous rassurer : l’élevage est une priorité. » Denis Nass a conclu son intervention avec un mot pour l’incontournable Foire Simon et Jude. « Vous organisez toujours de merveilleuses fêtes à Habsheim. C’est impressionnant de voir des éleveurs, déjà très occupés, capables d’organiser de tels événements ! » Des techniciens en sous-effectifs Place à la technique. Les conseillers de la Chambre d’agriculture ont pris ensuite la parole. L’occasion pour Laurent Clarisse – qui a pris ses fonctions il a quelques mois comme chef du service élevage – de rappeler les services proposés au travers de 3CE qui réunit l’Alsace, la Haute-Marne et la Moselle. « Nous voulons développer une approche globale de vos exploitations, permettre une meilleure valeur ajoutée que ce soit dans la production laitière ou dans le stockage du carbone par exemple. » Une ambition qui devra faire avec les difficultés du service concernant ses effectifs. « Il y a des tensions au niveau des agents disponibles sur le terrain. Je remercie les éleveurs pour leur compréhension. » Avec ses 8 126 kg, la production laitière du Haut-Rhin se place à nouveau au-dessus de la moyenne nationale (7 614 kg) et s’aligne dans l’ensemble avec les départements voisins. « Ce n’est pas si mal compte tenu des conditions climatiques », ont souligné les techniciens lors de la présentation des résultats France Conseil élevage. Les différents taux observés s’inscrivent également dans la moyenne nationale ; tout comme les chiffres détaillés pour les premières lactations. Les élevages se portent bien Dans le détail, le nombre d’élevages concernés était en baisse en 2021, avec 33 troupeaux (-1 par rapport à 2020), pour un effectif moyen de 63,8 bêtes (-1,8 par rapport à 2020). Les techniciens ont attiré l’attention de leur auditoire sur la moyenne cellulaire annuelle en baisse depuis plusieurs années, pour atteindre 246 en 2021 (-46 par rapport à 2021). « C’est une bonne nouvelle, mais ça aurait pu diminuer plus », ont-ils souligné. Même constat du côté des primipares qui voient la moyenne cellulaire annuelle baisser à 176 (-36 par rapport à 2020). Leur effectif s’élève désormais à 18,8, une constante. La présentation des chiffres s’est conclue avec les meilleures lactations pour la race montbéliarde dans le Haut-Rhin. Le podium est tenu par le Gaec Babé à Courtavon avec Histoire (992 MU 305), puis Mirza du même élevage (989 MU 305), suivie de Figolu (989 MU 305) du Gaec du Haut Sundgau à Lindsdorf. Du côté des plus belles carrières, Vanille de l’EARL Litzler à Feldbach se distingue une fois de plus avec ses quelque 141 205 kg en 13 lactations. Elle est rejointe sur le podium par Espoir du Gaec Babé à Courtavon qui, en 8 lactations, a produit 100 785 kg de lait et Floria du même élevage avec ses 97 916 kg en 9 lactations. En 2021, le syndicat a accueilli un nouvel éleveur et compte désormais 35 adhérents. Côté fermes, ce sont désormais 2 131 montbéliardes (+3 par rapport à 2020) qui font la fierté des professionnels de la race.

Publié le 13/06/2022

À Holtzwihr, la ferme Meyer se distingue par ses choix singuliers dans la conduite de l’exploitation. Vincent et Caroline ont fait le pari de la ration 100 % herbe, de la monotraite, mais aussi de la vente directe et du photovoltaïque.

Vincent Meyer s’est installé sur la ferme familiale en 1996 à Holtzwihr avec son père Gérard. Sa femme Caroline y est salariée depuis 15 ans. « Nous avons bossé comme des fous pour faire évoluer notre ferme, témoigne Vincent. Arrivé à 40 ans, j’ai voulu changer de système. L’exploitation est passée à la monotraite il y a quatre ans. Les autres options étaient soit d’acheter un robot soit d’employer un salarié. Même si je n’ai pas trouvé de ferme utilisant cette pratique dans le secteur, je me suis lancé. Après quelques jours d’adaptation, les vaches s’y sont faites. Cela s’est très bien passé. Et pour moi cela signifie une amélioration de notre qualité de vie. » Vincent a repris le foot et le tennis. Sa femme peut consacrer plus de temps à sa passion pour les chevaux. « J’y vois aussi un bienfait pour les vaches, car depuis trois ans, le vétérinaire n’a plus besoin de passer, sauf vêlage difficile. Les vaches tiennent longtemps : jusqu’à 8 lactations par vache. Les taux sont très bons. » Il y a cinq ans, Vincent arrête de produire du maïs ensilage. Cela signifie aussi la fin de l’irrigation. « Nos génisses sont en pâturage intégral du mois de mars à novembre. Les laitières pâturent d’avril à octobre à l’arrière de la ferme. Tous les deux jours, je leur apporte de l’affouragement vert et du foin à volonté. » La ration en hiver (de novembre à février) se compose d’ensilage d’herbe, de foin et de regain, de mars à avril de fourrage sec (foin de luzerne, foin de prairie naturelle et regain). En début de lactation, les bêtes reçoivent deux kilos par jour de méteil en salle de traite (2x4 en épis avec décrochage automatique). « Avant, nous élevions 25 génisses pour le renouvellement contre seulement quatre par an aujourd’hui. Presque toutes les vaches sont inséminées en blanc bleu belge. Les meilleures mères sont inséminées en semence sexée en holstein ou montbéliarde. » Ainsi une soixantaine de veaux blanc bleu naissent chaque année et sont vendus à trois semaines. Depuis le passage en monotraite, toutes les vaches se portent bien. Les vêlages ont lieu toute l’année. Yaourts : « Je pourrais produire dix fois plus » Dès 1997, Vincent décide de transformer une partie de sa production en yaourts. « Cela faisait des années que le prix du lait stagnait. Même si les premières années ont été difficiles, je ne regrette pas mon choix. Les débouchés sont nombreux. Je pourrais produire dix fois plus. » Mais ce n’est pas l’idée de l’éleveur. Il vend ses petits pots et gros seaux de yaourts aux particuliers les lundis, mardis, jeudis de 18 h 30 à 19 h et lors du marché de producteurs qui se tient tous les vendredis de 16 h à 19 h à la ferme. Le reste de la production part dans les écoles, périscolaires, magasins de producteurs, restaurants et pâtisseries (pour le lait surtout). Le passage en agriculture biologique a eu lieu en 2019. « Cette certification aurait pu arriver avant, mais je n’en voyais pas l’intérêt puisqu’avant cette date, aucune laiterie ne collectait de lait bio dans notre secteur. » Sur les 500 000 litres de lait de la référence, la ferme ne produit plus que 300 000 litres depuis le passage en monotraite. « On nous a pris pour des fous, mais finalement on gagne autant qu’avant, car nous valorisons bien notre production. On fonctionne de plus en plus de manière autonome. Sans achat à l’extérieur, le modèle économique est viable. Alors que je perçois 500 € pour 1 000 l de lait en coopérative, je vends 1 000 € les 1 000 l de lait en direct, 2 500 € les 1 000 l valorisés en faisselle, 2 700 € pour le fromage blanc, 4 000 € pour le yaourt nature et 6 000 € pour le yaourt aux fruits. » Les yaourts aux fruits sont réalisés à partir des fruits et arbres fruitiers de la ferme (rhubarbe, fraise, framboise, cerise, mirabelle, quetsche et coing). Les yaourts citron, mangue et noix de coco nécessitent des extraits naturels de fruits bio. « Lait, ferment, sucre et fruit sont les seuls ingrédients. » La production a lieu une fois par semaine. Les livraisons sont limitées à l’approvisionnement de la ferme Clarisse à Sigolsheim une fois par semaine et du collège de Fortschwihr, une fois par mois. La ferme adhère à une charte zéro déchet qui l’a fait opter pour un pot en PET réutilisable fabriqué par l’entreprise Plex, au sud de Lyon. « Nous incitons nos clients à venir avec leur propre contenant ou à nous rapporter les pots vides ». Dans la même logique d’autonomie de la structure, la ferme a fortement investi dans le photovoltaïque. La première installation est réalisée en 2009 avec 78 kWc (kilowatts crête, puissance électrique maximum dans des conditions standards). Puis en 2010 sont ajoutés 172 kWc. Enfin en 2020, le toit de l’atelier de réparation des tracteurs permet d’ajouter 19 kWc pour de l’autoconsommation et de la revente. À cela s’ajoutent des panneaux thermiques pour chauffer l’eau du laboratoire et de la maison d’habitation dix mois de l’année.

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