Apiculture en Alsace
Une saison plutôt décevante
Apiculture en Alsace
Publié le 18/10/2022
L’année 2021 avait été terrible pour les apiculteurs alsaciens. La campagne 2022 est une petite année. Selon les premières estimations de l’Association pour le développement de l’apiculture dans la région Grand Est (Ada Grand Est), le rendement moyen se situe entre 10 et 15 kg par ruche, alors que le double est attendu en année « normale ». En cause, les pics de chaleur et la faible hygrométrie de l’air, de mai à juillet.
Les apiculteurs alsaciens comptaient sur cette saison pour renflouer les stocks, mis à mal par la saison précédente… Hélas ! Malgré un printemps très prometteur, ce fut une année propice à faire des essaims, plutôt qu’à récolter du miel. Alexis Ballis, conseiller spécialisé en apiculture et animateur de l’Ada Grand Est, résume la campagne 2022 : « Cela a bien démarré au printemps, avec le miel de fleurs. C’était explosif. Nous étions pleins d’espoir : les ruches étaient vigoureuses, fortes. Mais le gel (occasionnellement), puis la sécheresse ont impacté les floraisons. Le vent sec surtout a limité la production de nectar et raccourci la durée de vie des fleurs. Certaines floraisons, comme celle des acacias, ont été très brèves : trois jours seulement. Des fleurs ont flétri sans même avoir donné de nectar. » La situation est similaire ailleurs en France et très peu de miel d’acacia a été produit cette année. Il se négocie donc très cher sur le marché du gros : jusqu’à 12 €/kg, en fûts de 300 kg, quand les autres oscillent entre 4 à 8 €/kg, en conventionnel, et entre 9 à 14 €/kg, en bio - quand les lots trouvent preneurs, la demande en bio étant en baisse. Printemps 1, été 0 Sécheresse, canicule, vent asséchant : l’été a été trop chaud et sec. En Alsace, les miellées de tilleul, de châtaignier ou de forêt ont été limitées. Quant à celle de sapin, issue du miellat des pucerons, elle a été très précoce et extrêmement courte. Les petits insectes ont pullulé en mai, quelques jours ou semaines selon les îlots, puis plus rien, alors qu’ils apparaissent en juillet/août, une année classique. Résultat des courses : il a fallu soutenir les jeunes colonies, qui n’étaient pas en production, en leur apportant du sirop et du pollen ; quant aux ruches en production, certaines ont été mises à l’arrêt et scindées en deux ou en trois pour créer de nouvelles colonies, nourries au sirop… tant le miel qu’elles récoltaient ne suffisait pas à les sustenter. La récolte a donc été amputée. « La saison de miel a duré un mois, un mois et demi… D’habitude, c’est quatre mois », relève Alexis Ballis. Le rendement moyen en 2022, se situe entre 10 et 15 kg par ruche, au lieu de 25 à 30 kg une saison « normale ». Ces chiffres sont cependant, meilleurs que ceux de 2021, historiquement faibles, avec des pertes de production de 80 %. Mais les apiculteurs font face aujourd’hui, à de fortes augmentations de prix pour leurs achats (sirop, pots en verre, couvercles, etc.) : de 30 à 100 %. « On verra en fin d’année 2022 si les prix du miel augmentent à la hauteur de celui des charges », souffle le conseiller de l’Ada Grand Est. Pour l’instant, la marge est abîmée. Forcément. Et en vente directe, les prix n’ont pas ou peu monté : autour de 14 à 16 €/kg, et jusqu’à 20 €/kg pour le miel de sapin. En Lorraine et en Champagne-Ardenne De l’autre côté des Vosges, le bilan est bon. Les récoltes ont été satisfaisantes, avec une moyenne de 30 kg par ruche de miel. « Ils ont eu plus de chance avec les aléas climatiques. Chez eux, l’acacia a fleuri une semaine après et dans de bien meilleures conditions. Idem pour le tilleul : il n’a pas fleuri en pleine canicule, comme en Alsace, mais dix jours plus tard, ce qui a permis de belles miellées. Les cultures agricoles mellifères que sont le colza et la luzerne ont également contribué à faire de belles récoltes de miel », développe Alexis Ballis. Par contre, la silphie n’a pas apporté de miel, contrairement aux annonces faites sur cette nouvelle culture. L’Ada Grand Est a suivi six parcelles différentes et constate zéro gramme récolté ! « Nous allons continuer ce suivi l’an prochain. Nous aurons ainsi plus de recul », explique Alexis Ballis.












