Élevage

Publié le 21/12/2022

La grippe aviaire a entraîné une pénurie de palmipèdes gras. Le coût de l’énergie a augmenté, tout comme celui des matières premières comme le verre et le carton. Bref, tout ce qui est indispensable au bon fonctionnement du fabricant de foie gras Feyel & Artzner est devenu rare et cher. Mais l’entreprise en a vu d’autres depuis sa création en 1811.

C’est l’année de la double peine pour le producteur de foie gras Feyel & Artzner, frappé à la fois par les conséquences de la grippe aviaire et la flambée des coûts de l’énergie et des matières premières. « On a l’impression de dire ça chaque année, mais cette fois, vraiment, on navigue à vue dans le brouillard », résume Patricia Houdebert, directrice marketing & communication du groupe Feyel & Artzner, spécialisé dans la transformation des palmipèdes gras, et qui donc importe sa matière première depuis toujours. Le foie gras plus rare et plus cher avec la grippe aviaire Première source d’intempéries : la grippe aviaire. Feyel & Artzner se fournit en viandes et foies de palmipèdes gras en France et en Hongrie. Le tout arrive déjà découpé, frais ou surgelé. Mais, cette année, en raison de l’épizootie et des abattages d’animaux qu’elle a entraînés, la matière première est arrivée au compte-gouttes. D’après le Cifog (interprofession du foie gras), 17,3 millions de volailles, dont 3,8 millions de canards gras, n’ont pas été valorisées. Pire, après avoir touché le Sud-Ouest à l’automne 2021, le virus a touché les Pays de la Loire en février 2022. « La propagation du virus a été très rapide, portée par les tempêtes de sable du Sahara », rappelle Claudine Roposte, présidente de l’entreprise. Or, ce secteur géographie est stratégique pour la filière, puisqu’il concentre les élevages de reproducteurs : 70 % des canetons destinés à la filière foie gras y sont produits. Et, comme 90 % des reproducteurs ont été décimés par l’épizootie, 6 millions de canards n’ont pas été mis en place. Comme les canetons qui n’ont pas vu le jour sont destinés aux élevages français et européens, notamment hongrois, le phénomène a été européen. Conséquence directe : le retour à la normale prendra du temps, car il faut 12 mois à un caneton pour devenir un reproducteur, donc pas avant le courant du second semestre 2023, estime le Cifog. Conséquence indirecte : la filière se réorganise, avec des accouvoirs qui se mettent en place des pays tiers, indique Claudine Roposte. Et puis il n’y aura sans doute jamais de retour à la situation antérieure. Car la filière va devoir s’adapter à la grippe aviaire, avec des élevages moins denses, des vides sanitaires plus longs, des bâtiments plus grands pour pouvoir abriter les volatiles durant les épisodes de circulation virale… Sans compter que certaines conserveries, directement adossées à des élevages impactés, ne se sont pas relevées de la grippe aviaire. Entre 2021 et 2022, la production de foie gras devrait reculer de 30 à 35 % , et de - 43 % par rapport à 2020. 34 millions de canards étaient gavés avant la maladie, ils sont 20 millions cette année, et la filière table sur un futur à 26 millions de canards gavés par an. Le foie gras risque donc de devenir durablement plus rare, et plus cher. Sauf si d’autres pays s’engouffrent dans la brèche. Peu probable, pour Patricia Houdebert, tant la France gouverne le marché mondial du foie gras : elle en produit 80 %, et en consomme 90 %. « Les autres pays producteurs, Espagne, Belgique, Hongrie, Bulgarie, sont réunis au sein de la Fédération européenne du foie gras, Euro Foie Gras, et s’alignent sur les exigences françaises en matière de production de foie gras », indique-t-elle. Pour Feyel & Artzner, l’année 2021 s’est encore passée à peu près normalement, car « les niveaux de stocks étaient élevés, notamment en raison du Covid ». Mais avec les péripéties décrites plus haut, ils ont fondu comme neige au soleil. Résultat : « Nous sommes constamment sur le fil du rasoir », indique Claudine Roposte. Et ce même si, pour faire face aux épisodes de grippe aviaire qui tendaient déjà à se répéter et sécuriser son approvisionnement, le groupe a racheté la Ferme du Puntoun dans le Gers en janvier 2020. Grâce à cette architecture, l’entreprise a pu faire du stock et fonctionner normalement jusqu’en juin. Puis la situation s’est détériorée, si bien que des lignes de production ont dû être fermées. L’entreprise a aussi arrêté de vendre des foies gras crus en négoce, les réservant à sa propre transformation. Malgré ces précautions, non seulement il manque du foie gras en volume (environ 10 %), mais les prix se sont aussi envolés : « Le prix d’achat du foie gras a doublé », indique Claudine Roposte. Charges : « l’histoire s’écrit tous les jours » Côté coûts de l’énergie, « l’histoire s’écrit tous les jours », pose Daniel Pereira, directeur général du groupe Feyel & Artzner depuis mai 2022. Le site industriel est assez gourmand en énergie, nécessaire aux cuissons, stérilisations et autres nettoyages quotidiens des ateliers à l’eau chaude. Face à l’explosion du prix du gaz, « qui a été multiplié par 10 » ce qui n’est « pas supportable », l’usine qui s’approvisionnait en gaz de ville, a investi dans une bonbonne de propane, avec des coûts induits en infrastructures, tuyauteries, sécurisation, soit un investissement de 50 000 €. À plus long terme, l’entreprise s’est portée candidate pour être approvisionnée en biogaz produit par un projet de chaufferie mené par l’Eurométropole de Strasbourg. Pour l’instant, l’entreprise est relativement protégée de la hausse du coût de l’électricité grâce à un contrat qui court jusqu’à fin 2023. En outre, la centrale froid a été remise à neuf afin de réduire la consommation d’énergie. Après un an de travaux, et un investissement de 2 millions d’euros, la nouvelle installation est opérationnelle depuis mai. Enfin, côté fournitures, l’entreprise a essayé d’anticiper, en effectuant des achats cet été, mais « c’est de l’argent immobilisé, et cela nous oblige à payer du stockage externe », constate Patricia Houdebert. « Flexibilité » et « prudence audacieuse » pour l’avenir Dans ce contexte, la stratégie du groupe consiste à manœuvrer au plus juste. Notamment afin de préserver les 80 emplois générés par son activité. L’entreprise va donc répercuter ces hausses de charges sur ses prix de vente, mais en calculant « au plus juste » et « au regard de l’évolution des coûts de production par catégorie de produits ». En moyenne, la hausse des tarifs devrait se situer autour de 15 %. Pour l’instant, le carnet de commandes de l’entreprise est rempli, probablement porté par une crainte de pénurie. Les dirigeants sont plutôt confiants, car « le foie gras est un produit festif, plutôt protégé des restrictions budgétaires des ménages en période de crise ». Mais ils sont aussi conscients qu’il y a des limites à la gourmandise : « Si le prix augmente trop, le foie gras risque d’être boudé, car les achats de Noël vont se concurrencer entre eux. » Il s’agit donc de trouver un équilibre, et de jongler : certaines hausses de prix ne sont pas appliquées parce qu’elles ne sont pas acceptables par le client, d’autres produits ne sont tout bonnement plus fabriqués… À court terme, les investissements et projets sont limités. Toutefois, une nouvelle recette vient enrichir la gamme : un foie gras mariné au vin chaud. Et puis l’entreprise compte bien redynamiser ses ventes à l’export, pour l’instant impactées par la grippe aviaire, qui a fermé des routes vers l’Asie, et par le conflit russo-ukrainien. À plus long terme, l’entreprise compte multiplier ses sources d’approvisionnement en énergie. Ainsi, 1 500 m2 de panneaux photovoltaïques devraient être posés sur la toiture, soit un investissement de 600 000 €, qui devrait permettre de couvrir 20 % des besoins en électricité de l’entreprise. En 2017, l’entreprise avait failli mettre les clés sous la porte, rappelle Claudine Roposte. Finalement « nous avons bien navigué grâce à nos bases solides ». Il ne reste plus qu’à tenir bon la barre, dans le brouillard.   Et bon appétit !    

Comptoir élevage

Activité et charges en hausse

Publié le 10/11/2022

Vendredi 4 novembre, le groupe élevage du Comptoir agricole a tenu sa réunion annuelle d’information au centre d’allotement de Brumath. L’occasion de faire le point sur l’année écoulée, et de visiter des installations peu connues, où transite néanmoins une bonne partie des animaux élevés dans le Bas-Rhin, avant leur dernier voyage.

« Une fois de plus, nous allons dresser le bilan d’une année atypique, tant au niveau de l’activité porcine que bovine », introduit Dominique Daul, responsable de la section bovine du groupe élevage du Comptoir agricole. Effectivement, l’exercice 2021-2022 a été marqué par des évolutions sur les marchés « inattendues », ainsi qu’une envolée des charges et des coûts de production, tant pour les éleveurs que pour la coopérative Cloé, qui s’attelle à « gérer au mieux ses coûts de fonctionnement afin de préserver le revenu des éleveurs ». Du côté des porcins, l’exercice écoulé s’est caractérisé par des prix bien orientés à l’été 2021, jusqu’à 1,70 €/kg, qui sont repartis à la baisse en hiver, comme classiquement sur le marché du porc, pour atteindre 1,45 €/kg. Au mois de mars, ils sont repartis à la hausse, jusqu’à 1,90 €/kg. Une conjoncture favorable donc, mais gâchée par la hausse du prix de l’aliment à partir d’octobre. Après avoir atteint 2,20 €/kg en octobre, les prix sont en train de dégringoler, et les acteurs espèrent une stabilisation. Quelle sera la tendance pour cet hiver ? Les spécialistes des marchés misent sur des cours à 1,70 voire 1,80 €/kg pour les plus optimistes, rapporte Romain Gerussi. Autre caractéristique de cet exercice : une très forte tension sur le marché des porcelets de 8 kg, dont les prix ont presque doublé. Une tension qui pourrait devenir structurelle. Et, surtout, un prix de l’aliment, qui, au mois d’août, avait déjà pris + 40 %, passant d’environ 240 à 400 €/t, soit un impact de + 60 cts/kg de porc charcutier produit. Autrement dit, avant l’inflation, l’aliment représentait environ 50 % des charges des éleveurs, aujourd’hui c’est presque 80 %. D’où l’intérêt de maîtriser ce poste. À noter d’ailleurs que les systèmes avec Fabrique d’aliment à le ferme (Faf) s’avèrent plus résilients que ceux où l’aliment est acheté. L’Alsace, où de nombreux éleveurs sont équipés de telles installations qui leur permettent de valoriser maïs et coproduits, a donc une carte à jouer vis-à-vis d’autres bassins de production moins autonomes.   Le cheptel porcin aussi concerné par la décapitalisation La décapitalisation, phénomène désormais bien identifié en ce qui concerne le cheptel bovin, est aussi en cours pour les porcins. Dans tous les pays producteurs de porcs, le cheptel s’érode, et notamment en Allemagne, car la Peste porcine africaine limite leurs exportations vers les pays tiers. La France est également concernée : en 20 ans, le cheptel de truies a diminué de 30 % en nombre de têtes. Dans ce contexte, Comptoir élevage a collecté quelque 107 000 porcs charcutiers, un résultat en baisse par rapport à l’exercice précédent, mais qui reste le deuxième meilleur résultat depuis la création de Comptoir élevage : « On atteint un plateau, un certain rythme de croisière », commente Romain Gerussi. La collecte des porcelets à destination des ateliers d’engraissement a, elle, significativement progressé, pour atteindre 15 500 porcelets de 8 kg et 6 100 porcelets de 25 kg. Soit au total quelque 128 000 porcins collectés chez 47 apporteurs. Depuis sa création, Comptoir élevage s’est attelé à la création de filières rémunératrices, pour valoriser au mieux le travail des éleveurs. Sur l’exercice précédent quelque 4 400 porcs ont ainsi bénéficié d’une plus-value et d’un prix minimum. Dernière réussite en date, la création de la filière Porc d’Alsace avec la Maison Adam, filiale du groupe Pierre Schmidt, avec un cahier des charges spécifique. Bientôt, 100 porcs par semaine seront valorisés grâce à cette filière. L’objectif est d’atteindre 200 porcs par semaine mi 2023. « Nous travaillons aussi à ce que davantage d’éleveurs intègrent la filière Label rouge », précise Romain Gerussi. Le taux de pénétration de Comptoir élevage progresse Le marché des bovins s’est lui aussi caractérisé par d’importantes fluctuations des cours durant l’exercice précédent. La cotation des vaches laitières (VL) est passée de 2,80 à 4,90 €/kg de carcasse, celle des vaches allaitantes de 3,70 à 5,30 €/kg de carcasse. Mêmes tendances pour les jeunes bovins (JB), avec des cotations JB viande qui sont passées de 3,90 à 5,20 €/kg de carcasse, des JB mixte de 3,55 à 4,90 €/kg de carcasse et de JB lait de 3,30 à 4,90 €/kg de carcasse. Actuellement, ces cours se dégonflent, notamment pour les vaches, rapporte Romain Gerussi. En effet, « il y a des vêlages, des animaux qui sortent et les abatteurs en profitent ». De manière générale, les volumes d’abattage diminuent, et la décapitalisation du troupeau se poursuit. Dans ce contexte, Comptoir élevage a collecté quelque 15 300 animaux, soit + 17 % depuis la création de la structure. Une activité qui se ventile en presque 10 000 animaux de boucherie - au sein desquels les volumes de génisses augmentent et ceux de JB diminuent - et un peu plus de 5 000 bovins maigres. Une performance à souligner dans un contexte de baisse de la collecte au niveau national, et qui se traduit par une progression du taux de pénétration de Comptoir élevage. « Face à des cours de plus en plus fluctuants, les années atypiques risquent de devenir la norme. Dans ce contexte, c’est une chance de pouvoir s’appuyer sur une structure stable », a conclu Matthieu Schneider, responsable de la section porcine du groupe élevage du Comptoir agricole.

Publié le 28/10/2022

Technicienne spécialisée à la Chambre d’agriculture d’Alsace depuis septembre 2020, Delphine Ehrhardt a repris la responsabilité du concours d’Habsheim, en lien avec les éleveurs et Corinne Diercks à Schiltigheim qui s’occupe davantage de la partie administrative.

Originaire de Rixheim, Delphine Ehrhardt a tout d’abord travaillé en Haute-Saône au contrôle élevage, puis au conseil élevage du Doubs et du Territoire de Belfort, à l’issue de ses études réalisées en Franche-Comté. « Partie dès 2010, j’ai eu envie de revenir en Alsace. La crise sanitaire a perturbé mes plans. J’ai cependant eu l’opportunité de travailler sur une ferme pendant six mois à Sentheim. Ensuite, Dominique Wolfer m’a contacté pour ce poste à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). J’ai saisi l’opportunité », explique Delphine Ehrhardt qui est âgée de 26 ans. Dans un premier temps, elle visite les élevages pour faire de la pesée. Rapidement, elle souhaite élargir ses activités. « Dominique Wolfer s’est rapproché d’Isabelle Hofstetter qui souhaitait elle-même réorienter sa carrière professionnelle. J’ai travaillé avec elle l’année passée avant de reprendre à 100 % ses responsabilités », précise Delphine Ehrhardt. Elle a désormais en charge le concours d’Habsheim, mais également l’animation du Club Holstein 68 et du Syndicat des éleveurs de la race montbéliarde. Dans le même temps, elle reste en contact avec les élevages pour la pesée. « Ce que j’aime dans mon métier, c’est d’être sur le terrain, chez les éleveurs. C’est l’occasion d’échanger avec eux sur leur cheptel. Nous faisons le point sur des aspects techniques, sur leurs résultats, sur ce qui marche bien et moins bien. Le contact direct, il n’y a rien de mieux pour évoluer soi-même et pour faire progresser ses interlocuteurs en les aidant dans leur prise de décision », souligne la technicienne. « Je suis là en soutien » Le concours d’Habsheim est évidemment un moment important. Si elle ne gère pas la partie administrative, Delphine Ehrhardt fait le lien avec les éleveurs et les syndicats de race. « Les professionnels qui sont membres du Club Holstein 68 et du Syndicat des éleveurs de la race montbéliarde du Haut-Rhin sont les piliers de ce concours interdépartemental. Avec l’appui de la CAA, ils s’investissent dans la mise en place de la manifestation en assurant le montage et le démontage des structures sous chapiteau, en acheminant le matériel, en fignolant la préparation de leurs animaux, tout en assurant toujours dans le même temps la conduite de leur exploitation. Pour ma part, je suis là en soutien », note Delphine Ehrhardt. C’est également elle qui a favorisé et motivé les inscriptions des éleveurs. « Ils font un travail remarquable dans leurs fermes et réalisent une importante tâche de sélection des animaux et de conduite de leur troupeau. Les performances zootechniques et la morphologie des sujets viennent récompenser cet investissement. À Habsheim, comme sur tous les concours, c’est sur les critères morphologiques tels que les aplombs, le gabarit, ou la mamelle que le juge est appelé à réaliser son classement », estime la technicienne. Près de 180 animaux seront présents à Habsheim. La plupart issus de cheptels dont les éleveurs sont membres des deux syndicats. « Tout au long de l’année, je les suis en tant que technicienne et animatrice. Il s’agit alors d’organiser les assemblées générales, mais également d’autres rendez-vous comme des réunions techniques et des moments plus festifs. Le Club Holstein 68 et le Syndicat de la race montbéliarde du Haut-Rhin bénéficient d’une belle dynamique qu’il s’agit de pérenniser. Habsheim est l’occasion de valoriser toute cette action tout comme le concours des jeunes présentateurs », conclut Delphine Ehrhardt.

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