Pratique

Publié le 09/06/2023

Gwenaël Heim, le frère de Rémy Heim, céréalier et dirigeant d’ETA à Hilsenheim, est responsable de l’équipe Conseil et Audit pour la région Sud-Ouest, à Orange Cyberdefense, la filiale d’Orange, en pleine expansion, dédiée à la cybersécurité. Il partage volontiers ses connaissances.

Quels types de problèmes pourraient rencontrer les agriculteurs alsaciens, dans leur vie professionnelle numérique ? Gwenaël Heim : « Comme tout un chacun, les agriculteurs sont de plus en plus dépendants des systèmes d’information. Le souci le plus répandu est la perte de données, et la paralysie qu’elle entraîne. Ce problème est le plus souvent accidentel, par exemple suite à une défaillance du matériel. La perte peut être complète ou partielle, selon le type de panne et la possibilité de reconstituer les dossiers. Autre risque, lié à de la malveillance, celui-ci : la fraude au service informatique ou au faux support technique. Au gré de la navigation sur Internet, une page apparaît sur l’écran de l’ordinateur, signalant que ce dernier a un problème et qu’il faut appeler un technicien, ou acheter un logiciel pour le régler. Le numéro est surtaxé. Le logiciel est payant… et inutile, puisqu’il n’y a aucun problème sur l’ordinateur. Cela peut arriver d’être piégé, parce qu’on agit trop rapidement, sans réfléchir, en mode « panique ». Toutes les menaces classiques peuvent aussi cibler les exploitants agricoles : l’ingénierie sociale, le phishing ou les arnaques (comme expliqué à l’instant), et bien sûr les « ransomware » (rançongiciel). Dans le cas de ce dernier, deux impacts : le blocage de l’informatique et l’aspiration des données, avec chantage à leur divulgation. Mais le risque auquel, à mon sens, les agriculteurs alsaciens pourraient être le plus exposés, est le vol d’outils numériques, notamment de GPS (lire l’encadré) ou d’ordinateur. L’intérêt ? La valeur à la revente. Un exemple d’attaque de type ingénierie sociale : un escroc se fait passer pour un de vos prestataires et vous fait changer le RIB associé au compte de sorte que les virements soient réalisés sur un compte en possession de l’escroc et non du prestataire légitime. Pour cela, il suffit d’avoir quelques informations bien ciblées, en général facilement accessibles, et d’être suffisamment persuasif. » Comment s’en prémunir ? « Contre la perte des données, rien de tel que… sauvegarder ! On ne le répétera jamais assez. Les sauvegardes doivent être effectuées sur un support que l’on déconnecte du réseau, après avoir réalisé l’opération. Cela évitera qu’elles soient compromises, en cas de dysfonctionnement ou d’attaque de l’ordinateur. On peut utiliser, soit un disque dur externe, soit le cloud (nuage = sauvegarde chez un hébergeur tiers), soit une solution adaptée proposée par des éditeurs de logiciels. En cas d’utilisation d’un disque dur externe, il convient de stocker cette sauvegarde, en dehors du bureau où se trouve l’ordinateur, pour se prémunir du vol ou d’un incendie. La deuxième prévention est la mise à jour régulière de l’ordinateur et de ses applications, ainsi que de l’antivirus : idem sur le smartphone qui est lui aussi un ordinateur. Autre bonne pratique : un mot de passe différent pour chaque site, plutôt long et compliqué. Si un site est compromis, au moins le mot de passe ne sera lié qu’à celui-ci et il n’y aura pas de risque de piratage sur les autres sites. Des outils « coffre-fort de mot de passe » permettent de gérer tous ces différents mots de passe. L’activation de l’authentification multifacteur (comme celle des banques en ligne) est encore un autre moyen de protection de ses données numériques, en particulier pour les boîtes e-mails et tous les services sur Internet. Aussi, il est important de bien différencier les usages professionnels et personnels : moins de personnes accèdent à l’ordinateur professionnel, mieux c’est. Par conséquent, l’ordinateur professionnel ne doit pas être l’ordinateur de la famille. Il faut être vigilant sur les applications téléchargées sur Internet et éviter les sites de faible réputation. Bien sûr, il est hors de question d’installer des outils piratés. Enfin, il faut être vigilant pour identifier les e-mails de phishing : les e-mails bizarres, avec une mise en forme ou une syntaxe aléatoires, ou encore faisant allusion à une commande, un colis, une facture… Le guide d’hygiène de l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (Anssi) propose 42 mesures à suivre pour se protéger, notamment en direction des très petites, petites et moyennes entreprises, si elles souhaitent aller plus loin. » Si l’on est tout de même victime de cyberattaque, que faire ? « En cas d’attaque, il faut porter plainte auprès de la gendarmerie ou de la police. Le site cybermalveillance.gouv.fr donne toutes les informations utiles, ainsi que des fiches d’aide techniques et une liste de professionnels de confiance que vous pouvez contacter. »

Publié le 27/04/2023

Trop gourmands en eau, les jardinières et les massifs fleuris ? Les polémiques sur l’arrosage poussent les membres du groupement Fleurs et plantes d’Alsace à rappeler qu’un fleurissement bien réfléchi permet d’économiser l’eau.

L’été dernier, les restrictions d’usage de l’eau prises dans le cadre d’un arrêté sécheresse avaient semé l’émoi chez les horticulteurs alsaciens. Interdiction était faite aux communes de certains secteurs d’arroser les massifs fleuris en raison du manque d’eau. Cette année, les membres du groupement Fleurs et plantes d’Alsace prennent les devants en rappelant quelques conseils élémentaires pour un fleurissement plus économe en eau. Réunis à la jardinerie Tropix, à Strasbourg Koenigshoffen le 14 avril, ils soulignent que les plantes cultivées localement par les professionnels sont aussi celles qui résistent mieux à la sécheresse. Parce qu’elles ont été choisies pour leur adaptation aux conditions locales, précisément, qu’elles ont été « chouchoutées » dès le départ, ont grandi dans un terreau de qualité et qu’elles ont développé un système racinaire vigoureux.   Des astuces et des plantes succulentes Ainsi en est-il du géranium, qui reste « la colonne vertébrale du fleurissement en Alsace » selon Christian Romain, le président du groupement. Originaire d’Afrique du Sud, la star des jardinières ne craint pas les conditions climatiques estivales extrêmes. Le bégonia aussi résiste bien à la sécheresse, de même que la pervenche de Madagascar, l’asparagus et l’euphorbe, qui appartient à la famille des « plantes succulentes » (qui stockent l’eau dans leurs organes). Ceux qui aiment les surfinias ou les ipomées veilleront à les utiliser en mélange avec d’autres végétaux, conseille pour sa part Stéphane Schwarz, horticulteur à Geudertheim. À ses clients, Laurent Sonnendrucker délivre quelques astuces en plus : espacer davantage les plants, pailler entre les végétaux, s’assurer que le contenant est suffisamment grand pour retenir l’eau. Dans leur activité de production, les horticulteurs sont également confrontés à la nécessité d’économiser l’eau. Sur son site de Strasbourg, Laurent Sonnendrucker récupère les eaux de pluie provenant des toits de ses serres dans deux cuves enterrées d’une capacité de 200 m3. Celles-ci lui permettent de couvrir 90 % des besoins en eau de son cycle annuel de culture. Pour l’heure, elles sont remplies à 80 %, ce qu’il juge correct. La production des plantes destinées au fleurissement estival se fait sur table. Celles-ci sont remplies d’eau à intervalles réguliers - tous les deux-trois jours à cette époque de l’année et jusqu’à deux fois par jour en plein été - pour que les végétaux puissent y pomper l’eau dont elles ont besoin. Ce procédé, appelé la subirrigation, est utilisé de longue date par les professionnels. L’eau qui n’est pas utilisée par les plantes repart en circuit fermé. Les serres de l’horticulteur sont également équipées de rideaux qui protègent les cultures en cas d’ensoleillement excessif et limitent l’évaporation.

Publié le 13/04/2023

Le jeudi 6 avril à Scherwiller, cinq brasseurs alsaciens ont officiellement lancé les bières bio « Grand Hamster ». Ils ont œuvré main dans la main avec des acteurs locaux pour concocter cinq bières aux saveurs différentes, mais qui ont toutes le même objectif : protéger le grand hamster d’Alsace et la biodiversité de la plaine.

Il y a quelque temps maintenant, une filière bio dédiée au grand hamster d’Alsace a été créée. Le principe est simple : proposer différents produits alimentaires qui favorisent des pratiques agricoles respectueuses du grand hamster. Dans cette volonté de protection de l’espèce, un collectif de brasseries artisanales a réfléchi à développer de nouvelles bières bio. Une initiative originale, mais aussi pleine de sens. « Par la mise en marché de produits issus de la préservation du Grand Hamster, on propose aux consommateurs de s’y associer dans leur acte d’achat. Cette biodiversité est en déclin, il est grand temps d’agir. Et rien de mieux qu’une bonne action avec une bière autour de la table ! » s’enthousiasme Francis Humann, président du GIE Grand Hamster d’Alsace. Les recettes de ces bières « de la biodiversité » ont été élaborées par les brasseries Bendorf au Neudorf, La Narcose à Scharrarbergheim, l’Altruiste à Scherwiller, S’Humpaloch à Lautenbach et la Brasserie des Quatre Pays à Hirtzbach. Du champ à la bière, un trajet 100 % local Avant de couler dans les verres, ces bières du Grand Hamster ont suivi un long parcours. Qui se veut bien sûr respectueux et bio ! Tout a commencé par une récolte d’orge d’hiver en juillet dernier, venu principalement de l’exploitation de la ferme Humann à Ernolsheim-sur-Bruche. Cette orge, semée en autonome il y a deux ans, est une culture très appréciée par le grand hamster. « Habituellement, on travaille avec de l’orge de printemps, on le reçoit et on ne se pose pas trop de questions. Alors que finalement, l’orge d’hiver est moins impactant pour l’environnement et la biodiversité. C’est pour ça qu’on l’a choisi pour la bière du Grand Hamster », explique Benjamin Pastwa, gérant de la brasserie Bendorf. Une fois récoltée, cette orge d’hiver bio Amistar a dû être maltée par l’entreprise Maltala. Située à Bergheim, il s’agit de la première malterie artisanale bio. Du houblon, lui aussi local et bio, a également été nécessaire à la conception des bières. Une bière par brasserie Chacune des brasseries a préparé sa propre bière au long de l’hiver dans ses brassins. Ce sont donc cinq bières différentes, avec une vision différente pour chaque brasseur. Julien Delécolle, gérant de la brasserie l’Altruiste, a décidé de réaliser une bière blonde houblonnée afin de « montrer que l’on peut faire de belles choses avec des matières premières bios alsaciennes ». De son côté, la brasserie S’Humpaloch propose aussi une bière Grand Hamster blonde, mais avec une touche assez originale, qui a de quoi faire saliver. « Elle est aromatisée avec une plante sauvage qui se cache dans les montagnes, le lierre terrestre. Elle fait partie de la famille de la menthe, avec des fleuraisons violettes. C’est comme un goût de tisane », lance Barnabé Stoehr, gérant de S’Humpaloch. Toutes les brasseries participantes proposent à la vente les cinq bières. Car étant rassemblées dans un même projet pour protéger le grand hamster d’Alsace, « il n’y a pas de concurrence qui tienne ». Le collectif est actuellement en discussion pour que ces bières soient commercialisées dans des magasins spécialisés en bio, en bière ou encore chez des cavistes. Les points de vente seront petit à petit référencés sur le site internet de Bio en Grand Est. Attention, ces bières artisanales Grand Hamster sont éphémères ! 10 000 litres sont prévus. Mais si les stocks sont vite vendus, le collectif ne s’interdit pas d’en faire une bière à l’année.

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