Pratique

Prévention des risques en viticulture

De bonnes habitudes à prendre

Publié le 01/04/2023

Le 22 mars, au lycée de Rouffach, la CAAA du Haut-Rhin organisait sa première journée de prévention sur les risques inhérents au travail en cave, principalement ceux liés au travail en hauteur. Pour les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie, c’était l’opportunité d’intégrer les bonnes habitudes à prendre avant leur arrivée sur le marché du travail.

De bonnes habitudes à prendre, d’autres à casser. En Alsace, en 2022, 63 accidents du travail enregistrés dans le milieu agricole étaient dus à des chutes en hauteur. Parmi elles, 76 % sont arrivées lors d’utilisation d’échelles, d’escabeaux, d’échafaudages et de marchepieds. Un chiffre trop important aux yeux de la Caisse d’Assurance-Accidents Agricole du Haut-Rhin (CAAA 68) qui aimerait apporter les bons réflexes de prévention aux jeunes viticulteurs en passe d’intégrer le marché du travail. « On les sent plus réceptifs que leurs aînés qui ont des difficultés à modifier des habitudes bien ancrées », explique Eloyse Isola, conseillère en prévention à la CAAA 68, en marge de la première journée de prévention organisée sur cette thématique le 22 mars, au lycée agricole de Rouffach. Les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie ont eu droit, le matin, à des ateliers théoriques (sensibilisation aux chutes grâce à un harnais, réglementation du travail en hauteur au travail, etc.) dans les locaux de l’entreprise Distel à Wittelsheim, spécialisée dans les accès en hauteur en milieu professionnel. L’après-midi, place aux cas plus concrets dans la cave du Domaine de l’école avec des mises en situation animées par deux formateurs de Distel. Dans le même temps, Eloyse Isola et Éric Utard, professeur d’agroéquipement au lycée, en ont profité pour faire une « piqûre de rappel » sur les autres risques potentiels du travail en cave vinicole.   Gare aux chutes, même de plain-pied Frédéric Gaertner est formateur depuis vingt ans chez Distel. Il constate que la principale cause des chutes en milieu professionnel est due à la sous-estimation du danger par l’opérateur. » On n’a pas besoin d’être très haut pour se faire très mal. Le problème est que de mauvaises habitudes sont prises depuis longtemps. On continue parce qu’il n’est jamais rien arrivé, mais il suffit d’une fois. » Si le corps de métier des couvreurs et autres zingueurs reste le plus exposé aux chutes en hauteur, il n’épargne pas les viticulteurs, notamment pendant les vendanges comme le souligne Eloyse Isola. « C’est une période où il y a beaucoup d’activités en cave, où les sols sont mouillés ou encombrés. Une chute arrive vite, même de plain-pied. » La problématique la plus récurrente reste les travaux effectués sur une échelle, pourtant interdits dans le Code du travail. « L’échelle est un moyen d’accès, pas une plateforme de travail. Mais du point de vue réglementaire, si on ne peut pas faire autrement, alors on peut utiliser une échelle pour travailler à condition que la tâche soit de courte durée, ponctuelle, à risque faible, et surtout assurée par un système antichutes », développe Frédéric Gaertner. Un « kit mains libres » composé d’un harnais, d’un système d’attache relié à l’échelle et d’une corde reliée à un point d’ancrage suffisamment résistant pour retenir l’opérateur en cas de chute. « Cela peut paraître excessif, mais c’est indispensable. La mauvaise habitude la plus récurrente c’est de dire : je ne vais pas très haut, pas très longtemps, donc ça va. C’est une grosse erreur. »     Des jeunes demandeurs Cette première journée de prévention est vue d’un très bon œil par Éric Utard. Si les risques - chimiques, électriques, de circulation - sont bien abordés en cours, cela se limite à des diaporamas ou des vidéos. « Là, les jeunes sont en situation avec des spécialistes de la prévention. Cela a nettement plus d’impact que des professeurs plus généralistes comme nous. On les sent demandeurs de ce type de journée qui leur permet d’arriver sur le marché du travail avec des bons réflexes en matière de prévention. »

Cérémonie du Guide Michelin

Une pluie de retombées

Publié le 20/03/2023

Vendredi 10 mars, les présidents des Chambres consulaires et Frédéric Bierry ont dressé un premier bilan de l’opération Michelin. L’Alsace devrait bénéficier d’importantes retombées notamment en matière d’attractivité pour l’Alsace, sa gastronomie et ses produits. Autant de boosters économiques.

L’opération Michelin se termine. Pendant plusieurs jours, l’Alsace est devenue le centre du monde de la gastronomie. Avec en point d’orgue, la cérémonie de dévoilement du palmarès 2023 du Guide Michelin, qui s’est tenue le 6 mars. C’était un événement en soi. Mais, avant et après, près de 500 grands chefs étoilés venus de toute l’Europe, 150 journalistes, 50 agences de presse, ont visité l’Alsace, et en ont emporté un peu dans leurs valises, faisant d’eux autant d’ambassadeurs des produits et de la gastronomie locale. « Avec un milliard de vues dans le monde, cette cérémonie est une magnifique vitrine pour la gastronomie alsacienne », pointe Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), qui ne boude pas son plaisir d’avoir participé à un événement où « nous avions la tête dans les étoiles, mais les pieds bien sur terre ». La cérémonie en elle-même a un impact : de nombreux gourmets ont été logés dans des hôtels, ont mangé dans des restaurants, et fait des emplettes en Alsace. Et certains ont fait durer leur séjour, pour encore plus d’immersion. À plus long terme, le Guide Michelin annonce une hausse de fréquentation de 8 à 10 % pour le territoire ayant accueilli la cérémonie l’année qui suit l’événement. Dans un contexte de « concurrence territoriale mondiale, la cérémonie du Guide Michelin, qui est une marque monde, est un événement très convoité », indique Jean-Luc Heimburger, président de la CCI. Frédéric Bierry rappelle que les industries agroalimentaires représentent 8 % du PIB alsacien, et que le secteur de la gastronomie y emploie 100 000 personnes, « qui vont bénéficier de la mise en avant de l’art de vivre à la française et à l’alsacienne ». À titre d’exemple, Nicolas Stamm, chef du restaurant La Fourchette des Ducs à Obernai et directeur de projet à la CEA, rapporte les propos de l’ambassadeur pour la gastronomie, Guillaume Gomez, qui a fait l’éloge des vins d’Alsace : « Il a dit que ce sont des vins exceptionnels, qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur. » Des étoiles plein l’Alsace Même si l’Alsace n’a pas décroché de troisième étoile cette année, il y a davantage de restaurants étoilés sur le territoire à l’issue de la cérémonie. Nicolas Stamm souligne notamment l’obtention d’une étoile verte dans le centre-ville de Strasbourg, par le restaurant de : ja (en plus de sa première étoile) pour récompenser l’écoresponsabilité de l’établissement. En tout, pas moins de 150 établissements alsaciens sont repérés dans le Guide Michelin, que ce soit par des Bib gourmands ou des étoiles. Susciter des vocations Les présidents des Chambres consulaires insistent aussi sur l’impact de l’événement sur les jeunes engagés dans des formations aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration qui ont pu y assister. De quoi créer des vocations, selon Jean-Luc Heimburger, qui plus est dans un secteur où l’ascenseur social fonctionne plutôt bien, puisqu’on peut passer « de CAP à étoilé ». À noter que la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur a contribué à revaloriser les salaires : « Avec 43 h de travail hebdomadaire, un commis de cuisine gagne 2 200 € nets par mois, plus les pourboires défiscalisés », rapporte Nicolas Stamm. Un bilan financier à consolider Le bilan financier de l’opération séduction n’est pas encore complètement ficelé. Mais les organisateurs mentionnent près de 170 000 € de mécénat, et 1 M€ de participation des entreprises alsaciennes sous forme de produits et services pour l’évènement. Les fruits et légumes d’Alsace ont, par exemple, ravitaillé les cuisines en fruits et légumes locaux, le Civa a apporté des vins d’Alsace… Le reste à charge pour la CEA s’élève à 380 830 €. À noter que le Palais de la musique et congrès (PMC), a été mis à disposition, mais que le coût technique, qui devait être pris en charge par la Ville de Strasbourg, incombe finalement à la CEA, rapporte Nicolas Stamm, qui a été la cheville ouvrière de l’événement. Soit une facture de 107 000 €. L’agriculture à la base Tous les présidents des Chambres consulaires ont souligné le rôle de l’agriculture dans cette grand-messe. « Pas de gastronomie sans produits agricoles », commente Frédéric Bierry. « La gastronomie, c’est l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et les services. Elle représente tous les secteurs, sans les opposer. Mais à la base, il y a les agriculteurs, premiers maillons d’une formidable chaîne qui fait avancer l’Alsace », dit Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Alsace. Évidemment, Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, ne peut qu’abonder - « pour que l’alimentation aille de la fourche à la fourchette, il faut des artisans, des industriels et des commerçants » - mais il profite aussi de l’occasion pour pointer quelques enjeux : « Actuellement, un poulet sur deux est importé. C’est dommage, car les producteurs français n’ont pas les mêmes standards ni les mêmes chartes de production. » Il souligne l’avantage d’avoir des filières locales. Ainsi, la filière moutarde d’Alsace, avec Alelor, a permis d’avoir de la moutarde quand elle est devenue une denrée rare ! Par contre, la production de l’un des fleurons de la gastronomie alsacienne, le foie gras, a été dangereusement déstabilisée par la grippe aviaire. Grâce à « l’énergie collective, des canetons ont été trouvés », rapporte Nicolas Stamm, qui s’est engagé sur ce dossier. Mais il s’agit désormais de sécuriser la filière locale en diversifiant les sources d’approvisionnement, pourquoi pas outre Rhin. Denis Ramspacher glisse encore que des filières sont menacées par le manque de main-d’œuvre. Frédéric Bierry rebondit en disant que « la CEA est à l’écoute des réalités économiques, et agit en conséquence pour combler les trous dans la raquette afin de soutenir l’accès à une alimentation de proximité ». Et de citer en exemple le soutien de la collectivité à l’abattoir de Cernay. Au final, l’ensemble des présidents n’ont qu’un regret : la Ville de Strasbourg et son édile ont brillé par leur absence. « Mme Barseghian nous montre une fois de plus qu’elle n’aime pas manger », tacle Jean-Luc Hoffmann. Et pour ce boucher charcutier alsacien, il s’agit là d’une « faute grave ».    

Publié le 08/03/2023

Commune forestière, Lalaye ne compte aucun agriculteur mais elle accueille, sur ses pâturages, cinq éleveurs des villages avoisinants. Leurs vaches, moutons et chèvres aident ainsi à maintenir le paysage ouvert autour du village. L’exploitation du bois est la principale source de revenus de la municipalité.

« Il faut aider les agriculteurs à se maintenir. Nous avons besoin de ce dynamisme économique et social », sait Yvette Walspurger, la maire de Lalaye, commune rurale forestière mais pas agricole. C’est autant dans cette optique que pour conserver l’ouverture paysagère sur sa commune, que l’édile a encouragé les éleveurs alentour à faire venir paître leurs animaux sur le ban communal de Lalaye. Cinq d’entre eux y amènent leurs vaches, chèvres et moutons, aujourd’hui, sur 25 ha. Des prés loués pour la modique somme, au total, de 1 420 € en 2022, selon le tarif fixé par la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) ; juste assez pour participer à l’entretien des linéaires de clôtures des neuf parcs. « C’est donnant donnant. Puisque les éleveurs avec leurs bêtes, aident à débroussailler, nous les aidons à réparer les enclos », explique la maire. Créée en 1982, l’association foncière pastorale (AFP) de Lalaye-Bassemberg (Bassemberg est la commune voisine), c’est actuellement 37,5 ha : 224 parcelles, appartenant à 110 propriétaires. Ces derniers laissent en gestion leurs terres à l’AFP. Ils adhèrent gratuitement à l’association, qui ne leur reverse aucun loyer. Encore un partenariat gagnant-gagnant ! Dès son arrivée à sa première mandature, Yvette Walspurger, retraitée de la Direction départementale de l’agriculture et du Génie rural, a entrepris de retrouver les 550 propriétaires des forêts et prairies de Lalaye, afin de récupérer les biens sans maîtres et ainsi, de pouvoir les nettoyer, tout en les protégeant de l’artificialisation. « Toute ma carrière m’a permis d’apprendre ce que je fais, pour la commune », constate-t-elle. Quelle prédestination ! Les recherches, à partir de huit planches du cadastre, ont duré deux ans, mais quel bonheur de voir des animaux à l’herbe ! Car c’est notamment grâce à ce travail titanesque que l’AFP s’est développée. Cercle vertueux « Nous soutenons l’agriculture de montagne, locale, pour privilégier les circuits courts. C’est écologique. Et l’intérêt de maintenir les paysages ouverts est esthétique certes, mais aussi pratique : cela nous préserve des incendies. Les éleveurs, eux, ont de quoi nourrir leur bétail près de leurs fermes », résume Yvette Walspurger. Les cinq exploitations à profiter des vertes praires de Lalaye sont le Gaec du Chênesire, le Gaec de l’Eichmatt, Morgane Guth, Christophe Martin et David Heini. Dans ce cercle vertueux, tout le monde semble s’y retrouver : les habitants et consommateurs de la vallée aussi. Le marché de producteurs de Villé, à quelques kilomètres, en témoigne, ainsi que les nombreux randonneurs. L’Association foncière d’aménagement foncier agricole et forestier (Afafaf) gère 63 km de chemins forestiers, s’étendant sur les 8 km du ban communal de Lalaye. Elle a vocation à entretenir ces chemins, notamment à déblayer les arbres morts. Dépendante de la CAA, à Sainte-Croix-en-Plaine, l’association, dont le siège social est à Villé, est chapeautée par le Centre national de la propriété foncière (CNPF). Jacques Deybre, retraité, ancien maire de Lalaye (de 2003 à 2008), est le président de l’Afafaf. « Il faut passer une fois par semaine sur les chemins pour garantir la sécurité de tous les usagers », estime Jacky, comme l’appelle Yvette Walspurger. Près de 300 propriétaires de 820 petites parcelles, sur 765 ha de forêts, cotisent à l’Afafaf, à raison de 0,10 €/are, plus une part fixe s’élevant à 1,52 €. La maire de Lalaye est fière d’annoncer que 98 % des cotisations « rentrent » dans la caisse de l’Afafaf, depuis ses recherches cadastrales. Les quotes-parts suffisent à payer les travaux d’entretien des chemins, ajoute Jacques Deybre. Il souligne : « L’association existe depuis 1964 : c’est la première Afafaf de France. » La forêt, reine La forêt est la richesse de Lalaye, qui a adhéré à la trame verte et bleue du Champ du feu pour la continuité d’un corridor écologique, jusqu’à Fouchy. « On a créé une mare dans un parc, replanté des haies, introduit des arbres fruitiers, pour nourrir la flore et la faune », énumère la maire. L’intérêt de la forêt est aussi écologique qu’économique. « L’exploitation forestière, confiée à l’Office national des forêts (ONF), est la principale ressource de la commune », dévoile Yvette Walspurger. Sécheresse, scolytes, chalarose du frêne ont, comme ailleurs, impacté les épicéas et les feuillus. « On a eu de la chance. Il n’y a pas eu de grosses pertes, puisque nous avons réussi à vendre le bois scolyté dans le Sud-Ouest. Le bénéfice n’est plus ce qu’il était mais il suffit à payer l’entretien annuel de la voirie de Lalaye », partage la maire, consciente d’être enviée par certains de ses pairs. Pour repeupler les espaces vides de la forêt, Lalaye a bénéficié du Plan de relance. Il semblerait que les pins sylvestres et laricio aient le plus d’avenir sur le ban communal, entre ses 350 et 650 m d’altitude. Aujourd’hui, épicéas, douglas et hêtres sont les principales essences exploitées. Le reste de la sylve se compose essentiellement de châtaigniers et de frênes. Les arbres sont protégés des cerfs, puisqu’il n’y en aurait pas à Lalaye. Les sangliers, eux, ont moins pullulé l’an passé. Jacques Deybre assure que l’entente avec les chasseurs permet, dans tous les cas, de réguler au mieux la population. Une chasse communale couvre 695 ha. Deux chasses privées, 25 et 45 ha. La municipalité touche le produit de la chasse mais reverse leur part aux propriétaires fonciers, bien sûr. Yvette Walspurger est ravie d’administrer Lalaye. « On travaille tous main dans la main pour les intérêts de la commune. C’est un cocon. Nous sommes protégés… Des pics de pollution atmosphérique, notamment ! Les habitants aiment leur village et leurs forêts, et veulent les préserver », conclut la maire.

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