Pratique

Publié le 30/01/2023

La Cuma des terroirs est en train de construire un hangar collectif, à Stotzheim. Il abritera le matériel de ses six adhérents, tous agriculteurs et viticulteurs, ainsi qu’une aire de remplissage et de rinçage des pulvérisateurs.

C’est un projet qui a mûri, pendant deux ans, avant de se concrétiser, voici quelques mois. À la sortie de Stotzheim, la Cuma des terroirs construit un hangar collectif. Créée en 2014, la structure réunissait au départ cinq agri-viticulteurs de Stotzheim, rejoints, par la suite, par un sixième membre, d’Epfig. Grâce à la Cuma, les adhérents investissent dans du matériel de grandes cultures, ainsi que dans des machines nécessaires à la conduite et à l’entretien de la vigne en bio. Coopérateurs ou vendeurs de raisins au négoce, ils sont, en effet, tous labellisés bio ou en cours de conversion, ce qui nécessite l’utilisation de matériel spécifique. Ces différentes acquisitions - une quarantaine de machines, en tout - nécessitent un espace commun pour le stockage et l’organisation des chantiers. Or leurs corps de ferme sont situés au cœur du village et aucun n’est assez spacieux pour accueillir l’ensemble du matériel. La dispersion des machines chez les uns et les autres engendre des déplacements, susceptibles de gêner la circulation dans le village. Les membres de la Cuma font appel à la FRCuma, qui leur propose de réaliser un DiNA bâtiment (dispositif national d’accompagnement des projets et des initiatives). Il s’agit de mettre toutes les données à plat, de définir les besoins en surface de stockage, tout en intégrant les prévisions d’évolution des exploitations concernées. « Nous sommes rapidement tombés d’accord sur la nécessité d’investir », retrace Geoffrey Schultz, l’un des adhérents. Reste à trouver le terrain adéquat : un site central par rapport au parcellaire des membres de la Cuma et facile d’accès. C’est chez l’un des leurs, Pierre Huchelmann, qu’ils le trouvent. La Cuma achète les 60 ares situés à proximité de la départementale contournant le village et menant à Benfeld. Ceux-ci sont classés en zone agricole dans le PLU (plan local d’urbanisme) mais plusieurs contraintes s’imposent à la Cuma. Il faut que la construction soit éloignée de 50 mètres par rapport à la route et qu’elle soit soumise à l’approbation de l’architecte des Bâtiments de France. En effet, le château du Grunstein, un manoir ancien, est situé à 200 m du site à vol d’oiseau. Une fois que le projet est défini dans ses grandes lignes, la Cuma des terroirs fait appel au service bâtiment de la Chambre d'agriculture Alsace pour le finaliser. Patrice Denni, conseiller bâtiment, réalise plusieurs plans. De leur côté, les adhérents de la Cuma visitent des bâtiments collectifs, dont celui construit par la Cuma de la Zorn, à Littenheim. Ils optent pour un bâtiment à structure métallique en deux parties : une partie fermée de 540 m2 pour le petit matériel, les tracteurs - la Cuma en possède deux - et l’atelier ; une partie ouverte de 780 m2 pour le stockage du gros matériel et, l’aire de remplissage et de lavage des pulvérisateurs. « Compte tenu de notre matériel, dont une partie est utilisée de façon très saisonnière, cette disposition est la plus intéressante, relève Geoffrey Schultz. Un bâtiment unique avec une allée centrale nous aurait fait perdre de la place. » Du photovoltaïque en toiture L’aire de lavage et de remplissage sera couverte par une travée. « C’est une bonne solution pour ne pas avoir à gérer les eaux de pluie. » Cet équipement permettra aux adhérents de récupérer et de traiter leurs effluents de pulvérisation, au lieu de rincer leur matériel au champ. Un forage est prévu pour alimenter l’aire de lavage en eau. Les membres de la Cuma vont également faire poser 1 200 m2 de panneaux photovoltaïques, en toiture, afin de produire de l’électricité. Une partie sera autoconsommée, l’autre sera vendue afin d’amortir une partie des charges du bâtiment. « Nous avons obtenu le permis de construire assez rapidement. Ce qui nous a permis de boucler le financement et de passer les commandes, dans la foulée. Au final, on ne s’en est pas trop mal sorti par rapport à la flambée des coûts des matériaux », juge Pierre Huchelmann. L’investissement total s’élève à 600 000 € HT, dont 350 000 € pour le bâtiment et 250 000 € pour la partie photovoltaïque (raccordement compris), avec des durées d’amortissement respectives de vingt ans et quinze ans. Après des travaux de terrassement et le creusement des fondations, le montage du bâtiment a commencé, un peu avant Noël 2022. Vont suivre la couverture, la pose du bardage et le coulage d’une dalle de béton, sous la partie couverte. Il restera ensuite à aménager l’intérieur et à végétaliser les abords. « On espère une mise en service, cet été », indique Geoffrey Schultz. La réalisation de ce bâtiment collectif permet aux membres de la Cuma d’envisager l’avenir plus sereinement, souligne pour sa part Marc Metz. La Cuma des terroirs a, en effet, pour particularité de compter autant d’adhérents proches de la retraite que de jeunes adhérents : un écart générationnel dont elle a réussi à faire une force.

Petite histoire des brasseries

Le grand train de la bière d’Alsace

Publié le 05/01/2023

La bière d’Alsace domine aujourd’hui le marché français. Il faut remonter au XIXe siècle pour comprendre cette histoire et comment elle fait écho à celle du peuple et du territoire alsaciens. Des villages à la grande ville, des foyers aux grandes industries, la brasserie alsacienne se raconte au travers des mots de l’historien Nicolas Stoskopf. Jusqu’à aujourd’hui, et le départ annoncé d’Heineken de l’emblématique brasserie de l’Espérance.

Comme le pain, on fabriquait autrefois sa bière chez soi. Comme les boulangeries, on trouvait les brasseries dans les villages. Ainsi commence l’histoire de cette boisson, contée par l’historien strasbourgeois Nicolas Stoskopf. En 1840, l’Alsace compte en effet 350 brasseries ! 90 dans le Haut-Rhin (mais il n’existe pas de statistiques pour le sud-ouest du département), et donc 260 dans le Bas-Rhin. Et déjà, Strasbourg est un pôle important. Des brasseries des bourgs coule la bière, qui se distribue aussi dans les débits de boissons des villages. « La bière est conviviale, elle se partage. On se retrouvait quotidiennement après le travail. C’est le stammtisch », résume l’historien, avec simplicité. Si tout le territoire est largement abreuvé, les cartes montrent aussi qu’au XIXe siècle, plus on va vers le nord, plus on aime la bière… Une consommation à ne pas opposer, et il faut le souligner d’emblée, à celle du vin. À cette époque, les vignes s’étendent dans toute l’Alsace, au nord et dans la plaine aussi. L’universitaire insiste : « Pas de concurrence, mais une tendance. » La bière d’Alsace s’exporte Au-delà du lien social dont elle est le ciment, comment expliquer une telle profusion ? Les brasseries bas-rhinoises sont un exemple parmi d’autres de l’émergence de nombreuses petites industries dans le département (lire en encadré). Au XIXe siècle, la densité rurale est telle que les familles paysannes doivent chercher des activités complémentaires pour subvenir à leurs besoins. Les parcelles sont morcelées. Les exploitations trop petites pour faire travailler toute la famille. La pression foncière était, il y a deux siècles, déjà une réalité. Par la force des choses, naissent alors de nouveaux savoir-faire qui bientôt, s’exportent. Car bien que les métiers se développent, la place, elle, manque toujours. Beaucoup de producteurs vont alors diffuser la bière d’Alsace ailleurs en France. C’est d’ailleurs à ce moment qu’apparaissent les grandes brasseries parisiennes, aujourd’hui encore des institutions dans la capitale. Cela va même parfois plus loin, souligne l’historien : « À Barcelone, la plus ancienne brasserie de la ville, la Damm, a été fondée par des Alsaciens ! » Et ce n’est que le début. Avec le Second Empire (1852), un « engouement formidable » naît pour la bière d’Alsace, raconte Nicolas Stoskopf. La pils, légère à fermentation basse, plaît. Pour transporter les tonneaux du tant aimé breuvage, des « trains à bière » relient alors chaque semaine, les grandes brasseries de Strasbourg à Paris. Le transport ferroviaire reste un atout fort de la bière d’Alsace aujourd’hui, et le train à bière existe toujours, en témoigne la ligne qui arrive directement dans l’usine Kronenbourg d’Obernai. Dans les faubourgs de Strasbourg Entraînées par cet enthousiasme pour la bière d’Alsace, naissent à partir de 1850 de grandes brasseries dans les faubourgs de Strasbourg : à Schiltigheim, Koenigshoffen et Kronenbourg. L’industrialisation bat son plein. Les brasseurs adoptent des techniques allemandes de fermentation à basse température, introduites en 1847, qui exigent installations et investissements. Dans ces faubourgs, ils peuvent creuser des caves réfrigérées, « des caves de garde », d’abord refroidies avec de la glace stockée en hiver. Pour les petites brasseries, la concurrence est rude : la bière industrielle se conserve mieux, se transporte mieux et coûte moins cher. Strasbourg intra-muros se vide rapidement de ses petits sites de production artisanaux. Des brasseries rurales, seules quelques-unes parviendront à se maintenir à travers les années, comme Meteor et Licorne. Nouveau coup dur, la guerre de 1870 met un coup d’arrêt au commerce de la bière d’Alsace. Le marché français se ferme un temps. Quelques Alsaciens bâtissent alors des brasseries de l’autre côté de la frontière pour continuer à produire en France. Il faudra une autre guerre et d’autres frontières pour que l’histoire de la bière d’Alsace écrive un nouveau chapitre. L’après-guerre et les 30 Glorieuses sont synonymes d’une forte croissance pour toute l’économie française comme pour la brasserie. Dans les années 1950, un nouveau phénomène de concentration s’opère. L’industrie découvre les économies d’échelle. La décennie suivante est marquée par « la course à la taille », explique Nicolas Stoskopf. « Les industriels recherchent la plus grosse production. Un seuil en dessous duquel il n’y a pas de salut. Seuls certains parviennent à résister, dont Michel Haag [président de la brasserie Meteor, 7e génération de brasseurs, NDLR]. » Les contenants revêtent alors une importance particulière pour permettre à la consommation de masse de se développer, continue l’historien. Kronenbourg, par exemple, a beaucoup innové. « L’un des succès de Kronenbourg est lié à l’adoption de la bouteille Steinie en 1948. C’est le point de départ du formidable développement de Kronenbourg ! » Avec les premiers supermarchés, on instaure même le fameux « pack de 6 » : la 6-Kronenbourg, ou comment faciliter la consommation à domicile. En 1964, les bières d’Alsace représentent 37 % de la production française et 80 % de l’exportation. Elles s’installent durablement dans le caddie des Français. Il n’en resta plus que trois Depuis les années 1990, la bière d’Alsace a changé. La fin du siècle voit un mouvement inverse apparaître avec les « microbrasseries », comme un retour aux brasseries artisanales et rurales d’autrefois. « De la cité des brasseurs qu’était Schiltigheim, il n’y a plus rien », se désole Nicolas Stoskopf. Fondée en 1746, la brasserie de l’Espérance (Heineken), la dernière d’entre elles, fermera ses portes bientôt*, après Fischer en 2009 et Adelshoffen en 2000… Aujourd’hui, les grandes brasseries historiques ne sont plus qu’au nombre de trois : Kronenbourg, Meteor et la Licorne. Fleuron de l’industrie alsacienne, l’usine Kronenbourg d’Obernai, dite K2, est le plus grand site de production en France. « La bière n’est plus la même boisson du peuple. Elle est montée en gamme », analyse l’historien. « Mais même si c’est un peu plus cher, je continue à boire ma Meteor ! » Nicolas Stoskopf affiche, comme tout bon Alsacien, sa préférence. « C’est l’héritage de l’histoire… enchaîne-t-il. 1664, ce n’est pas une plaisanterie ! » Cette année-là, un maître brasseur du nom de Jérôme Hatt avait eu l’ambition de créer une bière qui n’était pas interchangeable. Il avait eu le rêve qu’un jour, de Strasbourg à Barcelone, un amateur demande une Kronenbourg, une Licorne, une Meteor… et non pas simplement « une bière ».

Ma Ville, mon Maire

Rosheim, une ville pleine de vie

Publié le 29/12/2022

Fière de son histoire et de son patrimoine, Rosheim n’est pas figée dans le passé. Au contraire, c’est une ville dynamique. Il suffit de se promener dans l’artère principale pour s’en rendre compte. Ce n’est pas Michel Herr, maire de la ville depuis 2008, qui dira le contraire… La vigne et la forêt occupent une place de choix dans cette commune très attractive.

« Rosheim a une qualité de vie très agréable et une infrastructure routière et ferroviaire remarquable, ce qui explique son attractivité », souligne le maire. Conséquence logique, sa démographie est en constante augmentation depuis quelques années. « Nous nous situons dans la deuxième couronne urbaine de Strasbourg, après les communes de l’Eurométropole. Le commerce de proximité est très présent, le bassin est riche en emplois, et les enfants peuvent être scolarisés sur place de la maternelle à la troisième, avec la possibilité d’inscrire l’enfant au périscolaire. Nous abritons l’un des plus gros collèges du Bas-Rhin, avec 650 élèves. » Seul bémol, la courbe démographique des enfants est en baisse : les jeunes couples ont du mal à s’installer à Rosheim, en raison des prix de l’immobilier. Le tissu associatif est très dense : la ville en compte une soixantaine. « C’est la dynamique de la commune. Les jeunes et les moins jeunes peuvent pratiquer toutes sortes d’activités sportives et culturelles. Et le programme des manifestations est très riche. » La vigne, une place de choix Avec 300 ha, la vigne occupe une place de choix sur le ban communal. « La vigne, c’est notre richesse. Même si de nombreux vignerons de Rosenwiller cultivent des parcelles sur notre ban. » Un petit regret : « Nous n’avons pas de grand cru. Mais nous avons la chance d’avoir huit familles qui mettent leurs vins en bouteille » : Sophie Kumpf Meyer et ses vins nature, Jean-Pierre Schmitt, Yves et Christine Affolter, Philippe Kirrmann, Christophe Maetz, Jean-Marc Dreyer, Xavier et Marie-Marthe Maetz, sans oublier Hubert Maetz, le chef du restaurant Rosenmeer. Trois autres familles vivent de la viticulture, en tant qu’apporteurs de raisins. Des agriculteurs, par contre, la commune n’en compte plus depuis le décès d’André Fischer, un maïsiculteur à la pointe de la technologie. « L’agriculture a toute sa place. Il est de plus en plus difficile de rendre constructibles les espaces agricoles, et c’est tant mieux. » La forêt est l’autre atout de la ville à la rose. « Nous possédons la deuxième plus grande forêt communale du département, après Haguenau. » Ses 1 600 ha sont entièrement situés sur le ban communal, avec une belle mixité de feuillus et de résineux. « Sur la partie basse de la forêt, à environ 300 m d’altitude, on trouve des chênes remarquables. » C’est l’ONF qui s’occupe de la gestion de ce patrimoine forestier. « Trois jeunes bûcherons et un apprenti, amoureux de leur métier, y travaillent en permanence. Ils connaissent notre forêt et la respectent. Ils travaillent à nos côtés pour l’améliorer et la régénérer. Ensemble, nous orientons le plan de coupe de l’ONF. » Une coupe de 10 000 m3/an, en fonction de l’accroissement de la forêt. « Le bois est une source de revenus appréciable pour la commune. Nous avons même installé une chaufferie au bois en 2007. Pendant dix ans, nous fabriquions nous-mêmes nos plaquettes avec les résidus de la forêt communale. Mais la qualité hygrométrique de ces plaquettes n’était pas à la hauteur de nos attentes et depuis lors, nous les achetons à Sélestat. »     Un Espace naturel sensible à Rosheim Rosheim, comme les communes voisines de Bischoffsheim et de Boersch, fait partie d’un espace naturel sensible, l’ENS du Bischenberg. « Chaque fois qu’un terrain est vendu, il est préempté et loué par les collectivités à des particuliers, à un prix modique pour préserver les arbres fruitiers. Elles accordent également une subvention de 45 € par plantation. Et cela marche très bien ! Entre 2018 et 2019, 2 500 arbres fruitiers ont été plantés dans les neuf communes environnantes. Pour l’instant, nous n’avons pas de débouchés pour ces fruits, mais Bischoffsheim y travaille », explique Michel Herr.  

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