Pratique

Tourisme d’été en Alsace

Un peu plus de visiteurs qu’en 2019

Publié le 09/11/2022

Avec 18,7 millions de visiteurs, l’Alsace a été un poil plus fréquenté en 2022 qu’en 2019 : plus 6 %. Si elle a perdu près de 20 % de touristes, elle a gagné autant d’excursionnistes. L’augmentation de la durée moyenne des séjours durant l’été est manifeste.

Les visiteurs (touristes* et excursionnistes**) étrangers en Alsace, l’été 2022, sont presque trois fois plus nombreux que les visiteurs français : ils sont 13,9 millions à avoir sillonné la région, quand les Français ne sont « que » 4,8 millions. Les touristes mosellans (226 000 nuitées), du Nord (149 000 nuitées) et les Parisiens (144 000 nuitées) sont les plus nombreux parmi les Français (3,2 millions de nuitées et 1,1 million de touristes) à venir en Alsace. Quant aux touristes étrangers (7 millions de nuitées et 3,7 millions de touristes), les Allemands arrivent loin devant toutes les nationalités, avec 2,4 millions de nuitées (plus du tiers des nuitées étrangères) en juillet-août 2022 ; mais cela représente moins 12 % par rapport à 2019. Derrière eux, les Hollandais (Pays-Bas) passent 550 000 nuitées en Alsace : plus 18 % qu’en 2019. Ils devancent les Suisses (520 000 nuitées, soit 5 % de moins qu’en 2019). Les Belges et les Américains (États-Unis) viennent aussi moins qu’il y a deux ans, mais ils totalisent toujours plus de 330 000 nuitées. Les Italiens, les Anglais et les Espagnols dorment 230 000 nuits et plus… à noter une hausse de 11 % pour les Italiens par rapport à 2019, quand une baisse de 12 % est enregistrée pour les Anglais. Les voisins Allemands, les plus accrocs à l’Alsace Les excursionnistes français sont 3,7 millions à être venus en Alsace l’été 2022, soit 14 % de plus qu’en 2019. Les Mosellans (764 000) et les Vosgiens (363 000) sont les plus nombreux, suivis par les Belfortains, les Meurthe-et-Mosellans et les habitants du Doubs (entre 228 000 et 264 000 excursionnistes comptabilisés). Les excursionnistes étrangers sont 10,2 millions : plus 20 % par rapport à l’été 2019. Les Allemands sont à nouveau et sans surprise, en tête : près de 5,4 millions d’excursionnistes, soit la moitié de tous les excursionnistes étrangers. Ils sont 36 % de plus en 2022 qu’en 2019. Nos voisins sont donc plus prompts à passer une journée en Alsace, quitte à y revenir, qu’à y séjourner. Idem pour les Suisses. Les excursionnistes suisses sont plus de deux fois plus nombreux qu’en 2019 à l’été 2022 : près de 1,3 million. Viennent ensuite les Hollandais et les Belges, respectivement 660 000 et 590 000. Les Hollandais sont presque deux fois plus nombreux qu’en 2019. Les Belges et les Italiens sont 10 % de plus environ. Touristes et excursionnistes, hollandais et italiens, sont donc toujours plus nombreux, en Alsace. Les Belges, à l’instar des Allemands et des Suisses sont eux, de plus en plus enclins aux passages éclair qu’aux escapades comprenant une nuit ou plus. Quant aux Anglais, ils sont 16 % de moins qu’en 2019 : 260 000 au total en 2022. Touristes et excursionnistes, ils sont de moins en moins nombreux à visiter l’Alsace. Conséquences du Brexit ? Peur du Covid ? La question reste ouverte. Dans le calcul des touristes et excursionnistes français, selon Alsace Destination Tourisme, les locaux, c’est-à-dire les Alsaciens, ont été exclus.

Publié le 09/11/2022

Fin octobre, le forum Alsace Terre brassicole, organisé par Brasseurs d’Alsace, le Comptoir agricole et Alsace Destination Tourisme (ADT) a réuni une centaine de participants. Ensemble, ils ont décidé de la création d’un évènement fédérateur et porteur : une fête de la bière d’Alsace. Une étude sur l’image de cet emblème local qu’est la bière est aussi prévue.

Afin de développer le tourisme brassicole en Alsace, deux projets ont été retenus, fin octobre, à l’issue du forum Alsace Terre brassicole : la création d’une fête de la bière d’Alsace et la mise en place d’un groupe de travail sur l’image de la bière d’Alsace - une réflexion sur l’identité brassicole alsacienne, accompagnée de la conception d’outils concrets de communication, tels que logo, verre, label, etc. L’Alsace est le premier producteur de bière en France. Mais le patrimoine brassicole alsacien, tout comme la bière d’ici, sont encore trop peu mis en avant à l’échelle locale, nationale et internationale. Aussi, si la bière d’Alsace renvoie à la tradition et à la qualité, elle peut souffrir d’une image ringarde, d’après un sondage réalisé par L’Échappée bière, une agence qui œuvre au développement du tourisme brassicole en France. Premier bilan fin 2023 Brasseurs d’Alsace, le Comptoir agricole et ADT ont donc pris les devants pour rester dans le coup ! La centaine de participants au forum Alsace Terre brassicole, qui a eu lieu au lycée agricole d’Obernai, a choisi les deux projets à mener (un évènement touristique et une structuration de la filière) parmi treize propositions. Ces brasseurs, microbrasseurs, acteurs du tourisme en Alsace, journalistes spécialisés, houblonniers, universitaires, restaurateurs, bistrotiers, politiques, associatifs, ont voté, après avoir pris connaissance des tenants et aboutissants de chaque suggestion. Ont été relégués à plus tard ou aux oubliettes : le lancement d’une Route de la bière, la construction d’une plateforme au-dessus de la houblonnière expérimentale du lycée d’Obernai, l’établissement d’un groupe favorisant les synergies avec le monde vitivinicole, ou celui d’un groupe travaillant à fédérer la filière brassicole alsacienne, entre syndicats, corporations (comme celle des brasseries artisanales, partenaire du forum) et autres « chapelles », par exemple. Dominique Baudendistel, président de Brasseurs d’Alsace et PDG de la brasserie Licorne, a tout de même bon espoir que les brasseurs se fédèrent plus largement. Aujourd’hui, rien de concret n’a encore émané de ces choix stratégiques pour l’avenir du tourisme brassicole en Alsace. Seule certitude, les organisateurs souhaitent se retrouver fin 2023, pour suivre l’évolution des projets… Tous les participants au forum se sont engagés à ce qu’ils voient le jour.    

La bière Guth à Saint-Maurice

Charly et la microbrasserie

Publié le 26/10/2022

À 27 ans, Charly Guth est le digne héritier d’une famille d’entrepreneurs, versés autant en mécanique qu’en restauration. Sommelier de formation, passionné de bières et de brassage, il a ouvert, il y a quatre ans, sa microbrasserie, à Saint-Maurice, dans l’ancien garage automobile de son grand-père paternel. Il explore une gamme de cinq à neuf bières, et, distille aussi du rhum et du gin.

Au cœur de la forêt et à quelques centaines de mètres d’une réserve d’eau de source, Charly Guth brasse de la bière, distille du rhum et du gin. Sa microbrasserie, installée à Saint-Maurice, dans l’ancien garage automobile familial et à côté du restaurant qu’a tenu sa grand-mère jusqu’à ses 89 ans, est entourée de trois distilleries emblématiques du Val de Villé (Massenez, Meyer, Nusbaumer). C’est connu : pour une bonne bière, mais aussi une bonne eau-de-vie, il faut une eau pure. « Aujourd’hui, je brasse 1 000 l de la future bière de Noël, qui sera disponible dans un mois, après fermentation. Ce sera une bière fraîche, désaltérante, à l’image de toute ma gamme. Le but, quand on boit une de mes bières, est qu’on ait envie d’en reprendre une deuxième. Pour Noël et l’hiver, le côté malté, légèrement torréfié de la bière ressortira, en plus des arômes de mandarine, d’orange et d’épices, dont un peu de cannelle », dit Charly. De deux fûts de 500 l, l’odeur maltée se dégage. Il est 10 h. Charly Guth a lancé le premier brassin à 5 h 45, le second quatre heures plus tard. En parallèle, il désinfecte, entre autres, le matériel destiné à l’embouteillage. Deux de ses quatre cuves de fermentation (de 1 000 l chacune) sont remplies de bière brune, aux notes de chocolat noir, légèrement amères, et de café torréfié. Elle sera mise en bouteille le lendemain. Processus « Le brassage consiste à extraire le sucre des céréales maltées : orge et blé, principalement, chez moi. Et avoine, parfois. Le malt est un amidon, un sucre complexe non fermentescible. Le brassage des céréales maltées, dans de l’eau chauffée entre 65 et 69 °C, transforme cet amidon en sucre fermentescible », explique Charly Guth, sommelier de formation (BTS au lycée Alexandre Dumas, à Illkirch) et brasseur par passion, qui a appris la théorie, après la pratique, auprès d’autres microbrasseurs. Après une heure et demie de brassage, le moût (le jus sucré) est séparé des matières solides, les drêches, c’est-à-dire ce qu’il reste des céréales maltées bouillies. Il coule par gravité. Une pompe permet de l’envoyer dans la cuve d’ébullition, à côté. Il y bouillera une heure, jusqu’à stérilisation. C’est à cette étape que le brasseur ajoute le houblon et d’autres épices. Charly aromatise sa bière, pendant l’ébullition et non par infusion, pour être sûr de tuer les bactéries et les levures sauvages indésirables (qui pourraient changer le goût de la bière). « Si j’ajoute du houblon en début d’ébullition, la bière aura plus d’amertume. Si je l’ajoute à la fin, elle sera plus aromatique, plus fruitée », précise Charly. Une fois que le liquide a refroidi, il est mis en cuve un mois, pendant lequel la bière fermente. Les levures mangent le sucre, ce qui produit deux éléments : le gaz (les bulles) et l’alcool. Le produit sous pression est mis en bouteille directement. Les bières de Charly Guth sont ainsi plus légères que si elles fermentaient en bouteille, avec un ajout de sucre. Et il gagne deux semaines sur le processus. Durant le mois de fermentation, le microbrasseur régule la température : il faut qu’elle se situe entre 21 et 23 °C. Il contrôle aussi le taux de sucre. Sa bière n’est jamais filtrée. La recette se termine par une garde au froid de deux semaines, à 3 °C. « Ça va affiner le produit, l’éclaircir, le rendre propre et limpide, sans le filtrer pour autant, car le froid va concentrer les dernières matières solides au fond de la cuve », dévoile Charly. Au brassage, les drêches ont déjà fait office de filtre naturel du moût. « C’est une première belle sélection. On enlève les poussières du malt, lorsque le moût passe par les drêches. À l’ébullition, une deuxième sélection s’opère. La chauffe va colmater les parties solides au fond de la cuve, tout comme le froid, en dernier lieu », développe Charly. Au total, 300 à 400 kg de drêches sont produites, chaque semaine, à la microbrasserie Guth. Pour les valoriser, Charly les donne à un éleveur de poules, vaches, cochons, à Breitenau. Diversification Charly a brassé sa première bière en amateur à 18 ans. Il est passé par la restauration gastronomique, jusqu’au service en bar, au début de sa vie active. À 23 ans, il se casse le bras et peaufine son projet de microbrasserie. Il se lance, quelques mois après sa guérison. « Ce que j’aime avec la bière, c’est qu’il n’y a aucune limite ou presque. On peut tout créer : de l’acide au fruité, jusqu’au malté. Et j’ai pu commencer dans ma cuisine ! Faire plein d’essais, avant de démarrer, professionnellement. C’est plus facile et accessible que d’acheter un vignoble ! », ajoute-t-il, rappelant, au passage qu’un sommelier se spécialise dans les boissons, quelles qu’elles soient. Ce besoin de changement, de variétés, de différences colle à la peau de Charly. Il aime se fournir localement mais il ne trouve pas forcément tout ce qu’il veut. Pour sa IPA, il cherche un houblon américain. « Comme pour la vigne, le houblon a son terroir », sait-il. Le Comptoir agricole est tout de même un gros fournisseur. « Les houblonniers alsaciens font de très belles choses. Il faudrait maintenant que l’on puisse nous, petites brasseries, bénéficier de contrats plus souples : que l’on puisse payer en plusieurs fois, des petites quantités de houblons différents. Je pourrais ainsi m’amuser, tout en m’engageant », propose Charly. Les épices proviennent souvent de Terra Madre, la marque développée par le Jardin de Gaïa. « Une bière 100 % Alsace, ce serait possible, grâce à Maltala (malt bio et local), mais sur une recette particulière, pas sur toute la gamme. Le coût de production serait trop élevé », justifie Charly Guth. Son coût de production a d’ailleurs grimpé d’un tiers, depuis mi-octobre, notamment et surtout à cause du prix des bouteilles de verre, en 33 cl. Charly préfère en changer plutôt que d’infliger une hausse à ses clients. Juste avant d’aromatiser sa bière, avec la poudre de mandarine, vers midi, Charly reçoit un colis : les potentielles futures bouteilles de rhum et de gin. Il produit 3 000 flacons d’alcools forts à l’année, en plus des bières, quand Nusbaumer en délivre 70 000 environ, compare-t-il, pour donner un ordre d’idée de sa petite production. Charly Guth démarre à peine cette activité. Son rhum, distillé à partir de mélasse, et son gin (élaboré à partir d’alcool neutre à 96 °C) répondent au cahier des charges des breuvages. Ils méritent donc l’appellation. « Je distille (du schnaps, NDLR), depuis l’adolescence avec mon grand-père et les anciens du village », raconte Charly. Au regard des taxes, cet atelier, c’est uniquement son plaisir, pas un business. « Je ne perds pas d’argent non plus. Mais avec mon matériel artisanal, dont l’alambic de 200 l, c’est beaucoup de travail », constate-t-il. Charly est sûrement le premier, le seul et unique producteur de rhum alsacien ! « Je suis pile poil au bon endroit », s’exclame-t-il. Eh oui ! Saint-Maurice, c’est aussi une ville en Martinique. Les arguments de Charly sont tout trouvés pour le marché de Noël de Colmar, où il aura son stand.      

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