Pratique

Marché des céréales

L’incertitude domine

Publié le 15/09/2022

Sécheresse, guerre en Ukraine, crainte de récession, prix de l’énergie… Les facteurs d’évolution du marché des céréales sont nombreux, et incontrôlables. Résultat : c’est l’incertitude qui règne quant à l’évolution du marché des céréales, actuellement particulièrement haut.

La sécheresse qui a sévi en Europe de l’ouest va inévitablement avoir un impact sur les volumes de maïs récoltés, attendus en baisse. Par conséquent : « L’Europe va devoir importer davantage de maïs », pose Antoine Wuchner, responsable d’Eurépi, la filiale dédiée à la commercialisation des céréales collectées par le Comptoir agricole. La question est : d’où va venir ce maïs ? En effet, la récolte ukrainienne est, elle, impactée par le conflit en cours sur son sol. À 40 millions de tonnes (Mt) l’an dernier, elle est estimée à 28 Mt cette année. Ces derniers temps, les céréales ukrainiennes s’exportent mieux, grâce à la mise en place de corridors pour les transporter. « Mais pour combien de temps ? La situation est instable. Cela risque de ne pas durer », prévient l’expert des marchés agricoles. Les cours du maïs à des niveaux inconnus depuis des années De l’autre côté de l’Atlantique, le 12 septembre, le ministère américain de l’Agriculture (USDA) a revu sensiblement à la baisse son estimation de la récolte annuelle de maïs aux États-Unis. Une annonce qui a porté les cours à leur plus haut niveau depuis fin juin. L’USDA prévoit désormais une production de 354 Mt contre 364 dans son dernier rapport, publié en août. Cette contraction est attribuable à une baisse des rendements, ainsi qu’à la réduction des surfaces récoltées. Une partie des régions de production de cette culture a en effet été gravement touchée par la sécheresse qui frappe l’ouest du pays depuis plusieurs mois. Cette annonce a fait baisser les perspectives de stocks, ce qui constitue un élément de soutien des cours. Du coup, après la publication du rapport, le cours du maïs pour livraison en décembre a frôlé le seuil symbolique des 7 dollars le boisseau (environ 25 kg), qu’il n’a plus dépassé depuis le 23 juin. Face au maïs, il y a le blé, dont les récoltes ont été bonnes, notamment en Russie, et s’annoncent bonnes aussi en Argentine. Sur les marchés, on assiste à un vrai bras de fer entre les fondamentaux du blé et du maïs et les aspects liés à la géopolitique et la macréconomie, décrit Antoine Wuchner. En Alsace s’ajoutent à ces paramètres ceux de la navigabilité du Rhin et de la disponibilité du fret. « Nos clients peinent parfois à trouver des bateaux », pointe Antoine Wuchner. Les vendeurs se trouvent donc dans une situation délicate : « La demande est là, moindre certes, mais on a du mal à trouver acheteurs pour nos maïs car le transport est redevenu cher ». L’évolution de la situation est donc étroitement liée à la disponibilité des autres origines, notamment ukrainienne, et vers quels pays elles vont aller en priorité. Autre conséquence de ces difficultés de fret et de la précocité de la récolte : il reste des céréales de la campagne 21 dans les silos alors que la récolte 22 de maïs arrive. « Certains ont recours aux camions pour faire exécuter les contrats, établis à l’époque à des prix inférieurs à ceux que nous connaissons actuellement », rapporte Antoine Wuchner. Le risque de récession comme principal élément baissier des cours Les producteurs, eux, se trouvent confrontés à des coûts de production déjà élevés, et qui pourraient encore s’alourdir avec les frais de séchage dans un contexte d’énergie chère. Antoine Wuchner se veut rassurant : « Si le rendement est correct, ils vont s’y retrouver ». Le pire des scénarios serait que les marchés s’effondrent et que cette récolte, qui a été chère à produire, ne puisse pas être bien valorisée. « Je ne pense pas que les marchés se retournent brusquement car la situation géopolitique est et reste tendue. Tant que la crise ukrainienne ne s’améliore pas, il n’y a aucune raison que les prix baissent. Le principal élément baissier actuellement, c’est le risque de récession, que l’on sent venir dans certains secteurs d’activité, qui se traduirait par une baisse de la consommation, donc de la demande en céréales, avec un effet immédiat sur l’évolution des prix. » Peuvent il s’envoler encore plus haut ? « Tout est possible. Il faudrait des éléments nouveaux, comme un frein aux exportations ukrainiennes de maïs sur l’Europe. Tous les regards vont dès maintenant se tourner vers les conditions de semis des céréales d’hiver dans l’hémisphère nord et les conditions de récolte dans l’hémisphère sud : la campagne de vente est donc entre très longue, ce qui impose un grand professionnalisme et une grande prudence à tous les metteurs en marché », conclut Antoine Wuchner.

Morgane et Zoé Eble

En passant par le Gazon vert

Publié le 08/09/2022

Depuis un an, ce sont les grands sourires de Morgane et Zoé Eble qui accueillent les visiteurs du gîte étape du Gazon vert. Sur les hauteurs de Saint-Amarin, les deux cousines s’appliquent à faire vivre leur rêve d’enfance, soutenues par la commune, les agriculteurs du coin, et surtout leur famille et leurs amis.

Morgane Eble, 26 ans, et sa cousine Zoé Eble, d’une année plus jeune, ont repris en mai 2021 l’Auberge du Gazon vert. Depuis un an, les deux pétillantes cousines, originaires de la région de Cernay, donnent vie à ce coin de montagne, à quelques encablures du GR5. Avant d’arriver au Gazon vert, Morgane a tenté divers cursus universitaires. Après quelques détours, elle a rejoint Zoé, qui travaillait alors à la ferme-auberge du Molkenrain à Wattwiller. Au gré d’une randonnée, guidées par leur ami, et désormais voisin, Jérémy Luttringer, elles apprennent que le gîte étape du Gazon vert cherche un repreneur. Une occasion en or qu’elles ne laisseront pas filer. « Nous avions ce rêve de tenir une auberge depuis que nous étions petites, raconte Zoé. Mais il est difficile de se frayer une place car ce sont souvent des affaires familiales. Nous avons donc envoyé CV et lettre de motivation. Et puis nous avons appelé toutes les deux semaines la communauté de communes ! » Il faut croire que leur détermination a su convaincre. Démarrage en douceur Elles s’installent au printemps 2021. Reprendre l’auberge n’a demandé que peu capital de départ. Propriété de la communauté de communes et retapée en 2013, il a surtout fallu quelques améliorations, notamment de la décoration. « Ça se voit que c’est tenu par des filles ici », lance Zoé, amusée. Désormais les bouquets de fleurs séchées agrémentent joliment les étagères traditionnellement emplies de pots en grès et de cloches. « Nous ne nous sommes pas versé de salaire la première année car nous avions décidé d’investir. Les droits Pôle emploi ont permis de subvenir », détaillent-elles. En plus de l’auberge et sa grande terrasse ombragée, du gîte et ses 20 lits, Morgane et Zoé veulent développer le lieu. Avec quelques événements annuels, elles ambitionnent de créer des rendez-vous autour du Gazon vert : un Country day, qui met à l’honneur les talents familiaux, ou encore une transhumance avec les vaches de Jérémy Luttringer.     Itinéraire d’une carte locale C’est d’ailleurs ce dernier qui fournit l’auberge en viande. Du troupeau de salers et limousines qui pâture aux alentours, Morgane et Zoé achètent des bêtes entières. Les morceaux sont réservés au mijoté cuisiné quotidiennement ; le reste est transformé par la boucherie Chez Laurent à Willer-sur-Thur et finit aussi sur les assiettes, en charcuterie. À la carte, on trouve également les fromages de la ferme Schoeffel à Fellering ou encore le munster bio du Gaec du Vacceux dans les Vosges. Les légumes arrivent de la boutique du primeur Knecht à Morschwiller-le-Bas et le pain de la boulangerie Dietchin à Fellering. Les vins sont ceux de Julien Scherb à Gueberschwihr. Le souci du local se retrouve même dans le choix du linge de lit Lin Vosges. La démarche est insufflée par la communauté de communes, et suivie naturellement par Morgane et Zoé.     Un travail quotidien Le quotidien est rythmé par les trois heures de ménage, des chambres à la cuisine, la préparation des repas et l’accueil des visiteurs. Si la cuisine et le service – où elles se relaient – sont leur plus grand plaisir, Morgane et Zoé apprennent encore à gérer les stocks. Faire les chambres par ailleurs les amusent beaucoup moins… Tous les produits sont livrés dans un local du village, qu’elles vont chercher quand elles le peuvent, soit une heure l’aller-retour. Au total, elles estiment travailler chacune 114 h par semaine. Il faut dire que les deux jeunes femmes ont à cœur, aussi, de communiquer le mieux possible, notamment sur les réseaux sociaux. « On n’imaginait pas que ça nous prendrait autant de temps, s’étonne encore Morgane. Une affiche, une semaine, donne-t-elle en exemple. Mais c’est essentiel ! » Et Zoé d’enchérir : « Il ne faut en plus jamais s’arrêter ! » Trouver un équilibre Morgane et Zoé sont saisonnières. De mai à novembre, elles s’installent au gîte et ne descendent que le lundi, jour de fermeture. Le reste de l’année, elles en profitent pour voyager. Cet hiver, les deux aventurières ont exploré l’Islande et le Brésil. Un idéal pour les cousines inséparables, ou presque. Car comme dans un couple, parfois, c’est tendu. La comparaison fait rire, mais souligne une vérité. Tenir l’auberge est plus que chronophage. « On a besoin d’être un peu seule de temps en temps », souligne Morgane. « Il faut réussir à donner de la place à nos vies personnelles. » Leurs compagnons, plutôt disponibles le week-end, sont alors mis à contribution pour servir les clients nombreux. « On espère pouvoir trouver un meilleur équilibre, pouvoir déléguer. » Et embaucher donc. Avis aux candidats ! « Quand on est coincé, on appelle pour avoir de l’aide, témoigne Zoé. Parfois nous sommes surprises par un groupe qui n’a pas réservé par exemple. Et en un instant… il n’y a plus de fromage blanc au kirsch ! » Famille et amis sont alors des soutiens précieux. « Et heureusement », clament en chœur les deux cousines. Elles sont d’ailleurs pleinement soutenues par leurs proches dans cette aventure. Une force supplémentaire qui permet à Morgane et Zoé de tracer leur chemin, passionnées par leur petit coin de montagne.    

Publié le 01/09/2022

La Ville de Strasbourg et l’Eurométropole sont gouvernées par les écologistes. Partenaires de la Chambre d’agriculture Alsace, de Bio en Grand Est, du Syndicat et de l’Agence de l’eau locaux, de la Safer et de Terre de liens, elles favorisent le maraîchage, les circuits courts et l’agriculture bio. Mais il faudra attendre le prochain plan local d’urbanisme intercommunal pour que soient, peut-être, sanctuarisées des terres agricoles.

« Les terres agricoles qui se libèrent, que la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) récupèrent à la fin d’un bail, sont actuellement redirigées vers un usage citoyen », affirme sans détour, Jeanne Barseghian, la maire de Strasbourg. La dynamique quadragénaire met en avant la tradition de cultures vivrières, les jardins familiaux et ouvriers, et aussi la « cité maraîchère » qu’était le quartier de la Robertsau jusque dans les années 1970, pour légitimer sa politique agricole. Celle-ci favorise le maraîchage et les circuits courts, et surtout l’autoproduction « nourricière » par les particuliers et les associations, dans l’espoir que cela crée plus de justice, de santé, d’insertion et de lien social.     Jeanne Barseghian cite ainsi la conception de quatre fermes urbaines, aux Écrivains (à Schiltigheim), à la Cité de l’Ill, au Neuhof et à l’Elsau ; des quartiers prioritaires de l’EMS. La collectivité a récemment remporté l’appel à projet de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), Quartiers fertiles, avec son idée de maraîchage entre les tours, sur plusieurs dizaines d’ares. À chaque fois 650 000 €, soit presque la moitié du budget total. « Sur ces terrains, il y aura une mixité d’activités, destinées à améliorer le cadre de vie, créer de l’emploi. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA) est associée, depuis le premier jour, en tant que conseil et parce qu’elle est en demande de main-d’œuvre qualifiée. Les Cités fertiles pourront permettre la formation d’ouvriers. » Investir les interstices L’édile enchaîne. « On ne fait pas de promesse quant à la sanctuarisation de friches agricoles, quant à la surface, d’autant plus qu’il faut travailler à la dépollution de certains sols avant de les cultiver, ou explorer d’autres techniques ; Strasbourg étant aussi une terre industrielle. Mais une dimension agricole et alimentaire est intégrée dans un maximum de projets d’aménagements urbains. La part d’espaces dédiés à l’alimentation va ainsi augmenter. Et lorsque le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) sera révisé, on ira plus loin », assure la maire écologiste. Elle insiste en attendant, sur les interstices à investir en ville, pour se diversifier. Le Bunker comestible, qu’elle cite en exemple, est mis à disposition de la fédération des aveugles Grand Est pour produire des champignons, commercialisés en circuit court. La pression foncière est énorme, dans toute l’EMS. Antoine Neumann, conseiller municipal délégué à la Ville de Strasbourg, en charge de l’agriculture urbaine, de l’alimentation et de la santé des consommateurs, admet qu’il est aujourd’hui incapable de répondre aux demandes de nouvelles surfaces des quelques exploitants strasbourgeois qui le sollicitent pour pérenniser l’existant. Il grappille trois hectares de ci, un hectare de là, pour une SAU forcément morcelée. Cependant, la municipalité a conscience de ce besoin de terres. « C’est, entre autres, l’objet d’une convention avec la CAA, Bio en Grand Est et Terre de liens. Strasbourg et l’EMS financent 32 actions co-construites à hauteur de 290 400 €, en 2021 et 2022. La CAA est la principale bénéficiaire, puisque partie prenante de toutes les opérations. On travaille sur quatre axes principaux : sécuriser, conforter les entreprises et/ou transmettre ; soutenir les pratiques respectueuses de l’environnement ; développer les circuits courts (il existe d’ailleurs une carte interactive en ligne, des points d’approvisionnement dans l’EMS, NDLR) et retisser le lien entre la ville et la campagne, reconnecter les deux mondes », développe Antoine Neumann. Deux postes ont été créés, Ville et EMS confondues, spécialement pour la préservation de la ressource eau (l’EMS se chargera d’ailleurs des paiements pour services environnementaux, dont le budget propre n’a pas encore été délibéré) et l’économie agricole. Le renouvellement des générations est un enjeu de taille car deux tiers des personnes qui travaillent dans le monde agricole, dans l’EMS, ont plus de 50 ans, savent les élus. Plus de budget pour les questions agricoles « L’agriculture et l’alimentation sont au cœur des différentes politiques publiques : l’économie et l’emploi, la consommation responsable, l’éducation, la santé, les paysages, les déchets. Ce sont deux sujets parmi les plus transversaux. Nous avons donc créé un comité partenarial de l’alimentation avec les structures institutionnelles. Y participent les représentants du monde agricole », ajoute Jeanne Barseghian, qui milite pour une alimentation locale, saine et accessible, mais qui n’est pas dupe des réalités. Même si toutes les terres agricoles de l’EMS étaient vouées à l’agriculture nourricière, il serait seulement possible de combler 8 % des besoins de ses habitants, dont 7 % en légumes, selon un diagnostic réalisé pour la collectivité. Aujourd’hui, 3 % des aliments consommés dans l’EMS sont locaux. S’approvisionner dans toute l’Alsace et la région Grand Est, voire l’Allemagne, est un autre défi à relever. « Les commandes pour les cantines scolaires et la petite enfance vont au-delà des préconisations Egalim, note Antoine Neumann. On achète 30 % de produits bio, dont deux tiers sont des produits bio d’ici. Au total, ce sont 30 % de produits locaux qui se retrouvent dans les assiettes. »     Mais à part quelques exceptions, hors de question de faire du « localisme » en marché public. C’est illégal. Les Verts œuvrent, avec France urbaine (un regroupement des grandes villes françaises), à l’exception alimentaire ; que l’État et l’Europe donnent plus d’autonomie aux communes sur cet approvisionnement-là. « On pousse au maximum de ce qui est en notre pouvoir », lâche Antoine Neumann. La Ville de Strasbourg et l’EMS ont signé le Pacte de politique alimentaire urbaine de Milan, sous l’égide de l’ONU, pour inscrire les collectivités dans une dynamique internationale. Fin 2022, il est prévu qu’elles publient le projet alimentaire partenarial, pour le territoire, visant à lutter contre les gaspillages, accélérer la transition agroécologique et rendre le bio accessible à tous. Strasbourg sera la première ville, au second semestre 2022, à délivrer des ordonnances vertes : une distribution gratuite de paniers de légumes bio aux femmes enceintes, « pour éviter les perturbateurs endocriniens », dixit la maire. Si le budget dédié aux questions agricoles est minime, à Strasbourg, de l’aveu d’Antoine Neumann, « il faut voir l’évolution ». « On est sur des chiffres sans commune mesure par rapport à la précédente municipalité et sur une transformation du territoire », certifie le conseiller. Idem au niveau de l’EMS. Le Tour des fermes (la huitième édition avait lieu fin juin) mobilise toujours plus, d’après la collectivité. La nouveauté cette année, c’est qu’il s’inscrivait dans une semaine de Rendez-vous de l’alimentation… durable, forcément. Intitulée « Qu’est-ce qu’on mange ? », elle a été l’occasion d’offrir des entrées au Grand Show des Fruits et Légumes d’Alsace, qui se déroulera du 22 au 25 septembre 2022, à Illkirch – Baggersee. Les consommateurs, prescripteurs, sont de plus en plus invités à rencontrer les agriculteurs.

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