Pratique

Publié le 10/07/2022

La petite ville de Rhinau héberge cinq agriculteurs aujourd’hui. À la faveur de départs à la retraite de confrères et faute de repreneurs, leurs exploitations s’agrandissent, depuis quelques années. La commune rurale, première propriétaire de terres agricoles, privilégie ses cultivateurs. Elle loue ses terrains uniquement aux locaux. Marianne Horny-Gonier, la maire, y tient.

En 2020, huit agriculteurs étaient répertoriés dans la Ville de Rhinau. Aujourd’hui, ils ne sont plus que cinq : Jonathan Ehrhart, Gérard Muller, Philippe Oberlé, Erwin et Jean-Paul Roettelé. Ils œuvrent principalement en grandes cultures : maïs, blé, betterave, colza. Seule l’EARL de la Schmalau s’adonne, en plus, au maraîchage. Elle produit de la mâche, des pissenlits, des asperges et des pommes de terre, qu’elle vend en direct. « Dès qu’il y a un départ à la retraite, les exploitations locales en place s’agrandissent, pointe Marianne Horny-Gonier, la maire de Rhinau. Ces dernières années, il n’y a pas eu d’installation. Soit les agriculteurs cédants étaient célibataires, soit leurs enfants n’étaient pas intéressés et aucun hors cadre familial ne s’est présenté. La commune est le premier propriétaire foncier de terres agricoles. Nous relouons les terres que cultivaient les agriculteurs partis à la retraite uniquement aux cultivateurs rhinois. Nous privilégions les locaux, à qui nous essayons de partager équitablement ces hectares supplémentaires. » La première magistrate de la commune est consciente que Rhinau est modelée par ces paysans. « Les agriculteurs font partie de l’histoire de la commune. Les activités agricoles ont beaucoup de sens ici. Au-delà de l’alimentation humaine et animale, l’agriculture entretient les paysages. Et certains exploitants rhinois sont sapeurs-pompiers volontaires ; l’un d’eux était même chef de corps, il y a peu », ajoute-t-elle, pour mettre aussi en avant leur implication dans la vie sociale. Des deux côtés du Rhin Très peu de réclamations de riverains parviennent d’ailleurs aux oreilles de l’élue, quant à d’éventuelles gênes causées par les activités agricoles. Les exploitants, eux, se plaignent parfois d’incivilités : essentiellement des quads qui roulent sur leurs parcelles. Mais Marianne Horny-Gonier souligne qu’elle est rarement interpellée. Aucun agriculteur rhinois ne participe au conseil municipal mais chacun sait qu’il peut s’entretenir avec l’édile ou avec le premier adjoint au maire, Vincent Jaegli, un « autochtone », en charge des « champs, forêts, chemins, environnement, chasse, pêche ». Ce dernier rappelle une spécificité rhinoise : près d’un millier d’hectares de prés, champs, forêts et cours d’eau appartiennent à la Ville de l’autre côté du Rhin. Dans la réserve naturelle du Taubergiessen, en Allemagne, les agriculteurs de Rhinau soignent 40 ha de cultures et 100 ha de prés. Pour y accéder, ils empruntent le bac automoteur transfrontalier, gratuit, qui relie la commune française à Kappel-Graffenhausen. Ils sont prioritaires sur tout autre véhicule. L’enclave rhinoise en territoire allemand est une survivance du XVe siècle, quand l’Alsace appartenait au Saint Empire romain germanique et que le cours du Rhin était variable. Depuis ce temps-là, les paysans de Rhinau cultivent le Taubergiessen. Sensibles forêts La Ville gère les forêts. Toutes celles sur son ban lui appartiennent. « Il n’y a pas de forestier, dans la commune. Aucun privé », note Vincent Jaegli. Malheureusement, la sylviculture est en berne. « On subit », poursuit l’adjoint. La forêt dépérit, à cause de la chalarose du frêne (qui impacte 80 ha de forêt environ) et des sécheresses de plus en plus rapprochées. Pour réussir à vendre le bois visé par la maladie autrement qu’en bois de chauffage, la commune accélère la cadence des coupes. « Sinon les grumes tombent seules, lorsque les arbres ont 30 ou 40 ans. Elles s’effondrent », témoigne Vincent Jaegli. Le changement climatique amplifie le processus. Les chênes, eux aussi, sont sensibles aux coups de chauds, surtout au niveau de leurs hautes frondaisons. Et la nappe phréatique a beau affleurer ici, si une parcelle est un peu surélevée, les racines des arbres souffrent aussi. « La filière bois a des soucis à se faire », pense le premier adjoint de Rhinau. Sur la commune, quand on coupe, on replante. Mais un hectare de plantation coûte 5 000 euros… Les recettes de la forêt sont nulles. La Ville est à peine à l’équilibre dans ce domaine-là. Merisier, noyer, chêne, aulne, érable, pommier et poirier sauvages : les essences choisies pour combler les coupes et les trouées datant de la tempête Lothar il y a vingt ans, sont censées être climato-compatibles. Les sangliers, eux, le sont pour sûr ! Trop même. On constate deux portées par an actuellement. Heureusement, les cinq lots de chasse de Rhinau sont loués, et agriculteurs et chasseurs s’entendent, d’après Vincent Jaegli. Mais les dégâts sont tout de même là. Les chevreuils, eux, s’attaquent plus aux arbres. Aucun cerf ni daim ne sont signalés. Trame verte et bleue Le soin apporté à l’environnement, à Rhinau, est d’autant plus grand que la ville est « cernée » de réserves naturelles, celle nationale de l’île de Rhinau, le site alsacien le plus représentatif de ce que l’on appelle la forêt alluviale rhénane, et celle du Taubergiessen. La municipalité s’engage pour la trame verte et bleue ; à mailler les habitats naturels, pour assurer les continuités écologiques terrestres et aquatiques. Elle a répondu à un appel à projet lancé par la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, il y a deux ans. Après un état des lieux de la faune et de la flore, notamment des espèces menacées ou en extinction, et des études pour savoir comment recréer les refuges de celles-ci, place aux premières expérimentations. Un terrain communal a ainsi été réensemencé pour devenir une prairie fleurie, à l’occasion de la fin d’un fermage. Le nouveau cultivateur locataire fait le foin sur ces 2 ha. La plantation de haies, sur une autre parcelle, et la vente d’arbres fruitiers à des particuliers à un prix bonifié, sont d’autres actions qui ont déjà été menées. Sur un terrain difficilement exploitable, Rhinau souhaite restaurer une roselière, créer une mare. « Les agriculteurs sont pleinement conscients de l’importance de la biodiversité pour leur activité », sait Marianne Horny-Gonier. L’exploitant Erwin Roettelé les représente au comité de pilotage du projet initié en 2020. Combler les « dents creuses » « L’environnement est plutôt préservé. C’est une chance qui explique l’engouement pour notre commune », remarque la maire. Rhinau est attractive. Entre un cadre bucolique et des potentialités d’emploi, dont transfrontalières, mais aussi la proximité de grands axes de communication, la ville est prisée. Les biens en vente partent vite. Marianne Horny-Gonier souhaite avant tout, que se construisent des logements dans les « dents creuses » de sa commune. « À l’avenir, il y aura zéro artificialisation nette. C’est une nouveauté de la loi Climat et résilience. La commune fait déjà en sorte que les terres agricoles le restent », assure-t-elle. Plus aucun élevage n’a cours à Rhinau, sauf à la ferme éducative de l’AGF, où les écoliers peuvent aller à la rencontre des poules, des lapins, des brebis, des cochons, des vaches, chevaux et ânes. Les cultures emblématiques de la plaine d’Alsace centrale s’épanouissent autour de la petite ville, entre bois et rivières. Les silos à grain du négoce Lienhart, le long du Rhin, rappellent encore, à qui croirait s’être perdu dans la nature sauvage, que l’agriculture, ici, a toute sa place et qu’elle est indissociable de ce milieu exubérant.

Publié le 02/07/2022

Mise en service il y a un an, l’aire collective de lavage et de remplissage des pulvérisateurs de Meistratzheim a été inaugurée le 24 juin. 28 agriculteurs de la commune et des villages environnants utilisent cet équipement.

L’aire collective de lavage et de remplissage des pulvérisateurs de Meistratzheim répond à plusieurs objectifs : elle a d’abord été conçue pour permettre aux utilisateurs de remplir et rincer leurs pulvérisateurs en toute sécurité tout en préservant la qualité des eaux superficielles et souterraines, a rappelé Francis Voegel, président du Syndicat mixte du bassin de l’Ehn (SMBE). Gérée par la Cuma de l’Ehn, qui réunit 28 agriculteurs pour une surface de 1 200 ha, elle leur facilite le travail et leur permet de réduire la quantité de produits phytosanitaires utilisée de 10 à 15 % grâce à la présence d’un adoucisseur d’eau qui constitue sa principale innovation. L’installation comporte deux parties : une aire bétonnée pour le lavage des engins agricoles et une deuxième servant au remplissage et au lavage des pulvérisateurs. Toutes deux sont équipées d’un laveur haute pression. Un local technique abrite les équipements électromécaniques. Les effluents résultant du lavage des pulvérisateurs sont envoyés vers un phytobac, composé de deux tiers de terre et d’un tiers de paille, où les molécules phytosanitaires sont dégradées. Les eaux pluviales et celles provenant du lavage des engins agricoles sont dirigées vers un débourbeur et séparateur à hydrocarbures avant d’être infiltrées. Maître d’ouvrage du projet, le SMBE a travaillé en lien étroit avec la Cuma de l’Ehn jusqu’à l’aboutissement des travaux et la mise en service de la station en juin 2021. C’est maintenant la Cuma, présidée par Paul Fritsch, qui assure l’entretien et le bon fonctionnement du site. Une convention lui délègue la gestion des installations pour 15 ans. D’un coût de 338 844 € TTC, le projet a bénéficié d’une subvention du Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), de 140 400 €. Le SMBE, qui a fourni le foncier, a participé à hauteur de 16 990 €, d’où un reste à charge de 125 000 € pour la Cuma, financé grâce à un prêt remboursable sur 15 ans. L’objectif était de limiter la charge pour les utilisateurs à 10 €/ha. « Nous y sommes », se réjouit Paul Fritsch, qui met en avant la dimension collective du projet, qui a permis de « retisser du lien entre les agriculteurs » et de mutualiser les coûts. Formés à la réduction des doses Depuis la mise en service de l’aire de lavage et de remplissage des pulvérisateurs, plus de 10 m3 d’eau souillée ont été recueillis et traités. Ce sont autant de volumes qui n’ont pas rejoint le réseau d’assainissement, souligne le président de la Cuma de l’Ehn. En parallèle, les membres de la Cuma se sont formés à la réduction des doses et à la technique des bas volumes auprès d’un spécialiste, Vincent Franquet. Tous ces éléments montrent que la profession agricole « est capable de suivre la demande de la société » de mieux prendre en compte l’environnement sans en passer par des mesures punitives, selon Paul Fritsch. « Vous faites ensemble ce qu’aucun de vous n’aurait pu faire séparément », se réjouit Bernard Fischer, maire d’Obernai et président de la communauté de communes du pays de Sainte-Odile. L’élu souligne les vertus d’un travail en partenariat avec les agriculteurs pour faire aboutir des projets d’intérêt général comme celui de l’aire de lavage de Meistratzheim. Deux captages et quatre sources fournissent l’eau potable nécessaire pour couvrir les besoins des habitants de la communauté de communes. Deux forages ont été réalisés il y a une quinzaine d’années pour extraire de l’eau venant de plus loin, mais aucun n’a pu être exploité. Tout ce qui concourt à préserver la qualité des ressources en eau mérite donc d’être salué, relève Bernard Fischer. « L’écologie doit se faire avec les agriculteurs », abonde Robin Clauss. Le conseiller d’Alsace insiste sur leur rôle dans la production alimentaire à l’heure où le conflit entre la Russie et l'Ukraine expose à la famine des millions de personnes dans le monde.

Fruits et légumes d’Alsace

Le show se prépare

Publié le 29/06/2022

Les plantations ont commencé, non loin du centre commercial d’Illkirch-Graffenstaden, sortie Baggersee, pour le plus grand show de fruits et légumes en France, organisé par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Du 22 au 25 septembre, sur 40 000 m2, 80 000 visiteurs sont attendus pour admirer les mises en scènes de 40 tonnes de fruits et légumes d’Alsace.

Asperges, rhubarbe, raifort, lentilles, pois chiches, céleris, pommes de terre et choux sont en terre : ça pousse dans les potagers du plus grand show de fruits et légumes proposé en France. Au total, 58 espèces de fruits et légumes, plus d’innombrables variétés, devraient être à maturité du 22 au 25 septembre 2022. Ce jardin éclatant de couleurs ravira les visiteurs, autant que la pyramide et que les structures (lion, poisson, dragon…) qui seront décorées de fruits par les élèves de bac professionnel et de BTS des lycées agricoles d’Obernai, Rouffach et Wintzenheim, quelques heures avant la manifestation. Planète Légumes pilote l’ensemble des plantations de fruits et légumes, et Geoffrey Andna, de l’Ilôt de la Meinau, maraîcher, met en œuvre. La semaine passée, lui et ses salariés plaçaient les patates douces, pissenlits et choux de Milan. « Montrer tout ce qui pousse, en Alsace, aujourd’hui, pour souligner la richesse de l’offre, c’est l’objectif premier du show. La scénographie, la fête participent à cette visée informative, pédagogique sur les produits », résume Dominique Krafft, de Musiconair, chargé de la communication sur l’événement, par l’Ifla. Chou-fleur et salade en dernier « Dans une semaine, on va planter du chou kale (frisé). Et après, on aura les grosses séries : chou-fleur, salade. Les dernières plantations, ce sont les cycles les plus courts. Il faut compter six à huit semaines pour les radis, la mâche, le fenouil, pour qu’ils soient à maturité au bon moment. Les cycles longs sont déjà en place. On a commencé semaine 18, mi-avril, et depuis, tous les quinze jours, environ, on a une plantation à faire. On irrigue car ce sont des sols relativement séchants. On a une motopompe, un enrouleur et, dès qu’il faut, on arrose. Comme nous sommes les maraîchers les plus proches, ça tombait sous le sens qu’on s’en occupe. J’ai milité longtemps pour que le salon revienne près de Strasbourg. Naturellement, je me suis engagé à réaliser les travaux, à assurer la logistique », enchaîne Geoffrey Andna. Le verger de 300 m2 et 400 arbres (en pots) provenant du pépiniériste Ledermann-Mutschler, à Krautergersheim, sera soigné par le Verexal (Obernai). Les visiteurs pourront se promener sous les filets paragrêles. Deux serres de 200 m2 sont aussi prévues. Les restaurateurs manquent à l’appel Un chapiteau européen « Saveurs et soleil d’automne » mettra l’accent sur le chou à choucroute, les quetsches, les pommes et les asperges, emblématiques de l’Alsace, à l’entrée du site. Une cinquantaine de chapiteaux d’exposants, tout autant d’ateliers pour les enfants s’étaleront entre les végétaux. Des médaillés olympiques seront, entre autres, de la partie pour vanter les bienfaits des productions locales. Il y aura des concerts les soirs, outre les illuminations, et bien sûr, le marché des producteurs. Le programme est alléchant. Pierre Lammert, le président de l’Ifla, lance un appel aux restaurateurs. Si des associations d’Illkirch proposeront des petits plats, le show manque encore de professionnels de la restauration. Promouvoir le développement de la truffe Les filières agricoles et agroalimentaires, elles, se sont approprié la manifestation, relève Fabien Digel, directeur de l’Ifla. L’association des trufficulteurs du Grand Est profitera du grand show pour signer, de manière très officielle, le contrat de filière « truffes d’automne du Grand Est » 2020-2023, qui a pour but de promouvoir le développement de la truffe dans la région, à travers des actions de formation, de communication, de recherche et développement, et de soutien à la création de truffières. La fédération des boulangers du Bas-Rhin va créer deux pains fruits et légumes : un à la betterave et aux quetsches, et un de petit épeautre, choucroute d’Alsace et oignons. Ces pains seront proposés dans les boulangeries membres de la fédération, durant le show. Le jeudi 22 septembre, lors de la journée des professionnels, l’association nationale des stations d’expérimentation en fruits et légumes, l’Irfel, tiendra son assemblée générale, sur le site de l’événement.

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