Le Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) alsacien Terrajob, créé en 2020 par les OPA, forme actuellement ses premiers salariés à l’élevage laitier, au centre de formation continue (CFPPA), à Obernai. En alternance, ils travaillent aussi déjà avec leurs tuteurs, des agriculteurs bas-rhinois, qui leur transmettent leurs savoir-faire. Les cinq jeunes, en reconversion professionnelle, sont ultra-motivés. Ils témoignent. D’autres peuvent encore les rejoindre, d’ici fin juin, sur cette session.
Romain Fassel, d’Erstein, 20 ans
« Je n’ai aucune formation initiale mais mes parents sont tous deux exploitants agricoles, à Erstein et à Bolsenheim. Je les aide donc depuis l’enfance et espère, à terme, m’installer. J’avais commencé un apprentissage en couverture et en zinguerie mais j’ai arrêté, car cela ne me plaisait plus. C’est mon père qui a été informé par Alsace Lait, comme tous les éleveurs adhérents à la coopérative, du dispositif mis en place par Terrajob. C’est une formation grâce à laquelle je peux continuer à travailler à la ferme. J’obtiendrai un Certificat de qualification professionnelle (CQP), qui me permettra d’embrayer sur un Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA), pour viser l’installation. J’ai été embauché par Terrajob, le 11 avril 2022, et je suis mis à disposition chez mes parents. Ici à Obernai, j’apprends surtout la théorie. Chez mon père, je remplis le mélangeur mais je ne sais pas forcément calculer la ration. Via les cours dispensés au CFPPA d’Obernai pour Terrajob, je m’y mets. »
Jonathan Histel, d’Erstein, 28 ans
« J’ai arrêté les cours en classe de cinquième. Puis, j’ai intégré une classe Tremplin au lycée Le Corbusier, à Illkirch-Graffenstaden : on avait deux jours de cours et trois jours de stage. Ça m’a complètement perdu ! (Rires). Je ne savais plus ce que je voulais faire. J’ai enchaîné les travaux d’intérim, ensuite : agent d’entretien, livreur, déménageur, etc. Et j’étais cuisinier en CDI. Je n’avais jamais mis les pieds sur une exploitation agricole avant Terrajob. Mais j’ai une formation d’éleveur d’animaux de compagnie que j’ai validée à Rouffach. Faute de moyens, je n’ai pas encore pu me consacrer à cette véritable passion. J’aime les chats et les chiens, être en contact avec les animaux. C’est pour cela que j’ai postulé à Terrajob, après avoir vu l’offre en ligne. J’ai signé le contrat le 21 avril 2022. Je travaille aujourd’hui à Lipsheim, à la ferme du Mittelegert, chez Arthur Muller. Il a un robot de traite. Je nettoie surtout. Ce n’est pas trop mon truc. Il n’y a pas assez d’interactions avec les animaux à mon goût, dans l’élevage laitier tel que je le pratique actuellement. Après l’obtention du CQP, je me projetterais plutôt dans l’assistanat vétérinaire ou l’insémination. J’ai déjà conduit des engins agricoles ici et ça me plaît, mais je n’étais pas encore dans les champs. »
Elsa Kuster, de Steige, 23 ans
« Ouvrière agricole à la ferme Haag, à Saint-Pierre, qui propose ses produits en vente directe notamment, j’ai signé avec Terrajob, le 19 avril. Je ne suis pas issue du monde agricole mais j’ai toujours aimé le contact avec les animaux. J’adore aussi m’occuper de mon jardin et dès que je peux, je complète mon herbier, mets au point des recettes anciennes à base de plantes sauvages. J’aime également entretenir les espaces naturels, débroussailler. Suivant mes passions, je me suis orientée vers un bac professionnel gestion des milieux naturels et de la faune sauvage (GMNF), au lycée agricole de Wintzenheim. Ce diplôme en poche, je suis entrée à l’université de Strasbourg, en filière Staps : je suis footballeuse et le sport est une autre de mes passions. Après un an, j’ai finalement décidé de m’inscrire à une formation sur trois ans, en tant que soigneur animalier. J’ai eu la chance de vivre des expériences extraordinaires, en côtoyant de très près de nombreuses espèces : tigres, ours, girafes, etc. J’ai aussi participé à la sauvegarde du grand hamster d’Alsace. Pour travailler en lien avec les animaux, j’étais deux mois à la ferme Goetz, à Mussig, où j’ai vraiment pu voir que ce métier d’ouvrier agricole me plaisait. Terrajob m’a, par la suite, contactée pour me proposer de faire un CQP en élevage bovin lait : j’ai tout de suite accepté ! Avoir une formation est essentiel pour moi. Cela contribue à la réalisation de mon futur projet professionnel. Je souhaite à terme m’installer, diriger ma propre exploitation laitière, un verger et un parc animalier. Je me plais beaucoup à la ferme Haag, où la traite se fait en salle. »
Seifdin Siaba, de Colmar, 27 ans
« Je désirais être enseignant. Je suis titulaire d’un master Métiers de l’enseignement et d’une licence d’histoire. J’ai été surveillant, notamment au lycée agricole du Pflixbourg, et professeur stagiaire au lycée Fustel de Coulanges. C’est là que j’ai compris pourquoi, avant de rencontrer de super professeurs à qui je voulais ressembler, je n’aimais pas l’école. Le monde agricole m’a toujours attiré et, encore plus, depuis mes études d’histoire. Nous vivons dans un monde issu des révolutions industrielles qui nous ont éloignés du rythme des saisons, d’une vie heureuse à la campagne. Aussi, j’espère décrocher un CDI à la fin de cette formation, après des années d’emplois précaires, et pourquoi pas, à terme, m’installer ; en horticulture – ma première passion - et en maraîchage, plutôt. C’est sur le site de Pôle emploi que j’ai trouvé l’annonce de Terrajob. Après le CQP, je resterai attaché à l’exploitation, j’y ferai mes classes, puis j’espère reprendre des études, au lycée agricole d’Obernai et/ou me former à d’autres productions que le lait. Arrivé à Terrajob le 25 avril 2022, je travaille en alternance avec Yannick Fischer, à Gottesheim. Je suis préposé à la traite, actuellement. On s’entend bien lui et moi. Il est pédagogue, comme tous les formateurs ici. »
Najibullah Shinwari, de Mulhouse, 26 ans
« J’ai signé mon contrat avec Terrajob le 17 mai 2022. Je travaille avec Sonia Bauer, au Gaec du Schlavary à Hirschland, trois jours par semaine. Elle m’héberge durant ce temps. Pour l’instant, je trais les vaches. Je n’étais pas encore dans les champs. Mais je sais déjà conduire un tracteur. Je viens d’Afghanistan. Avec mes parents, je cultivais et m’occupais des vaches et des chèvres, là-bas. Je ne suis jamais allé à l’école. Cela fait quatre ans que je suis en France maintenant, et deux ans que tous mes papiers sont en règle. J’ai déjà travaillé ici, dans les espaces verts et j’ai vendangé. Avec Terrajob, nous nous renseignons pour que je passe mon permis de conduire, grâce à l’association Mobilex. Tant que je n’ai pas le permis, c’est difficile de me projeter. Je ne parle pas encore le français avec fluidité mais je comprends le vocabulaire de base. J’apprends quand même vite, avec Terrajob, en regardant. Une association d’aide aux réfugiés m’a coaché pour envoyer mon CV et ma lettre de motivation à des agences d’intérim et à Terrajob… qui a répondu plus vite que tous les autres ! »
Et ensuite ?
À l’issue de leur formation en alternance de 300 heures, fin 2022, ces cinq jeunes seront titulaires d’un CQP en élevage laitier. Forts de quatre blocs de compétences validés (sécurité au travail, gestes et postures ; soins aux animaux ; rations alimentaires ; traite en salle ou au robot) et de leur mise à disposition dans les fermes, ils continueront à travailler avec leurs tuteurs, dans un premier temps.
Ils étaient sept jeunes au départ, à s’engager avec Terrajob, mais un a démissionné et une autre serait aussi contrainte d’abandonner pour raisons médicales.
Quant aux exploitants adhérents au GEIQ, ils sont au nombre de quinze, aujourd’hui. Leur rang peut grossir, à l’envi. Toutes les filières sont attendues. Si Terrajob a ciblé en priorité des élevages laitiers pour démarrer les formations, c’est parce que le secteur est en tension ; la demande du côté de ces éleveurs est forte. Les tuteurs, qui paient les heures de travail des alternants et pour qui Terrajob gère les démarches administratives, sont aussi formés. La prochaine séance de formation pour les agriculteurs qui emploient des salariés Terrajob aura lieu le 21 juin.