Pratique

Loïc Voinson, champion de bûcheronnage sportif

Il envoie du bois !

Publié le 21/07/2022

Champion de France de bûcheronnage sportif, vice-champion d’Europe en 2021, cinquième mondial : à 23 ans, Loïc Voinson est le meilleur Français de sa catégorie, depuis sept ans, déjà ! Et il n’est pas encore dans la force de l’âge… Cet Auburien, originaire de Sainte-Croix-aux-Mines, est aussi bûcheron de métier mais, couper des arbres en forêts et s’adonner aux timbersports*, ça n’a rien à voir… ou presque. Portrait d’un compétiteur.

« Ça se joue à quelques secondes », cadre d’emblée Loïc Voinson. En bûcheronnage sportif, les temps sont ultracourts. Rien qu’au dernier championnat du monde, en mai 2022, quatre records sont tombés, dont le sien, au passe-partout (ou single buck), l’épreuve à la grande scie dentée de 2 m de long et de plus de 10 kg. Loïc détenait depuis avril, le meilleur chrono mondial au passe-partout, dans sa catégorie, les moins de 25 ans qu’on appelle les Rookies : 11,09 secondes pour la coupe d’une rondelle de bois de 40 cm de diamètre. Un Suisse l’a détrôné à 10,36. Peu importe, Loïc Voinson a relevé le défi qu’il s’était lancé à lui-même : il est le cinquième meilleur bûcheron sportif au monde. Le champion français s’est ainsi classé à un point du Néo-Zélandais, dont la patrie est à l’origine, avec l’Australie, des « sports de bois ». Aussi, le record « n’était pas prévu, vu le niveau ». « J’étais très moyen au passe-partout. C’est ce qu’il y a de plus difficile, de plus physique. J’ai mis trois ans à faire une rondelle sans coincer. Mais à force d’entraînement, c’est devenu une de mes épreuves favorites, comme celle de la hache à la verticale ; standing block chop, en anglais », confie Loïc Voinson.     Fulgurance Ce pongiste (vice-champion d’Alsace junior en 2015) a commencé le bûcheronnage sportif à 16 ans, encouragé par un collègue, alors qu’il était apprenti bûcheron à Sainte-Marie-aux-Mines. Chez les Voinson, on est bûcheron de génération en génération, mais Loïc est le premier à s’intéresser aux timbersports. « Plus jeune, je regardais toujours le concours amateur de bûcheronnage, à Sainte-Marie. Je me disais : un jour, je ferai ça. Mais je ne pensais pas arriver aux timbersports si vite, ni être aussi bon », confie-t-il. Lors d’un stage en CAP, il travaille avec Julien Meyer, un bûcheron formé par le père de Loïc. Julien pratique le bûcheronnage sportif. Il est senior. Il propose à Loïc d’essayer. « Ça m’a plu », dit simplement le jeune Voinson. Loïc et Julien s’entraînent. « Depuis, on est tout le temps ensemble. On a d’abord été invité dans des concours non-officiels en Savoie, dans le Sud, en Bourgogne. Puis, j’ai participé à deux week-ends préparatoires aux compétitions officielles organisées par Stihl (la référence en tronçonneuses, NDLR). » En 2015, il réalise déjà les meilleurs temps à la hache à la verticale et à l’horizontale, au championnat de France Rookie. Sa carrière sportive est lancée. Mais impossible d’en vivre, même aujourd’hui. S’il gagne des prix d’un montant de 500 à 4 000 € lorsqu’il monte les marches du podium, Loïc Voinson ne peut pas compter uniquement sur cette passion du bois. Son gagne-pain reste son métier de bûcheron, qu’il exerce depuis ses 18 ans, au syndicat des communes forestières de Sélestat et environs (Sivu), sur 6 000 ha de sylve. Il y est d’ailleurs formateur pour les élèves en apprentissage du lycée de Sainte-Marie-aux-Mines. Nul doute que l’aura de Loïc est un plus. « Les timbersports se développent depuis les années 2000. Aujourd’hui, la chaîne de télévision L’Équipe (re) diffuse les compétitions », pointe le jeune homme. Ils seraient moins de 200 à pratiquer comme lui, en France, mais de plus en plus d’adolescents (hommes et femmes) s’intéressent, la médiatisation aidant. Stihl assure la promotion de ses champions : une quinzaine de journalistes ont défilé devant Loïc, depuis ses derniers sacres. Et ce n’est sûrement pas un hasard si l’entreprise allemande a choisi Schirrhein dans le Bas-Rhin, pour ses derniers championnats de France le 2 juillet 2022. Les bonnes volontés locales finissent de populariser le sport. Par exemple, l’association sainte-creuzienne Lumberjack (bûcheron en anglais), créée en 2015 par Julien Meyer et Loïc, organise à domicile les 20 et 21 août, le championnat de France de bûcheronnage sportif de la fédération nationale du sport en milieu rural (FNSMR), fédération à laquelle elle adhère avec quinze autres clubs. Encore une occasion de mettre le sport à l’honneur.     Ça va couper ! Six épreuves peuvent s’enchaîner dans les championnats Stihl Timbersports : le springboard (hache à la verticale sur tremplin ; après avoir réalisé deux entailles dans un tronc, les concurrents y glissent deux planches, montent dessus et coupent une bille de bois de 27 cm de diamètre), le standing block chop (hache à la verticale ; simulation de l’abattage d’un arbre), le underhand chop (hache à l’horizontale ; découpe d’un arbre abattu), le stock saw (le découpage de deux disques de bois à la tronçonneuse de série), le single buck (le découpage d’un disque de 40 ou 46 cm de diamètre à la scie passe-partout) et le hot saw (le découpage de trois disques à la tronçonneuse de compétition, dont la puissance peut atteindre 80 ch). Les autres concours s’en inspirent. C’est généralement du peuplier qui est découpé en compétition. « Pour m’entraîner je prends ce que je trouve, souvent du pin », observe Loïc Voinson. Mais ce bois est plus abrasif. Loïc possède une dizaine de haches, dont près de la moitié pour l’entraînement, deux passe-partouts et au moins autant de tronçonneuses. Celle dont il a hâte de se resservir est équipée d’un moteur d’ULM (entre 15 à 20 kg, à lui tout seul). « Les tronçonneuses de compétition sont presque deux fois plus rapides que celles de série (mais aussi deux à trois fois plus lourdes, jusqu’à 30 kg, NDLR). Elles permettent de réaliser l’épreuve en cinq à six secondes », précise Loïc. La sienne est particulièrement rare. Il promet : le dimanche matin, il la laisse au garage. Par contre, il est susceptible de « taper un morceau » à la fraîche… enfin, dix ou quinze plutôt ! « Mon coach pense que je serai dans la force de l’âge à 30 ans. J’aurai plus de muscles et plus d’expérience qu’aujourd’hui. C’est un sport très technique. La puissance ne fait pas tout. Il faut visualiser », explique-t-il, tout en traçant des lignes sur le billon qu’il va ensuite cogner de sa hache. « J’ai mis beaucoup d’angle. Le bois est sec ici, il sera plus dur que de l’autre côté », ajoute-t-il, concentré. Sous son futal, des chaussettes « cotte de mailles », pour éviter de se trancher, en cas de loupé. À part des tronçonneuses qui prennent feu, il n’a jamais vu d’accident, durant les compétitions de timbersports. Il a tout de même entièrement conscience du danger. Mais, du haut de son mètre 82 pour 98 kg, il semble qu’il en faille beaucoup pour l’impressionner.    

Publié le 18/07/2022

Face à l’augmentation de leurs coûts de revient, les entreprises de travaux agricoles ont revu leurs tarifs à la hausse.

Ils l’avaient annoncé dès le mois de février, à leur assemblée générale annuelle : les entrepreneurs des territoires (ETR) d’Alsace allaient devoir augmenter leurs tarifs pour faire face à l’augmentation des charges. La guerre en Ukraine venait de se déclencher quelques jours plus tôt, et n’avait pas encore fait pleinement sentir ses effets. Quatre mois plus tard, Claude Gretter, président du syndicat, le confirme : « Toutes les matières premières ont augmenté, le GNR, les pneumatiques, la graisse, l’huile de moteur, les lubrifiants… Tout à fait un bond. On n’a pas d’autre choix que de répercuter ces hausses sur nos tarifs. Sinon, on coule. » Corentin Meppiel, qui a créé son entreprise de travaux agricoles il y a deux ans à Oberschaeffolsheim dans le Bas-Rhin, mentionne des augmentations comprises entre 5 % et 30 % selon les matières premières. Le prix des machines et matériels suit la même tendance, observe-t-il. Comme son confrère haut-rhinois, il estime nécessaire de « raisonner par rapport à ses coûts » pour pouvoir maintenir l’équilibre économique de son entreprise, qui emploie 3 UTH et réalise des travaux d’épandage après moisson, d’enrubannage de fourrage et de semis. Le jeu de la concurrence Pour les agriculteurs qui font appel aux entreprises de travaux agricoles pour la moisson, pas le choix non plus : une fois que les céréales sont arrivées à maturité, il faut les récolter. « Les gens ne renoncent pas à la prestation de service, mais ils font davantage jouer la concurrence car ils espèrent gagner un petit peu sur le coût », observe le jeune entrepreneur de Mittelschaeffolsheim. Comme il est en phase de démarrage de son activité, il estime ne pas avoir de marge de manœuvre de ce côté-là. « À ce jour, aucun de mes matériels n’est amorti, contrairement aux confrères qui sont présents depuis longtemps sur le marché et dont le matériel est amorti et payé. » Vu le contexte, ceux-là peuvent être tentés de différer leurs investissements en conservant leurs machines un an ou deux de plus, plutôt que de les renouveler, reconnaît Claude Gretter. « C’est déjà ce qui se fait depuis quelques années. » Les agriculteurs, quant à eux, devraient pouvoir compenser la hausse des coûts de revient par des prix de vente des céréales plus élevés. « Avec les prix actuels, un agriculteur qui a de bons rendements et une bonne gestion peut même s’en sortir avec une marge un peu plus importante que l’an dernier », avance le président des ETR d’Alsace.

Moulin des Moines

Une floconnerie locale

Publié le 11/07/2022

D’ici quelque temps, d’importants travaux vont débuter sur le site du Moulin des Moines, à Krautwiller. L’entreprise investit dans une nouvelle unité de production, d’où sortiront flocons d’avoine et couscous bio. L’approvisionnement local sera privilégié, grâce à la contractualisation des relations entre les producteurs et le moulin, en partenariat avec le SDEA.

Actuellement, le Moulin des Moines commercialise déjà des flocons d’avoine. Mais l’avoine, cultivée en Lorraine et en Bourgogne, est floconnée en Allemagne, avant de revenir dans le circuit de distribution de l’entreprise. Ces flocons sont donc certes bios, mais leur bilan carbone peut être amélioré. De son côté, le SDEA a la volonté de mettre en place de nouvelles filières afin d’encourager le développement de cultures à Bas niveau d’impact (BNI). Les deux entités se sont donc rapprochées autour du projet de développer la production d’avoine locale. La céréale, en effet, est « très peu exigeante en produits phytosanitaires et en azote », pointe Bernard Nicollet, chef de projet au Moulin des Moines. À l’heure actuelle, le niveau de valorisation de l’avoine n’encourage pas sa culture, face au blé ou au maïs, mais grâce à la construction d’une floconnerie locale et à la contractualisation des relations entre les producteurs et le moulin, les porteurs du projet veulent assurer un débouché rémunérateur aux producteurs. Dans ces conditions, l’avoine devrait faire son trou dans le paysage agricole alsacien, notamment dans « les terres plus pauvres ». Le Moulin des Moines va donc investir 6 M€ dans une extension, qui comprendra des silos, une ligne de production de flocons d’avoine, et une autre de couscous. L’avoine brute sera dans un premier temps décortiquée. Une opération qui génère 50 % de déchets, qui seront transformés en biogaz dans l’unité de méthanisation Metachrist à Woellenheim. Le grain décortiqué passe sur une table densimétrique, à raison de 1 t/h, afin de trier les grains selon leur calibre. Ils subissent une phase de vaporisation, qui consiste à augmenter leur teneur en eau pour leur donner davantage d’élasticité. Ensuite, les grains passent entre deux rouleaux qui les écrasent et leur donnent leur forme de flocons. Ils sont séchés, refroidis et retamisés, afin de produire des flocons d’avoine gros, moyen, baby. Le procédé consomme pas mal d’énergie, notamment pour la vaporisation et le séchage. Le moulin, qui veille à rationaliser sa consommation d’énergie (il produit de l’énergie grâce à une turbine alimentée par la Zorn et des installations photovoltaïques), investira donc aussi dans une centrale à vapeur, électrique ou au gaz, précise Bernard Nicollet. Doubler la production de flocons d'avoine Actuellement, le Moulin des Moines commercialise quelque 600 t/an de flocons d’avoine. Un volume que les meuniers souhaitent doubler grâce à leur investissement. Pour ce faire, il est prévu de commercialiser des flocons d’avoine nature, et d’élaborer toutes sortes de recettes de muesli à base de flocons d’avoine. Particulièrement nourrissante, avec un goût neutre, l’avoine est intéressante pour différents publics : les personnes âgées, qui ont tendance à perdre l’appétit, les malades du cancer, dont les traitements rendent parfois l’alimentation difficile alors que, pour résister aux traitements, le corps doit être bien soutenu. Mais aussi les bébés, ou encore les sportifs, à la recherche d’aliments riches en énergie à diffusion lente. Le couscous figure aussi déjà dans la gamme des produits élaborés par le Moulin des Moine. Mais, pour l’instant, il est produit en Italie. Le moulin va donc aussi ancrer cette production localement. « Cela fait partie du métier de meunier. Le savoir-faire et le procédé sont connus », indique Bernard Nicollet. Dans un premier temps, le blé dur ne viendra pas d’Alsace, car les surfaces consacrées à cette production sont trop faibles. Mais, « avec l’évolution de la météo et des coûts de transport, il est possible que cela évolue », pointe Bernard Nicollet. qui mise sur une mise en service des nouvelles infrastructures pour mars 2023.

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