Brumath
La ville à la campagne
Brumath
Publié le 17/02/2022
Ex-ville dortoir, Brumath est une cité au dynamisme associatif exemplaire, aujourd’hui, aux portes de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS). Son challenge est de concilier son attractivité avec une mixité sociale, d’ailleurs imposée, et une « sensibilité agricole », dixit Étienne Wolf, maire de la ville depuis vingt ans.
Le Festival de l’Élevage, la Foire aux oignons, le Comptoir agricole et sa collecte de houblon, Elitest, Copvial, Bureland, la Cuma Alsa Pomme : Brumath est la ville de la préproduction et de la postproduction agricoles du Nord de Strasbourg. Elle est aussi une vitrine de l’agriculture du pays de Haguenau. « Il y a une sensibilité agricole à Brumath à préserver », assure Étienne Wolf, le premier édile. Très sollicitée pour développer l’habitat, cette commune respecte SCoT et PLU, et donc les terres agricoles, principalement cultivées par des agriculteurs d’ailleurs, puisqu’il n’y a plus que trois familles d’exploitants à Brumath : les Glasser, les Strohl et les Wenck. « Tous les terrains sont pris », note Étienne Wolf. Sur le ban communal de Brumath, beaucoup d’asperges sont cultivées : vers Hoerdt, la terre est sablonneuse. Le houblon, bien sûr, est aussi emblématique de l’agriculture locale. C’est d’ailleurs à Brumath, au Comptoir agricole, que le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie s’était rendu, fin 2021, pour son dernier déplacement de l’année, afin d’annoncer des aides à la filière houblon française, quasiment totalement alsacienne. Le maire de Brumath était convié à cette visite, pendant laquelle la dernière acquisition de la coopérative, une unité de pelletisation de houblon bio, avait été présentée. Brumath était ainsi devenue « Capitale du houblon » française. Au conseil municipal de la Ville de Brumath, aucun agriculteur. Les anciens sont partis, les plus jeunes sont sur la liste d’opposition. Les « enfants » Glasser travaillent néanmoins pour la municipalité : l’une au service population et l’autre, au service technique. Service technique assez performant pour se passer de l’aide d’agriculteurs et de leurs machines. « Mais nous retrouvons les agriculteurs dans l’association foncière de la Ville de Brumath », pointe Étienne Wolf. Le maire garantit que, généralement, tous arrivent à s’entendre. « Actuellement, on travaille sur une piste cyclable, entre le stade et le centre-ville. Avec la Safer, on a acquis les têtes de parcelles, sur 4 m de profondeur environ. Si les paysans sont exploitants, ils ne sont souvent pas propriétaires. On essaie d’arranger tout le monde », raconte l’élu. Étienne Wolf dit avoir souvent Franck Sander, le président de la FDSEA du Bas-Rhin, au téléphone, « car le monde agricole essaie de conserver un maximum de terres agricoles. » La loi impose, quoi qu’il en soit, des limitations, quant au « bétonnage », comme l’appellent certains. « Nous avons une bonne entente, sinon il n’y aurait plus de Festival de l’Élevage à Brumath ! Il faut répondre aux attentes des uns et des autres, au maximum ; que chacun s’y retrouve, être conciliants », insiste le maire de Brumath. Lors de la création, il y a quelques années, de la plate-forme départementale d’activités (PAD) de la région de Brumath, sur les bans communaux de Mommenheim et Bernolsheim, 120 ha avaient été requis ; des terres agricoles pour lesquelles les propriétaires avaient été rémunérés, bien sûr. La forêt et les zones humides au service des agriculteurs La première adjointe de la mairie de Brumath, Sylvie Hanns, est vice-présidente de la communauté d'agglomération de Haguenau (CAH), chargée des scolaires. Si elle essaie d’amener des produits bio et locaux dans les cantines des 149 collèges d’Alsace, Étienne Wolf souligne une évidence : « La production bio locale n’est pas suffisante pour toutes ces assiettes. » Quant aux projets d’irrigation, les élus de Brumath les soutiennent… tant qu’une démarche de protection de l’environnement est en œuvre, conjointement. La Cuma des cinq chemins, à Bilwisheim, et la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), emmenée par le conseiller Patrice Denis, avancent donc « doucement » sur le dossier, d’après ce dernier. En parallèle d’un premier forage de reconnaissance dans la forêt de Brumath, en face de l’Auberge de la forêt, un bureau d’études mesure l’impact environnemental et l’impact sur la nappe d’une potentielle irrigation. Potentielle car le premier sondage n’a pas été concluant. « On est en bordure de nappe, le débit n’est pas top », confie Patrice Denis. Aucun pompage dans le plan d’eau de Brumath n’est à l’ordre du jour. « Ce n’est même pas un plan B. Nous cherchons un projet durable, dans tous les sens du terme. Il faut qu’il y ait du débit, que ce ne soit pas trop loin des parcelles à irriguer et que ce soit sans impact pour la forêt », résume-t-il. La forêt communale, entre Brumath et le Kochersberg, traversée par l’autoroute et le canal, s’étend sur une centaine d’hectares. « Elle est relativement importante, juge Étienne Wolf. Nous l’exploitons, la reconstruisons, la replantons. » Un représentant de l’Office national des forêts (ONF) est d’ailleurs présent à Brumath. La Ville a repris un arboretum à des privés. Brumath est la première ville à avoir mis en place un partenariat avec les agriculteurs pour la production de miscanthus, pour le chauffage de six bâtiments de la ville, rappelle Étienne Wolf : mairie, crèche, police municipale, médiathèque, la salle d’exposition la Fibule, le bâtiment de la communauté d’agglomération de Haguenau. Depuis dix ans, les agriculteurs du secteur sont incités à produire ce miscanthus qui demande peu d’intrants et peut être cultivé en zone inondable (et il y en a, à Brumath). Cette culture est aussi un refuge pour la faune sauvage locale. Le défi de l’habitat « Pour cette mandature, je n’ai pas de projet particulier à destination du monde agricole. Je n’ai pas été sollicité non plus », retient Étienne Wolf. Toutes les sorties d’exploitation ont déjà été réalisées ici. Le maire s’attache à développer le logement, sur sa commune. Et, au regret des agriculteurs, les « dents creuses » du centre-ville ne suffisent pas à loger tous les habitants qui se massent aux portes de l’EMS. Ils peuvent quand même être rassurés : les obligations de non-artificialisation des sols sont restrictives. Tout comme celles liées à la préservation de la flore sauvage. Lorsqu’une espèce rare est trouvée sur le lieu d’une future construction, est mise en place une aire de protection qui touche aussi les terres agricoles, relève le maire. Il fustige la rigidité des directives parisiennes et aimerait plus de libertés de décision pour les élus locaux. « Si une plante rare est trouvée sur notre ban communal, par exemple, même s’il y en a énormément sur le banc voisin, nous devons la préserver », déplore-t-il, arguant un manque de bon sens. L’édile est aussi obligé de créer encore 600 logements aidés (ou sociaux) à Brumath, puisque la ville compte plus de 5 000 habitants. Ce seront 12 % de l’habitat brumathois. Sinon… la ville écopera d’une amende. Aujourd’hui, sur les 20 % de logements aidés que devrait compter Brumath, seuls 8 % sont en place. Le maire confie ne plus savoir où chercher l’espace. Un autre défi l’attend. « À Brumath, la population augmente mais on ferme des classes dans les écoles élémentaires », lâche Étienne Wolf. Et pour cause, rares sont les jeunes couples avec enfants, ayant les moyens d’acheter à Brumath. L’édile souhaite conclure sur la problématique de la maison alsacienne. « Chaque maire est conscient du patrimoine, sur sa commune, mais les coûts d’une réhabilitation peuvent être si énormes, lorsque la maison n’a pas été entretenue, que la Ville, la CEA n’ont pas les fonds pour sauvegarder tout le patrimoine. Il faut faire des choix », conclut Étienne Wolf, qui affirme souhaiter que Brumath « garde son âme ».












