Béton végétal projeté
La construction se met au bio
Béton végétal projeté
Publié le 28/01/2022
L’évolution de la réglementation en matière de construction ouvre la voie à une utilisation plus soutenue des matériaux biosourcés. Parmi eux, le chanvre coche de nombreux atouts environnementaux, au champ comme dans les bâtiments. Reste à mettre en place des filières locales et des technologies de mise en œuvre efficientes. L’entreprise Akta propose un système de béton végétal projeté qui permet des économies de temps et de main-d’œuvre sur les chantiers.
Dans le chanvre, tout est bon. De ses inflorescences peuvent être tirées les graines, valorisables en alimentation humaines, qu’elles soient décortiquées ou pressées pour en extraire l’huile. Certaines variétés ont été sélectionnées pour leur richesse en CBD, dont les dérivés fleurissent un peu partout. De sa partie végétative, il est possible d’obtenir deux produits, la fibre et la chènevotte. La première, qui représente 40 % du volume, peut être utilisée dans l’industrie textile, l’impression 3D, la construction. La seconde, qui correspond aux 60 % restants, est valorisée sous forme de paillage, comme composant d’isolants, dans le secteur de la construction… La chènevotte est notamment utilisée pour l’élaboration du béton de chanvre, dans lequel elle est mélangée à de la chaux et de l’eau pour obtenir un béton affichant d’excellentes propriétés isolantes doublées d’une très bonne perspirance (capacité d’un matériau à laisser l’eau transiter et à être évacuée), « ce qui écarte les problèmes d’infiltration et évite l’effet sarcophage », explique Frank Brua, président d’Akta Grand Est, société qui œuvre au développement de matériaux biosourcés. Autres atouts du béton de chanvre : il est résistant au feu, présente un effet répulsif contre les rongeurs, une bonne isolation acoustique et engendre peu de ponts thermiques. « Avec le chanvre, les calories sont évacuées de manière naturelle, donc pas besoin de VMC », poursuit Frank Brua. Le béton de chanvre procure donc un excellent confort d’hiver et d’été : « Au Koweït, par des températures extérieures de 39 °C, des températures intérieures de 23 °C ont été enregistrées à l’intérieur d’un bâtiment en béton de chanvre, sans VMC ni autres ventilateurs », avance Frank Brua. Gain de temps, de main-d’œuvre, d’eau Depuis deux ans, l’entreprise Akta fait la promotion d’un procédé qui vise à projeter du béton végétal, généralement à base de chaux et de chanvre, sur les murs des bâtiments à isoler. Le concept a été développé par Laurent Goudet, actuel PDG d’Akta BVP, qui a auparavant œuvré durant 25 ans dans le domaine de la rénovation du bâti ancien. Il a assisté au retour du chanvre comme matériau pour réaliser des enduits, des isolants, à partir des années 1990. Avec un constat : « Sans mécanisation des chantiers, l’utilisation du béton de chanvre n’est pas rentable ». Il a donc créé l’association Construire en chanvre. Objectifs : mieux connaître le matériau, participer à l’élaboration de la réglementation qui encadre son utilisation, former les entreprises du bâtiment à son utilisation, en faire la promotion… En outre, il a conçu et développé l’outil VG-Mix®, breveté, dont la technologie repose sur la projection par voie sèche du béton végétal. « Cinq unités fonctionnent dans le monde, dont trois en France, une en Allemagne, et une aux États-Unis », précise-t-il. Le principe de fonctionnement repose sur une centrale à béton, qui dose le granulat (chènevotte, miscanthus) et le liant (argile, chaux, terre). Une fois mélangés, ils sont transportés sans eau. Mais, au moment d’être projeté, le mélange passe au travers d’un brouillard d’eau au moyen de cinq injecteurs situés au bout d’une lance. Cela permet de l’hydrater et d’agglomérer le mélange. « La machine est équipée d’un automatisme, qui permet de suivre une recette précise, de contrôler en continu les dosages et les performances », précise Laurent Goudet. À la clé : gain de temps, de main-d’œuvre et d’eau. Un point important car cela permet d’optimiser la qualité mécanique du liant. « Il y a moins d’eau qui s’évapore lors du séchage, ce qui crée d’autant moins de vides et contribue donc à renforcer la résistance mécanique du matériau. Cela permet donc aussi d’utiliser moins de chaux. » Autre atout de l’outil VG-Mix : il est utilisable en toute saison. Deux jours après la projection du béton, les murs sont dégrossis. S’en suivent les travaux de finition, « de préférence à la chaux en extérieur et à la terre naturelle en intérieur pour conserver la perspirance des murs », indique Laurent Goudet. Objectif chanvre local Fabriquées en France par l’entreprise Hydraulique 2000, les unités VG-Mix coûtent quelque 100 000 €. Pour l’instant, le modèle économique est le suivant : les machines appartiennent à l’entreprise Akta, qui prospecte les chantiers et qui forme les entreprises partenaires à l’utilisation de VG-Mix, la machine. Actuellement, le principal frein au développement de l’activité reste économique. « Le béton de chanvre coûte encore 20 à 25 % plus cher que les bons isolants », indique Frank Brua, qui croit en un rapide rééquilibrage du coût des différents procédés. « La mise en œuvre de la réglementation environnementale RE 2020, qui impose le recours à 30 % de matériaux biosourcés dans les nouvelles constructions, va engendrer une hausse de la demande et une démocratisation du procédé. » Akta a déjà piloté des projets d’envergure, « comme la construction de 46 logements sociaux sur quatre étages, qui ont nécessité la projection de 700 m3 de béton végétal ». Pour que le procédé soit le plus vertueux possible, il faudrait que chaque région soit capable de produire localement de la chènevotte. Ce n’est pas encore le cas. En France, cinq chanvrières sont équipées d’une défibreuse. En Alsace, une filière chanvre alimentaire existe. Côté valorisation textile, les lignes bougent aussi (nous y reviendrons dans une prochaine édition). Côté construction, le Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA), qui soutient la culture du chanvre dans le cadre de l’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour le soutien aux cultures à bas niveau d’impact (BNI) est intéressé par la valorisation de la paille de chanvre. « Nous avons eu des échanges avec l’Eurométropole de Strasbourg, afin d’effectuer un diagnostic qui permette d’établir s’il y a un potentiel pour une filière chanvre construction sur le territoire », indique Coralie Welsch, chargée de mission protection des ressources en eau au SDEA. Il s’agit aussi de vérifier que les variétés actuellement utilisées pour la production de graines se prêtent également à la production de fibres. Si c’est le cas, il y aurait deux débouchés pour une culture, qui plus est, à bas intrants. Un doublé voire un triplé gagnant !












