Pratique

Sarah Fallay-Rigal, sellier-harnacheur

Du cuir haute couture

Publié le 01/08/2021

Sarah Fallay-Rigal a découvert le métier de sellier au fameux haras du Pin, dans l’Orne. Après s’être formée, elle a ouvert son propre atelier, Équestrement vôtre à Riquewihr, où elle fabrique des selles et tout le harnachement pour les chevaux.

On accède à l’atelier de Sarah Fallay-Rigal par une volée de marches d’escalier : un étage, puis deux, puis trois. C’est sous les toits d’une maison de Riquewihr que la jeune femme, âgée de 27 ans, a posé ses outils de sellier-harnacheur et ses rouleaux de cuir. En attendant de pouvoir s’installer dans un atelier plus grand à Eschbach-au-Val, dans la vallée de Munster, avec deux confrères artisans. Son itinéraire est à l’image de cet escalier en bois : tout sauf rectiligne. Étudiante en master d’archéologie et d’histoire contemporaine, la jeune femme a consacré un mémoire aux écuries d’un camp de repos allemand dans l’Argonne pendant la Première Guerre mondiale. Pour les besoins de ce mémoire, il lui faut rencontrer un maréchal-ferrant. Sarah se rend au haras national du Pin dans l’Orne, qui abrite le pôle formation de l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation). Lors de cette visite, elle découvre l’atelier sellerie, où des apprentis apprennent le métier derrière une immense baie vitrée. Une découverte qui la conduit à réaliser un stage à l’IFCE de Montier-en-Der, en Haute-Marne ; puis à postuler pour une formation de sellier au haras du Pin et à celui de La Roche-sur-Yon, en Vendée. À l’issue de deux jours de tests, elle est acceptée à la Roche-sur-Yon avec sept autres candidats. La formation se déroule sur un an. « Pour être sellier, il ne faut pas forcément être cavalier mais c’est tout de même plus facile quand on monte à cheval et qu’on connaît l’utilisation finale de chaque pièce », explique la jeune femme, qui a commencé l’équitation à l’âge de 10 ans. Des cuirs et des boucles français De La Roche-sur-Yon, Sarah garde le souvenir d’une année très intense, alliant théorie et pratique sous la houlette de Michel Charrier, maître sellier et Meilleur ouvrier de France et de deux selliers déjà formés. Chaque semaine, les apprentis découvrent une nouvelle pièce. Ils apprennent à la dessiner puis la réalisent avant d’être évalués sur pièce. Avec les formateurs, ils passent en revue les différents types de muserolles, de mors, de harnais, leur usage… « Un an, c’est tellement court », regrette Sarah. La formation comprend également deux stages, qu’elle effectue chez une sellière en Alsace et dans un atelier de fabrication de malles dans le Poitou. Son CAP de sellier-harnacheur en poche, elle est embauchée à l’Écomusée d’Alsace, où elle passe un peu plus de six mois. Renonçant à rempiler pour une nouvelle saison, elle entame les démarches pour s’installer à son compte et réalise un stage préparatoire à l’installation. « Je me suis immatriculée dans la Marne, d’où je viens », précise Sarah, qui a été soutenue sur le plan administratif par la Chambre des métiers de la Marne. En Alsace, où elle ouvre sa sellerie, elle peut compter sur la Fédération des métiers d’art (Fremaa) qui regroupe 165 professionnels rassemblés pour promouvoir leurs métiers et leurs savoir-faire. Soucieuse de se placer dans le haut de gamme, Sarah privilégie les cuirs français, qu’elle trouve « d’une super qualité ». Elle s’approvisionne notamment en Alsace auprès des tanneries Degermann et Haas, « les meilleures pour le veau », et dans le sud de la France pour la vache. « Le cuir de vache allie la longueur et la résistance, c’est ce que je recherche. Je travaille aussi un peu de mouton. » La bouclerie provient principalement d’un fournisseur parisien, la maison Poursin, un véritable paradis pour les articles en laiton, selon elle. L’outillage qu’elle utilise n’a pas tellement changé depuis le XIXe siècle : compas pour tracer, couteau à pied et emporte-pièces de différentes dimensions pour découper, alêne pour percer le cuir et fil de lin pour coudre les différentes pièces. « Je couds presque tout à la main pour une question de solidité. Ça irait plus vite à la machine », reconnaît la jeune femme qui, pour l’instant, n’est équipée que d’une Singer électrifiée, pas vraiment faite pour le travail du cuir. Elle l’utilise pour les coutures extérieures de ses selles, en attendant de pouvoir s’équiper d’une machine à canon triple entraîneur lorsqu’elle aura déménagé. Du sur-mesure pour se démarquer « Mon credo, c’est le sur-mesure », insiste Sarah, qui compte entre 40 et 45 heures pour réaliser une selle, en fonction du niveau de personnalisation, et une dizaine d’heures pour un sac à crottin, en comptant la conception. Depuis son installation en 2018, elle a réussi à se constituer une clientèle de particuliers, auxquels elle propose ses selles et toutes les pièces de harnachement pour les chevaux. Elle travaille également avec des centres équestres, qui la sollicitent plutôt pour des réparations. « J’ai fait beaucoup de prospection cette année », souligne-t-elle. La jeune femme réalise aussi de la maroquinerie (ceintures, pochettes, sacs de voyage sur mesure) et propose des ateliers où les participants peuvent réaliser leurs propres articles en cuir, dont un atelier réservé aux cavaliers qui veulent se débrouiller en sellerie. « Au début, c’est difficile de se rémunérer. Depuis cette année, j’arrive à dégager un peu plus qu’un Smic. » Sarah, qui s’est entourée d’un conseiller en gestion, veille à maintenir des prix cohérents par rapport à ses coûts de fabrication. « J’utilise de belles matières premières, je ne veux pas brader mes créations ou faire comme les anciens selliers qui sont devenus selliers-garnisseurs pour mieux gagner leur vie. Cela ne m’intéresse pas », dit-elle, persuadée que le sur-mesure, la plus grande longévité du matériel et le service après-vente sont de meilleurs éléments pour se démarquer que le prix.

Frédérique Zeidler, accompagnatrice en montagne

« La marche n’apporte que des bienfaits »

Publié le 25/07/2021

Ingénieure agricole de formation, Frédérique Zeidler est devenue accompagnatrice en montagne il y a une dizaine d’années. C’est dans les Vosges qu’elle a trouvé son terrain de prédilection.

Elle a grandi près de Strasbourg, mais c’est dans le massif des Vosges que Frédérique Zeidler s’est établi : « Je suis à un quart d’heure des pistes de ski de Gérardmer. De chez moi, je peux partir en raquette, en VTT ou à pied, selon la saison. On peut tout faire dans les Vosges. » Accompagnatrice en montagne, elle parcourt le massif depuis plus de dix ans avec des adultes de tous âges et de toute condition physique, des enfants, des groupes. Pendant quelques heures ou quelques jours, elle les emmène marcher. À la découverte des paysages vosgiens, de la faune et de la flore, ou pour le plaisir de s’aérer, tout simplement. « Il n’y a pas de contre-indication à la marche, s’amuse Frédérique. Au contraire, elle n’apporte que des bienfaits. Et à moins d’être privé de ses jambes, tout le monde peut marcher. » Après sept années passées à travailler pour des organisations agricoles, dont le Groupement de défense sanitaire des Vosges, la jeune ingénieure agricole décide de prendre un autre chemin : elle pratique déjà la randonnée et possède un brevet d’accompagnatrice en montagne, préparé sur son temps libre dans l’idée d’en faire un jour une activité à temps partiel. Une rupture conventionnelle et les quelques mois de flottement qui suivent l’amènent à tenter l’aventure à temps plein. Pour des publics divers Au départ, Frédérique intervient en renfort de collègues accompagnateurs en montagne pour encadrer des scolaires ou des groupes, aussi bien dans les Vosges que dans d’autres massifs montagneux, voire à l’étranger. Mais elle décide bien vite de développer sa propre clientèle. « J’ai créé mon site internet. Je me suis laissé deux à trois ans et c’est comme ça que j’ai fait mon petit bonhomme de chemin. » Elle se rapproche des offices de tourisme et des propriétaires de gîtes vosgiens, ce qui lui permet, progressivement, de recentrer son activité sur son massif d’adoption. « Actuellement, je travaille beaucoup à la journée ou à la demi-journée, mais d’une année sur l’autre, les demandes changent. Je peux accompagner des familles avec de jeunes enfants comme des personnes très âgées qui ont du mal à marcher et qui souhaitent juste faire une sortie d’une heure ou deux. » Frédérique accompagne également des classes dans leurs sorties de fin d’année, des centres de vacances, des comités d’entreprises, voire - hors période Covid - des participants à des séminaires, les Vosges offrant toutes les commodités pour ce type de rencontres. Sorties chamois et bains de forêt Cette diversité des publics lui permet d’exercer son activité toute l’année : à pied en été, en raquettes en hiver. « Le fil conducteur, c’est la randonnée. Ensuite, je développe des thématiques différentes selon les personnes que j’accompagne. Pour les scolaires, je propose des sorties sur le cycle de l’eau, sur les tourbières… Pour les vacanciers, je prévois des choses un peu plus ludiques, comme des chasses au trésor, des sorties chamois, sur les cascades ou sur les plantes aromatiques et médicinales. » Frédérique propose aussi des « bains de forêt », sortes de déambulations sous les cimes assorties d’ateliers permettant d’exercer ses cinq sens. Elle s’est formée spécialement à cette activité ce qui lui vaut d’être labellisée « Forêt l’effet Vosges », un label du Conseil départemental des Vosges. Sa parfaite connaissance du territoire, versant vosgien et alsacien, est appréciée : elle la peaufine lors de multiples repérages et sorties effectués tout au long de l’année. Mais pour satisfaire la curiosité de son public, il lui faut pouvoir parler aussi bien du patrimoine local que de la gastronomie ou de la route des Crêtes pendant la Grande guerre. Autant de sujets qui nécessitent « beaucoup d’apprentissage personnel. » « Certains de mes collègues font des randonnées plus sportives, des trails. Moi, je suis assez polyvalente. Quand j’accompagne un groupe (pas plus de 15 personnes en général), je m’adapte au plus faible. » En hiver, quand les pancartes du Club vosgien disparaissent sous la neige ou que les itinéraires sont noyés dans le brouillard, elle veille particulièrement à la sécurité des personnes qu’elle accompagne. Encore plus s’il s’agit d’une sortie nocturne. « C’est une vraie valeur ajoutée que nous apportons, nous, les accompagnateurs en montagne. En hiver, la vigilance est de mise. Il faut avoir deux cerveaux pour rester concentré à la fois sur l’itinéraire et sur les clients », dit celle qui ne sort jamais sans un équipement minimum composé d’une carte, d’une boussole, d’un altimètre et de plus en plus d’un GPS. Car en montagne, les aléas météo peuvent obliger à tout moment à changer d’itinéraire. Rendre la montagne accessible à tous L’accompagnatrice a à cœur de rendre la montagne accessible à tous. Y compris aux personnes handicapées moteur, qu’elle emmène en sortie en joëlette, fauteuil spécialement conçu pour la randonnée, ou en snoëlette, l’équivalent monté sur des skis. Ces sorties nécessitent un repérage préalable et la présence d’au minimum deux personnes par fauteuil, voire trois pour tracter, équilibrer et freiner l’attelage. Frédérique dispose aussi d’une pulka, petit traîneau permettant de tracter des enfants, valides ou handicapés, lors des sorties hivernales. Elle participe régulièrement à l’encadrement de séjours organisés par l’association Handi Cap Évasion : comme en juin, où elle a pris part, pendant une semaine, à une traversée de la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors avec quatre joëlettes. Loin des Vosges mais toujours avec la même philosophie : que le groupe prenne du plaisir.

Moulin Burggraf-Becker à Dossenheim-sur-Zinsel

Une affaire de famille depuis cinq générations

Publié le 12/07/2021

À Dossenheim-sur-Zinsel, la minoterie Burggraf-Becker se transmet de mère en fille, depuis cinq générations. Elle est, aujourd’hui, gérée par Isabelle et son mari, Jean-Yves Welsch. L’entreprise, qui emploie une vingtaine de salariés, s’est fortement diversifiée au fil des ans.

« Historiquement, nous avons une activité de meunerie », indique Jean-Yves Welsch, directeur général de la société. Rénové en plusieurs étapes, le moulin est équipé pour assurer le nettoyage et la mouture des céréales, et proposer des mélanges spéciaux, l’ensachage et le stockage des farines. « Nous produisons tous types de farines à base de blé et de seigle conventionnels et biologiques. D’autres farines sont commercialisées : sarrasin, grand épeautre, petit épeautre, maïs, quinoa, riz, etc. » Le moulin collecte des céréales auprès d’agriculteurs du Bas-Rhin et de la proche Moselle pour ses propres besoins et un peu de revente. « La limite du département est à une dizaine de kilomètres et le transport est plus aisé : pas de routes encombrées ni de grandes agglomérations. » Dès leur arrivée, toutes les bennes sont analysées pour effectuer un tri qualitatif, précise Jean-Yves Welsch. Depuis la réception de son agrément EcoCert dans les années 2000, l’entreprise consacre une partie de son activité aux céréales biologiques et encourage les producteurs locaux dans leur démarche de conversion à l’agriculture biologique. Une activité qui lui tient à cœur. « Le bio représente la moitié de la collecte totale qui varie entre 3 000 et 4 000 tonnes. Je tiens à souligner que nous n’avons jamais eu de problèmes de qualité avec les céréales bio. Même en 2016, année très compliquée, nous avons pu utiliser toutes les céréales bios, alors qu’en conventionnel, il y avait beaucoup de tri à faire. » Une nouvelle activité, le toastage Dans les années 1960, le moulin s’est lancé dans la fabrication d’aliments du bétail. Aujourd’hui, il propose toujours des produits d’alimentation animale « mais nous nous limitons à la revente et au conseil ». Le moulin Burggraf-Becker s’est ensuite diversifié dans l’activité d’approvisionnement en semences, produits phytosanitaires, amendements, plastiques agricoles. « Nous essayons d’avoir une offre complète à destination des exploitations de polyculture élevage. Nous avons environ 600 agriculteurs dans nos fichiers pour nos différentes activités. » Il a développé le conseil aux agriculteurs. « Nous employons quatre technico-commerciaux pour l’activité agricole et un pour l’activité meunerie. » L’entreprise familiale s’est également dotée d’un joli magasin de vente qui propose une large gamme de produits locaux, mais aussi de l’alimentation à destination des aviculteurs, des cuniculteurs, des colombophiles. « Nous avons aussi un grand rayon consacré aux aliments pour les chevaux. » Travaux publics et cours de pâtisserie Ainsi, le moulin Burggraf Becker a plus d’une corde à son arc. Et ce n’est pas fini. Depuis deux ans, il propose une nouvelle prestation de services : le toastage des protéagineux (soja, féverole, pois, lupin) pour l’alimentation des animaux. Un projet soutenu financièrement par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et la Région Grand Est. L’an dernier, une nouvelle activité a vu le jour. La famille Welsch s’est en effet lancée dans les travaux d’aménagement et d’entretien de l’environnement. « C’est la passion de notre fils, Christophe. Il travaille pour l’Office national des forêts, les associations foncières et les particuliers », explique Jean-Yves Welsch. « On ne s’est jamais arrêté de diversifier, en fait, poursuit-il. L’arrivée de notre fille, Sarah, nous permet désormais d’organiser des ateliers de boulangerie, de pâtisserie et de cuisine pour les particuliers et les professionnels. » Les ateliers du Moulin ont été conçus en étroite collaboration avec Christian Boistelle, maître boulanger-pâtissier confiseur, qui apporte son savoir-faire.    

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