Pratique

Publié le 27/06/2021

39 % des Suisses ont voté pour l’interdiction des pesticides de synthèse, lors d’un référendum, dimanche 13 juin. Cette mesure a donc été rejetée. Un seul canton a voté majoritairement en faveur de cette interdiction, celui de Bâle Ville avec 58 %. C’est pourtant dans ce canton qu’est installé un géant de l’agrochimie, le groupe bâlois Syngenta, racheté en 2017 par le géant chinois ChemChina.

Le 13 juin dernier, le peuple suisse a voté sur l’initiative populaire « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse ». Une deuxième initiative populaire « Pour une eau potable propre et une alimentation saine – Pas de subventions pour l’utilisation de pesticides et l’utilisation d’antibiotiques à titre prophylactique » était également soumise à votation ce jour-là. Le taux de participation était de 59,7 %, preuve de l’intérêt de ce sujet pour la population helvétique. Comme l’a rappelé le président de la Confédération helvétique, Guy Parmelin, lors d’une conférence de presse, le Conseil fédéral et le Parlement s’étaient prononcés en faveur d’un rejet de ces votations. « Les électeurs ont suivi ces recommandations en déposant un « non » dans les urnes », a-t-il indiqué. Menaces de mort, insultes, affiches taguées ou incendiées… Rarement une votation populaire a autant agité les esprits dans les campagnes helvétiques. Un climat empoisonné qui traduit le malaise du monde agricole. De nombreuses exploitations suisses sont en effet plongées dans une situation critique et ont beaucoup de mal à tenir le coup sur le plan économique. Elles paniquent à l’idée de subir des baisses de rendement, en cas d’interdiction des produits chimiques. Mais au-delà de l’aspect purement financier, c’est aussi le manque de reconnaissance et l’éternelle accusation du « paysan pollueur » qui les affectent. Très engagé dans la campagne du « non », le président de la Confédération avait appelé au calme mais cet appel n’a pas été entendu. Jamais le fossé ville-campagne n’a été aussi marqué… Après cette campagne très émotionnelle, il faut espérer que le climat s’apaisera. Un vœu formulé par Guy Parmelin qui veut restaurer une confiance mutuelle entre détracteurs et partisans de l’agriculture pour tracer le chemin de l’agriculture du futur. « Il faut désormais renouer le dialogue. Je m’y emploierai », a-t-il ajouté. Poursuivre les efforts vers une production plus durable « Ce non est un choix de la raison et du pragmatisme, qui assure l’avenir de notre agriculture et garantit l’avenir alimentaire de notre pays. » Il confirme également les engagements pris par les autorités fédérales au niveau de l’environnement et de la durabilité, estime Guy Parmelin. « Ce double « non » donne la possibilité au monde agricole de poursuivre ses efforts de transition vers une production plus durable, soutenue par une grande partie de la population. Il montre également l’attachement du peuple suisse à une production régionale transparente et durable. » Pour Guy Parmelin, une évidence : « L’évolution de l’agriculture et les attentes des citoyens doivent converger. » Les autorités favorisent l’agriculture durable à travers différentes mesures, qu’il faudra poursuivre et renforcer. « L’agriculture doit conserver son rôle de pionnière dans la production intégrée, poursuivre ses efforts pour assurer la production de denrées alimentaires en Suisse tout en réduisant son impact sur l’environnement. » Les efforts investis dans la recherche agronomique et la sélection végétale seront renforcés, a-t-il promis. L’agriculture est désormais au cœur des discussions dans les foyers. « Du coup, elle se retrouve dans une stratégie qui ne va plus seulement de la fourche à la fourchette, mais aussi en sens inverse, de la fourchette à la fourche. Les vœux des consommateurs et consommatrices seront entendus et feront partie de nos stratégies futures. » Pour le président, il est important de poursuivre le dialogue, de recréer la confiance. Mais pour que ce dialogue puisse avoir lieu, la population doit être à l’écoute du monde agricole et tenir compte des défis auxquels les paysans doivent faire face. Les agriculteurs ont déjà intégré le changement de paradigme et vont aller de l’avant afin de prendre en compte les attentes des citoyens. « Mais il n’est pas question pour autant de remettre en cause le système des paiements directs, car ce serait dommageable pour toute l’agriculture », a souligné Guy Parmelin. Le parlement a suspendu la politique agricole, mais il a donné une mission au Conseil fédéral, à travers un postulat, d’aller vers une production plus durable. « Nous y travaillons déjà avec les milieux agricoles », a-t-il conclu.

Ferme Lammert à Ensisheim

Découvrir la céréaliculture à vélo

Publié le 26/06/2021

La première édition des Journées nationales de l’agriculture s’est déroulée du 18 au 20 juin dans toute la France. Une nouvelle occasion pour les citoyens de découvrir ou redécouvrir leur patrimoine agricole et alimentaire par le biais de visites et de rencontres avec des professionnels du milieu. À Ensisheim, la ferme Lammert a fait le choix de la balade à vélo pour présenter la culture de céréales en Alsace.

Un peu de sport, un peu de détente et beaucoup de pédagogie. Dimanche dernier, la ferme Lammert, à Ensisheim, a emmené une vingtaine de personnes à vélo à travers ses champs de céréales dans le cadre de la première édition des Journées nationales de l’agriculture (lire en encadré). Une balade gratuite de trois kilomètres, accessible à tous, qui a permis d’expliquer le cycle végétal de la plante, le travail de l’agriculteur, et les débouchés alimentaires pour le maïs, le soja et le blé. Rendez-vous était pris à 10 h sur une digue située le long de la RD 20 qui relie Ensisheim à Ruelisheim et Wittenheim. La grande majorité des participants venait de la commune, certains étant des connaissances de Benjamin Lammert et sa compagne Marie Casenave-Péré, d’autres non. « On avait à cœur de développer le lien avec le village », explique-t-elle. Il faut dire aussi que le choix du vélo comme moyen de locomotion pouvait aussi apparaître comme un frein pour des personnes venant de plus loin. Aucun regret pour Marie qui considère que le deux-roues, en plus du côté « ludique » de la balade, était plus adapté à la surface de l’exploitation. « À pied, cela aurait été plus long et monotone. Là, c’était plus dynamique. Et puis le vélo, c’est dans l’air du temps ! » La ferme Lammert est la seule exploitation représentative de l’agriculture alsacienne à avoir participé à cette première édition des Journées nationales de l’agriculture (lire en encadré). Pour Marie et Benjamin, déjà très actifs en matière de communication grand public, leur présence à ce nouvel évènement était une évidence. « Si une dynamique se met en place au niveau national, il faut en être. J’espère que notre présence cette année donnera envie à d’autres de faire de même l’an prochain si la manifestation est reconduite », souligne Marie qui reste enthousiasmée par ce premier essai. Des ajustements seront tout de même nécessaires dans le cas d’une future balade. « On avait des enfants, des ados, des adultes, des retraités. C’est compliqué de parler d’agriculture de la même manière avec un public aussi divers. Il faudra peut-être calibrer quelque chose de mieux adapté pour les plus jeunes. Là, c’est vrai que c’était très orienté pour les adultes. » Des « angoisses » à rassurer Mais il n’y a pas d’âge pour apprendre et poser des questions. Sur le maïs par exemple, une culture qui ne jouit pas nécessairement d’une très bonne image auprès du public, les interrogations étaient nombreuses sans la moindre véhémence. « Tout a été abordé : les produits phytos, l’irrigation, les OGM. Aucun sujet n’a été éludé », développe Marie. Sur la question de l’eau, le couple d’agriculteurs a pu rappeler que l’Alsace n’en manquera jamais grâce à la présence de la plus grande nappe phréatique d’Europe sous ses pieds. « Il y a une angoisse sourde au sein de la population avec toutes les sécheresses et canicules qui se succèdent. Il faut en être conscient si on veut rassurer les esprits. » Benjamin et elle sont en tout cas convaincus d’une chose : faire évoluer le regard des gens sur l’agriculture d’aujourd’hui, c’est possible, à condition d’en avoir un minimum envie. « C’est vrai qu’une balade comme celle-là demande un peu de travail en amont. En plus, on ne gagne pas d’argent avec une telle opération. Mais je pense qu’on n’est pas obligé de faire ça aussi bien à chaque fois. Juste ouvrir les portes de sa ferme une fois par an, et laisser les gens venir et poser des questions peut suffire pour faire évoluer certaines croyances. » Pour les cyclistes du jour, cela a permis de faire évoluer l’image d’Épinal du paysan d’antan. La fourche a laissé la place à la technologie, mais le cœur du métier reste le même. « Il faut juste prendre le temps de le rappeler quelquefois », conclut Marie.

Concours des pratiques agroécologiques - Prairies fleuries

Le « trésor vert » du Sud Alsace

Publié le 09/06/2021

Après une pause forcée en 2020, le Concours général agricole des pratiques agroécologiques - prairies et parcours, a repris le chemin des parcelles herbagères et fleuries, les 25 et 26 mai, dans le Jura alsacien et le Sundgau. Si le nombre de participants est en hausse, il reste encore insuffisant aux yeux des organisateurs qui voient dans ce concours l’occasion de valoriser cette richesse des territoires. Et les lauréats alsaciens 2021 sont le Gaec du Petit bois, à Gommersdorf, et l'EARL Oser Bernard, à Biederthal.

Dans le Sundgau et le Jura alsacien, de nombreux éleveurs ont accès, sans le savoir, à une sorte de « trésor vert », des prairies naturelles qui conjuguent protection de la biodiversité, diversité botanique, et apport fourrager indéniable pour les animaux. Des lieux remarquables qui gagnent à être connus et valorisés aux yeux de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). C’est elle qui pilote le Concours général agricole des pratiques agroécologiques - prairies et parcours, aussi appelé « Concours des prairies fleuries ». Il a eu lieu cette année les 25 et 26 mai dans ces deux territoires du sud de l’Alsace après une pause forcée en 2020 à cause de la crise sanitaire. Les deux lauréats iront représenter leurs territoires respectifs à la finale nationale du concours qui doit avoir lieu en février 2022, lors du Salon de l’agriculture à Paris. Depuis son ouverture au Jura alsacien en 2016 puis au reste du Sundgau en 2018, la CAA a du mal à trouver des éleveurs prêts à participer. Pour Jean-François Strehler, qui coordonne le concours dans le Haut-Rhin, c’est plus le fruit d’une « méconnaissance » que d’un désintérêt de la part des éleveurs. « Il faut savoir que tout le monde peut s’inscrire. La seule condition est d’avoir au minimum cinq bovins sur la prairie pour maintenir le lien avec l’agriculture. Après, la seule contrainte est d’attendre que le jury passe avant de faucher. Cette année, ce n’est pas un souci vu la météo. Sinon, les évaluations ont lieu habituellement début juin. » Le technicien de la Chambre voit en revanche plusieurs bénéfices pour l’éleveur participant : apprendre à mieux connaître ses prairies grâce aux regards d’experts, sa composition, son influence pour la qualité du fourrage et, in fine, disposer d’un nouvel outil de communication pour valoriser les produits vendus directement aux consommateurs.     « Je n’osais pas participer » Pour cette édition 2021, les services de la Chambre ont sollicité 60 agriculteurs dans le Jura alsacien et 159 dans le Sundgau après avoir identifié des prairies au potentiel intéressant. Au final, seuls 12 sur les deux secteurs ont répondu favorablement à cette sollicitation. « C’est plus qu’il y a deux ans, c’est positif. Mais des relances ont dû être faites pour inciter les gens à s’inscrire », relativise Jean-François Strehler. Cela a été le cas pour Charlotte Jaegy, une jeune agricultrice installée à Largitzen avec sa sœur et sa mère sur 120 ha, dont 60 ha d’herbe. Sa prairie de 1,5 ha située à Seppois-le-Bas, à proximité d’habitations, est aujourd’hui inspectée de très près par le jury composé de trois experts en botanique, agronomie et biodiversité et d’un « superviseur ». « J’avais entendu parler de ce concours. Mais je n’osais pas participer. Oui, je fais de l’herbe et je la maintiens. Mais pour moi, la prairie, c’était autre chose. C’est finalement Sébastien Stoessel qui m’a motivée à me présenter », explique-t-elle. Bien connu du monde sundgauvien, l’éleveur de Feldbach, également élu à la FDSEA du Haut-Rhin, avait pris part au concours en 2018. La force de l’exemple, le premier vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, Denis Nass, en est aussi un fervent partisan. Pour la première fois cette année, il a accepté de soumettre l’une de ses prairies au regard aiguisé du jury. « Je le dis à nos éleveurs : soyez fiers et n’ayez pas peur de vous présenter. Ces prairies sont une richesse pour nos territoires, visibles aux yeux de tous et qui montrent ce que les agriculteurs sont capables de faire. À l’Agence de l’eau, le comité scientifique a souligné l’importance de protéger ce patrimoine qui rend service à nos élevages en améliorant la qualité du fourrage, et donc des produits alimentaires, mais aussi à l’ensemble de la société en protégeant l’environnement. » Un « service » pour l’ensemble du territoire C’est justement cette fonction transversale qui a motivé les collectivités sundgauviennes à soutenir ce concours de prairies fleuries. « Ici, nous n’avons pas d’industrie à vendre. Ce qui fait la richesse de nos territoires, c’est le tourisme, pas celui de montagne ou balnéaire, mais le tourisme vert dû à nos paysages et aux circuits courts pour acheter des produits fermiers », développe le deuxième vice-président de la communauté de communes du Sundgau, Jean-Marc Metz. Pour lui, le travail quotidien des éleveurs fait ainsi partie des ambassadeurs « les plus visibles » du Sundgau, et il voit dans les prairies fleuries un puissant outil de communication à destination du public. « L’éleveur peut vendre ses produits et se targuer d’avoir participé à ce concours, ou mieux, de l’avoir remporté. C’est un attrait de plus pour ses produits et pour l’ensemble de son travail. » De son côté, le président de la communauté de communes Sud Alsace-Largue, Vincent Gassmann, tient à souligner l’importance de ces prairies, qu’elles soient fleuries ou non, pour la préservation de la ressource en eau. « Un gros travail a été fait pour sortir le bassin de la Largue de la zone nitrates. Certes, il y a encore des points sensibles, mais on se rend bien compte que toute cette herbe valorisée par nos éleveurs va bien au-delà de la seule alimentation pour les animaux. Elle sert le Sundgau dans sa globalité. »

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