Pratique

Mutualité sociale agricole (MSA)

Le premier rendez-vous d'affiliation à la MSA

Publié le 06/12/2021

Ludovic Heimburger, 29 ans, est conseiller en protection sociale à Altkirch depuis 2020, après avoir exercé pendant trois ans dans le Bas-Rhin. À la MSA, il accompagne de jeunes bénéficiaires dans leurs premiers pas vers l’installation. Tout commence par un « rendez-vous d’affiliation ».

Quelles sont vos missions quotidiennes en tant que conseiller en protection sociale à la MSA ? Ludovic Heimburger : « Chaque jour, je reçois en physique les futurs adhérents, au sens au large, et notamment de jeunes installés. C’est un premier rendez-vous d’affiliation, qui permet de voir quel est le profil de la personne. De là découlent des accompagnements plus ou moins nombreux. Quand il s’agit d’une reprise d’exploitation, on peut par exemple tout de suite aller voir la fiche du cédant. Certains profils, au contraire, découvrent complètement la MSA et ses missions. Il s’agit alors de leur présenter tous leurs droits, mais aussi leurs devoirs. Ensuite, nous abordons une partie purement administrative ; puis un volet technique. Il faut fournir des formulaires, des attestations, toutes sortes de justificatifs. C’est souvent un moment compliqué, notamment pour les jeunes, car il y a beaucoup d’éléments à présenter. Prenons l’exemple d’une reprise d’exploitation avec une grande surface : pour chaque parcelle il faudra fournir un document. C’est pour cela qu’il faut s’y prendre à temps. »   Quelles sont les principales difficultés que vous identifiez pendant ce premier rendez-vous ? « D’abord, il n’y a pas que le jeune qui a du travail et qui doit être suivi. Ce sont des problématiques de famille, cela peut créer parfois des tensions. Le mois de décembre, par exemple, est particulièrement chargé car beaucoup de futurs retraités se réveillent et veulent pouvoir partir dès janvier. Mais parfois, le dossier de transmission n’est pas complété, alors la retraite peut être reportée. On aimerait aussi pouvoir accueillir les jeunes installés en amont car c’est plus confortable pour tout le monde. Cela permet en plus de gérer les surcoûts, car un dossier bien fait, bien préparé, permet d’éviter les erreurs. Malheureusement, aujourd’hui, on est bien souvent informé seulement au moment de la création de l’entreprise. Puis, nous invitons la personne au fameux rendez-vous. Cependant, cette dernière ne se présente pas toujours… Si les adhérents n’ont pas répondu à nos convocations, on finit par accompagner certains jeunes dans l’urgence. Ils ne se rendent pas toujours compte. »   Le bon moment pour prendre son téléphone et appeler la MSA, c’est quand ? « Il faut que les jeunes se prennent en main, qu’ils soient proactifs. Ce serait bien qu’ils prennent contact dès la création du projet. C’est déjà l’occasion de parler de la cessation des parents. Une fois que la constitution est faite, il faut alors revenir vers nous, et se demander : et maintenant ? »   Quels sont les « plus » à être accompagné par la MSA dans son parcours d’installation ? « Les jeunes qu’on croise n’osent pas toujours poser les questions en public lors des réunions en groupe. Les rendez-vous avec un conseiller sont là pour ça. Un véritable lien se crée avec les personnes que je suis. Je continue même à prendre des nouvelles des bénéficiaires que je suivais dans ma précédente affectation. Je rencontre aussi toute une population qui ne relève pas du profil classique de « jeune agriculteur », qui ne touche pas la dotation jeune agriculteur (DJA). Ce sont des bénéficiaires qui doivent être accompagnés différemment et qui sont très demandeurs. La MSA peut prendre le temps nécessaire pour recevoir les gens. J’essaie pour ma part de voir les parents en amont, puis les enfants, ceux qui reprennent et les autres. C’est l’occasion de les guider vers les partenaires qui pourront les aider dans ces questions d’héritage ou autre. Il n’y a aucune opposition à ce que la personne revienne plusieurs fois, pourquoi pas accompagnée de son expert-comptable par exemple. Et puis, il y a tout ce à quoi on ne pense pas encore. Ils sont tous jeunes, tous motivés et, moi, je leur parle aussi de leur retraite, de leur transmission. »   Le passage dans le bureau d’un conseiller est-il une étape obligatoire ? « Certains préfèrent envoyer les documents par internet. C’est une affiliation plus que sommaire… Ça se fait dans d’autres régions. En Alsace, nous avons maintenu cette idée d’accueil qui permet un accompagnement plus qualitatif. C’est le moment de recevoir tout un tas d’information. C’est gratuit. C’est un petit investissement en temps contre, parfois, de grosses économies. »   En savoir plus : rendez-vous à la Maison de la MSA à Altkirch

Publié le 04/12/2021

Le rendez-vous du Mois de la bio dédié à la transmission des exploitations agricoles avait lieu mercredi 24 novembre à la ferme de la Coccinelle, à Witternheim. Beau-père et gendre, respectivement Denis Adam et Kevin Goetz, ont livré leurs secrets pour une transmission réussie. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), la Safer, la MSA, et les acteurs de la bio ont présenté leurs outils d’aide.

Kevin Goetz s’est installé en 2012, sur la ferme laitière de la Coccinelle, à Witternheim. Il est aux manettes de l’exploitation depuis le départ à la retraite de son beau-père, Denis Adam, il y a un an. Ensemble, ils sont passés en bio en 2015, « pour transmettre une terre préservée et un outil viable », résume Denis. Ils ont réussi ce pari, notamment grâce à la coopérative Biolait et sans augmenter le nombre de vaches. La SAU est aussi la même aujourd’hui qu’il y a dix ans, mais 14 UTH travaillent pour l’EARL et Cocci’Saveurs, l’atelier de transformation jouxtant la ferme. L’élevage de poulets Label, puis bio, avec Siebert, et la production de porcs pour la vente directe dynamisent aussi l’activité. Les associés, Kevin, son beau-père, sa belle-mère Chantal et son épouse Régine (qui sont tous trois non-exploitants) privilégient le circuit court, via des points de vente à l’extérieur de la ferme : marchés, magasins bios, etc. Transparence Du conventionnel à la bio, du circuit long au court, de la production à la transformation : la ferme de la Coccinelle a beaucoup évolué, depuis l’arrivée de Kevin et leurs échanges, avec Denis. Ils confient tous les deux avoir de la chance. « On se respecte et on a un dialogue constructif. La communication, c’est la base », assure Denis. « Je n’ai rien à ajouter », dit Kevin, en riant. Ces deux-là se connaissent depuis 2005. Régine, la fille Adam, et Kevin se sont mariés en 2017. La transmission s’est faite en deux étapes : 2012 et 2019, soit avant même que les liens du mariage unissent les jeunes. « C’est lui le chef d’exploitation », dit Denis, en désignant Kevin. La transparence aussi a été primordiale. « Il n’y a pas eu de non-dits quant aux questions d’argent », insiste Kevin. « L’argent, c’est important, enchaîne Denis. Mais d’autres valeurs sont plus importantes pour moi. » Ainsi, pour permettre une transmission plus aisée, Kevin rémunère Denis chaque mois, pour que le retraité récupère l’argent du compte associé. Il n’a pas eu à sortir 300 000 € d’un coup. En cas de décès, il continuera à payer des mensualités aux ayants droit. Denis est aussi encore salarié sur l’exploitation, à son souhait. « On travaille ensemble pour pérenniser la ferme », souligne-t-il. Des outils adéquats Le long cours de cette transmission réfléchie près de dix ans avant est aussi une des clés de sa réussite. Les intervenants de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), avec le Point Info Transmission (PIT), la Safer, la MSA, l’Ardear (Association pour le développement de l’agriculture paysanne), Bio en Grand Est, Les Espaces tests Bio en Grand Est et Terre de liens Alsace ont tous insisté sur l’importance d’anticiper la transmission de l’exploitation. On commence à y penser dix ans avant, on s’intéresse à ses droits (avec la MSA) et on rencontre de potentiels repreneurs sept ans avant, on met en œuvre le projet en évaluant sa ferme entre cinq et deux ans avant, et on passe le relais, tranquillement, la dernière année, qui scelle les changements juridiques, administratifs et comptables. Si la Safer propose une expertise de patrimoine (au mieux, un an et demi avant la retraite), Bio en Grand Est, l’Ardear, Terre de liens Grand Est sont agréées pour réaliser des diagnostics à la transmission, avec l’aide de la Draaf, qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur les biens, les activités et les engagements du futur cédant. Le PIT est revenu sur les stages de parrainage. Les Espaces tests Bio en Grand Est mettent, eux, en œuvre un accompagnement, jusqu’à trois ans, pour tester le projet de reprise : cédant et repreneur travaillent ensemble durant ce test. Pour les moins avancés, l’Ardear invite des lycéens à imaginer des projets de reprise d’une ferme, visite et bilan comptable, à l’appui. Terre de liens, outre ses appels à projets, organise des visites collectives. L’objectif, en tout début de parcours à la transmission, est de connaître sa ferme et de la faire connaître. Le répertoire départ installation (RDI), tenu par la CAA, est encore insuffisamment utilisé.    

Publié le 24/11/2021

Étienne Schneider et François Vix s’entraident depuis 2014. À bientôt 30 ans, les deux amis s’échangent des conseils mais aussi des parcelles, au nord de Strasbourg, se prêtent du matériel, gèrent des cultures en commun, voire du personnel. S’ils se servent du barème d’entraide pour évaluer les travaux qu’ils réalisent l’un pour l’autre, il n’est jamais question d’argent. Les coups de main gratuits s’équilibrent d’une année sur l’autre.

« Étienne et moi, on se connaît depuis qu’on est gamin », cadre François Vix, 29 ans. L’EARL Vix, à La Wantzenau, est le « pied-à-terre » des Schneider. Originaires d’Hoenheim, où ils ont toujours 65 ha de terre, les Schneider se sont expatriés à Herbsheim, lorsque la ville a grignoté la campagne, dans les années 1990. Pour continuer à cultiver au nord de Strasbourg, ils profitent, depuis, de l’hospitalité des Vix. Les deux familles se rendent service. Au départ, les Vix prêtent leur atelier et leurs outils aux Schneider. Ces derniers laissent une benne aux Vix, pour faire le tampon, avant le séchage du maïs à la ferme. « C’est du bon sens. Ça ne coûte rien à personne », soulignent Étienne et François, qui font perdurer la tradition. De 2000 à 2009, les jeunes hommes voient aussi leurs parents travailler ensemble « pour faucher le maïs ». Le père de François, propriétaire d’une machine neuve à rentabiliser, réalise des prestations pour celui d’Étienne. Quand les contrats s’arrêtent, l’entraide se développe, surtout sous l’impulsion des adulescents, à partir de 2014. Depuis la fin de leurs études, Étienne et François s’impliquent crescendo dans les exploitations familiales. « On a commencé à s’entraider plus, Étienne et moi, grâce à Denis Clauss, un voisin. Il ne faut jamais se donner d’argent, sinon autant appeler une ETA, pour une presta’ : tel est son credo », raconte François. « On gagne du temps et on se tire vers le haut », dégaine Étienne. Il prend l’exemple du pulvérisateur qui ne sera pas rincé, puisque François ou lui vont traiter tout le soja, par exemple, qu’il soit à l’un ou à l’autre, plutôt que chacun pulvérise le sien, puis son maïs semence, puis son colza, etc. En 2018, les deux jeunes échangent leurs premières parcelles, surfaces pour surfaces. « Il a semé des betteraves chez moi, dans le limon. Et moi, du maïs, chez lui, dans des terres argileuses », précise Étienne. « On a la même vision, note François. La technique, l’agronomie, doit avoir un bon impact économique. On échange constamment sur nos pratiques. On se dit tout, même nos rendements et nos marges. On se fait confiance. Et on s’écoute » Quitte à charrier l’autre, s’il a été de mauvais conseil, bien sûr. Réciprocité Très vite, l’un va « faire » une culture à l’autre et réciproquement. « Quand on me demande comment est mon colza, je réponds qu’il faut voir avec Étienne », s’exclame François, en riant. Étienne l’a semé, donc il le traite. « Il va faire quasi tout le colza », constate François. De son côté, il a « fait » tout le maïs semences, cette année. « Il gère le personnel, pointe Étienne Schneider. On profite de l’expérience de chacun. » « Ce vieux couple », de l’avis des techniciens qui les côtoient, se chamaille mais tombe souvent d’accord. Si ce n’est pas le cas, « chacun fait ce qu’il veut chez lui, nous sommes libres », relève François, l’optimiste. Ils ont tant et si bien trouvé leur équilibre qu’aujourd’hui, ils seraient prêts à acheter du matériel en commun, si besoin. Chacun possède déjà du matériel spécifique qu’il prête à l’autre ou conduit : les Vix ont un semoir pour du semi direct, les Schneider, un combiné. « À deux, on a une palette plus large, on a toujours le bon matos », remarque Étienne. Les exemples d’entraide sont légion. En 2020, François a irrigué le maïs semences d’Étienne, qui a compensé en donnant une parcelle. « Il faut faire en sorte que ce soit équitable », prône François Vix. Chacun note le nombre d’hectares et d’heures passés par chantier, au profit de l’ami, et, en fin d’année, grâce au barème d’entraide, les deux jeunes comparent les sommes des coûts estimés des travaux. L’an passé, il n’y avait que 300 euros de différence entre eux, pour 15 000 euros de travaux effectués, au total, par les deux agriculteurs. En 2021, le « bénéficiaire » a fait un peu plus, pour compenser. Hors de question qu’il donne de l’argent. L’entraide perdure, ainsi. Étienne et François pensent à l’avenir, proche, quand leurs pères seront à la retraite. « Je ne serai pas seul, ici », anticipe François. Cette année, il a coupé le maïs d’Étienne au meilleur moment, pour qu’il bénéficie de la prime de précampagne et puisse semer son blé. Sans lui, Étienne aurait loupé le coche, occupé par ailleurs. « Je n’avais pas commencé, moi », souligne François, qui a proposé son aide de bon cœur. « On s’y retrouve. Il faut toujours que ça aille dans les deux sens. On a autant besoin l’un de l’autre et on tire le meilleur des deux », ajoute Étienne. « On connaît tous nos champs, on est compétents. On peut agir seul. Et, à deux, sur la même parcelle, on se motive et on se comprend. Ça, ça vaut de l’or », conclut François. Lui s’installera courant 2022, sur 220 ha, uniquement en grandes cultures, sauf 1 ha d’asperges en vente directe. Étienne s’est installé en septembre 2021, sur 145 ha, avec deux bâtiments de poulets label rouge.

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