Pratique

Publié le 07/03/2021

Le 19 février, les élus de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach ont dénoncé les conséquences du maintien de la commune de Fessenheim dans la liste des contributeurs du Fonds national de garantie individuelle des ressources. Sans les recettes fiscales issues de l’exploitation de la centrale nucléaire, les collectivités du territoire s’exposent à une « impasse financière » si aucune mesure n’est prise rapidement par l’État.

C’est un anniversaire au goût très amer. Il y a un an, le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim cessait toute activité. Quatre mois plus tard, c’est le second réacteur qui était mis à l’arrêt, officialisant la fermeture longtemps annoncée de la doyenne du parc nucléaire français. Un coup dur pour les élus du secteur qui dénonçaient alors une décision « purement politique ». Un an plus tard, l’amertume est toujours là, mêlée à une inquiétude croissante. La cause ? Le maintien de la commune de Fessenheim dans la liste des collectivités qui contribuent au Fonds national de garantie individuelle des ressources (FNGIR). Cette garantie est un mécanisme de compensation à l’euro près, pour chaque collectivité territoriale, des pertes de ressources, engendrées par la suppression de la taxe professionnelle en 2010. Le calcul de cette garantie se fait à l’échelle nationale : les collectivités gagnantes de la réforme paient pour les perdantes. Cette décision qui risque d’entraîner toute la communauté de communes Pays Rhin-Brisach vers une « impasse financière » selon son président, Gérard Hug. « Avec la fermeture de la centrale, nous n’avons plus les recettes fiscales qui allaient avec, soit 6,4 millions d’euros. Par contre, nous devrons continuer à abonder ce fonds comme avant. Si nous continuons comme ça, c’est la mort financière et fiscale de notre communauté de commune et de la commune de Fessenheim », alerte-t-il. La compensation de la compensation Pour l’instant et jusqu’en 2023, les collectivités situées autour de la centrale bénéficient d’une compensation « intégrale » du FNGIR. Passé ce délai, le versement annuel à ce fonds passera de trois à deux millions d’euros par an, suite à un amendement ajouté à la loi de finances 2021. « C’est toujours trop, on ne peut pas. C’est comme demander à une personne licenciée de continuer à payer les charges sociales. C’est totalement absurde ! », s’insurge le maire de Fessenheim, Claude Brender. Le député LR, Raphaël Schellenberger, complète : « Avec cet amendement, on crée un mécanisme de compensation de la compensation. Pourquoi ne pas compenser l’intégralité de la somme ? Et pourquoi ne pas retirer le territoire de Fessenheim du FNGIR ? C’est ça, la solution. Ça serait deux millions d’euros de moins sur un total de deux milliards. On nous embête vraiment pour pas grand-chose. » Le « cri d’alarme » des élus Le Gouvernement, par l’intermédiaire de son secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, s’était pourtant engagé, en janvier 2018, à « neutraliser les effets du FNGIR » pour le territoire de Fessenheim. Par la suite, ce sont les secrétaires d’État, Emmanuelle Wargon et Jacqueline Gourault, qui se sont engagées à trouver des solutions face à cette problématique. « Et aujourd’hui toujours rien. Les promesses du Gouvernement se succèdent mais le règlement de ce problème est toujours remis à plus tard. L’État avait promis une reconversion exemplaire du territoire de Fessenheim. Mais, si c’est réellement son objectif, il ne peut pas maintenir cette pression fiscale. À long terme, la centrale nucléaire coûtera donc plus cher au territoire que ce qu’elle a pu rapporter durant sa période d’exploitation. La survie de notre territoire est en jeu, c’est un cri d’alarme que nous lançons aujourd’hui », prévient le président de la communauté de communes.

Publié le 19/02/2021

Luge, VTT, promenade… Au fil des saisons, la campagne comme la montagne attirent de nombreux citoyens en mal d’évasion. Mais ce désir de liberté s’accompagne d’un facteur risque pour les agriculteurs qui, eux, paient pour profiter de la nature. Dans quelle mesure leur responsabilité est-elle engagée, si un accident de passants survient sur les terres qu’ils exploitent ? La réponse est aussi complexe que nuancée.

Dimanche 10 janvier, une jeune fille de 17 ans a perdu la vie lors d’une descente de luge, à la station du Schlumpf, à Dolleren. Cette nouvelle a retourné Roger Trommenschlager, installé à quelques centaines de mètres du lieu de l’accident. « Ce week-end-là, il y avait du monde partout, se souvient l’éleveur de vaches laitières. Même dans les prés, en face de la ferme. » Et si le drame avait justement eu lieu sur ses terres ? Depuis, l’agriculteur y pense souvent. « Avec le recul, tout obstacle devient suspect, un piquet avec un fil électrique ou un barbelé, comme les pâturages en pente sont clôturés ; sans parler des grumes de bois quasiment recouverts de neige que les lugeurs pouvaient heurter. » Premier accident du genre depuis l’ouverture de la station il y a 50 ans, « mais celui de trop », regrette Roger Trommenschlager. Auparavant quand un lugeur lui demandait l’autorisation d’entrer sur un de ses 80 ha, l’agriculteur disait oui, « surtout en ce moment où tout est fermé à cause de la situation sanitaire ». Désormais, il refusera l’accès à ses champs. En espérant que personne ne s’introduise à son insu. Car voilà un des problèmes que pose cette question de responsabilité entre l’agriculteur et les promeneurs ou sportifs qui pénétreraient sur ses parcelles. En principe, « outre les forêts communales, personne n’a le droit d’entrer sur une propriété privée ; mais, contrairement à la violation de domicile, cette interdiction n’est pas sanctionnée par la loi », relève Emmanuel Karm, avocat au barreau de Strasbourg, spécialisé dans les questions agricoles. Infraction sans sanction De quoi semer le doute, d’autant que « même si une personne s’introduit sur une propriété privée, ça ne lui enlève pas le droit de se plaindre », ajoute l’avocat. Par exemple, si une clôture est recouverte de neige et qu’un lugeur, sans l’avoir vue, s’y blesse, pénalement, la responsabilité sera partagée entre la victime et le « gardien » du terrain, c’est-à-dire, l’exploitant, propriétaire ou locataire, qui n’aurait pas mis en évidence l’obstacle. « La notion de responsabilité reste matière à interprétation, pondère Emmanuel Karm. C’est pourquoi, même si le Code civil compte peu d’articles sur cette idée, les articles 1240 à 1244, nous passons une année à les étudier. » Pour lui, chaque situation doit se lire à l’aune du « bon sens ». « Par exemple, si quelqu’un se balade en forêt et reçoit une branche sur la tête, il ne peut pas accuser l’exploitant, c’est un phénomène naturel. En revanche, si l’arbre était en mauvais état et que l’exploitant n’a pas protégé la zone, le promeneur peut se retourner contre lui », explique l’avocat. La même approche vaut pour les animaux. « Si un promeneur se dit, tiens le joli veau, franchit une clôture pour lui donner de l’herbe, se fait encorner, il est responsable de ses actes. L’agriculteur peut alors être exempté de responsabilité. Mais si une bête s’échappe d’un enclos parce que le grillage était abîmé, par exemple, et cause un dommage, le propriétaire sera en tort », ajoute l’avocat. Ce cas de figure n’a pas encore posé souci dans la région, les prairies et pâturages alsaciens, contrairement aux alpages, étant bien identifiés par des clôtures. Toutefois, certains éleveurs craignent l’apparition d’accidents entre des promeneurs et leurs chiens de protection, « nécessaires avec l’arrivée du loup dans la région », souligne Isabelle Decombe, agricultrice à Bourg-Bruche. « Voilà peu, un passant s’est aventuré sur une de mes parcelles pour rejoindre un petit étang, comme l’ancien propriétaire du terrain l’y autorisait, mais un de mes patous lui a couru après. Par chance, il ne l’a pas mordu », raconte l’éleveuse de 130 brebis. Accidents de VTT Certains agriculteurs alsaciens ont eu moins de chance avec le passage de vététistes sur leurs parcelles, comme sur les monts de la Bresse-Hohneck, où un bikepark a été aménagé. « L’été dernier, un participant a décidé d’utiliser une des pâtures que j’exploite comme piste sauvage, raconte Florent Campello, qui loue plus d’une centaine d’hectares sur les chaumes. Il s’est pris un fil tendu. Il a dû être hélitreuillé à cause d’un choc cérébral. J’ai décliné toute responsabilité car ce champ ne faisait pas partie de la surface prévue par l’opérateur des remontées mécaniques LaBelleMontagne. » Pour Jean-François Huckert, le dénouement de l’histoire a été un peu plus délicat. Cet éleveur de vaches salers, qui a repris l’exploitation familiale en 1994, loue à la commune de Grendelbruch une centaine d’hectares sur les hauteurs du village, en direction du Hohbuhl. « Sur une de ces parcelles, un sentier s’est tracé au fil du temps par les paysans. Il n’était pas cadastré, mais cela leur évitait de faire un détour de 5 km par la route communale pour rejoindre le bas du champ », explique Jean-François Huckert. Un sentier que tous les promeneurs, à pied ou à VTT, trouveraient magnifique, par la vue qu’il offre sur la plaine d’Alsace. Ce sentier n’a pas laissé indifférent la Ligue de cyclotourisme d’Alsace, qui a obtenu des autorités locales, voilà quelques années, le droit d’y faire passer un morceau de la Traversée du massif vosgien. Les balises étaient posées sur un poteau d’électrique, en haut de la parcelle, à l’entrée du sentier. « La plupart du temps, le sentier était ouvert, puisque les bêtes n’y venaient que deux à trois semaines par an, rappelle l’agriculteur. Seulement, à ce moment-là, je mettais un fil de clôture pour que les vaches n’atteignent pas le pré de fauche aménagé dans un des parcs de la parcelle. » À cette période-là, début mai 2016, une vététiste a voulu emprunter ce sentier redescendant vers le chemin de Lachmatt. Elle passe sous une première clôture délimitant alors le haut du champ de la route, puis entame sa descente. Prise par la vitesse, elle ne voit pas la deuxième clôture au niveau du pré de fauche et passe par-dessus. Bilan des courses : l’épaule gauche déboîtée, et un transport à l’hôpital de Strasbourg. « Je n’étais pas sur place, se souvient l’éleveur. Les pompiers m’ont appelé pour savoir s’ils pouvaient couper la clôture du champ pour passer avec leur véhicule. » Tolérance et anticipation Quelques jours plus tard, Jean-François Huckert reçoit un courrier de la mairie, comme quoi la victime cherchait à connaître « le propriétaire du terrain et des bêtes se situant sur le lieu de l’accident dans l’objectif d’identifier les responsabilités et les assurances concernées ». À Jean-François Huckert, le « gardien » des lieux, d’y répondre. « Sauf que, dans le bail signé avec la mairie, ce sentier n’était nullement mentionné comme accessible à des activités autres qu’agricoles, donc je ne pouvais pas être responsable. » Cette mésaventure s’est résolue grâce à une certaine ironie du sort. « Les trois parties - la victime, la mairie et nous - avions le même assureur, donc une entente a été trouvée », conclut Jean-François Huckert. D’ailleurs, « toute infraction involontaire est assurable, à l’agriculteur de vérifier les polices d’assurance », précise Cédric Lutz-Sorg, avocat spécialisé dans le droit de la responsabilité et des assurances. Si la victime avait porté plainte, le dénouement aurait pu différer. Bien sûr, « le bailleur est obligé, par la nature du contrat, et sans qu’il soit besoin d’aucune stipulation particulière d’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail », comme le stipule l’article 1719-3 du Code civil. Toutefois, « à partir du moment où une tolérance existe de la part de l’agriculteur quant à l’utilisation du terrain qu’il exploite, il peut être rendu responsable d’un pareil accident, pense l’avocat Emmanuel Karm. Dans ce cas, s’il pose une clôture ou creuse un trou, ce qu’il est en droit de faire puisqu’il loue ou possède le terrain, il vaut mieux le signaliser clairement. » « Même si mon objectif n’était pas d’interdire l’accès à ce sentier », précise Jean-François Huckert, en accord avec la mairie, la Ligue de cyclotourisme l’a retiré de l’itinéraire, et des fils de clôture doublés d’une bande de tissu en barrent désormais l’accès toute l’année. L'agriculture de montagne : perdante face au tourisme ? Ces incidents soulèvent un débat : comment équilibrer l’activité agricole et l’activité de loisirs, en zone de montagne, principalement ? Certains agriculteurs se sentent déjà perdants. « Nous sommes face à un conflit d’usage dans notre massif, le plus petit mais le plus peuplé d’Europe. Il n’existe pas de politique publique pour réguler la situation, et de plus en plus de place est donnée aux loisirs, alors que nous, les agriculteurs, nous payons pour être là. Or, plus le tourisme augmente, plus il y a de monde, et plus ça va a contrario de l’agriculture de montagne », estime Florent Campello, éleveur de vaches vosgiennes, basé à Mittlach. Ce débat sur la cohabitation et la responsabilité de chacun ressurgira sûrement à l’approche des Jeux Olympiques de 2024, puisque la Bresse servira de centre de préparation olympique pour les épreuves de VTT cross-country.

Ferme Reymann à Raedersheim

L’humilité dans les paniers

Publié le 16/02/2021

En 2011, la ferme Reymann, à Raedersheim, se lançait dans la vente de produits locaux à la ferme, en partenariat avec des producteurs du secteur. Une démarche aujourd’hui couronnée de succès qu’il a fallu construire progressivement pour en faire une activité économiquement rentable et humainement riche.

La vente directe à la ferme, cela ne s’improvise pas du jour au lendemain. Isabella et Sébastien Reymann, à Raedersheim, l’ont bien compris. À l’origine, l’exploitation a été créée en 1935, par le grand-père de Sébastien, autour de 18 ha et sept vaches laitières. Au fil du temps, la ferme s’est agrandie en abandonnant l’élevage pour se spécialiser dans la production de céréales et de pommes de terre. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 100 ha qui sont cultivés par Sébastien : la majeure partie en maïs et blé (et colza, une année sur trois) écoulée auprès des coops et négoces, et 8 ha en pommes de terre. Une diversification initiée par son père. Ce dernier a toujours vendu en direct sur les marchés, à la ferme et auprès de supermarchés du secteur via des contrats d’achats bien ficelés. Cette première expérience de circuit court va s’avérer fort utile en 2010, au moment où Isabella imagine la création d’un point de vente regroupant une diversité de produits fermiers. « Je ne travaillais pas dans le milieu agricole. Je voulais arrêter mon emploi et rejoindre Sébastien dans l’exploitation. Mais il fallait créer un salaire en plus pour ça. On vendait déjà nos pommes de terre, ainsi que des oignons et des œufs d’autres producteurs. On avait une base solide pour développer le concept. » L’idée émerge en discutant avec une cliente régulière. « Elle nous demandait des légumes que nous n’avions pas ; il fallait trouver d’autres producteurs avec qui travailler. » Un fonctionnement bien rodé Pendant que Sébastien reste focalisé sur la production, Isabella s’attelle à développer cette nouvelle activité en cherchant de nouveaux partenaires. « Je ne connaissais personne au départ. Et puis j’ai rencontré Olivier Gutleben, maraîcher à Munwiller, au détour d’une formation à la Chambre d'agriculture. Ça a été le point de départ. Et le bouche-à-oreille a fait le reste », explique Isabella. Progressivement, les demandes affluent, les paniers gagnent en diversité : viandes, fromages, yaourts, miels, fruits viennent compléter l’offre, tous issus de producteurs situés à moins de trente kilomètres à la ronde. Ils sont aujourd’hui une vingtaine (dont quatre maraîchers) à collaborer toute l’année avec la ferme Reymann sur le principe de l’achat-revente. Les prix sont négociés au plus juste, sur le principe « gagnant-gagnant ». « Pour le producteur, ça reste plus intéressant que de vendre à une grande surface, pour moi, cela permet de dégager deux salaires, dont un à mi-temps, et pour le client, cela lui permet d’avoir des produits de qualité à un prix correct. » Deux formules de panier sont proposées à 10 et 15 euros. Le contenu ne peut pas être modifié, mais pour l’achat d’un panier, la fidélité est récompensée : après dix paniers achetés, le onzième offert. Et pour ceux qui ne sont pas intéressés par ces paniers, il y a toujours la possibilité de commander ses produits au détail, comme au marché. « Cette option est aujourd’hui privilégiée par 80 % des clients de la ferme », indique Isabella. Pour passer commande, tout se fait sur le site internet de la ferme du lundi au mardi midi. Passé ce délai, le formulaire de réservation est inaccessible jusqu’au début de la semaine suivante. Le mercredi, Isabella se rapproche des producteurs pour récupérer le contenu des commandes. Elle va en récupérer une partie, l’autre lui est livrée directement. Une fois les paniers préparés, les clients peuvent venir les chercher le jeudi et le vendredi à la ferme Reymann. Contrairement à d’autres initiatives similaires, il n’est pas possible de les payer au moment de la commande. Un choix parfaitement assumé alors que le paiement en ligne s’est fortement démocratisé ces dernières années. « La mise en place d’un module de paiement a un coût assez important, en plus de nécessiter des compétences techniques pour l’installer. C’est pour cela qu’on a préféré miser sur un paiement au moment du retrait. Et ça marche bien comme ça », justifie Isabella. Le lien social comme moteur Le fait de payer « à l’ancienne » procure un avantage indéniable à ses yeux : les clients sont là physiquement, prennent le temps de discuter. « C’est une sorte de marché du village 4.0. On se sert d’internet, mais on entretient un vrai lien social. Et ça, ça fait du bien ! » Avec le temps, une relation « privilégiée » s’est tissée avec les clients. Certains viennent même d’assez loin pour acheter leurs paniers. « La plupart viennent des communes alentour, mais peu de Raedersheim bizarrement. Par contre, nous avons une cliente qui vient exprès d’Ottmarsheim. Elle pourrait acheter des produits fermiers plus près de chez elle, mais elle préfère au final venir ici parce que c’est nous. C’est là qu’on voit à quel point l’aspect social est important. » Le lien social est ce qui compte le plus à ses yeux. « Quand les gens achètent des produits fermiers en direct, ils peuvent discuter avec celle ou celui qui les a fabriqués ou cultivés. C’est ce qui fait toute la différence avec des supermarchés, et c’est ce qui plaît beaucoup aux anciennes générations qui ont connu ça plus jeune, et les jeunes générations qui sont très sensibles à ces notions de proximité et de transparence. » S’il y a d’ailleurs une chose qu’Isabella a bien comprise de ces dix premières années de vente à la ferme, c’est la nécessité d’être clair avec le client, de lui parler en toute franchise, sans mentir. « Dans la vente directe, si tu veux tenir dans le temps, il ne faut pas tricher. Aujourd’hui, tout se sait rapidement. Par exemple, nous vendons des agrumes de Sicile en lien avec un producteur de là-bas. Ce n’est pas du local alsacien, mais ça contribue tout de même directement à un agriculteur. Mais ça, il faut l’expliquer. » Éviter la « gourmandise » Ce lien avec la clientèle lui a permis de tenir bon dans les moments difficiles, quand le désespoir commençait à pointer. « Pendant les cinq premières années, je n’avais pas de salaire. Je me disais : à quoi bon, autant que j’aille travailler dans un supermarché, au moins je gagnerais ma vie. Mais j’avais au moins la satisfaction d’apporter quelque chose, et j’ai tenu », se rappelle Isabella. Cette époque délicate est aujourd’hui derrière elle. La mise en place du site internet (dans sa troisième version aujourd’hui) et une présence soutenue sur les réseaux sociaux ont porté leurs fruits. Entre 100 et 150 clients fidèles répondent présents, toutes les semaines. En théorie, il pourrait même y en avoir plus, vu la demande. « Mais là, on a atteint un plafond. Préparer et vendre les papiers, ça demande du temps. Plus, je ne pourrais pas gérer. On peut toujours évoluer, faire plus. Mais ça veut aussi dire gérer une équipe. Et je n’ai pas envie de ça », reconnaît Isabella. À ses yeux, il faut de toute manière éviter toute forme de gourmandise, si on se lance dans le créneau de la vente directe. Pas de poule aux œufs d’or à l’horizon malgré le regain d’intérêt pour les circuits courts observé en 2020 avec la crise du Covid-19. « Quand on fait le bilan, on s’aperçoit que cette épidémie n’a pas changé grand-chose pour nous. On a bien gagné quelques nouveaux clients suite au premier confinement, tandis que d’autres sont retournés au supermarché. Mais notre dynamique actuelle, c’est d’abord le résultat de dix années de travail, d’expérience et de préparation. Beaucoup de gens pensent qu’on peut faire un point de vente du jour au lendemain et se faire de l’argent rapidement. Il faut surtout beaucoup de travail et de communication pour y arriver. Au final, il faut rester humble. »     Du nouveau à la Ferme Reymann ! Dès cette semaine retrouvez des poules et des poulets fermiers de haute qualité. Plus d'... Publiée par Ferme Reymann Raedersheim sur Dimanche 17 janvier 2021  

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