Pratique

En cette période estivale

Les arrêtés sécheresse pleuvent

Publié le 16/08/2020

La sécheresse qui sévit sur la plaine alsacienne pénalise doublement les agriculteurs. Les rendements des cultures de printemps sont fortement impactés et, scénario récurrent ces dernières années, les arrêtés sécheresse se succèdent à intervalles réguliers, limitant la possibilité d’irriguer. Ces arrêtés ne sont pas pris au hasard : ils reposent sur une procédure bien rodée.

2020 est la quatrième année consécutive de sécheresse dans notre région, du fait de la faiblesse des précipitations qui perdure depuis le mois de mars. Conséquence, dès la fin juillet, la préfecture du Bas-Rhin a placé l’ensemble des unités hydrographiques du département (en dehors du Rhin) en état de vigilance. Malgré les récentes précipitations, le niveau des cours d’eau devient alarmant dans certains bassins hydrographiques du Bas-Rhin. Le département, explique Guillaume Pfrimmer, animateur de la FDSEA 67 chargé du dossier irrigation, est divisé en quatre bassins hydrographiques : « Bruche, Ehn, Andlau, Giessen et Liepvrette », « Sarre », « Lauter, Sauer, Moder et Zorn » et « Ill aval ». Actuellement, c’est le bassin hydrographique de la Bruche qui soulève le plus d’inquiétudes. D’où la décision du préfet de le placer en alerte renforcée dès le 7 août, suite à la réunion du comité sécheresse du mercredi 5 août. Le reste du département reste en alerte, précise le communiqué de la préfecture. « Il y a cinq seuils : normal, vigilance, alerte, alerte renforcée et crise, explique Patrice Denis, conseiller spécialisé irrigation à la Chambre d'agriculture Alsace. Nous devrions vraisemblablement atteindre le seuil de crise d’ici la fin de la semaine », pronostique-t-il. La réunion du comité sécheresse du mercredi 12 août devrait prendre cette décision lourde de conséquences pour les irrigants. Cela signifie en effet que les prélèvements dans les cours d’eau seront interdits, sauf pour les cultures maraîchères. « Ce n’est que la deuxième fois que cela se produit depuis la mise en place du comité sécheresse. » Comment ça marche ? Mais sur quelles bases sont prises ces décisions ? « Tous les mardis, la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, N.D.L.R) fait parvenir à l’ensemble des organismes concernés les données concernant les débits des différentes rivières. Le comité sécheresse se réunit suite à l’invitation de la DDT (Direction départementale des territoires) et décide de la stratégie à adopter de semaine en semaine », explique Patrice Denis. L’arrêté préfectoral imposant des mesures spéciales dans certains bassins hydrographiques est pris suite à cette réunion, poursuit Guillaume Pfrimmer. Le comité sécheresse inclut tous les gestionnaires qui ont affaire à l’eau : la profession agricole, les industriels, les distributeurs d’eau potable comme le SDEA (Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace Moselle), les associations de pêcheurs, VNF (Voies navigables de France), le SDIS (Service départemental d’incendie et de secours), la Région Grand Est, la Dreal, l’OFB (Office français de la biodiversité), la DDT, Alsace Nature, etc.     Au plus fort de l’été, le comité sécheresse se réunit toutes les semaines. La rencontre débute par une présentation de la situation climatique par Météo France, un état des nappes et des cours d’eau par l’OFB et une étude des besoins des différentes filières. Des informations qui permettent de faire une projection sur la situation à venir. S’engage ensuite un débat sur la nécessité de prendre des mesures, de renforcer les mesures déjà en place, voire de les lever si la situation s’améliore. L’administration tranche sur une position commune qui ne satisfait pas forcément toutes les parties en présence, souligne Guillaume Pfrimmer. L’arrêté sécheresse signé par le préfet fixe les mesures imposées dans les différents bassins hydrographiques. Une certaine confusion règne souvent dans l’opinion publique, générant des incompréhensions. Ces arrêtés sécheresse ne concernent en effet que les prélèvements en eaux superficielles et l’utilisation des eaux issues de ces prélèvements. Les eaux distribuées par les réseaux d’adduction en eau potable (AEP) qui ont pour origine les nappes profondes ne sont donc pas concernées. « Les communiqués publiés par la préfecture pouvaient parfois prêter à confusion. En fonction du secteur où il se trouve, tout particulier qui utilise l’eau de la nappe pouvait continuer à arroser. » Entre-temps, les conditions se sont durcies dans le bassin hydrographique de la Bruche. « Mais nous avons plaidé pour que les particuliers puissent continuer à arroser leur jardin potager », indique Patrice Denis. « Chacun doit y mettre du sien » L’irrigation à partir des eaux superficielles est régie par une procédure bien établie. Dès le mois de décembre, les agriculteurs doivent se signaler auprès de la Chambre d'agriculture et remplir une demande d’autorisation de prélèvement en cours d’eau. Après étude des besoins des irrigants, la Chambre définit un référentiel de partage de l’eau. « Nous établissons un planning d’utilisation pour toute la période. Ainsi, dès le départ, l’exploitant connaît les règles du jeu, quel que soit le seuil. À chaque nouvel arrêté, la Chambre d'agriculture d'Alsace et le Syndicat des Irrigants Ried Sud lui envoient un SMS pour l’informer du niveau d’alerte de son bassin hydrographique », indique Patrice Denis. « Nous avons découpé chaque cours d’eau en tronçons et nous établissons une liste des irrigants sur chaque tronçon », indique Guillaume Pfrimmer. Des règles de gestion sont établies en fonction du nombre de pompes. « Auparavant, nous raisonnions en tours d’eau. Mais cela s’est avéré problématique. Aujourd’hui, nous nous basons sur les prélèvements. Ainsi, si un tronçon comprend quatre pompes de 30 m3/heure, le débit sera réduit en fonction de ce que le cours d’eau est capable de donner, par exemple deux pompes à 30 m3/h ou quatre pompes à 15 m3/h, voire une seule pompe si la situation est vraiment grave. » À charge, pour les irrigants d’un même secteur, de se concerter pour établir leur planning dans le respect de ces restrictions. « L’an dernier, cela avait bien fonctionné, l’OFB était satisfait du résultat. Aussi avons-nous décidé de reproduire le même schéma cette année », indique Patrice Denis. Là encore, de nombreuses incompréhensions subsistent sur le terrain. « Tous les ans, nous subissons des critiques par rapport à l’irrigation en journée. Or, les pertes dues à l’évapotranspiration sont très limitées, de l’ordre de 5 à 10 % selon différentes études. » « Notre objectif est de défendre les intérêts des exploitants, précise Guillaume Pfrimmer. Nous revendiquons une réflexion globale incluant l’ensemble des utilisateurs de l’eau, et pas seulement les agriculteurs qui ont des règles de gestion bien établies. Les prochains comités risquent d’être âpres », admet-il. Patrice Denis confirme : « La profession agricole ne doit pas être la variable d’ajustement. Chaque usager doit y mettre du sien. »    

Publié le 12/08/2020

Treize distilleries ou musées ouvrent leurs portes au public en Alsace. Au moins sept d’entre eux proposent des visites. L’occasion pour les « spiritouristes » de découvrir ce savoir-faire local. Exemple chez Meyer’s à Hohwarth dans le Bas-Rhin, et chez Théo Preiss à Mittelwihr dans le Haut-Rhin.

Une campagne de communication appelée « Voyage en distillerie » a été lancée par la Fédération française des spiritueux (FFS). Jusqu’au 16 août, l’objectif est de « suggérer des courts séjours ou des escapades à la journée au plus proche du domicile ou des lieux de vacances des Français ». D’après la FFS, le spiritourisme attirerait deux millions de visiteurs par an dans plus de 120 sites en France. La fédération y voit un véritable potentiel : le spiritourisme contribue au développement économique de la filière. En Alsace, contactés uniquement par e-mail et ajoutés d’office sur la carte du spiritourisme, certaines distilleries ou musées proposent des parcours de visite, des dégustations et, bien sûr, de la vente directe. Zoom sur ces distillateurs qui ouvrent leurs portes, ou presque, malgré le contexte particulier d’après crise sanitaire. « On ne prend pas de risque » Épidémie oblige, l’accès aux distilleries se fait un peu différemment, voire difficilement pour certaines. C’est le cas à la distillerie Théo Preiss à Mittelwihr. Son président, Didier Koenig, 25 ans de bouteille dans l’entreprise, y met un point d’honneur. « Une secrétaire a été touchée par le virus, on ne prend pas de risque », affirme-t-il. Les mesures de sécurité sanitaire sont « trop nombreuses et trop difficiles » à mettre en place, ajoute-t-il. Les visites de la chaîne de production sont donc impossibles dans cet établissement. Lorsque la visite est possible, il faut alors compter une bonne heure pour remonter toute la chaîne. Si la distillerie s’adapte, elle propose néanmoins toujours la dégustation et la vente. En juillet et en août, la distillerie Théo Preiss est à l’arrêt mais la mise en bouteille continue. Même si les clients se font rares, Didier Koenig ne perd pas espoir et compte sur les fidèles : « Ce sont souvent des habitués qui passent dans le coin pour déguster. » Il assure également avoir été informé par la FFS du « Voyage en distillerie ». Il encourage d’ailleurs l’idée et la pratique : « Parler des distilleries est positif. On a des alcools français et on oublie souvent de le dire. » Dans une filière où la garantie d’origine protège essentiellement le savoir-faire, les fruits utilisés pour les alcools Preiss proviennent d’ailleurs tous de France, « sauf la framboise », souligne Didier Koenig. De la chaine de production au musée À la distillerie Meyer’s de Hohwarth, les visites sont possibles. Dans une douce odeur de cerises en fermentation, Francis Wolff, artisan distillateur depuis plus de vingt ans, est le guide du jour pour partir à la découverte de la chaîne de production. Cette visite de A à Z est le tour présenté au public. Le départ se fait au milieu des cuves de fermentation, Francis montre et explique absolument tout, même le tuyau qui passe sous la route afin de relier les cuves à la pièce abritant les alambics, de l’autre côté. Là-bas, un film sur l’histoire de la distillerie est projeté, au beau milieu d’immenses alambics en cuivre de fabrication allemande. Après cette parenthèse vidéo, Francis se dirige vers la pièce où plus d’une trentaine de cuves de stockage attendent patiemment les doux breuvages. Chaque cuve est destinée à un fruit. Trente variétés de fruits et de baies sont transformées en alcool dans l’entreprise, soit près de 600 tonnes par an. D’après Francis, « certains fruits viennent encore de France mais beaucoup viennent de l’étranger ». Mi-juillet, cerise, gentiane, framboise et kirsch étaient en préparation. Francis est fier de présenter la dernière étape de la chaîne, la ligne d’embouteillage, avec les bouteilles à étiquettes personnalisées, pouvant servir « pour des mariages, et même des divorces », plaisante-t-il. La plupart du temps, la visite de la distillerie est précédée d’un passage au musée « La Maison du distillateur », à Châtenois. Sur place, Valérie Hamm accueille les curieux. À la distillerie comme au musée, la campagne de communication « Voyage en distillerie » n’a pas marqué les esprits. Chacun fait à son idée. Malheureusement, les visites se font rares par rapport à l’an passé, et les annulations de bus touristiques se multiplient. « Cinq bus ont été annulés en juin, deux bus rassemblant 120 personnes pour septembre ont été annulés, ce matin », se désole Valérie. Le tourisme en distillerie est presque au point mort, pas sûr que le « Voyage en distillerie » y change quelque chose cette année.    

Christine Fischbach, conteuse professionnelle

En mots et en contes

Publié le 02/08/2020

Originaire du pays de Hanau, Christine Fischbach a tourné le dos à la vie de bureau pour devenir conteuse professionnelle. Depuis vingt ans, elle sillonne l’Alsace et les contrées alentour, contant et racontant toutes sortes d’histoires, puisées dans le répertoire populaire ou qu’elle a composées elle-même.

Jusqu’à ses 40 ans, Christine Fischbach a voulu faire plaisir à ses parents en renonçant à son rêve d’adolescente - travailler dans le tourisme - pour un emploi administratif. D’abord secrétaire chez Kuhn, le constructeur de machines agricoles, elle a ensuite exercé dans différents services de la ville de Saverne. C’est pour répondre à une sollicitation de la maîtresse de son fils, alors scolarisé en maternelle, qu’elle s’est mise à lire des histoires devant un public pour la première fois. À force de feuilleter les albums et les livres pour enfants, elle en connaissait les histoires par cœur. « J’avais les images dans la tête. C’est ainsi que je me suis créé un répertoire. » Un répertoire qu’elle a enrichi en travaillant au service jeunesse de la bibliothèque municipale de Saverne : avec ses collègues, elle a participé à la constitution du fonds et à l’accueil de scolaires pour l’heure du conte du mercredi. « Au bout de huit ans, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de mon métier, je n’avais plus de défi à relever », se remémore Christine Fischbach. La quarantaine aidant, la tête bouillonnante d’histoires et de légendes, elle décide de prendre une année sabbatique pour devenir conteuse professionnelle. Coup de chance, le maire de Monswiller lui propose de monter un spectacle pour l’inauguration de la bibliothèque locale, le 13 juin 2000. Au croisement de l’imaginaire et du réel Sa première représentation, consacrée aux contes de Provence, attire plus de 100 personnes et lui vaut une demi-page dans les DNA. Dans la foulée, la journaliste Simone Morgenthaler l’invite dans son émission « Sür und siess » sur France 3. « D’un coup, le regard des gens sur moi changeait : c’était surprenant et agréable », raconte Christine Fischbach. Grâce à ce spectacle et à ceux qui suivent, la conteuse obtient en moins d’un an le statut d’intermittente du spectacle, qu’elle a gardé depuis. De fil en aiguille, les sollicitations se multiplient : séances de contes dans les écoles, dans les bibliothèques, spectacles de Noël… Et les commandes arrivent : à la demande du Musée du pétrole de Merkwiller-Pechelbronn, Christine Fischbach collecte les souvenirs des mineurs qui ont extrait le pétrole du sous-sol de Merkwiller jusque dans les années 1970. Elle les enregistre, rédige un livret dont elle fait un spectacle. « C’était super intéressant car ce n’était pas basé uniquement sur l’imaginaire mais aussi sur le réel, l’histoire et la technique. » Une aubaine pour celle qui s’est toujours passionnée pour l’histoire et les récits de vie. Pendant six mois, elle creuse le filon avec les enfants de l’école de Merkwiller-Pechelbronn. Ensemble, ils inventent l’histoire du pétrosaure, un drôle d’animal dont le sang a la couleur de l’or noir, sorte de récit des origines du pétrole en Alsace. Le train qui mène au paradis Deux à trois ans après, c’est l’association du chemin de fer forestier d’Abreschviller, en Moselle, qui fait appel à elle. Cette fois, il s’agit de créer un spectacle autour de ce pittoresque train à vapeur et des légendes qui s’y rattachent. Ce sera « Le voyage de Bébert », spectacle suivi d’une balade dans le fameux train où les enfants, encore imprégnés de l’histoire racontée par la conteuse, retrouvent avec émerveillement les lieux évoqués dans son récit. À bord du train, Christine Fischbach est « au paradis » : des années après, son visage s’illumine encore au souvenir du plaisir ressenti par ses jeunes auditeurs. Qu’elle soit à l’initiative d’un thème ou qu’elle réponde à une commande, Christine Fischbach s’attache à créer une ambiance propice à l’enchantement. Pour cela, elle recourt volontiers à des accessoires pour suggérer un lieu et s'entoure parfois de musiciens, comme lorsqu’elle se produit au château du Haut-Barr, près de Saverne. Lors de ses balades contées, elle utilise toutes les ressources de la nature environnante : un sapin et voilà son public transporté dans une sombre forêt en plein hiver. Le ton de la voix, sa musicalité, et la gestuelle font le reste. « C’est comme du théâtre. » C’est d’ailleurs dans des stages de théâtre qu’elle a appris à se tenir sur une scène et à maîtriser sa respiration tout en perfectionnant sa technique de conteuse auprès de conteurs professionnels. La native du pays de Hanau répète volontiers ses textes en pleine nature : en particulier sur la colline calcaire du Bastberg, proche de chez elle, où elle profite de la tranquillité du matin pour raconter ses histoires à haute voix. Dans « ce lieu chargé d’énergie » et fourmillant de légendes lui viennent les images qui l’aident à mémoriser ses textes. Elle compare ceux-ci à une pâte qu’il faut sans cesse malaxer, dérouler et remettre en boule pour arriver aux mots justes. Un travail qui lui procure « des moments forts » qu’elle n’aurait pas vécus si elle avait conservé sa vie de bureau. La gourmandise sans le péché Christine Fischbach anime aussi des repas-spectacles sur le thème de la bonne chère et des vins, en lien avec des tour-opérateurs. « Des mets et des mots », c’est ainsi qu’elle intitule ses performances, alternent sur un mode humoristique sketches et chansons autour de la gourmandise. Depuis deux ans, la conteuse a encore ajouté à ses activités des séances d’initiation à l’alsacien à travers les contes et les comptines. Elle intervient dans les écoles de quatre villages de la communauté de communes de la basse Zorn. Les séances débouchent sur un spectacle où les enfants interprètent les comptines et les petites phrases mémorisées lors de ses interventions. Un bonheur pour celle qui se dit fière d’être alsacienne et qui, ayant baigné dans le dialecte depuis sa naissance, continue à ponctuer ses phrases de nombreux petits mots en alsacien. « Les contes me font voyager », confie Christine Fischbach. Pour quelqu’un qui voulait faire du tourisme, ça tombe bien ! De fait, elle qui contait au départ en français, puis en alsacien, s’est lancé un nouveau défi, celui de conter en allemand. Ce qui l’a amené à se produire outre-Rhin, à la demande de la Märchengesellschaft. L’an dernier, elle a ainsi raconté en allemand des contes et légendes alsaciens dans plusieurs écoles berlinoises. « J’avais le trac mais c’était une super expérience ! » Elle s’attend à retrouver la même sensation lorsqu’elle va remonter sur les planches, après quatre mois d’interruption liée à la crise sanitaire : cette fois, ce sera pour des contes de pirates. À l’abordage !    

Pages

Les vidéos