Pratique

Recyclage des plastiques agricoles

Des déchets ? Où ça ?

Publié le 28/06/2020

Une vingtaine d’années après son lancement en juillet 2001, la filière Adivalor est en passe d’atteindre son objectif de recycler 100 % des plastiques agricoles collectés. Résultats : les agriculteurs français recyclent mieux les plastiques qu’ils consomment que la moyenne des Français, et ils sont les champions d’Europe du recyclage.

La filière Agriculteurs, distributeurs, industriels pour la valorisation des déchets agricoles (Adivalor) est née en 2001 à l’initiative de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). Elle regroupe de nombreux partenaires (lire encadré), qui œuvrent à la collecte et au recyclage des plastiques agricoles. Son fonctionnement est financé par les fabricants et importateurs de plastiques, produits phytopharmaceutiques, engrais, semences certifiées et produits d’hygiène destinés à l’agriculture au moyen d’une écocontribution intégrée dans le prix de vente du produit neuf. En vingt ans, la filière a considérablement progressé. Au départ, les plastiques collectés étaient essentiellement incinérés. Mais, progressivement, non seulement la quantité de plastiques agricoles collectée a augmenté, mais en plus la part de recyclage s’est significativement accrue. « Actuellement, 90 % des plastiques collectés sur la ferme France sont recyclés », indique François Alvès, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, en charge de ce dossier. La France est devenue la référence européenne en la matière. Un tri à la source Ce qui fait le succès de cette filière, c’est notamment son organisation. En effet, pas moins de 1 200 opérateurs*, dont 80 % de coopératives et négociants agricoles, assurent la collecte des plastiques agricoles, selon un calendrier coïncidant avec les travaux agricoles. Premier rendez-vous, début mai, pour la collecte des Films agricoles usagés (FAU), soit les ficelles, films d’ensilage, d’enrubannage. Mi-juin, suit une collecte axée sur les grandes cultures, qui comprend les sacs de semences, les big bag d’engrais, les bidons de produits phytosanitaires vides. S’ensuit une autre campagne du même type en septembre, dans le Bas-Rhin, et, en novembre, dans le Haut-Rhin (pour des raisons d’habitudes bien rodées, les dates historiques ont été conservées dans les deux départements). L’année se termine sur une seconde collecte des FAU en novembre. Enfin, une collecte s’adresse plus spécifiquement aux viticulteurs, avec une collecte des ficelles de palissage, qui a lieu cette année du 12 octobre au 11 décembre. À ces dates de collecte bien précises, s’ajoute la possibilité de ramener leurs Produits phytosanitaires non utilisables (PPNU) : « Chaque distributeur a un site dédié qu’il s’agit de contacter afin de préciser la nature et la quantité de PPNU à collecter afin de prendre un rendez-vous », précise François Alvès. À l’heure actuelle, les PPNU sont, quant à eux, incinérés. Grâce à ce tri à la source effectué par les agriculteurs, vingt types de déchets sont valorisés. « Le fait qu’ils soient correctement triés, propres et bien conditionnés contribue au succès et à la pérennité de la filière », insiste Thomas Jung, responsable logistique dépôts au Comptoir agricole. D’ailleurs, les déchets qui ne respectent pas les règles de présentation sont refusés. Des bons et des mauvais déchets Une fois les déchets collectés chez les distributeurs de fournitures agricoles, une demande d’enlèvement est effectuée auprès d’Adivalor, qui missionne les entreprises de collecte de déchets référencés par ses soins. En Alsace, il s’agit principalement de STIS International (entreprise de transport spécialisée vers l’Europe de l’Est) dans le Bas-Rhin, ainsi que de Coved (filiale du groupe Paprec, spécialisée dans les métiers de la collecte, du tri, du traitement, du stockage et de la valorisation des déchets) et de Hemmerlin (entreprise de transport et de logistique) dans le Haut-Rhin. En France, ce ne sont pas moins de 110 entreprises qui sont mobilisées pour transporter les déchets sur près de 100 plateformes de prétraitement, où ils font l’objet d’un compactage, d’un broyage… Ensuite, ils sont à 90 % expédiés vers des sites de recyclage en France (à 75 %) ou dans l’Union européenne. Une fois recyclés et reconditionnés, ces plastiques sont rachetés par des industriels, qui leur donnent une seconde vie. Comme tous les marchés, celui des déchets est régi par l’offre et la demande, souligne Thomas Jung, c’est-à-dire qu’un recycleur peut aussi bien payer cher un déchet s’il se recycle facilement et s’il y a un débouché derrière, que demander à être payé pour prendre en charge un déchet difficile à traiter et à valoriser. L’objectif est donc de trouver les bons recycleurs, les bons débouchés… En outre, le marché des déchets est soumis à des aléas. Ainsi, « lorsque la Chine a fermé ses frontières aux déchets étrangers, cela a déstabilisé le marché », illustre Thomas Jung. Seconde vie Selon leur nature, le devenir des déchets collectés diffère. Les bidons de produits phytosanitaires deviennent des tubes et gaines techniques pour l’industrie. Les big bags et sacs d’engrais revivent sous forme de cagettes plastiques et éléments de construction. Les films plastiques deviennent des sacs-poubelles. Les sacs en papier ayant contenu des semences se transforment en couche de protection des cloisons de plâtre. Les ficelles et filets sont transformés en raccords plastiques ou en… ficelles. « Ces plastiques se valorisent bien car ils sont propres. Au contraire, les films de paillage font partie des plastiques difficiles à valoriser, essentiellement parce qu’ils sont maculés de terre », explique Thomas Jung. Pour lever ce frein, Adivalor a lancé en 2019, le projet Cleanflex, avec le soutien du Comité français des plastiques en agriculture (CPA), qui vise à créer une unité de prétraitement (broyage et nettoyage) dédiée à la régénération des films de paillage. Cette unité, localisée en Occitanie, devrait être opérationnelle fin 2021. Sa capacité nominale devrait permettre de recycler plus de 10 000 t/an de films souillés. Dès lors, 100 % des films plastiques agricoles devraient être recyclés à partir de 2022. La consolidation de l’industrie européenne du recyclage apparaît cruciale. Adivalor appuie donc les initiatives qui tendent à dynamiser la demande en matière plastique recyclée par rapport aux autres matières premières, à leur garantir des débouchés. Collecte en hausse constante En Alsace, la filière fonctionne plutôt bien, pilotée par un comité qui se réunit une fois par an pour ajuster les modalités pratiques de la collecte. Les quantités de plastique agricole collectées ne cessent d’augmenter. Et la tendance devrait se poursuivre, puisque régulièrement d’autres déchets rentrent dans la filière de recyclage. C’est le cas des Équipements de protection individuelle (EPI), collectés depuis deux ans : « Pour l’instant les volumes collectés sont encore faibles, mais cela doit entrer dans les habitudes. Pour les emballages de produits phytosanitaires, la dynamique était la même : après des débuts poussifs, les volumes collectés augmentent chaque année », indique François Alvès. En 2019, d’autres déchets ont encore intégré la filière : les emballages vides de produits œnologiques et d’hygiène de la cave dans les régions viticoles, ainsi que les gaines souples d’irrigation pour le maraîchage. Les pneus usagés ne font pas partie des déchets valorisés par Adivalor : la gestion de ces déchets relève de la responsabilité élargie des producteurs. Enfin, souligne Thomas Jung, le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Là aussi, le monde agricole est précurseur, puisque la vente en vrac - d’engrais, par exemple, livré directement dans la benne - se pratique depuis les années 1980. Malgré le succès de cette filière, les agriculteurs ont plus une image de pollueur que de recycleur. Si les bonnes performances du secteur en matière de recyclage sont méconnues, c’est parce qu’elles ne sont pas suffisamment mises en avant ni valorisée par des opérations de communication, reconnaissent François Alvès et Thomas Jung.    

Conseil départemental du Bas-Rhin

Faciliter le rebond de l’économie alsacienne

Publié le 26/06/2020

Le conseil départemental du Bas-Rhin a adopté, lundi 22 juin, un plan de relance de 200 millions d’euros (M€) pour faciliter « le rebond » de l’économie alsacienne après la crise sanitaire.

Impulser « un choc de confiance » : tel est l’objectif du plan de relance adopté à l’unanimité par les élus du conseil départemental du Bas-Rhin réunis lundi 22 juin, en séance plénière. En présentant les grandes lignes à la presse quelques jours auparavant, Frédéric Bierry, son président, a insisté sur la volonté de la collectivité d’apporter son soutien aux acteurs de l’économie afin de sauvegarder l’emploi et d’agir contre la précarité. Il s’agit, en somme, de faire en sorte que la crise sanitaire ne débouche pas sur une crise économique et sociale majeure, ce que beaucoup craignent aujourd’hui. Signe de la confiance placée dans l’économie locale, la présence autour de lui ce jour-là des présidents des trois Chambres consulaires - Denis Ramspacher (Chambre d’agriculture Alsace), Jean-Luc Hoffmann (Chambre de métiers d’Alsace) et Jean-Luc Heimburger (Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole). Les 200 M€ prévus, essentiellement financés par l’emprunt, devraient permettre de créer un effet de levier dont profitera l’ensemble du territoire, espère le président du Département. Le conseil départemental a voulu un dispositif « simple et qui ait du sens ». Les entreprises, associations et particuliers souhaitant émarger aux différentes mesures auront donc un simple formulaire en ligne à remplir. Les demandes seront examinées « territoire par territoire pour tenir compte des réalités locales », ajoute le président du conseil départemental du Bas-Rhin.     Renforcer la commande publique Pour pallier la baisse de la commande privée, le Département du Bas-Rhin va ainsi renforcer la commande publique. Il compte doubler son budget d’investissement dans les travaux publics avec 31 M€. Cette enveloppe servira par exemple à accélérer la construction du transport en site propre ouest (TSPO) dans le Kronthal. Un peu plus de 10 M€ seront consacrés au secteur du bâtiment (collèges et bâtiments départementaux), avec un accent mis sur les travaux liés au développement durable et à la transition énergétique. 5,40 M€ sont quant à eux prévus pour les installations photovoltaïques sur le patrimoine immobilier de la collectivité. 21 sites, dont 19 collèges, ont déjà fait l’objet d’une étude de faisabilité qui leur permettra de bénéficier d’une énergie renouvelable produite localement avant 2021. Une aide directe sera par ailleurs accordée aux entreprises pour les aider à faire face aux surcoûts d’équipement sanitaire qu’elles engagent pour protéger leurs salariés ou leurs clients contre la Covid-19. Les entreprises qui ont dû payer un loyer sans encaisser de recettes lors de l’épidémie, en bénéficieront également, précise Frédéric Bierry.     Une légumerie à l’étude Le conseil départemental souhaite favoriser les circuits courts partout où c’est possible : dans le domaine de la santé, de l’énergie, mais aussi dans l’alimentation. Dans cet esprit, il accordera une bonification aux bénéficiaires de bons alimentaires qui achètent des produits auprès des agriculteurs locaux à partir de la rentrée 2020. Pour lever les freins à l’utilisation de produits locaux dans la restauration collective, il étudie aussi la possibilité de créer une légumerie départementale. Cette structure serait alimentée par les agriculteurs alsaciens qui fourniraient les fruits et légumes nécessaires. L’épluchage, le lavage et le conditionnement seraient assurés par des personnes en situation de précarité. Dans le cadre de ce plan de relance, plus de 29 M€ sont prévus pour soutenir les actions de proximité. Le conseil départemental distribuera par exemple des chèques vacances aux familles modestes. Ces chèques, d’un montant total de 100 €, seront utilisables dans les restaurants, les campings ou pour toute une série d’activités de loisirs. S’ils sont consommés localement, un deuxième chèque s’ajoutera au premier. 65 000 familles en bénéficieront, prévoit le conseil départemental du Bas-Rhin. Un fonds d’urgence de 7 M€ sera débloqué au bénéfice des acteurs du tourisme et des filières locales, parmi lesquelles les exploitations agricoles. Le conseil départemental du Bas-Rhin envisage également d’engager une communication forte avec la marque Alsace. Via les contrats départementaux de développement territorial et humain, 40 M€ seront accordés aux acteurs locaux (EPCI, communes, associations, entreprises). Ils viendront compléter l’enveloppe de 60 M€ qui leur est déjà acquise, le but étant, là encore, que les projets soutenus bénéficient aux entreprises du territoire. Il s’agit bien de favoriser la souveraineté économique, de soutenir « l’économie de la vie courante, de l’essentiel ». Cette économie dont l’épidémie de Covid-19 a fait apparaître les fragilités. Une enveloppe spécifique de 5 M€ est prévue pour les associations, dont les activités ont à la fois un impact sur l’économie locale et sur la cohésion du territoire. Un dernier volet de ce plan de relance concerne les personnes : la fourniture de près de 4 millions de masques réutilisables aux Bas-Rhinois représente un budget de 7,80 M€, auxquels s’ajoute 1,60 M€ consacré à l’équipement en masques FFP1 des agents du Département, personnels des Ehpad et assistants familiaux. Le conseil départemental a également souhaité apporter une gratification aux personnels des établissements et services sociaux et médico-sociaux mobilisés durant la crise sanitaire. 9,50 M€ y seront consacrés.     « Compter sur tout le monde » Si elle a révélé les faiblesses et l’impréparation de l’économie française au risque sanitaire, cette crise a aussi mis en lumière l’importance des entreprises, qui sont « un élément essentiel du fonctionnement du pays. Il ne faudrait plus qu’on l’oublie », souligne Jean-Luc Heimburger. Dans ces circonstances exceptionnelles, « il est important qu’on puisse compter sur tout le monde », ajoute-t-il, évoquant aussi bien le Département que la Région. Un travail collaboratif interconsulaire a déjà été entrepris sur les circuits courts, avec la mise en ligne de sources d’approvisionnement locales, signale le président de la CCI Alsace Eurométropole. Les circuits courts, c’est aussi un cheval de bataille pour la Chambre d’agriculture Alsace, rappelle Denis Ramspacher. « Si on veut une production locale, il faut des outils pour mettre en relation producteurs et consommateurs, il faut arriver à produire des volumes importants pour pouvoir intégrer la restauration hors domicile. » Il faut aussi des prix suffisamment rémunérateurs et que le réflexe de la consommation locale soit durable. À l’unisson de ses collègues, Jean-Luc Hoffmann se réjouit du soutien apporté par la collectivité pour passer ce cap éprouvant. La CMA travaille sur un label « artisan d’Alsace », destiné aux entreprises qui font l’effort de s’approvisionner localement et de travailler en circuit court. Ce qui permettra au consommateur d’identifier les tenants de ce modèle « beaucoup plus local » dans lequel « nos achats sont nos emplois ».  

Publié le 13/06/2020

Le 4 juin, la MSA d’Alsace est allée à la rencontre des fermiers-aubergistes pour leur présenter les aides, dispositifs et solutions existantes pour les accompagner dans la crise économique induite par l’épidémie de Covid-19. Deux autres réunions seront organisées avec les horticulteurs et les viticulteurs.

Avec la crise du Covid-19, c’est toute la vie économique du pays qui a été fragilisée. Dans le secteur agricole, trois filières sont particulièrement impactées : l’horticulture, la viticulture et les fermes-auberges. À l’arrivée, des difficultés financières se profilent. C’est la crainte, pour certains, de devoir mettre la clé sous la porte. Pour éviter une telle extrémité, les organisations professionnelles agricoles se mobilisent pour apporter, quand cela est possible, des solutions d’accompagnement. Mais si la crise économique est globale, chaque filière peut rencontrer des difficultés qui lui sont propres. C’est pour cette raison que la MSA d’Alsace a pris la décision d’aller à la rencontre de chacune de ces trois filières pour présenter les solutions existantes, tout en ayant un retour direct de celles et ceux qui « souffrent » sur le terrain. 50 % de chiffre d’affaires en moins en 2020 La première réunion a eu lieu le jeudi 4 juin avec des représentants des fermiers-aubergistes. Pour ces professionnels, les deux mois qui viennent de s’écouler vont laisser des traces. Habituellement, la saison démarre vers Pâques avec un pic d’activités au mois de mai, grâce aux ponts et jours fériés. Cette année, confinement oblige, aucun client ne pouvait franchir les portes de leurs établissements jusqu’au week-end dernier, sauf pour récupérer des commandes à emporter. Une initiative bienvenue pour les amoureux de la gastronomie marcaire qui a permis de limiter la casse. « Malgré tout, nous aurons au moins 50 % du chiffre d’affaires en moins cette année, si le reste de l’année se passe normalement. Mais nous allons devoir composer avec une capacité d’accueil réduite de moitié. Heureusement que nous avons des espaces verts autour de nos établissements. Cela permettra aux clients qui le souhaitent de pique-niquer quand la météo le permet », explique le président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin, Serge Sifferlen. Comme tous les chefs d’entreprise, il bénéficie du report de paiement des cotisations sociales. Une mesure évidemment bienvenue en attendant des jours meilleurs mais qui interroge tout de même. Michel Deybach, qui exploite la ferme-auberge Uff-Rain, fait ainsi remarquer « que tous les reports de charges ou d’emprunts, il va bien falloir les payer à un moment. Mais avec quel argent ? On ne peut pas juste repousser les remboursements de prêts de six mois. D’autant plus qu’avec les banques, on n’a pas trop de repères. Quels seront les taux d’intérêt dans un an ? », se demande le jeune fermier-aubergiste. Donner de la « visibilité » aux plus jeunes En attendant d’y voir plus clair, les fermiers-aubergistes reconnaissent de concert qu’il va falloir un peu « bricoler » en attendant des jours meilleurs. Bonne nouvelle, le Conseil départemental du Haut-Rhin serait favorable pour prolonger l’ouverture de la Route des Crêtes au-delà du délai habituel. Puis, il y a l’option « pique-nique » déjà évoquée, et c’est à peu près tout. En salle ou en terrasse, les tablées sont limitées à dix convives, avec un espace minimum de sécurité à respecter entre les tables. « Si les gens ne respectent pas les gestes barrière, est-ce qu’il faut qu’on fasse la police ? Cela va être très complexe à gérer », estime Jean Kippelen, fermier-aubergiste au Lochberg. Les inquiétudes sont d’autant plus vivaces que bon nombre de fermiers-aubergistes sont devenus, ces dernières années, propriétaires des lieux qu’ils louaient jusqu’alors. C’est le cas de Véronique Gewiss, fermière-aubergiste au Kohlschlag. Avec son mari, ils viennent d’acquérir le bâtiment. « Si on l’a fait, c’est avant tout pour nos enfants qui prendront la relève dans les années à venir. Et tous ces jeunes qui s’installent ou souhaitent s’installer, il faut leur donner des perspectives, de la visibilité. » D’où la nécessité, aux yeux des fermiers-aubergistes, d’être soutenus le plus possible par les organismes qui gravitent autour de leur profession. « Je pense que si tout le monde joue le jeu, nous pourrons peut-être traverser cette période sans trop de casse », indique Serge Sifferlen. Plus de prélèvements depuis le 12 mars À la MSA d’Alsace, on ne promet pas de solution « miracle ». L’organisme de protection sociale ne peut rien faire d’autre que de mettre en œuvre ce que le gouvernement français autorise. Et la liste est somme toute assez fournie si on prend le temps de se pencher dessus. Surtout, elle évolue de semaine en semaine depuis le début de la crise sanitaire. « Ce qu’on présente aujourd’hui ne sera peut-être plus valable demain. Par exemple, on évoque aujourd’hui une éventuelle exonération des cotisations sociales pour la filière plutôt qu’un report. Évidemment, c’est une mesure qui soulagerait bon nombre d’entreprises. Mais, à l’heure actuelle, ce ne sont que des discussions. Des informations à ce sujet arriveront peut-être dans les prochaines semaines », annonce Sylviane Fargeon, directrice adjointe de la MSA d’Alsace, en charge de l’Action sanitaire et sociale. En attendant cette hypothétique mesure, les exploitants agricoles bénéficient déjà d’un report de leurs cotisations sociales des trois derniers mois au mois de juillet. « Depuis le 12 mars, il n’y a plus rien à payer. Nous avons immédiatement stoppé tous les prélèvements bancaires. Nous n’avons pas non plus encaissé les chèques qui nous ont été envoyés. En revanche, nous n’avons aucun moyen d’agir sur les virements émis en notre faveur. C’est donc aux personnes concernées de les arrêter, sinon les virements continuent d’être versés. » En revanche, les exploitants mensualisés qui le souhaitent peuvent toujours payer leurs cotisations s’ils en ont la possibilité, par virement uniquement. Pour ceux qui ne sont pas mensualisés, le premier appel prévisionnel a été décalé au 1er juillet. Le deuxième appel prévisionnel a aussi été décalé à une date qui sera communiquée ultérieurement par la MSA.     Un plan de financement sur 24 mois Pour celles et ceux qui auraient des difficultés à payer leurs cotisations au mois de juillet, la MSA d’Alsace est en mesure d’établir un plan de financement qui s’étale sur 24 mois. «Cela ne veut pas dire étaler les mensualités sur toute cette période, cela veut dire que vous avez deux ans pour payer, au rythme que vous voulez. Imaginons que vous ayez 10 000 € à payer, vous pourriez payer 5 000 € à l’été 2021 et 5 000 € à l’été 2022. C’est un plan de paiement dans lequel vous vous engagez. Ce qui veut dire que le paiement se fera obligatoirement par prélèvement », annonce Sylviane Fargeon. Une majoration sera probablement à prévoir dans un tel scénario, de l’ordre de 0,4 %. « Probablement » car la MSA a sollicité les pouvoirs publics pour la ramener à zéro. « Nous avons envoyé un courrier en ce sens. Nous verrons bien. Pour l’instant, on ne peut prendre aucun engagement. Au pire, ça sera une majoration très faible, ce qui reste acceptable malgré tout », relativise le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher. Ristournes « sous conditions » pour les cotisations Une autre aide possible est à chercher dans l’enveloppe de l’action sanitaire et sociale qui vise à soutenir un exploitant en difficulté. Concrètement, chaque agriculteur ou agricultrice qui dépose un dossier a droit à une enveloppe maximale de 5 000 €. Cette somme peut être reversée sur le compte cotisations de l’exploitant, ce qui équivaut à une ristourne. Par contre, l’enveloppe à disposition est « fermée ». Au niveau national, elle est de trente millions d’euros. En Alsace, elle plafonne pour le moment à 275 000 € mais pourrait être réévaluée dans les mois à venir. « Pour l’instant en tout cas, on ne pourrait venir en aide qu’à une cinquantaine d’agriculteurs. A titre de comparaison, on avait reçu une centaine de dossiers l’an dernier », relate Sylviane Fargeon. Ce sont les élus de la MSA d’Alsace qui ont la responsabilité de « départager » les dossiers qui sont présentés de manière anonyme. « Ni le nom de l’exploitant, ni la commune ne sont indiqués. Nous sommes très précis dans l’appréciation. Les premiers critères sont la situation familiale, les revenus et l’endettement. Cela reste une aide sociale avant d’être une aide économique », précise David Herrscher. Prime d’activité, complémentaire solidaire, cellule Réagir… Les solutions d’accompagnement ne s’arrêtent pas là. La cellule Réagir, par exemple, a vu le jour bien avant la crise de Covid-19. Dans le contexte actuel, elle reste plus que jamais pertinente. Sylviane Fargeon est revenue sur son objectif et son fonctionnement : « Nous organisons une réunion avec tous les créanciers d’un agriculteur. En amont, une étude économique est réalisée par un conseiller de la Chambre d'agriculture. Avec toutes ces informations, tous les acteurs présents autour de la table - banques, assurances, fournisseurs - discutent en toute transparence sur la situation difficile que vit l’agriculteur. Personne ne juge car nous savons tous qu’être chef d’entreprise, ce n’est pas évident. Mais, au moins, on peut parler librement et voir comment, collectivement, on peut trouver des solutions pour améliorer la situation. » Pour terminer cette liste de solutions d’accompagnement, on peut encore citer la prime d’activité à laquelle ont droit les chefs d’exploitation. Celle-ci est conditionnée à la situation et aux revenus du foyer. Tout comme l’est également la complémentaire santé solidaire, en place depuis le 1er janvier 2020. « C’est une mutuelle pas chère accessible à toute personne ayant moins de 12 000 € de revenus par an. Il n’y a pas de tiers payant et l’offre de soins est très honorable. Elle finance sans souci les soins dentaires ou des lunettes », souligne le directeur de la MSA d’Alsace, Arnaud Crochant. Prendre le temps de « souffler » Pour celles et ceux qui le désirent, la MSA d’Alsace offre la possibilité à ses adhérents de consulter un psychologue grâce à une enveloppe de 300 €. Cette aide est disponible à toutes et tous, quel que soit le niveau de ressource. « Il n’y a pas de honte à aller voir un psy. Pouvoir parler à un professionnel des problèmes que l’on vit peut grandement aider », observe Sylviane Fargeon. Tout comme il n’y a aucune honte à « lâcher » son exploitation quelques jours dans l’année pour profiter d’un repos bien mérité. Un « droit au répit » de huit jours maximum que propose la MSA à ses adhérents. « Vous prenez le temps d’aller souffler un peu et nous finançons le service de remplacement. Cela peut être quelqu’un que nous choisissons ou quelqu’un que vous connaissez. Là encore, c’est sans conditions de revenus. La seule chose que vous avez à faire, c’est de prendre rendez-vous avec l’un de nos conseillers pour étudier votre dossier. La circulation du courrier étant toujours compliquée, il est préférable de prendre rendez-vous via votre espace personnel, sur le site de la MSA », conclut Sylviane Fargeon.

Pages

Les vidéos