Pratique

Ennoblissement technique de Cernay

Un masque issu d’un savoir-faire préservé

Publié le 05/06/2020

Spécialisée dans le traitement des tissus, Ennoblissement technique de Cernay (ETC) a conçu un masque sans couture, sans accessoire et sans élastique pour protéger du Covid-19 tous ceux qui sont en contact avec le public. Breveté, il est lavable et réutilisable dix fois.

La pénurie de masques, tout au long de l’épidémie de Covid-19 en France, a poussé plusieurs entreprises alsaciennes à se lancer dans la fabrication de cet accessoire, dont le port est désormais hautement recommandé, voire obligatoire dans certains lieux. Parmi celles-ci, une société haut-rhinoise spécialisée dans le traitement des tissus, Ennoblissement technique de Cernay (ETC). Elle a pris la tête d’un cluster* rassemblant quatre industriels français du textile, pour mettre au point et fabriquer un masque destiné aussi bien aux professionnels en contact avec le public - hors soignants - qu’au grand public. Le masque conçu par ETC, qui a été breveté, se distingue des autres masques mis sur le marché par sa conception : il est fabriqué en une seule pièce dans un tissu mono-couche, une maille « indémaillable » tissée sur les métiers d’une des entreprises du cluster, et ne comporte ni couture, ni accessoire, ni élastique. D’où un grand confort d’utilisation et une simplicité de façonnage qui rend possible sa fabrication à grande échelle. La maille utilisée se distingue par sa grande solidité et son élasticité, souligne Francis Hobeika, président d’ETC. En raison de ses caractéristiques, elle confère au masque une bordure solide qui ne s’effiloche pas au lavage, même en l’absence de coutures. Des lanières souples fabriquées dans ce même tissu permettent d’ajuster le masque sur le visage : il suffit de les passer dans les encoches prévues à cet effet pour former un « bec de canard » qui protège efficacement le nez et la bouche sans gêner la respiration. Rebondir par l’innovation Classé dans les masques réservés à des usages non-sanitaires de catégorie 1, le masque d’ETC est lavable et réutilisable jusqu’à dix fois. Il est possible de le faire bouillir puisqu’il ne comporte ni accessoire ni élastique, et même de le stériliser. Mais un lavage à 60 °C en machine et un repassage à 120 °C suffisent pour pouvoir le réutiliser. Son efficacité dans la filtration des micro-particules (3 µm) est supérieure à 90 %, ajoute Francis Hobeika, qui se base sur les tests réalisés par le laboratoire de la Direction générale de l’armement (DGA), auquel les fabricants français de masques soumettent leurs produits. Comme tous les masques de ce type, son port est limité à quatre heures d’affilée et pour qu’il soit pleinement efficace, son enfilage comme son retrait doit se faire avec des mains propres (lavées au savon ou passées au gel hydroalcoolique). L’entreprise de Cernay envisage de produire 150 000 masques par jour, correspondant à l’utilisation de près de 7 km de tissu. Au-delà du marché régional, elle vise le marché national et européen. Cette diversification, dictée par l’actualité sanitaire, permet à ETC de rebondir et d’innover grâce au savoir-faire que l’entreprise essaye de préserver depuis 1802, date de sa création. Conçue comme une démarche d’économie circulaire, l’initiative répond à la volonté interministérielle d’encourager la production de masques sur le territoire national. Un appel auquel ETC ne pouvait rester insensible compte tenu de l’importance prise par l’épidémie de Covid-19 dans la région. * un cluster est un réseau d’entreprises de différentes tailles spécialisées dans un même domaine.

Établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) du Bas-Rhin

Des portes ouvertes… à bonne distance

Publié le 04/06/2020

La limitation des rassemblements a conduit l’EPLEFPA du Bas-Rhin à organiser, du 25 au 30 mai, des journées portes ouvertes en ligne. Les futurs lycéens, étudiants, apprentis et stagiaires pouvaient poser toutes leurs questions en direct et même bénéficier d’un entretien téléphonique personnalisé.

Chaque année, plusieurs centaines de jeunes et leurs parents, voire d’adultes à la recherche d’une formation, participent aux portes ouvertes de l’EPLEFPA du Bas-Rhin. Le lycée agricole, le Centre de formation des apprentis et le Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles (CFPPA) d’Obernai présentent leurs filières de formation, tout comme le lycée agricole d’Erstein. Ce jour-là, des salles de classe au réfectoire en passant par les bâtiments d’exploitation, tout est accessible aux visiteurs. Les futures recrues peuvent échanger avec des lycéens, des enseignants, voir les travaux exposés dans les classes, se renseigner sur les débouchés de tel ou tel diplôme et sur les possibilités de poursuite d’étude après le cursus envisagé. Avec la crise sanitaire et l’interdiction des rassemblements, il a fallu trouver une autre formule pour faire connaître l’établissement et son offre de formation. Les portes ouvertes habituelles, prévues le 14 mars, ont donc été remplacées par des portes ouvertes à distance. Rendez-vous était donné du 25 au 30 mai par écrans interposés. Chaque soir de 18 h à 20 h et le samedi de 9 h à 21 h, le public intéressé était invité à se connecter sur internet pour suivre en direct, via YouTube, la présentation des deux sites de l’EPLEFPA et des formations diplômantes proposées par chacun d’entre eux. Au cours des lives, les questions des internautes étaient instantanément relayées afin de permettre un échange direct avec les formateurs ou responsables de formation. Ils avaient également la possibilité de prendre un rendez-vous pour un entretien personnalisé. Grâce au planning en ligne mis à leur disposition, il leur suffisait de retenir un créneau pour pouvoir être recontacté et échanger par téléphone sur la filière de leur choix durant une heure.     1 800 visionnages en différé Bien qu’inédites, ces premières portes ouvertes à distance ont très bien fonctionné. « Nous avons proposé 10 heures de lives, toutes filières confondues. 200 personnes les ont suivies en direct, mais ce qui est encore plus intéressant, c’est que les lives ont été visionnés en différé 1 800 fois, commente Christine Muller, responsable des systèmes d’information et du e-learning, qui a coordonné l’opération et en dressait un premier bilan, le 3 juin. Nous avons reçu des centaines de questions, beaucoup par SMS, un peu par le chat, auxquelles il a été répondu en direct. Et 65 entretiens personnalisés ont été fixés que nous sommes en train d’honorer actuellement. » Derrière la simplicité apparente de ces portes ouvertes « online » se cachent pourtant une préparation de plusieurs semaines et, une solide organisation technique et humaine. Les séquences live ont été précédées du tournage d’une vidéo de présentation des établissements et de la réalisation de PowerPoint consacrés aux différentes formations. Pour chaque live, en plus des intervenants en plateau, une équipe technique était assistée de l’informaticien du lycée et d’un modérateur, chargé de réceptionner les messages des internautes et de les faire suivre à l’animatrice en plateau.     Une expérience à reconduire Pour la vingtaine de personnes mobilisées durant la semaine - professeurs, formateurs, responsables d’établissement ou de filière de formation -, le passage en direct devant les caméras a évidemment généré un certain stress. Au départ tout au moins. « C’était une situation complètement inédite. Nous avons essayé de privilégier une discussion entre l’animatrice et les intervenants et, au final, ils s’en sont très bien sortis », juge Christine Muller. À part une rupture de la connexion internet pendant une trentaine de secondes, aucun bug technique n’a entravé le bon déroulement des séquences live. L’expérience s’est révélée à ce point positive que l’équipe de l’EPLEFPA du Bas-Rhin envisage d’en reconduire les principaux éléments l’année prochaine, en amont ou en parallèle des portes ouvertes classiques. En effet, les lives permettent de toucher un public qui ne se déplacerait peut-être pas jusqu’à Obernai ou Erstein, comme des familles des départements voisins. En attendant, les séquences réalisées cette année restent consultables jusqu’à la fin de la période du recrutement. Les prises de rendez-vous en ligne sont également possibles jusqu’à ce vendredi 5 juin, puis auprès du standard de l’EPLEFPA qui a rouvert le 3 juin.  

Moulin Roos à Rosenau

La farine dans tous ses états

Publié le 24/05/2020

Depuis 1910, la famille Roos exploite le moulin du même nom à Rosenau. Les boulangers sont les clients principaux de l’entreprise. Ils souhaitent s’approvisionner en farine produite par les agriculteurs du secteur. Depuis le début de la crise sanitaire, la vente directe auprès de particuliers s’est accélérée.

Autrefois, le moulin s’appelait « Le Moulin des Dames. » Mais, en 1852, il subit de grandes inondations et il ferme ses portes jusqu’en 1858. La dernière génération de meuniers est partie en 1900. Dix ans plus tard, le moulin est repris par la famille Roos. « C’est mon grand-père, Jean Roos qui le rénove. À l’époque, il y avait de nombreux moulins partout en Alsace, et principalement au bord des rivières. Mon père, également prénommé Jean, l’a ensuite exploité. Dans les années 1960, il y avait encore plus de 100 moulins dans la région. En 2019, il en restait treize dans le Bas-Rhin et sept dans le Haut-Rhin. Nous sommes l’un de ces sept », explique Jean-Pierre Roos qui avait repris la direction de l’entreprise en 1977. Actuellement, l’entreprise est une société par actions simplifiées (SAS). Jean-Christophe a rejoint le moulin et l’autre fils de Jean-Pierre, Thomas, s’occupe de la boulangerie juste en face, Le Fournil du Moulin. Onze salariés exercent au moulin Roos. « Ce sont surtout des chauffeurs car la production, elle, est automatisée. Le reste du personnel travaille dans l’administration et dans la vente avec les commerciaux. Nous achetons le blé chez les agriculteurs proches et les négociants de la région. C’est du blé 100 % d’Alsace et de Franche-Comté. Il est essentiellement destiné aux boulangeries de cinq départements : le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, le Territoire de Belfort, le Doubs et la Haute-Saône. Nous livrons une petite partie de la production à des industriels et à des GMS. Et nous complétons par de la vente au détail ici, au moulin », ajoute Jean-Pierre Roos. L’activité est régulière tout au long de l’année avec deux périodes un peu plus « creuses » : en février et, du 15 juillet au 15 août, quand les clients et les entreprises sont en vacances.     « Il faut être réactif » Le blé qui arrive au moulin est d’abord trié selon les différentes variétés qui sont recommandées par la meunerie et selon les différentes qualités. Ce tri est réalisé dans les silos. « Il y a ici une vingtaine de cellules différentes. La traçabilité du blé est assurée tout au long de la chaîne pour avoir une qualité régulière. De bons blés permettent d’avoir une bonne farine à la sortie », précise Jean-Pierre Roos. Les boulangers sont ensuite livrés par les camions et les chauffeurs de l’entreprise en sac de farine de 25 kg sur des palettes d’une tonne. Les agriculteurs qui travaillent avec le moulin Roos sont, pour la plupart, des habitués et proches géographiquement. « Nous avons réussi à les fidéliser. Ce qui n’a pas forcément été simple avec la multiplication des centres de collectes partout dans la région et proches des parcelles. Nous, ici, à Rosenau, on est un peu mal placé. Il faut donc être réactif. Surtout avec une moisson de blé qui s’est réduite à environ deux semaines, avec le matériel de récolte d’aujourd’hui, contre plus d’un mois, par le passé. Ici, nous ne vendons pas de semences ni autres produits phytosanitaires. On est seulement acheteur de blé chez les agriculteurs. Mais on peut leur garantir un prix car il n’y a pas d’intermédiaire entre nous. On peut aussi leur proposer une prime alors que le marché du blé est devenu plus volatil », ajoute Jean-Pierre Roos. Des sacs de 5 kg À ses clients, le moulin propose différents types de farines. Les « classiques » de boulangerie, les « pâtissières », les « spéciales » comme le pain paysan avec de la farine Méteil et régulièrement des nouveautés en farine de blé tendre. Il y a également des farines prêtes à l’emploi avec ou sans sel et d’autres comme celles de meule, celles bio ou encore celles avec des améliorants, comme la farine de blé malté. Depuis le début de la crise sanitaire, le moulin Roos voit arriver de nouvelles demandes et donc de nouveaux débouchés. « En temps normal, de nombreuses GMS s’approvisionnent souvent auprès de moulins plus éloignés et même situés à l’étranger, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie. Les farines en sachets viennent souvent d’Allemagne. Là, il y a eu des problèmes de logistique avec les transporteurs. Nous avons donc été sollicités par certaines chaînes pour livrer de la farine. On leur a alors proposé des sacs de farine de 5 kg. On sait le faire même si notre principal conditionnement, c’est le sac de 25 kg. Du coup, depuis deux mois, on a produit et vendu dix fois plus de sacs de 5 kg. Cela a permis de rattraper une petite perte des ventes liée à la fermeture de certaines boulangeries », poursuit Jean-Pierre Roos. Pendant toute cette période, comme le reste de l’année, le travail est quotidien au moulin Roos. Le parc matériel a été rénové et agrandi dès la fin des années 1980. De nouveaux investissements sont régulièrement effectués. Faute de constructeur français, ces machines viennent essentiellement de Suisse et d’Italie : un équipement de qualité, qui permet de tracer le blé depuis son arrivée à l’entreprise jusqu’à sa transformation en farine puis, à sa mise en paquetage. Un suivi informatique est assuré chaque jour. Avec une capacité de production de 60 tonnes de blé par jour, le moulin Roos se situe dans une bonne moyenne. Les très petits moulins font une tonne par jour, les plus grands près de 1 000 tonnes. Depuis toujours, à Rosenau, la vente au détail est possible au magasin de l’entreprise. « On a toujours eu des particuliers, essentiellement des voisins et des fidèles, qui viennent acheter ici. Mais cela n’a jamais représenté un gros chiffre d’affaires. Nous y tenons cependant car ce magasin nous permet de garder le contact avec la population. Depuis deux mois, on a vu arriver de nouveaux clients. Beaucoup nous appellent avant pour savoir s’ils peuvent acheter de la farine chez nous. Certains nous expliquent une fois sur place qu’ils cuisinent désormais et qu’ils ont besoin de farine », conclut Jean-Pierre Roos. La vente au détail est assurée le matin : de la farine essentiellement, mais également des aliments pour animaux. L’avantage de ce lieu ? Le magasin se trouve juste à côté de la salle des machines. En cherchant leur sac de farine, les clients peuvent apercevoir le moulin tourner.

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