Pratique

Publié le 30/03/2020

Si les agriculteurs continuent à travailler malgré le confinement, les chasseurs n’ont, eux, plus le droit d’aller sur le terrain pour réguler les populations de gibier, et les estimateurs n’ont aucune obligation d’aller évaluer les dégâts vu le contexte sanitaire actuel. Or sans estimation, pas d’indemnisation.

Pour eux, pas de confinement. Dans les forêts et autres sous-bois, les cerfs, chevreuils et sangliers semblent bien loin des turpitudes qui affectent une humanité qui se cloisonne petit à petit. Pour ce gibier si souvent pointé du doigt pour ses effets délétères sur l’agriculture, ce confinement rime plutôt avec « vacances ». Plus de promeneurs en forêts, plus de VTT qui surgissent à toute allure… et plus de coups de feu leur indiquant un proche danger. Comme le reste de la population, les chasseurs sont confinés chez eux, au grand dam d’agriculteurs de plus en plus inquiets. Toute action de régulation est désormais interdite, tout comme le piégeage, le gardiennage et l’agrainage. Les suidés ont donc le champ libre pour faire leurs « emplettes » dans les prairies du massif vosgien et, d’ici, quelques semaines, dans les parcelles fraîchement semées en maïs. Et là, pas de dérogation possible pour les chasseurs, malgré le souhait de leur président haut-rhinois, Gilles Kaszuk. Comme les autres fédérations départementales, il est dépendant des décisions prises par la Fédération nationale de la chasse (FNC) qui a diffusé les règles en vigueur pendant le confinement. « Personnellement, je suis tenu de respecter les décisions de mon autorité de tutelle. Mais c’est vrai que dans les faits, si des agriculteurs peuvent avoir des dérogations pour travailler, les chasseurs devraient aussi avoir la possibilité de sortir pour essayer de freiner l'évolution de la population de sangliers. Certes, on ne peut pas faire de battues vu le contexte, mais un chasseur tout seul sur son mirador ne court pas de risque et n’en fait pas courir à autrui. Mais bon, cela m’étonnerait qu’une telle décision soit approuvée et mise en œuvre », regrette-t-il.     Pas d’estimation, pas d’indemnisation La situation est d’autant plus délicate quand on sait que, pour être indemnisée, une parcelle saccagée doit d’abord passer sous les yeux experts d’un estimateur. Ces derniers étant des travailleurs indépendants, et non des salariés des fonds d’indemnisation, ils peuvent rester chez eux, vu le contexte. « D’autant plus que la plupart d’entre eux ont plus de 60 ans. Ils sont de ce fait plus exposés aux complications liées au Covid-19 », explique le président du Fonds départemental d’indemnisation des dégâts de sangliers du Haut-Rhin (FDIDS 68), Fabio Serangeli. « Je ne peux pas les obliger à remplir leur mission. Personnellement, je connais un estimateur qui est actuellement en réanimation à cause de ce virus, et un salarié du fonds, âgé d’à peine 33 ans, qui commence à avoir des problèmes respiratoires. Du coup, la prudence est de mise pour tout le monde. Et c’est tant mieux, je pense, car c’est le meilleur moyen pour lutter contre cette épidémie. » Depuis le début du confinement, il a reçu plusieurs dizaines d’appels d’agriculteurs et de chasseurs inquiets de la situation. « Je leur confirme qu’il n’y aura pas d’estimation pour l’instant et que nous n’avons pas d’autre possibilité. Dans la très grande majorité, les paysans comprennent la situation. Je tiens d’ailleurs à leur tirer mon chapeau car ils doivent continuer leurs activités malgré les difficultés actuelles. » Pour autant, le Fonds continue de transmettre les demandes d’intervention aux estimateurs. « Au moins, ils ont l’information. Et quand ça sera possible, ils pourront toujours se rendre sur site. » Sauf si, évidemment, l’agriculteur n’a pas attendu jusque-là et a déjà remis en état sa prairie. Dans ce cas, l’indemnisation deviendrait impossible. En revanche, pas d’inquiétude à avoir pour les demandes d’indemnisation adressées ces derniers mois : le FDIDS a mis en place le télétravail pour ses salariés et continue son activité habituelle. « Je n’ai pas le temps d’attendre » Heureusement pour les agriculteurs, la pression du gibier est pour l’instant bien moins importante qu’il y a un an. Pour les dégâts causés entre le 15 novembre 2018 et le 15 mars 2019, le Fonds avait enregistré pas moins de 800 demandes d’estimation. Cette année, elle n’en recense « que » 200. « Il n’y a pas eu les facteurs aggravants de l’an passé, heureusement. Même si, c’est toujours 200 de trop », souligne Fabio Serangeli. Il craint en revanche l’absence de chasseurs lors des semis de maïs qui vont démarrer prochainement. « En une nuit, un sanglier peut facilement détruire 10 ha. Il existe une méthode qui fonctionne bien pour empêcher cela : le tir de dissuasion. Il en suffit d’un pour que les sangliers désertent les lieux pendant plusieurs jours. Mais avec ce confinement, nous sommes sans moyens. » Les responsables agricoles essaient de trouver des solutions. Coresponsable du dossier chasse à la FDSEA du Haut-Rhin, Ange Loing a proposé au directeur du Fonds que les estimateurs puissent se rendre seuls dans les parcelles, sans aucun contact avec l’agriculteur. « Est-ce que ça sera possible, je ne sais pas. Pour l’instant, nous sommes dans le flou. Il y a des questions à approfondir. Est-ce que cette année, exceptionnellement, il pourrait y avoir des indemnisations des parcelles abîmées sans estimation au préalable ? Est-ce que l’État pourra verser des aides ? C’est trop tôt pour le dire. Tout dépendra de la durée de ce confinement. Personnellement, j’ai des parcelles qui auraient dû être estimées. Mais je n’ai pas le temps d’attendre, et j’essaie de réparer comme je peux. J’ai encore d’autres parcelles où je peux temporiser un peu. Mais tôt ou tard, il faudra bien que je les remette en état, car derrière, il y a du bétail à nourrir. »

Fermeture des établissements de formation agricole

« Il faut être ingénieux et créatifs »

Publié le 28/03/2020

Depuis le 9 mars, les établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricole de Rouffach, Wintzenheim, Obernai et Erstein s’organisent afin que les élèves, étudiants et apprentis continuent à être formés malgré le confinement.

Pour continuer à inculquer des connaissances durant le confinement, l’outil de base est l’Environnement numérique de travail (ENT). Les élèves doivent s’y connecter régulièrement pour lire les messages de leurs enseignants. « Les professeurs ont carburé comme des fous pour mettre les cours en ligne. Ils n’arrêtent pas et ça commence à rouler », témoigne Christine Muller, responsable du développement de la formation à distance aux CFA et CFPPA d’Obernai et Erstein. Souvent, il ne s’agit plus simplement d’un exercice ou d’un cours à télécharger. Les outils se multiplient pour assurer la continuité pédagogique. « Le professeur change de posture et devient tuteur. L’élève, lui, devient acteur de sa formation. Et certains trouvent qu’ils travaillent plus qu’en cours ! », poursuit Christine Muller. Certains professeurs ouvrent un tchat pour répondre aux questions de leurs élèves via « moddle », une plateforme d’apprentissage en ligne. L’outil plébiscité par l’Éducation nationale est « Ma cl@sse virtuelle ». Il permet de se retrouver entre professeur et élèves, soit en se voyant via la webcam, ce qui n’est pas toujours possible si le débit est trop faible, ou au moins en s’entendant grâce au micro, et de partager des documents. « En ce qui me concerne, je fais un partage d’écran et je commente ce que je fais, explique Charlotte Hug, professeur de technologies informatiques et multimédias à Rouffach. C’est possible dans ma discipline, mais pour la dégustation de vins en œnologie, ou la reconnaissance d’adventices en agronomie, cela reste plus complexe », constate la professeur. « Avec la formation à distance, il faut être ingénieux et créatifs, complète Christine Muller. Il s’agit de trouver des astuces pour pallier l’absence de démonstration pratique. La reconnaissance de végétaux peut se faire par vidéo ou avec des photos. Beaucoup de quiz, d’exercices, de tests sont proposés pour s’assurer que les nouvelles connaissances sont acquises. Les jeunes se sont pris en main, je trouve cela impressionnant pour des adolescents ».     Indispensable connexion Pour les 140 professeurs de Rouffach et Wintzenheim, autant de classes virtuelles ont été ouvertes. Ils sont donc tous, en principe, en mesure d’assurer un cours à l’heure prévue dans l’emploi habituel des élèves, mais au lieu d’être en face d’eux, ils seront en face de leur écran. Pour l’instant une vingtaine de professeurs utilisent cet outil. Une dizaine va le faire dans les prochains jours, selon les informations récoltées par Charlotte Hug. Dans le Bas-Rhin, qui compte 85 professeurs en établissement de formation agricole, les premières classes virtuelles ont été ouvertes il y a deux ans. Les stagiaires adultes utilisent la plateforme depuis la rentrée. Cet enseignement à distance laisse certaines questions en suspens : « Les enseignants doivent s’adapter et revoir leur programme pour remettre les cours pratiques à plus tard. Certains considèrent qu’il n’y aura pas de nouveaux apprentissages durant cette période et que ce sera plutôt de la révision, rapporte Charlotte Hug. En outre, la fréquentation de la classe virtuelle est variable : entre six et treize élèves par classe pour l’instant. Mes collègues disent que lorsqu’il s’agit d’élèves qui passent le bac à la fin de l’année, ils sont tous présents ». L’une des grandes problématiques de ce nouveau mode d’instruction est la surcharge des plateformes qui rend la connexion difficile. En début de semaine dernière, les professeurs principaux ont été invités par le proviseur adjoint à appeler les familles pour examiner comment se déroulent les cours à distance. « Certains peuvent connaître des difficultés pour se connecter : les enfants d’agriculteurs qui aident leurs parents sur l’exploitation, les jeunes situés en zone blanche (sans ou avec une connexion faible à internet) et ceux qui n’ont pas d’ordinateur personnel ou lorsque l’ordinateur de la maison est utilisé par les parents en télétravail », énumère Charlotte Hug. Les élèves alsaciens sont pour la plupart dotés d’un ordinateur personnel grâce au dispositif régional lycée 4.0. Cette aide ne concerne cependant pas les apprentis. Christine Muller rassure : « Même pour ceux qui n’ont pas d’ordinateur, pas de réseau… On trouve toujours une solution. Personne n’est laissé sur le carreau ».    

Abattoir départemental du Haut-Rhin à Cernay

« Nous fonctionnons normalement »

Publié le 23/03/2020

Si la crise sanitaire a incité la direction de l’abattoir départemental du Haut-Rhin de Cernay à prendre différentes mesures de précaution, elle n’a pas changé le fonctionnement de cet outil indispensable pour la profession agricole.

Comme indiqué régulièrement dans vos journaux agricoles alsaciens, les horaires d’ouverture et d’abattage n’ont pas changé. Les abattages se déroulent toujours les lundis, mardis et mercredis. Les découpes se font les jeudis et vendredis. Le site est fermé au public les vendredis. « Notre fonctionnement n’a pas évolué. Nous avons pris, en interne, différentes mesures pour travailler dans les meilleures conditions et en toute sécurité. Elles sont affichées partout. Le personnel a été sensibilisé et applique les mesures barrières. Nous tournons donc au maximum de nos possibilités », explique Christophe Bitsch, président de l’abattoir départemental du Haut-Rhin de Cernay. Lundi matin, il était présent dans les locaux pour faire le point avec le personnel. Un seul des quinze salariés était absent. « Je me félicite du professionnalisme des membres du personnel. Tout le monde ici fait son boulot. Les gens sont formidables. Ils participent au fait que la situation puisse rester la plus normale possible pour le monde agricole », ajoute Christophe Bitsch. Ces mesures, appelées « plan de prévention contre le Covid-19 », concernent notamment les postes liés à l’accueil et à la réception de la clientèle. Il est indiqué, par exemple, que le bureau du secrétariat doit rester fermé à clef au public, que l’accueil des clients au secrétariat doit se faire à travers la lucarne prévue à cet effet ou encore que le mobilier du secrétariat (bureau, téléphone, stylos, pupitre d’accueil) doit être désinfecté le plus souvent possible. Par ailleurs, le chauffeur de l’abattoir doit se voir remettre ses bons de transport par la lucarne prévue à cet effet. « Nous demandons également au personnel de prévenir les clients qu’ils ne doivent pas descendre de leur véhicule lors de leur mise à quai. Le personnel doit venir vers eux pour la récupération des documents qu’ils doivent transmettre par la fenêtre de leur véhicule. Pour le reste, les mêmes règles sanitaires s’appliquent que pour toute la population : se laver les mains le plus souvent possible notamment », poursuit Christophe Bitsch. « Nous devons nous serrer les coudes » Après un petit pic de travail observé en début de semaine dernière, le rythme est redevenu normal. Il y a quelques annulations qui sont plus ou moins remplacées par la venue d’autres professionnels. Un fonctionnement normal, malgré les rumeurs. « J’étais très agacé ces derniers jours. Certaines personnes ont colporté des rumeurs disant que nous étions fermés. Ces rumeurs et ces attitudes sont irresponsables par les temps actuels. Certains voudraient saborder cet outil de travail qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Nous avons donc rapidement contacté certains importateurs qu’on ne voyait plus ou moins pour dire que l’on travaillait normalement. J’ai également rédigé un communiqué sur les réseaux sociaux qui a bien été partagé. Car, le temps n’est pas à la polémique. Nous devons nous serrer les coudes dans le monde agricole. Et l’abattoir en fait partie intégrante. Pour la société française, c’est la même chose. Il faut sortir de cette crise sanitaire le plus rapidement possible. Et nous le ferons en respectant tous l'ensemble des consignes. Pour notre part, nous entendons continuer à nourrir la population », poursuit le président de l’abattoir départemental.     « L’ambiance est bonne » Parmi les salariés, Joseph, 59 ans, de Bréchaumont, est à son poste de travail. Il est présent à l’abattoir depuis dix ans. D’abord à la chaîne d’abattage. Et, depuis quelques semaines, à la découpe. « On est ici car il faut continuer de nourrir la population. Ce n’est pas marrant tous les jours mais c’est mon travail. Si tout le monde s’arrête, plus rien ne marche. Pour ma part, je pense en premier lieu à celles et ceux qui sont en première ligne dans cette crise sanitaire : le personnel hospitalier ». Sa collègue, Sandra, 44 ans de Bitschwiller-lès-Thann, est dans le même état d’esprit. Elle est présente à l’abattoir depuis cinq ans. « Je m’occupe de l’emballage et de l’étiquetage. Je prépare les colis des clients. Nous vivons une période compliquée. J’espère qu’elle ne va pas se prolonger. Pour ma part, je fais attention dans tous mes gestes, notamment concernant l’hygiène. Mais, comme mes collègues, je suis le mouvement pour le bon fonctionnement de l’entreprise. » Président de l’abattoir depuis le 3 décembre 2019, Christophe Bitsch vit un début de mandat particulier. « Il y a également ce changement de direction. Actuellement, Cyril Peton assure cette fonction avec Séverine Fady. Il faut également les remercier pour leur professionnalisme. Ils permettent, comme tout le personnel, que l’abattoir fonctionne bien. L’ambiance est bonne. Nous travaillons également de concert avec le Conseil départemental du Haut-Rhin sur la modification de l’outil pour agrandir, dans un premier temps, les locaux administratifs, et dans un deuxième temps, la capacité de l’outil en lui-même car il arrive à saturation », observe Christophe Bitsch. L’abattoir reste à l’écoute de ses 1 500 clients qui sont présents dans sa base de données. L’objectif reste d’avoir une bonne gestion de chef de famille, en travaillant dans les meilleures conditions possibles. Aujourd'hui comme hier et comme demain.

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