Pratique

Publié le 11/03/2020

Le salon international de l’agriculture a été le cadre de la signature d’une charte portant sur le développement durable des biocarburants en région Grand Est.

Cette charte s’inscrit dans le cadre plus large d’un des axes de travail stratégique de la Région Grand Est : le développement de la bioéconomie. Avec ses 3 Mha de surface agricole et ses 2 Mha de forêt, la région est naturellement assez gâtée pour devenir un leader en la matière au niveau européen. Déjà, rappelle son président Jean Rottner, la Région est celle qui produit le plus de biocarburants à partir de ressources locales. Elle est aussi la région qui compte le plus de méthaniseurs sur son territoire, souligne Philippe Mangin, vice-président de la Région. L’objet de la charte, qui comprend 23 actions, est donc de soutenir cette dynamique, en « favorisant toutes les synergies possibles, en rassemblant des acteurs pour les faire travailler de manière transversale », décrit Jean Rottner. En collaboration avec la Région Hauts-de-France, un comité a été mis en place. Une initiative qui sort donc, en plus, des sentiers classiques de l’État, souligne encore Jean Rottner. Rouler plus vert pour 1 € Concrètement, la Région Grand Est va injecter 0,50 Md€ sur cinq ans pour soutenir le développement de la bioéconomie sur son territoire, afin de créer un « effet de levier ». En outre, la Région va montrer l’exemple, puisque sa flotte automobile sera équipée pour rouler au biocarburant. La collectivité participera également à la création d’outils techniques et financiers à même de favoriser l’émergence de nouveaux projets de production de biocarburants, à la structuration de la filière et à l’accompagnement de son développement, en veillant à exploiter au mieux la complémentarité de l’ensemble des biocarburants dans le mix énergétique. Enfin, pour inciter les particuliers à investir dans des véhicules roulant au biocarburant, la région assure la gratuité de la carte grise, et subventionne le kit d’adaptation des véhicules essence au bioéthanol, qui ne coûte désormais plus que 1 €. Cas concrets La signature de cette charte a été l’occasion de mettre en lumière plusieurs initiatives qui illustrent l’utilisation des biocarburants dans le Grand Est. Ainsi Tereos a mis au point avec le constructeur de poids lourds Scania un camion qui roule au bioéthanol de betterave (ED95), et qui est utilisé pour transporter les betteraves jusqu’à leur usine de transformation. Le groupe Avril a développé Oleo100, une huile de colza qui alimente sa flotte de camions. Ce carburant de type B100 remplace le gasoil sur les véhicules diesel existant sans ou avec très peu de modifications du moteur, tout en permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 60 %. Pascale Gaillot, présidente du Conseil d’administration de la régie des transports des Ardennes a présenté un projet d’investissements pour 20 cars scolaires roulant au gaz naturel véhicule (GNV) d'ici 2021.  

Publié le 03/03/2020

Pour sa 10e édition, les Trophées du tourisme misent sur le monde viticole, acteur phare de la culture touristique alsacienne. Le but : faire découvrir cette activité autrement. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 20 juillet 2020.

Chaque année, depuis 2009, les acteurs du tourisme alsacien organisent un concours qui récompense tous ceux qui souhaitent donner un coup de frais et d’originalité au tourisme local. Professionnels, artisans, restaurateurs, start-up, viticulteurs : tous peuvent s’inscrire pour espérer remporter les trophées qui seront remis à l’automne. À la clé, une dotation de 1 000 euros, un peu de publicité et surtout l’assurance de voir se pérenniser l’activité économique et culturelle alsacienne. Trois partenaires de l’événement ont lancé le concours : le Réseau des offices de tourisme d’Alsace (RésOT-Alsace), Alsace destination tourisme (ADT) et le Crédit Agricole Alsace Vosges. Tous trois sont revenus sur les règles pour participer au concours, dont justifier de moins de deux ans d’activités ou de productions dans le tourisme. Le monde viticole très attendu Sous le feu des projecteurs cette année : l’œnotourisme, « activité phare de la culture alsacienne », selon les trois organisateurs. Pour Marc Levy, directeur général d'ADT, les viticulteurs doivent être forces d’idées pour booster l’image du vignoble local. « De nombreuses initiatives existent déjà : visites de caves théâtralisées, paniers gourmands à découvrir dans les caves, par exemple. Mais ces actions ne sont pas assez connues du grand public », a-t-il précisé. Certes, la Route des vins est fortement appréciée par les visiteurs. Mais est-ce suffisant ? Non, d’après le directeur général d’ADT : « Si le client ne peut pas toucher, voir, comprendre comment l’agriculteur travaille sa vigne, de cette façon et pas autrement, ça n’a pas d’intérêt touristique. » Nouveau partenaire du concours cette année, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) est représenté par Nicole Bott, membre du conseil de direction. D’après elle, « la viticulture a besoin d’un coup de pouce car l’export ne se porte pas très bien en ce moment, notamment vers les États-Unis, avec la taxe du président Trump, le coronavirus… ». Et Marc Levy d’ajouter : « Le Civa cherche à mettre davantage le vin alsacien dans les restaurants de la région. Si un candidat répondait à cette attente, ce serait une belle candidature et je suis sûr qu’elle serait soutenue… » Déjà des candidats viticoles Parmi les premiers inscrits, Christophe Bergamini, directeur de l’Office du tourisme de la vallée de Kaysersberg, témoigne : « Nous avons lancé, il y a quelques années, le projet « La parenthèse vigneronne », qui fait appel aux cinq sens, associés au vin. Un moment privilégié pour les clients d’une heure et demie avec le vigneron, pour découvrir la vigne autrement. Par exemple, combiner vin et chocolat ou vin et fromage, faire du Qi Gong (gymnastique traditionnelle chinoise, Ndlr) dans les vignes, la biodynamie pour les nuls… »  

Eaux souterraines

Par ici la bonne soupe

Publié le 07/02/2020

Après avoir rendu publics les résultats de son étude sur la pollution des eaux souterraines par les résidus de produits phytosanitaires, l’Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d’Alsace (Aprona) vient de présenter le deuxième volet de cette enquête, qui concerne le reste des micropolluants, d’origines industrielles, urbaines, domestiques... Conclusion : ces micropolluants sont partout, mais à des doses généralement infinitésimales, dont les conséquences restent encore à définir.

En novembre 2017, l’Aprona présentait les résultats d’une campagne de mesures de la qualité des eaux souterraines effectuée en 2016 sur deux paramètres : les nitrates et les produits phytosanitaires. Des chiffres qui avaient fait l’effet d’une douche froide pour la profession agricole. En effet, par rapport à la précédente étude, qui datait de 2009, l’étude concluait à une amélioration de la situation pour les nitrates mais à une dégradation pour les produits phytosanitaires, malgré l’évolution des pratiques agricoles vers une utilisation plus raisonnée de ces produits. Mardi 28 janvier 2020, l’Aprona présentait à la Maison de la Région la suite de cette étude, dédiée aux micropolluants dans les eaux souterraines à l’échelle alsacienne. Avant de rentrer dans le vif du sujet, Baptiste Rey, chargé d’étude à l’Aprona, rappelle quelques éléments importants à garder en tête lors de l’analyse de ces résultats. Les mesures ont été réalisées sur de l’eau brute, ce n’est donc pas la même que l’eau potable qui sort du robinet. Elles ont néanmoins été comparées à des normes réglementaires établies pour l’eau potable. Deux masses d’eau ont été analysées, la nappe phréatique d’Alsace et les aquifères du Sundgau. Ce ne sont pas exactement les mêmes éléments qui y ont été mesurés, ni dans les mêmes proportions, ce qui peut induire un biais dans les interprétations. Aussi les résultats pour ces deux masses d’eau ont été présentés distinctement. Autre chose importante à savoir : de quoi parle-t-on exactement ? Qu’est ce qu’un micropolluant ? Baptiste Rey en livre une définition : « Une substance indésirable, détectée dans l’environnement à très faible concentration. Sa présence est, au moins en partie, due à l’activité humaine et peut, à ces très faibles concentrations, engendrer des effets négatifs sur les organismes vivants en raison de sa toxicité, de sa persistance et de sa bioaccumulation. » Ça fait du monde ! En effet, « plus de 100 000 molécules sont référencées par la réglementation européenne ». Un nombre qui ne tient pas compte des métabolites, ni des substances encore non référencées qu’on peut imaginer nombreuses. Il n’existe d’ailleurs pas de liste arrêtée des micropolluants. Ils sont de natures diverses (plastifiants, détergents, métaux, hydrocarbures, cosmétiques, médicaments et pesticides…) et leurs origines le sont tout autant : urbaine, industrielle, domestique, agricole… Une fois émis dans l’environnement, ils convergent vers les stations de traitement des eaux usées (STEU) qui ne sont pas toutes capables de les capter. Et ils sont donc au moins en partie relargués dans les eaux de surface. Pas de seuils réglementaires Lors de cette étude, 400 substances ont été recherchées (à comparer aux plus de 100 000 référencées), parmi elles 351 micropolluants, dont 215 qui n’étaient ni des substances actives de produits phytosanitaires, ni de leurs métabolites. Le principal résultat, c’est que deux tiers des substances recherchées ont effectivement été retrouvées dans la nappe d’Alsace, contre un tiers dans les aquifères du Sundgau. Une preuve que la pollution des eaux souterraines n’est pas une vue de l’esprit. Deuxième résultat important : les pesticides et leurs métabolites sont les micropolluants les plus fréquemment détectés. Ce sont aussi dans ces deux catégories de micropolluants que les teneurs dépassent le plus souvent les valeurs seuils lorsqu’elles existent. Les autres micropolluants les plus fréquemment détectés sont ensuite les composés perfluorés (PFC) et les adjuvants alimentaires. Les PFC ont été largement utilisés ces dernières années, tant pour des usages industriels que domestiques. Ils sont protecteurs de surface, antiadhésifs, utilisés dans les cosmétiques, les emballages alimentaires… Et se retrouvent dans l’environnement par dégagement atmosphérique, lixiviation de déchets, rejets de STEU. Problème : ils sont persistants et toxiques. Ce qui ne les empêche pas de ne pas avoir de valeur réglementaire limite pour l’eau potable en France. Pour analyser ses résultats, l’Aprona a donc utilisé des valeurs sanitaires allemandes, issues d’études toxicologiques.   Effet cocktail ... l'addition des différentes substances fait qu'une grande proportion des points de mesure montre la présence de micropolluants, avec là aussi des concentrations plus élevées dans les zones urbaines. pic.twitter.com/jSUaPlkOYK — Germain Schmitt (@germain_schmitt) January 28, 2020   Des molécules ubiquistes Les investigations permettent de conclure à une grande ubiquité des PFC dans la nappe phréatique d’Alsace. Ils sont quantifiés dans 80 % des points analysés, avec des associations de plusieurs PFC fréquentes sur un même point de mesure. Seul point positif : les teneurs apparaissent globalement faibles : seuls 7 % des points dépassent la teneur de 1 µg/l, et seuls trois PFC dépassent les valeurs seuils. Baptiste Rey conclut donc à une « situation sanitaire peu préoccupante ». Notons toutefois que l’Anses n’a pas encore établi des seuils de dangerosité. Près de 3 000 principes actifs sont commercialisés en France, dans de nombreuses spécialités pharmaceutiques aux propriétés physico-chimiques très variables, mais avec souvent une solubilité importante. Pour les substances pharmaceutiques, il n’existe pas non plus de valeurs sanitaires réglementaires. L’Aprona s’est donc à nouveau rabattue sur des valeurs sanitaires allemandes pour comparer les résultats. Les substances pharmaceutiques ont été détectées dans 40 % des points de mesure de la nappe phréatique, à des concentrations qui restent faibles. La carbamazépine, une molécule aux propriétés antiépileptiques, sort largement en tête, en termes de fréquence de quantification : 31,8 % des points de mesure concernés. Bien qu’ils fassent l’objet de préoccupations sociétales majeures, les plastifiants n’ont pas été fréquemment détectés. Dans cette catégorie, « le bisphénol A sort en deuxième position en terme de fréquence de quantification en nappe phréatique d’Alsace, avec des doses faibles », rapporte Baptiste Rey. Là non plus, pas de valeur sanitaire réglementaire pour l’eau potable. Idem pour les adjuvants alimentaires, qui sont pourtant détectés partout. Au final, entre 150 et 124 micropolluants ont été détectés par points de mesure en nappe d’Alsace, et 112 dans les aquifères du Sundgau. La majorité des points de mesure est contaminée : il n’y a qu’un pourcent de points exempts de micropolluants. 62 % des micropolluants analysés ont été retrouvés, ce qui suggère une forte diversité de micropolluants. Certes, il y a peu de dépassements des valeurs seuils. Encore faut-il qu’une valeur seuil ait été fixée sur la base d’études scientifiques sérieuses, ce qui est loin d’être la majorité des cas. Comment toutes ces molécules interagissent-elles ente elles ? Y a-t-il synergie, antagonisme, additivité de leurs effets sur l’environnement et les organismes ? C’est toute la complexité d’un possible « effet cocktail ». Une chose est sûre, les eaux souterraines alsaciennes sont significativement contaminées par les micropolluants. Et pour longtemps. La détection de polluants historiques montre que ces pollutions diffuses ne se règlent pas d’un coup de baguette magique.   On parle micropolluants présents dans la nappe phréatique d'#Alsace et les aquifères du #Sundgau à la @regiongrandest à la 11ème journée de l'#Aprona Présentation des résultats du 2ème volet de l'étude #Ermes2016@EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/mHrfmvylyL — Germain Schmitt (@germain_schmitt) January 28, 2020   Lire aussi : « Des résultats en demi-teinte », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.      

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