EARL Christmann à Uhrwiller
De la mozzarella de bufflonnes made in Alsace
EARL Christmann à Uhrwiller
Publié le 13/05/2018
Des bufflonnes en Alsace… La liste des races bovines élevées en Alsace s’allonge ! Ces robustes vaches noires aux cornes impressionnantes produisent un lait très goûteux qui sert à l’élaboration de la célèbre mozzarella. À Uhrwiller, bien loin de son berceau d’origine - la Campanie, au sud de l’Italie -, le Domaine des bufflonnes vient de démarrer la production de ce fromage si apprécié des connaisseurs, la « mozzarella di bufala ».
Cela fait longtemps que Sophie et Michael Christmann rêvent d’élever des bufflonnes. Agriculteur pluriactif, Michael était déjà à la tête d’un troupeau de vaches charolaises (lire l’encadré). Faute de terres, leur projet était resté dans les cartons. Récemment, le couple a posé sa candidature à la Safer pour la rétrocession partielle d’une exploitation à Offwiller. Avec succès ! Ils ont obtenu une trentaine d’hectares, situés sur les bans communaux d’Offwiller et de Rotbach, qui s’ajoutent à celles qu’ils exploitent sur les bancs d’Uhrwiller et de Zinswiller. Le couple a donc ressorti son projet du placard. Il s’est abondamment documenté avant de se lancer. « Nous ne savions pas où acheter les bêtes, ni comment faire du fromage, explique Sophie. Et puis nous avons rencontré la famille Steinmann, du Buffel Hof près de Freudenstadt. Ils avaient des animaux à vendre, c’est comme cela que l’aventure a commencé. » Une race rustique Les onze premières bufflonnes sont arrivées en novembre. « Il fallait s’habituer à elles. » Pendant ce temps, Sophie et Michael se sont intéressés à la fabrication du fromage - ils ont suivi une formation à la ferme Ligny, à Melin en Haute-Saône - et ont cherché un équipementier fromager. Leur rencontre avec M. Girard, de la société Avedemil à Poitiers, a été déterminante. « C’était un ancien fromager, il était enthousiaste à l’idée de vivre cette nouvelle expérience avec nous. Il nous a prêté le matériel et a fait venir un expert fromager du Pays basque, Jean-Claude Bercetche. Ensemble, nous avons élaboré différentes recettes : yaourt, faisselle, mozzarella, tomme, brie, etc. Nous sommes en train de fiabiliser les différents process de fabrication. » Au passage, ils ont donné des noms très évocateurs à leurs produits : tomme Aventure, faisselle Le Souriant… Les bufflonnes ne sont pas connues dans la région. Les éleveurs n’avaient donc pas de références à fournir aux banquiers qu’ils ont sollicités pour financer leur projet. Mais l’un d’eux leur a fait confiance : « Nous avons décidé de commencer petit, et le Crédit Mutuel nous a suivis. » Dans une deuxième étape, les Christmann envisagent de porter le troupeau à 45 mères. Les bufflonnes sont des animaux rustiques : elles tombent rarement malades. Elles sont routinières, aussi : « Elles n’aiment pas les changements mais sont curieuses de nature. » Pour l’instant, elles sont encore dans l’étable. Mais dès que la clôture sera posée, elles sortiront au pré, dans une parcelle adjacente au bâtiment. Des débouchés prometteurs Une bufflonne produit 8 litres de lait par jour. Un lait très savoureux, riche en protéines et en matière grasse : avec 8 %, il est deux fois plus riche que celui de la prim’holstein. « Il faut 5 litres de lait pour fabriquer 1 kg de mozzarella », explique Michael. Le temps de gestation étant de onze mois, une bufflonne donne 0,8 veau par an. Elle entre en production à l’âge de 3 ans. Chaque jour, ces vaches produisent une cinquantaine de litres de lait qui sont stockés dans un tank de 200 l sur roulettes. « Nous le transformons tous les deux jours dans la fromagerie installée dans la cave de mes beaux-parents », indique Sophie. La mozzarella ne nécessite pas d’affinage, contrairement à la tomme et au brie. Une fois passées par la filatrice-formatrice, les boules de mozzarella pèsent 125 g et sont conditionnées individuellement dans des pots en plastique. Elles baignent dans la saumure pour préserver leur fraîcheur. Et les débouchés ? Avant de se lancer, les époux Christmann ont cherché à développer un réseau de distribution pour écouler leurs produits. « Les portes s’ouvrent facilement, car nous sommes les seuls en Alsace. Le magasin de producteurs La Nouvelle Douane, à Strasbourg, nous a très bien accueillis et nous sommes en train de finaliser les termes du contrat. Nous allons aussi faire de la vente à la ferme : nous sommes proches et complémentaires de la ferme Isenmann qui vend de la viande à Uhrwiller. »












