Vinifications 2019
Le millésime de toutes les élégances ?
Vinifications 2019
Publié le 22/10/2019
Rien à signaler. Ou presque. Le millésime 2019 se prête à une vinification sans grand souci. Les constats de deux femmes et de deux hommes dans leur cave.
Lilian Andriuzzi. Œnologue de la cave du Roi Dagobert à Traenheim. Environ 73 000 hl vinifiés en 2019. « Les raisins sont rentrés très riches. Aucun gewurztraminer sous 13,5°, des pinots blancs à 12,5° en moyenne, tous les rieslings à plus de 12 et une moyenne de cave à 12,7° ! L’extraction se situe plutôt en dessous de la moyenne car la sécheresse a fait épaissir les peaux. J’ai sulfité à 4 g/hl les vendanges manuelles et à 6 g les vendanges mécaniques rentrées en dernier. Les débourbages ont demandé entre 15 et 48 heures. J’ai enzymé et levuré en me limitant à la moitié de la dose préconisée par les fournisseurs. Sur le grand cru, je suis descendu à 25 % de la dose de levure. J’ai effectué un bentonitage de 40 à 60 g/hl de toute la vendange en montant à 80 g/hl sur sylvaner et gewurztraminer. J’ai corrigé au phosphate diammonique les rieslings rentrés en dernier un peu justes en azote. 80 % des fermentations seront achevées à la mi-novembre. L’équilibre me rappelle celui du millésime 2014. L’année devrait fournir des vins très frais, de bonne tenue en bouche, avec de belles acidités donc très aptes à la garde. Ça va changer de 2018 ! » Grégory Zancristoforo. Œnologue de la Maison Charles Wantz à Barr. Environ 2 500 hl vinifiés en 2019. « Il a fallu être très attentif à récolter des baies ayant eu le temps de développer leurs arômes et pas seulement du sucre. Les degrés demeurent raisonnables à 12° en riesling, entre 13,5 et 14° en gewurztraminer. Le dernier raisin est rentré le 4 octobre. Cette vendange est arrivée saine au pressoir. L’extraction a été correcte. Les débourbages statiques les plus rapides n’ont pas demandé plus de douze heures. J’ai utilisé des enzymes liquides, j’ai plutôt levuré à 20 g/hl qu’à 10 pour assurer un bon départ en fermentation. J’ai ajouté une dose de 10 à 20 g d’ingrédients organiques dans quelques cuves limites en azote. J’ai collé tous les moûts à 50 g/hl de bentonite et quelques fins de presse à la PVPP. J’ai co-inoculé le pinot noir pour qu’il fasse rapidement sa malo. J’espère des rieslings de garde, des muscats et des gewurztraminers avec de belles concentrations aromatiques ». Des fermentations sans encombre Evelyne Bléger-Cognacq. Œnologue de la cave de Ribeauvillé. Environ 16 000 hl vinifiés en 2019. « Les derniers raisins sont rentrés le 14 octobre. Il était temps de finir ! Un peu de pourriture acétique a obligé à renforcer le tri en fin de campagne. L’extraction est très moyenne. Les degrés étaient là. Aucune chaptalisation n’a été nécessaire. Dans ma carrière, c’est seulement la deuxième année après 2015 que cela arrive. Quelques jus de presses de pinot noir ont eu besoin d’un collage pour enlever leur côté un peu vert. Comme toujours, j’ai systématiquement levuré à 10 g/hl. J’ai abaissé à 30-40 g/hl la dose de bentonite sur moûts de sylvaner. Je suis monté à 50 g sur gewurztraminer. Tout est parti en fermentation tout seul. Je n’avais jamais vu ça. La pluie a minéralisé de l’azote. Seules sept ou huit cuves ont réclamé un peu de phosphate diammonique pour éviter la malo. Les fins de fermentation se déroulent sans encombre. Même les rieslings qui d’habitude « accrochent ». Au 21 octobre, presque tous les génériques ont terminé leur cycle. Les 2019 sont des vins très nets avec beaucoup de matière. C’est le millésime de l’élégance, au niveau des équilibres comme des arômes ». Nathalie Steinmetz. Domaine René Fleck et fille à Soultzmatt. Conversion bio en cours. 650 hl vinifiés en 2019. « Je suis prête à resigner pour une année comme ça ! Les degrés à la récolte m’ont étonnée. 11 en crémant, au moins 12,5 sur sylvaner, 13 sur riesling, 14 en pinot gris. L’extraction a été un peu plus délicate sur riesling et gewurztraminer. J’ai noté un peu de pourriture acétique sur pinot gris. Mais tout le reste de la récolte affichait un état sanitaire très satisfaisant. Cela m’a incité à ne pas sulfiter les jus. Je les ai protégés avec une microflore levurienne. Ces bourbes sont parties extrêmement vite en fermentation. J’ai levuré un peu plus de la moitié de ma cave et enzymé pour obtenir des jus relativement clairs. J’ai calmé un riesling ayant fini sa fermentation en le refroidissant à 13°. J’ai ensuite réalisé un soutirage supplémentaire avant de le sulfiter à 6-7 g/hl. Les très belles acidités pointues qui s’estompent devraient permettre de ne pas avoir de vins trop lourds. Muscats et rieslings pourraient être les réussites de l’année ».












