oenologie

Synvira Jeunes. Soirée œnologique 

Le millésime vu par l’équipe AEB

Publié le 24/11/2018

Les jeunes vignerons du Synvira poursuivent leur cycle de soirées d’information-débat. Dernièrement, c’est l’équipe d’œnologie du laboratoire-conseil AEB à Sigolsheim qui a présenté son bilan des vendanges.

Jean-Victor Thomann, œnologue conseil pour AEB à Sigolsheim, établit un bilan « fort positif du millésime très généreux avec un état sanitaire parfait, des vendanges pas dans le stress ». En cave, poursuit l’œnologue, « les acidités maliques étaient très dégradées, mais le tartrique s’est concentré » avec au final des pH « dans la moyenne pour le riesling et supérieurs de 0,15 à 0,3 pour les autres cépages ». Sur 600 à 700 vins analysés, les acidités révèlent moins de malique qu’en 2017, mais plus de tartrique. Conséquence, « on n’est pas sur un profil type 2003, mais plutôt type 2009, 2011, 2015. Il sera question de trouver le bon compromis en acidité. Il n’y a pas lieu de parler de systématisation de l’acidification. C’était peut-être une erreur des millésimes précédents, avec le regret de vins déséquilibrés par la suite », poursuit l’œnologue. C’est le couple acidité « légèrement en dessous de la moyenne » - températures records, qui a posé pendant les vendanges le problème de la prolifération des microorganismes, analyse Jean-Victor Thomann. En particulier sur des cépages sensibles comme le pinot gris. Les phases de thermorégulation, de débourbage et plus généralement les opérations préfermentaires ont exposé les jus au développement de microorganismes. D’où « des problèmes de clarification au débourbage liés aux jus chauds, avec des bourbes actives et flottantes » et des « conséquences aromatiques et sur la cinétique fermentaire ». Il fallait redoubler d’attention sur la mireuse. Car la prolifération exponentielle de microorganismes indigènes (lactobacillus, brettanomycès, levures apiculées, bactéries acétiques, gluconobacters) sur des vendanges chaudes consomme l’azote assimilable normalement dévolu aux levures de fermentation alcoolique (FA), « d’où des cinétiques FA boiteuses, des malo spontanées, des arrêts de FA, voire des piqûres et déviations bactériennes pour les pH élevés ». Bioprotection dès la vendange Il suffit de cinq à six heures pour que le développement exponentiel des microorganismes devienne incontrôlable. Conséquence, c’est dès la coupe du raisin qu’il faut intervenir « d’où la validation de notre concept de bioprotection en rouges et en blancs », souligne Jean-Victor Thomann. Dès lors, la maîtrise biologique de la vendange repose sur deux solutions : implanter le plus tôt possible un pied de cuve levurien de telle sorte qu’il empêche les autres proliférations ou bien sulfiter très tôt. Mais le sulfitage pose problème, indique Arnaud Immélé, consultant pour AEB. D’une part, il s’avère inefficace si les pH sont élevés. D’autre part, il est difficile à répartir dans la masse en cas de cuvaison avec macération des raisins. Après une introduction plutôt politique sur la dispersion des styles des vins d’Alsace, « le grand bazar » qui selon lui causerait « un manque de lisibilité » et « l’absence de reconnaissance du marché », Arnaud Immélé est revenu sur un propos plus technique. Le cahier des charges des vins bios présente selon lui certaines incohérences en empêchant par exemple les enzymes. Or elles améliorent par ailleurs grandement le bilan carbone des procédés de vinification, en « diminuant par exemple les besoins de thermorégulation ou en économisant l’énergie lors des filtrations », estime-t-il. Dans l’attente, Arnaud Immélé souligne la demande des consommateurs tournée vers des produits santé, et donc vers moins de sulfites, pas d’histamines, pas de mycotoxines. D’où le concept de bioprotection qu’il promeut avec le laboratoire AEB, c’est-à-dire l’implantation de levures non saccharomyces Torulaspora delbrueckii, le plus tôt possible dès la vendange.

Publié le 24/11/2018

À Rosenwiller, Sonia et Clément Huck jouent la carte des raisins à crémant et misent sur trois modes de vente pour valoriser au mieux la production d’une surface modeste.

À 47 ans, Clément Huck a déjà une belle carrière de viticulteur derrière lui, mais il n’est installé à temps plein que depuis quatre ans. « J’ai repris en 1992 l’hectare et demi de vignes que mon père René vendait en vrac et en bouteille. En 1996, une demande de JA m’a permis de planter 70 ares. J’ai aussi acheté du foncier. Au fur et à mesure que l’exploitation s’est montée, j’ai diminué progressivement mon activité d’ouvrier viticole jusqu’à la cesser complètement en 2014. Ce travail a financé mon projet » détaille Clément. En 2016, il a pu louer 50 ares de plus. Ses 6 ha de vignes à dominante argilo-calcaire sont au plus éloignées de cinq kilomètres du domaine, ce qui n’est pas un luxe une fois que l’on sait qu’elles sont réparties en trente îlots. « La surface pourrait être un peu plus grande, mais pour Sonia et moi, ça va » assure Clément. Le viticulteur se donne pour cadre le seul cahier des charges de l’appellation Alsace avec des fils à 35 voire à 30 cm et des objectifs de rendement proches de la limite autorisée. Il ne revendique pas le lieu-dit Westerberg où il exploite. « Je n’y ai que du gewurztraminer. Faire deux fois le même vin en générique et en lieu-dit n’apporterait rien » dit-il. Il ne fait pas davantage constater la surmaturité pour d’éventuelles vendanges tardives. Mais il s’y réfère pour récolter un sylvaner et un gewurztraminer. « Je m’évite les problèmes de stock. Ce sont des produits que je vends bien. Je n’y perds rien. Le client non plus » résume Clément. Tous ses rangs sont enherbés naturellement. Le cavaillon est désherbé une première fois avec 1,5 l/ha de glyphosate. « Dès l’année prochaine je devrais trouver une alternative au glufosinate que j’utilisais pour le deuxième passage. Il me faudra tôt ou tard passer au mécanique. Deux matériels seront au minimum nécessaires en fonction du stade et des conditions climatiques. Les étoiles sont intéressantes car elles ne déplacent pas trop de terre. Tout cela risque de revenir cher » analyse Clément. Comme il a renoncé aux herbicides de prélevée, aux insecticides et aux anti-botrytis, et se contente de deux systémiques en encadrement de la fleur, il a bon espoir de décrocher le label HVE (Haute valeur environnementale) pour lequel il veut être candidat en 2019. « Le bio serait plus compliqué. J’ai trop de vignes étroites » dit-il. « Le vrac, c’est ma souplesse » Clément et Sonia et leurs aides vendangent exclusivement à la main. Clément presse les raisins quatre, voire six heures. Il enzyme les jus car ses conditions font que son temps de débourbage se limite à vingt-quatre heures. Il levure dans la foulée. La plupart des fermentations se terminent en quatre semaines. Il effectue alors deux soutirages à huit jours d’intervalle, pour éliminer successivement les lies grossières puis celles encore en suspension. Il laisse les lies fines jusqu’en janvier et l’ultime soutirage avant filtration qu’il fait faire à façon, comme l’embouteillage. Il passe presque systématiquement tous ses sylvaners à la bentonite. Clément conserve moins de 5 g/l de sucre à ses entrées de gamme, tolère le double ou le triple sur pinot gris et gewurztraminer. Il appose une étiquette jaune traditionnelle sur la plupart de ses vins et réserve la bleue au crémant et à ses cuvées spéciales de sylvaner et de gewurztraminer. Le couple équilibre ses ventes en cédant en raisins 2,2 ha de crémant, de sylvaner et de pinot gris contractualisés sur cinq ans avec une coopérative et un négoce. Il vend du vin de base crémant, des lots de 30 à 40 hl de vrac, mais aussi parfois seulement 10. « Le vrac, c’est ma souplesse » commente Clément qui cherche un acheteur pour un solde de 15 hl de muscat de la récolte 2017. Il a vendu l’essentiel de ce millésime en février 2018 à un prix « satisfaisant », mais le dernier lot n’a été chargé que fin août. « C’est inhabituel » dit-il. « Aujourd’hui je m’inquiète du niveau des cours - en forte baisse - dont j’ai eu connaissance pour le 2018. J’ai l’impression qu’il y a une volonté politique derrière tout cela ». Reste la bouteille. Sonia et Clément ont remonté ce circuit de vente en profitant quasiment exclusivement du bouche-à-oreille et de prix très sages qui plaisent aux particuliers, à une supérette et aux associations. Le couple participe à un marché annuel et à deux marchés de Noël. Il profite d’être le dernier domaine de la commune qui propose de la bouteille pour accueillir dans son caveau d’une quinzaine de places les touristes qui séjournent dans les gîtes du village. Clément se fait un point d’honneur à actualiser les tarifs figurant le site internet. Depuis un an, Sonia poste régulièrement des photos légendées sur sa page facebook. « Elles suscitent des commentaires. C’est bon signe » sourit-elle.

Trebogad, la cuvée sans sulfites ajoutés de la cave du Roi Dagobert

Dans le prolongement naturel de la viticulture bio

Publié le 17/11/2018

Lundi 12 novembre, la cave du Roi Dagobert lançait Trebogad, sa cuvée bio sans sulfites et autres intrants ajoutés, chez le chef Antoine Kuster, au Bistrot d’Antoine à Strasbourg. Trebogad est le palindrome de Dagobert, le bon roi, qui méritait bien une cuvée écrite à l’envers…

L’idée de l’élaboration d’une cuvée bio sans sulfites ajoutés, à la cave du Roi Dagobert, ne résulte pas d’une volonté particulière des vignerons ou du service commercial d’Alliance Alsace de répondre à un marché en vogue, mais du souhait de l’œnologue, Lilian Andriuzzi, d’élaborer de tels vins. « Nous n’incitons pas nos vignerons coopérateurs à passer en bio. Quand ils se convertissent, ils le font de leur propre volonté et nous ne faisons que les accompagner », explique Christophe Botté, directeur de la coopérative. C’est aussi dans cet esprit qu’a été élaborée la première cuvée bio sans sulfites ajoutés, Trebogad. Elle s’inscrit dans le prolongement naturel de la mouvance de vignerons de la cave de Turckheim et du Roi Dagobert à Traenheim qui se convertissent en bio. Pour l’heure, 100 des 1 300 hectares que comptent les deux caves du Roi Dagobert et de Turckheim sont en bio, mais nombre de vignerons projettent de se convertir. Conversion qui passe par une phase d’acquisition des convictions, observe Christophe Botté. Lilian Andriuzzi, l’œnologue, a souhaité pousser la logique jusqu’au bout. Et ce sont quelque 14 000 bouteilles de Trebogad, un pinot gris sec, qui sortiront de la cave pour cette première. Mais d’autres cuvées 2018 sont en gestation pour compléter la nouvelle gamme. « No stress mais sans filet » Difficile pour un œnologue de se lancer dans l’aventure des vins sans sulfites, surtout lorsque l’enjeu concerne des centaines d’hectolitres. Car la suppression de l’adjonction de sulfites expose le vin à toutes sortes de microorganismes autres que la levure Saccharomyces cerevisiae. Il faut donc avoir confiance en la matière de base afin qu’elle sélectionne naturellement de bons microorganismes. « J’ai appris avec ce vin à déstresser, sinon on ne dort plus, convient Lilian Andriuzzi. Mais on travaille sans filet. » D’ailleurs « ce vin a fait une graisse en bouteille », explique-t-il, chose impensable dans l’univers de l’œnologie pasteurienne, mais régulièrement rencontrée « chez les nature ». Non levurée, non sulfitée, et sans autre intrant œnologique, juste filtrée grossièrement sur plaque dégrossissante, Trebogad a été élaborée avec la complicité de Xavier Couturier, du laboratoire Duo Œnologie. Huîtres, fromages à pâte cuite, salade persillée de hareng, joue de porc et purée façon Antoine Kuster - dont la « cuisine bourgeoise » gagne en réputation à Strasbourg - la cuvée Trebogad a été testée sous toutes les coutures avec, semble-t-il, une certaine buvabilité au vu des bouteilles consommées lors de ce lancement… Reste désormais au service commercial d’Alliance Alsace - sept personnes au total sous la direction d’Emmanuelle Gallis - de faire connaître ce vin. Christophe Botté regrette un peu que les cavistes nature de Strasbourg aient boudé la soirée. Sectarisme anti-coopérative ou surbooking ? Peu importe, Trebogad s’inscrit dans les valeurs qu’attendent les nouvelles générations de consommateurs, avec en plus l’idée de projet coopératif. Tout pour séduire…

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