oenologie

Maturité du millésime 2018

Acidité : exception n’est pas la règle

Publié le 14/09/2018

Le 4e prélèvement du réseau maturité confirme la bonne tenue de l’acidité, supérieure à 2003 pour l’ensemble des cépages. Et avec des pH également très acceptables et sans commune mesure avec 2003.

Le 4e prélèvement du réseau maturité du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) a rendu son verdict. Ici et là des craintes se sont fait entendre sur la tenue de l’acidité, certainement là où la vigne a souffert de stress hydrique marqué, et là où elle aurait été excessivement effeuillée, exposant ainsi les grappes au rayonnement solaire, qui a ainsi brûlé les acides du raisin. La bonne nouvelle de ce millésime, c’est la proportion de tartrique relativement élevée comparé au malique, de l’ordre de 80 %/20 %, ce qui au final se traduit par des pH relativement bas, surtout pour le riesling. Une fraîcheur d’ailleurs mise en évidence à travers les données du réseau de maturité des partenaires, également en ligne sur le site du Civa : à ce stade, aucun échantillon ne dépasse les 3,5 de pH. Certains rieslings à 11° d’alcool potentiel affichent toujours des pH de 3 ! À l’exception peut-être des gewurztraminers dont l’acidité totale approche celle de 2003, mais dont le pH reste autour de 3,2 pour 11 à 12° d’alcool potentiel. En 2003, le pH des gewurztraminers pouvait atteindre 4. Les pinots dans leur globalité à ce stade affichent un peu plus d’acidité totale qu’en 2003. Pour 11 à 12° d’alcool potentiel, les pH restent là aussi bien bas autour de 3,2 - 3,4. Aux premiers soutirages des crémants, des vignerons affichent cependant leur surprise face à l’importance du tartre précipité. Traduisant la nécessité de minimiser l’extraction du potassium lors des processus préfermentaires, pour préserver l’acide tartrique soluble.

Publié le 07/09/2018

À la cave vinicole de Turckheim, les vendanges consacrées au crémant se sont poursuivies jusqu’à ce jeudi 6 septembre. Une récolte de qualité qui représente un quart de la production de l’entreprise. Cette dernière va maintenant se pencher, sans se précipiter, sur l’AOC.

Les vendanges ont démarré lundi 27 août, avec le crémant, qui représente un quart de la production totale de la cave de Turckheim, soit environ 6 000 à 7 000 hectolitres. Et 85 hectares cette année, dont 55 ha pour le pinot blanc auxerrois, 17 ha pour le pinot gris, 10 ha pour le pinot noir, et 3 ha pour le chardonnay. La première semaine, les vignerons coopérateurs ont été accueillis pendant quatre jours, du lundi au jeudi. Une organisation qui s’est renouvelée lors de la deuxième semaine, du 3 au 6 septembre. « Cela se déroule bien. Les raisins sont sains avec une acidité un peu basse et des pH qui se situent à 3,1 - 3,2. Les jus sont biens, propres, droits. Le volume est là. Les quatre premiers jours, nous avons reçu les raisins des terroirs de Turckheim, la deuxième semaine, ceux de la vallée, les vignobles situés à Zimmerbach, Wahlbach ou encore Wihr-au-Val notamment. On remarque une différence. La vallée a eu davantage d’eau que le ban de Turckheim qui souffre de la sécheresse », explique Michel Lihrmann, œnologue à la cave vinicole de Turckheim depuis 1982 et directeur technique depuis 1988. Il constate que l’avancée des dates de vendanges est une réalité. En 1980, alors qu’il effectuait son stage d’œnologie à la cave, les vendanges avaient débuté le 23 octobre et s’étaient poursuivies pendant dix jours. La première fois que la récolte avait été aussi précoce, c’était en 2003. « Cette année, c’est cependant plus compliqué qu’il y a quinze ans. Il fait plus chaud et encore plus sec. Et trouver du personnel intérimaire, pour conforter l’équipe de la cave, est difficile à cette période de l’année », ajoute Michel Lihrmann. 85 hectares pour le crémant La plateforme de déchargement de la cave de Turckheim a été inaugurée en 2010 : elle est grande, pratique et permet de faire le tour sans crainte d’accident ou autre difficulté. « Depuis ce poste d’opération, nous mesurons les degrés et analysons les raisins en les traçant. L’avantage d’avoir le vendangeoir ici sur les hauteurs, c’est qu’il ne dérange personne. Il n’y a pas de bruit. Les voisins ne sont pas gênés par tous ces mouvements. Tout est sécurisé. À la sortie de la plateforme, les viticulteurs nettoient leur matériel et repartent. C’est fonctionnel et facile pour tout le monde », se félicite Michel Lihrmann. Après avoir été analysés et déchargés, les raisins sont dirigés vers le pressoir grâce à un système qui évite le tassement. La cave de Turckheim possède 10 pressoirs d’une capacité d’environ 9 800 kg. Jeudi 30 août, les pinots gris rentrés affichaient 10,5 degrés, lundi 3 septembre ils étaient à 12°. « Les raisins sont répartis pour moitié à l’avant du pressoir, pour l’autre moitié à l’arrière. Les jus vont ensuite directement en cuves. Leur température à l’arrivée est de 18 °C. Nous allons la descendre à 14 °C pour les stimuler. Nous allons un peu sulfiter et effectuer un débourbage statique. Ce travail nécessite trois personnes au vendangeoir, une à la réception, deux à la cuverie et deux pour encadrer. Nous travaillons par équipe de deux pour chaque poste », précise Michel Lihrmann. Ne pas se précipiter Le vendangeoir ouvre le matin à 9 h. Et le dernier délai pour être accueilli le soir est 19 h sur la plateforme de déchargement. « Jusqu’à présent, la plus grosse journée a été la première, le 27 août. Nous avons terminé à 21 h. Nous avons réceptionné 200 tonnes de raisins. En 2003, c’était la même effervescence », se souvient le directeur technique. Avec ses équipes, il va maintenant se concentrer sur la récolte de l’AOC, qui devrait débuter à partir du lundi 10 septembre. « Et encore, nous ne savons pas si nous allons nous précipiter. Nous établissons le planning pour la semaine suivante chaque mercredi soir. Nous allons certainement commencer doucement avec les pinots blancs, gris et noirs. Si la météo ne change pas et s’il n’y a pas un soudain déluge comme en 2006, nous allons demander à tout le monde d’être patient. L’état sanitaire est bon, le volume est là. Mais, pas encore la maturité », conclut Michel Lihrmann qui pense que ces vendanges 2018 vont s’étaler, au minimum, jusqu’au milieu du mois d’octobre.

Publié le 09/08/2018

Parmi les conférences techniques de la foire aux vins d’Alsace, celle proposée par le groupe AEB ouvre régulièrement de nouvelles perspectives œnologiques face aux multiples défis posés à la viticulture alsacienne. Ici la cofermentation levures-bactéries maîtrisée pour éviter des déviations bactériennes.

Pour la fermentation malo-lactique, on connaissait la co-inoculation, voici désormais la co-fermentation. En co-inoculation, les souches sélectionnées de bactéries lactiques sont introduites en début de fermentation alcoolique, elles se mettent en « stand-by » le temps que les levures accomplissent leur œuvre, puis prennent le relais pour métaboliser l’acide malique en acide lactique. Mais voici donc la cofermentation, un phénomène souvent observé naturellement chez les vignerons où la fermentation lactique se déroule en même temps que la fermentation. Ce que propose désormais le groupe AEB avec son levain Armonia, c’est de maîtriser ce phénomène. La conférence était assurée par Arnaud Immélé, l’œnologue qui avait mis au point Primaflora, une technique de protection des jus avec un complexe de levures non-saccharomycès et de saccharomyces en remplacement du sulfitage, directement sur la vendange. Là, on va plus loin avec aussi une protection de bactéries sélectionnées de souche oenococcus oeni, toujours donc dans un schéma de vinification sans adjonction de sulfites à la vendange et sous le pressoir et avec « bioprotection des jus ». Parce que le sulfitage des jus est aujourd’hui bien identifié par une frange toujours plus importante de consommateurs, et affecte la buvabilité des vins par les amertumes extraites et solubilisées, de plus en plus de vinificateurs cherchent à trouver des alternatives aux sulfites ajoutés à la vendange ou au moût. Or, avec les températures élevées des vendanges de plus en plus précoces - en cela, 2018 sera un cas d’école -, « l’on s’achemine vers de plus en plus de problèmes bactériens », fait remarquer Arnaud Immélé. Mais en général, là où prolifèrent les bactéries, les levures ont du mal à s’implanter, que ce soit d’ailleurs des souches sélectionnées ou pas. La conséquence, c’est des fermentations levuriennes difficiles, des piqûres… Il fallait donc trouver aussi une solution à cette question bactérienne. D’autant que si les souches naturelles de levures, exceptées les brettanomycès, causent globalement « peu de dégâts aromatiques » souligne Arnaud Immélé, les bactéries peuvent en revanche conférer des goûts marqués, la piqûre acétique, la tourne, la graisse, avec des substances à forte empreinte gustative : diacétyles, acides butyriques, les acides de la série acétique. Et aussi des amines biogènes, substances allergisantes. Notons cependant qu’une étude financée par l’Europe a davantage incriminé dans ce dossier l’azote assimilable que les souches de bactéries. La souche cofermentaire sélectionnée présente la particularité de produire peu de diacétyle, peu d’amines biogènes même en présence d’azote assimilable ajouté ou endogène, et peu de cétones qui combinent le soufre. Dans ce schéma, il faut donc prévoir de diminuer le sulfitage à la mise en bouteille. L’Armonia s’intègre donc dans un process bien défini où le vin peut séjourner sur des lies, sans risques de déviation.

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