Viticulture

Publié le 05/04/2018

Tout indique que le glyphosate sera interdit d’ici la campagne 2021. Si les viticulteurs envisagent avant tout des solutions de remplacement mécaniques pour leur cavaillon, ils savent qu’elles ne conviennent pas partout.

À Wolxheim, Michel Herzog, coopérateur sur 12 ha à la cave du Roi Dagobert, entend ne pas bousculer les choses en 2018. « J’utiliserai encore le glyphosate cette année. Mais je me dis que toutes les matières actives seront progressivement retirées du marché. J’ai des doutes sur les produits de substitution dont la rumeur affirme qu’ils sont dans les tuyaux. Je réfléchirai donc tranquillement au matériel de travail du sol que je vais acheter. Je vais me forger un avis en observant ce que font mes collègues bios. Je me suis fixé un budget entre 40 000 et 50 000 €. Dans mes sols plutôt limoneux, une stratégie de buttage-débuttage avec des disques et des lames tient la corde. J’attends 2019 pour me familiariser avec le matériel et me faire la main sur des surfaces faciles à travailler. Mon objectif est de conserver un rendement suffisant pour faire vivre mon exploitation. » À Wangen, Christian Kohser, vendeur de ses 19 ha à Arthur Metz, a investi dès 2014 dans un interceps. Il récidive avec la commande de disques butteurs et de doigts bineurs. « Pour commencer, je les passerai sur un hectare, peut-être plus. J’ai des vieilles vignes alternées, d’autres en dévers, avec des terrasses où je n’ai pas de solution. Cela nécessitera peut-être de les arracher. Je ne sais pas si je peux trouver la main-d’œuvre compétente pour rouler avec ces outils. Dans trois ans, j’espère que l’entretien mécanique du cavaillon concernera au moins la moitié de ma surface. Être prêt à 100 % dans un délai aussi court est difficilement tenable. Il ne suffit pas pour comprendre un sol. Même en cinq ans, c’est compliqué. Mon objectif reste de respecter la réglementation. En tant que président de l’Univa, je me demande comment vont faire les apporteurs exploitant moins d’un hectare. Ils sont encore nombreux. Seront-ils prêts à investir ? » À Dambach-la-Ville, la réponse se veut collective et sera sans doute l’occasion de « resserrer les liens » entre viticulteurs de la commune. « Depuis quinze ans, je me limite à un glyphosate. Mais je vais devoir évoluer. Nous allons le faire ensemble, entre collègues. Je vais pour ma part faire un essai sur un hectare. Mon cousin Julien produit en bio. Il me prêtera son matériel. La compensation se fera dans le cadre de l’entraide », annonce Jean Frey, vendeur de raisins sur 10 ha. « Pour bien travailler, il faut beaucoup de matériels, des charrues de largeurs différentes. Si je dispose d’un outil plus large, je diminue la largeur du cavaillon à traiter », fait remarquer Nicolas Pernet-Clog, du domaine Pernet et fils. Une Cuma pourrait voir le jour. Jean retient deux choses : « Il ne faut pas se précipiter. Au bout du compte, le viticulteur n’aura plus le choix. Il lui faudra travailler de manière compatible avec le respect de l’environnement. » Nicolas ajoute : « Ce n’est pas dérangeant. Nous devons aussi songer à transmettre des exploitations viables. » « Je commence par le plus facile » « De manière classique, je passais mon cavaillon au glyphosate en avril et je rattrapais avec un glufosinate en été », rappelle Eric Pourre, installé sur 11 ha à Rodern, apporteur de la cave de Ribeauvillé. « En 2018, je vais tester le travail du sol intégral sur un quart de ma surface. J’utiliserai deux châssis. Le premier me permet de monter un tandem lames-rasettes pour intervenir au printemps, le second s’équipe de disques crénelés et d’étoiles pour des passages plus rapides en été. Sur les 75 % restants, je continuerai le glyphosate et je compléterai par un passage d’outil en été. Dans les parcelles non mécanisables avec des extérieurs de talus, je réfléchis à un outil qui enjamberait le rang. Je commence par le plus facile. Je dois accumuler de l’expérience, ajuster ma stratégie pour étaler les investissements éventuels. Je m’attends à une surcharge de travail dont il n’est pas sûr qu’elle soit compensée par un meilleur prix de raisin. Je ne me berce pas d’illusion. Dans quelques années, ce sera le standard pour trouver un acheteur. À terme, je me pose la question de la conversion au bio. » « Le désherbage, c’est du confort », avoue Michel Moellinger, vigneron indépendant sur 15 ha à Wettolsheim. « Mais il ne correspond pas trop à ma philosophie. Cela fait quatre-cinq ans que je ne désherbe plus le cavaillon sur environ la moitié de ma surface. Cela correspond à mes vignes jeunes et celles situées en plaine. J’interviens avec des disques crénelés et des lames interceps. C’est un matériel assez polyvalent. Pour passer sur 7 à 8 ha, il me faut entre un jour et demi et deux jours, trois à quatre fois dans l’année. En désherbant, une journée suffit. Je ne compte pas mes heures. Mais j’aime faire ça, sinon je ne me serai pas lancé. Mon souci concerne les vignes plus âgées, d’un écartement de 1,40 m et moins, en coteau ou en dévers. Y intervenir mécaniquement sous le rang n’est pas évident. Le désherbage chimique reste pour l’instant la solution pour les parcelles les plus compliquées. Après le retrait du glyphosate, je pense laisser pousser la végétation un rang sur deux en alternant tous les ans pour décaler le travail du sol dans l’autre rang. Je pourrai ainsi décavaillonner l’herbe de l’année précédente afin d’éviter une trop grande concurrence sous le rang. L’idée d’un semis d’engrais vert fait également son chemin. Je ne m’attends pas à avoir des vignes propres à 100 %. Je crains une baisse de vigueur, donc de rendement. »

Association des viticulteurs d'Alsace (AVA)

Communiquer sur un métier respectueux de son environnement

Publié le 03/04/2018

Après les agriculteurs, ce sont les viticulteurs qui veulent (mieux) communiquer pour faire connaître leurs pratiques et expliquer leur métier. Le tout, dans un contexte économique qui reste fragile.

Le sujet a été présenté par Christian Kohser, rapporteur de la commission « Riverains et protection phyto ». Comme d’autres professionnels, il constate tout d’abord que les viticulteurs sont confrontés à une pression sociétale de plus en plus forte. Cette pression véhicule, dans les médias, dans les réactions d’associations ou tout simplement dans l’esprit de simples citoyens, des contre-vérités. « Nous sommes tous touchés. Nous sommes dans l’obligation de réagir. Aujourd’hui, nous devons expliquer nos pratiques prouver notre bonne foi, dire les choses. Le vignoble est notre outil de travail. Notre objectif est de pouvoir continuer à travailler et conserver de bonnes relations avec la population. Cela nécessite, notamment, de gérer au mieux les vignes riveraines d’habitations. » L’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) prend les choses en main avec un « triple objectif ». Tout d’abord, elle souhaite mettre en place une communication vers les viticulteurs pas toujours au fait des dispositions de l’arrêté de mai 2017 précisant les conditions de mise sur le marché et d’utilisation des produits phytosanitaires et autres adjuvants. Ils sont invités à développer des alternatives aux traitements lorsqu’ils sont envisageables. L’AVA veut également renforcer la responsabilité des viticulteurs en éditant un guide des bonnes pratiques. Et encourager le développement des alternatives comme la confusion sexuelle, l’arrêt de l’utilisation des herbicides et des produits les plus toxiques. Il est important et nécessaire d’avoir des solutions de remplacement. « Il faut bannir le mot pesticide de notre vocabulaire et le remplacer par des produits pharmaceutiques ou des produits de protection des plantes », ajoute Christian Kohser. Le syndicat viticole de Bennwihr est présenté comme site pilote dans la relation avec les riverains. « Chaque syndicat viticole doit lancer une réflexion pour identifier sur sa commune les secteurs problématiques. Le vignoble doit se prendre en main et les syndicats viticoles doivent être des forces de propositions. Nous devons intensifier notre dialogue avec les communes et les riverains même si nous sommes également conscients que la configuration du vignoble peut parfois être difficile. Dans tous les cas, nous voulons conserver notre image respectueuse de l’environnement. » Pour Jérôme Bauer, « l’arrêté phyto concernant les établissements recevant du public existe et il faut le respecter. Si l’un d’entre nous ne devait pas le respecter, je me porterais partie civile contre lui », prévient le président de l’AVA. Il est rappelé que l’arrêté préfectoral régissant les zones non traitées (ZNT) a été signé en septembre 2017. « Une cartographie est en cours de réalisation, à partir de la matrice IGN où figureront certains fossés jouant un rôle hydraulique et écologique important. Une « zone tampon » variant de 5 à 50 mètres devra être respectée, en fonction de la nature des molécules chimiques employées. C’est un dossier à ne pas prendre à la légère », ajoute Jérôme Bauer. Il rappelle au passage que la viticulture a, jusqu’à maintenant, échappé aux contrôles administratifs. Il existe des solutions alternatives au désherbage (désherbages thermique, mécanique), et pour lutter contre certains insectes (confusion sexuelle). Mais quid de l’oïdium et du mildiou, principaux ennemis de la vigne ? « On aura des crevettes dans les fossés, mais plus de vignes ! », ironise Yvan Engel. « On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas. Il faut simplement accepter le fait de faire évoluer certaines pratiques tout en sachant, qu’en Alsace, on a l’un des vignobles les plus verts de France », conclut le président. Pas d’entente sur les prix Une communication sur les pratiques viticoles est d’autant plus importante que la situation économique du vignoble alsacien reste fragile. La production du millésime 2017 a été finalement de 907 269 hectolitres, soit une baisse de 23 % par rapport à l’année précédente et de 14 % sur une moyenne quinquennale. C’est même le volume net le plus bas depuis 1986. La diminution est de 25 % pour l’AOC alsace (628 093 hl), de 18 % pour le crémant d’Alsace (240 935 hl) et 8 % pour les grands crus (38 241 hl). Les cépages gewurztraminer et riesling ont connu le plus fort recul ; les secteurs de Kaysersberg et de Wintzenheim ont perdu un tiers de la récolte. « La commercialisation est, elle, encourageante avec 942 374 hl, soit une baisse de 2 % sur un an et de 9 % sur cinq ans. 74 % représentent les vins tranquilles et 26 % le crémant. 38 % des volumes d’alsace tranquilles commercialisés en France en 2017 ont été vendus en hyper et supermarchés. L’export représente 241 949 hl. Nous observons une belle valorisation économique de nos vins depuis quatre ans avec des marchés porteurs comme la Belgique, le Canada, les États-Unis, la Suède et les Pays-Bas. Pour les crémants, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis restent nos pays phares. Enfin, concernant les ventes en bouteilles, l’année 2018 a bien débuté avec une hausse de 15 % en janvier. Nous sommes sur de bons rails », assure Gilles Neusch, directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). Une incitation à l’optimisme alors que sur ces cinq dernières années, seul le millésime 2016 a été généreux. En réaction, Yvan Engel s’agace du prix de vente des vins d’Alsace toujours bien trop bas à ses yeux. Une intervention qui permet à Jérôme Bauer de préciser que l’AVA « a fait l’objet d’une enquête de l’autorité de la concurrence. On nous a conseillé de ne plus faire de recommandation syndicale. En revanche, les prix constatés, on peut en parler. C’est en tout cas l’occasion de rappeler qu’il n’y a pas d’entente sur les prix. Nous constatons simplement les prix du marché actuel. L’objectif pour nous est d’être sur la ligne la plus haute possible. Le Smic a augmenté de 1,234 % en début d’année. A minima, j’estime que pour le prix des vins, ce doit être la même chose. » Se préparer à la flavescence dorée L’assemblée générale a ensuite approuvé le résultat financier de l’année écoulée avec un excédent de 93 238 €, puis le budget prévisionnel 2018 excédentaire de 14 000 €. Une situation financière saine qui permet de reconduire à l’identique les tarifs de la cotisation 2019, à l’exception du point sur la flavescence dorée, qui passe de 2 à 4 € par hectare. Une flavescence dorée qui n’est pas présente en Alsace, comme le rappelle Yvan Engel venu évoquer le sujet en tant que président de la commission technique du vignoble. « En 2018, 2 202 hectares seront prospectés partout en Alsace. Ce budget supplémentaire va nous permettre de poursuivre notre travail de prévention et d’avoir un matelas financier pour le jour où la flavescence dorée sera détectée dans la région. Il faut se préparer. » La commission technique du vignoble s’intéresse en outre aux maladies du bois.

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