Viticulture

Publié le 29/03/2018

À chaque édition, Prowein établit de nouveaux records. Le salon allemand attire d’année en année plus de viticulteurs alsaciens.

Toujours plus de pays, y compris des inattendus comme le Brésil, toujours plus de surface d’exposition, toujours plus de visiteurs : le salon Prowein qui vient de se tenir du 18 au 20 mars à Düsseldorf affole une nouvelle fois les compteurs. Le nombre d’exposants a presque doublé, la foule des visiteurs s’est accrue de 57 %. Ces chiffres donnent à Prowein une audience planétaire. « Nous exportons peu. Mais si l’on veut voir ses clients et en trouver de nouveaux, c’est ici qu’il faut venir. C’est une vitrine sur le monde » constate Pascal Ruhlmann, du domaine Gilbert Ruhlmann Fils à Scherwiller. Les ingrédients de ce succès ne sont un mystère pour personne. La période est bien choisie, la durée de trois jours est jugée optimale (même si une prolongation d’un jour supplémentaire est à l’étude), le service est sans faille à l’image des verres régulièrement changés. Pour couronner le tout, un public professionnel accourt de tous les continents, y compris depuis peu d’Amérique du Nord, pour parcourir les allées. « Ce n’est pas un salon de touristes » confirme Nicole Bott, du domaine Bott Frères à Ribeauvillé. « On travaille de 9 à 18 h en non-stop » complète Jean-Daniel Boeckel, de la maison Boeckel à Mittelbergheim. Le salon est de plus en plus une juxtaposition d’identités en des îlots dont l’ampleur et la décoration veulent frapper les esprits, renforcer l’image d’un vignoble. Les stands individuels sont devenus denrée rare. La cave de Pfaffenheim et la maison Gisselbrecht à Dambach-la-Ville y tiennent encore. « J’y trouve mon compte. C’est un confort » estime Claude Gisselbrecht qui en est à sa sixième participation. Les autres Alsaciens sont regroupés. Le gros du contingent loge sur le stand collectif du Civa moyennant 3 600 € HT les 9 m² équipés. Parmi eux, cinq diVINes se serrent sur un seul stand pour « en minimiser le coût ». Le domaine Frey-Sohler de Scherwiller partage son emplacement avec des collègues de trois autres vignobles. Les espaces des importateurs, des agents ou d’associations accueillent leurs partenaires ou membres. Sur les dix-neuf exposants du stand Biodyvin, six sont Alsaciens. Ludivine et Jean Dirler, du domaine Dirler-Cadé à Bergholtz, ont ramené vingt-trois vins contre six il y a quelques années. « Je fais goûter le même vin sur trois ou quatre millésimes. C’est du relationnel. Les affaires se traitent ensuite par courriel ». Le domaine Schmitt-Carrer de Kientzheim, a trouvé sa place sur le stand de Bio Aquitaine. « Nous réalisons de 30 à 40 % de nos ventes à l’export et nous visons les 50 %. Le bio est demandé. Pour vendre au Japon c’est quasiment une obligation. Ici, nous sommes visibles. Nous revenons à Prowein après une tentative en individuel 2011. Cela avait été un échec total. Ce matin, nous avons enregistré une commande ferme » témoigne Roland Carrer. Tenir dans le temps Le danger de Prowein est d’y « tourner en rond ». Pour l’éviter, une seule solution : préparer sa venue en prenant des rendez-vous. « Nous en sommes à notre cinquième participation. Depuis trois ans, nous prenons contact avant. Ce n’est pas le nombre de visiteurs et de dégustations qui compte, mais la qualité de vos interlocuteurs. En 2017, j’en ai vu peu. Mais deux clients ont commandé et recommandé. Prowein est un salon positif pour notre domaine » affirme Jean-Marc Bernhard de Katzenthal. Autre conseil : « il faut tenir dans le temps. La commande ne se déclenche parfois qu’après la deuxième visite » indique Nicole Bott. « L’historique et une petite étude de marché aident à sélectionner nos vins, une cinquantaine cette année. Sur la durée, c’est un salon rentable » juge Pascal Keller, directeur de la cave Jean Geiler à Ingersheim. Avec ses tons ocre, noir et blanc, l’espace du Civa, même privé au dernier moment de son nouveau logo, a fait peau neuve. Chaque opérateur s’y affichait avec quatre ou cinq clichés noir et blanc. « C’est net, clair, simple » résume Philippe Zinck, du domaine éponyme à Eguisheim. Le message transmis par l’interprofession répondait tout autant à un souci de simplification. L’accent était mis sur le crémant, le riesling et le gewurztraminer. Pourquoi ces trois-là ? Tout simplement « parce qu’ils couvrent 60 % de la surface du vignoble ». La concision était aussi de mise pour les deux dégustations programmées chaque jour à heure fixe en allemand et en anglais. Christina Hilker, sommelière allemande experte de l’Alsace, a par exemple passé en revue en trente minutes chrono et deux ou trois phrases pour chaque, treize vins sélectionnés à l’aveugle par ses soins. Elle constate : « les Alsace reviennent doucement sur le devant de la scène. J’ai des demandes d’importateurs. Mais le style alsacien qui privilégie des vins avec du sucre restant font qu’il faut les marier avec des plats. Au contraire de vins secs que le consommateur allemand aime boire tout seuls ».                          

Confrérie Saint-Étienne

Martine Becker, la Grand Maître

Publié le 28/03/2018

Lors du chapitre général tenu vendredi 23 mars au château de Kientzheim, la confrérie Saint-Étienne d’Alsace a adoubé son nouveau Grand Maître, Martine Becker, deuxième femme à tenir les rênes de la vénérable assemblée. Une tâche qu’elle embrasse avec enthousiasme.

Après la traditionnelle prière d’ouverture, le Chancelier Receveur, Jean-Paul Goulby, salua l’immense travail du Grand Maître : le juriste avait parcouru son année avec « efficacité, détermination et clairvoyance ». Avec une pensée pour Joseph Dreyer, le refondateur en 1947, le Chancelier Receveur résuma ce 70e anniversaire qui marquera la confrérie par les nombreuses initiatives mises en place. Pascal Schultz rappela combien cette année fut pour lui enrichissante à la tête d’« un des vecteurs importants d’une plus grande diffusion de nos vins dans le monde ». Il avait eu, avec son Major, Christian Beyer, le temps de mener ses projets à terme, donnant à la confrérie les bases d’un nouvel essor. Il remit son collier à Martine Becker, en lui souhaitant « le plus grand bonheur dans l’exercice de ces très belles fonctions ». La nouvelle Grand Maître, deuxième femme à ce poste après Cécile Bernhard en 2009, dit mesurer l’honneur qui lui est fait. Dans son autoportrait, elle se dit femme dévouée aux vins d’Alsace, depuis le domaine familial à Zellenberg, entré en bio dès 1999. Polyglotte avec ouverture d’esprit aux cultures du monde, elle poursuivra la politique de charme avec sept ou huit chapitres à l’étranger avec la complicité de David Ling, Grand Conseiller à l’international. Les actions à venir seront à son image de DiVINes d’Alsace et elle compte bien marquer la confrérie d’une empreinte résolument féminine. Le Major Christian Beyer remit ensuite sa chaîne à Ignace Kuehn, viticulteur à Kientzheim. Christian a également porté le 70e anniversaire aux côtés du Grand Maître ; de plus il a lancé le cycle de conférences et les séances de rebouchage des vins ouvertes aux groupes sous l’œil vigilant d’Évelyne Bléger-Cognacq, maître de l’œnothèque. Ignace prend le flambeau et poursuivra la numérisation des quelque 65 000 bouteilles tout en mettant en œuvre le riche programme monté avec sa Grand Maître. Le Chancelier Receveur appela ensuite Jean-Marie Dirwimmer, ancien sommelier du Rendez-vous de Chasse à Colmar, Aimé Ehrhart, viticulteur à Wettolsheim, Jean Klinkert, de l’ADT, et Hervé Schwendenmann, président du Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace et du groupe Wolfberger, qui reçurent la chaîne de Grands Conseillers. Le nouveau Major proposa l’intronisation de Fanny Paillocher, du Domaine Karcher à Colmar comme Conseiller titulaire, puis au grade de Consœur Vigneronne avec Marie-Ange Gloeckler, viticultrice à Gertwiller. Enfin, Myriam Kuehn et Alexandre Kuehn furent reçus Confrères Apprentis. Les maisons primées au concours des Sigilles (juillet 2017 et janvier 2018) reçurent leur diplôme. Dans sa harangue, le héraut Jean-Louis Vézien (futur Grand Maître 2019) salua l’éclatante réussite des alsaces grâce à l’Appellation d’origine contrôlée qui demande abnégation, confiance, application et espérance au vigneron. Le dîner du chapitre servi dans la salle Schwendi avait été confié avec bonheur à Joseph Leiser de l’Auberge du Zahnacker à Ribeauvillé, fait Confrère Sénéchal de la confrérie.

Publié le 22/03/2018

Depuis 2017, les viticultrices alsaciennes Mélanie Pfister et Pascale Proust-Zinck sont à la tête de l’association Cercle femmes de vin. Elles font de la mise en place de quatre projets transversaux et de l’échange sur des problématiques professionnelles leurs priorités.

Officiellement, Cercle femmes de vins compte des membres ou des adhérentes. Mais bien vite au courant de la conversation, Mélanie et Pascale les appellent les « filles » ou les « copines ». « Il y a une grande cohésion entre nous, une ambiance, une vraie dynamique » expliquent-elles. Élues présidente et secrétaire l’an passé, elles prolongent l’élan créé il y a près de dix ans à la naissance de Cercle femmes de vin et une première dégustation organisée à Vinexpo. « La proximité géographique est sans doute un plus pour nous deux. Mais aujourd’hui les courriels et les applications pour se parler et se voir en direct nous rapprochent. S’entretenir avec nos collègues de Sancerre ou de Provence n’est pas un souci. Ce qui compte pour prendre de telles fonctions, c’est la motivation » estiment Mélanie, installée à Dahlenheim et Pascale, active au domaine Zinck à Eguisheim. À leurs yeux, les femmes de vin ont leur perception propre du vin. « Leur approche est plus émotionnelle, moins technique que celle que peut en avoir un homme » glisse Pascale. Le duo se sent des affinités pour « transmettre » et mener à bien des projets bien arrêtés. « Les associations régionales de viticultrices fédérées au niveau national par Cercle femmes de vin ont été fondées avec des objectifs souvent très différents. Mais une action développée par l’une peut être déclinée pour l’ensemble » affirme Mélanie. La première initiative a trait à la difficulté de recruter du personnel. « La problématique de trouver des salariés compétents et fiables est générale. C’est pourquoi les Dames de Cœur de Loire ont contacté tous les réseaux de formation de leur région dans le but de rendre visible aux jeunes le débouché viticole en participant aux forums d’orientation s’adressant aux collégiens et aux lycéens dans le but de susciter des vocations dans tous les domaines du vin » précise Mélanie. L’objectif est que les dix associations soient sur la brèche dans les rendez-vous d’orientation qui se tiendront début 2019. « L’école en vendanges » est un autre projet porté à l’origine par SO Femme et vin. En partenariat avec l’Éducation nationale, il s’adresse aux classes maternelles et primaires souhaitant découvrir la récolte du raisin et plus largement l’univers du vin. Une vidéo présentant cinq métiers du vin et des panneaux ludiques montrant le concept de vinification ont été réalisés et seront mis à disposition des associations régionales. Un hymne des femmes du vin Au rayon œnotourisme, ce sont les diVINes d’Alsace qui sont à la manœuvre. « Dans chaque région, il y a beaucoup d’initiatives individuelles. Mais nous pensons qu’il y a aussi de bonnes retombées quand des communications communes sont mises en place. Structurer des actions autour d’événements culturels comme un concert, une pièce de théâtre ou une exposition est porteur quand cela se termine avec des accords mets/vins » détaillent Mélanie et Pascale. Leur dernier projet est d’ordre caritatif. Il s’agit de collecter des bouteilles offertes pour des enchères prévues à l’horizon 2020. Le produit doit être versé à la fondation Cœur et Recherche afin de financer un programme relatif aux affections cardio-vasculaires féminines. Les événements nationaux sont en nombre limité car « la mécanique à mettre en œuvre est lourde. Mais, nous essayons d’être un maximum de personnes pour créer une dynamique et constituer un réseau d’entraide national avec des adresses, des points de chute dans chaque vignoble » indiquent Mélanie et Pascale. « Nous échangeons. Nous parlons de nos galères. Chacune partage ses expériences et en fait profiter ses collègues. Et nous jouons la défense du vin en mode collectif. Nous faisons la promotion de tous nos vins, pas de nos domaines ». Les collaborations commerciales ne sont pas la priorité même si Cercle femmes de vin organise tous les deux ans à Paris les Folies vigneronnes, une dégustation ciblant les professionnels et vient de tenir pour la troisième fois un stand au salon Prowein 2018 à Düsseldorf. « L’association donne accès à ce type de manifestation. Un stand commun limite les frais. En cas de besoin, on peut prendre conseil chez ses collègues » remarque Pascale. Pour encore resserrer les liens, des membres de l’association ont créé un hymne, entonné à chaque occasion. Il reprend l’air d’une chanson de Serge Lama. De nouvelles paroles ont été composées. Moitié en français, moitié en anglais. Qui a dit que Cercle femmes de vin ne comptait pas faire carrière à l’international ?            

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