Viticulture

Publié le 20/12/2017

Depuis ses débuts en cave en 1988, Sylvie Spielmann a l’habitude de mettre des bouteilles de l’année de côté. Son œnothèque est un éloge aux vieux vins d’Alsace.

« Étonnez-moi ! ». C’est sans doute la plus belle invitation qu’on puisse adresser à Sylvie Spielmann. Elle n’hésite pas alors à vous entraîner devant un impressionnant mur de bouteilles. Trente ans qu’elle vinifie. Trente ans qu’elle met soigneusement en réserve la mémoire de chaque millésime. Son argument, c’est cette œnothèque personnelle. Très exactement quatre-cent-vingt-trois casiers pour le moment, en attendant les deux rangées supplémentaires qui doivent être montées pour accueillir les cols qui dorment encore en caisses. Il n’y a que des vins du domaine dans ces niches numérotées. Il faut un escabeau pour atteindre ceux qui logent le plus haut. Sylvie s’est donné une règle : 100 bouteilles pour ses gewurztraminers et rieslings grand cru, de 48 à 60 cols pour ses lieux-dits, 24 pour ses sylvaners et pinots blancs, parfois plus si le millésime en impose. Les plus anciens remontent aux années soixante-dix, l’époque de Marie-Antoinette et Jean-Martin, les parents de Sylvie. Tous les cépages du vignoble y ont leurs témoins. Les crémants, y compris des magnums, s’y sont ajoutés en 2008, l’année où Sylvie s’est mise à en élaborer. « Depuis mes vingt ans, je suis une fanatique des vieux vins. Lors des fêtes de famille, mes parents en ouvraient fréquemment ». Sylvie a son idée sur le potentiel de garde des Alsace. « La lecture des menus servis à l’Académie française il y a un siècle, nous apprend que les plats étaient toujours accompagnés par des vins d’au moins vingt ans d’âge, y compris par un edelzwicker de Riquewihr. Dans l’Ami Fritz, Erckmann-Chatrian écrit bien que le vin du grand-père sert à faire découvrir le vin d’Alsace au petit-fils. J’ai goûté des Alsace exceptionnels. Un pinot gris 1959 à propos duquel je ne comprenais pas comme il pouvait être aussi vieux et autant exhaler les fruits exotiques. Un riesling 1971 m’a surpris avec ses arômes de fruits rouges ». Les grandes années de garde ne sont pas celles que l’on qualifie de « meilleures ». « Ce sont les plus équilibrées, avec une belle acidité. Il est faux de dire que les vins d’années chaudes n’ont pas de potentiel de garde. La nature trouve simplement son équilibre autrement. 1991 a été un millésime décrié. Je ne l’aimais pas non plus. Pourtant il m’a donné un riesling magnifique. Le riesling Kanzlerberg 2009 ne m’a pas convaincue l’année de sa naissance. Mais aujourd’hui, il associe un bel équilibre à de la finesse et à du fruité. Et 2010 sera un monstre de millésime, supérieur à 2015 ». Le beau potentiel de garde des Alsace Tout un chacun n’a pas accès à l’œnothèque de Sylvie. « Les vins vieux ne plaisent pas à tout le monde. J’y amène les personnes qui comprennent cette culture ». Ces vins témoins d’une carrière ne sont pas seulement des trésors qui dorment. Sylvie puise dans cette mémoire pour organiser des dégustations verticales, des soirées œnologiques, des dîners d’accords mets-vins qui réunissent 130 convives sur deux soirées. Cette année, elle avait choisi en dégustation à l’aveugle un sylvaner 1994, un muscat 1997, un pinot gris vendanges tardives 2000 et, pour corser le tout, un riesling lieu-dit actuellement en vente sur sa carte. « Ces vins me servent à montrer que les Alsace sont des vins de garde, plus accomplis au bout de dix ans, voire souvent davantage. Chaque viticulteur peut faire sa réserve. C’est son rôle de montrer sa passion pour ses vins en ne vendant pas toute la production de son année ». Présenter de tels vins aide aussi à écouler les millésimes en vente. « Cela inspire confiance ». Il arrive que Sylvie vende quelques-unes de ces bouteilles. Elle en offre parfois l’une ou l’autre. « C’est ma B.A. de la journée ! » glisse-t-elle, un sourire en coin. Sylvie a la possibilité de servir le vin de l’année de naissance de plus en plus d’amateurs qui viennent au domaine. « Les vieux vins font partie de ma personnalité » estime-t-elle. « Et mon œnothèque est une source d’émotions ». Sylvie s’incline devant le riesling et le gewurztraminer que lui donne le Kanzlerberg, un terroir de garde qui « l’étonne à chaque millésime ». Mais ne lui demandez surtout pas de classer ces années et ces crus par ordre de mérite. « Le meilleur vin n’existe pas en soi. Le meilleur, c’est le vin que l’on peut faire partager, qui procure paix et harmonie ». Et quand arrive la dernière bouteille d’une série ? « Je l’ouvre ! Ce n’est pas grave. Elle fera un souvenir. J’aurai été avec le groupe qui l’a bue. Il faut aussi se faire plaisir à soi. C’est un peu un crève-cœur, mais c’est la vie ! ».

Collectif « Les.9 »

Neuf jéroboams vendus aux enchères

Publié le 18/12/2017

Le collectif « Les.9 », regroupant des artistes de la région et le domaine viticole Gustave Lorentz à Bergheim, édite des étiquettes dédiées aux bouteilles de 3 litres. Les neuf premiers exemplaires d’un riesling grand cru Altenberg de Bergheim ont été mis à prix au musée Unterlinden mercredi 6 décembre. Les bénéfices de la soirée, 1 890 €, ont été reversés à une association caritative.

L’art et l’étiquette de vin, une histoire qui s'écrit depuis plusieurs mois. Ils sont une poignée de vignerons dans le vignoble à avoir ressenti une communauté d’esprit avec des artistes, à l’image de Jean Meyer (domaine Josmeyer) associant certaines de ses cuvées aux œuvres existantes d’artistes régionaux. Le projet du collectif « Les.9 » pousse cette relation encore plus loin. « Les.9 » - à savoir les artistes Guy Buchheit, Yves Carrey, Cheni, Daniel Dyminski, Philippe Hillenweck, Christophe Hohler, Justin Hug, Bernard Latuner et Hervé Spycher - sont en principe unis jusqu’en 2034 pour créer tous les trois ans avec un même vigneron trois étiquettes dédiées à un grand format de bouteille, le jéroboam. En 2016 naît une première étiquette ; elle est accolée sur une bouteille de pinot gris 2015 de la maison Gustave Lorentz à Bergheim (voir nos éditions du 9 janvier 2015). L’étiquette en toile, « la surface d’expression », a été subdivisée en neuf parties, histoire de « loger » le travail original de chacun des artistes. Pour le millésime 2016, il s’agit d’un riesling grand cru Altenberg, édité également à 234 exemplaires, toujours avec la complicité de la maison Lorentz. Les neuf premiers exemplaires de cette série ont été soigneusement mis de côté pour la bonne cause et emballés dans des caissettes en bois. Ces artistes se proclament « épicuriens » certes, mais aussi « humanistes ». Ces jéroboams signés ont été mis à prix mercredi 6 décembre, avec la complicité des services du musée Unterlinden, à Colmar, de Pascal Léonetti, sommelier, et de la galerie mulhousienne Courant d’art. Art, terroir, humanisme « Cette vente aux enchères ne faisait pas partie du projet initial. Mais, nous voulons aller au-delà de la démarche artistique et faire un geste supplémentaire », explique le viticulteur Georges Lorentz. La recette de cette vente a été affectée aux œuvres de Familles Solidaires, une association qui développe des projets d’habitat partagé et accompagné, en mobilisant par ailleurs de l’épargne solidaire. « Il y a la dimension artiste, certes, mais aussi la solidarité entre les hommes qui nous tient à cœur », précise Philippe Hillenweck, l’un des neuf artistes impliqué. « Chaque année, le collectif conçoit une étiquette spécifique et toujours originale pour un jéroboam de vin d’Alsace dont l’édition est limitée à 234 exemplaires. Le collectif est aussi invité en résidence pour créer des jéroboams et laisser une empreinte hors Alsace ». Ce travail a donc trouvé un prolongement en dehors du vignoble alsacien dans la vallée du Rhône cette année, en Corse en 2018, puis dans le Beaujolais en 2019. Fin mai, les artistes s’étaient réunis au restaurant Hug à Mulhouse pour faire le point sur l’avancée de leurs travaux. Pascal Léonetti en avait profité pour présenter des bouteilles du domaine Orenga de Gaffory, à Patrimonio, en Corse. Et s’il avait trouvé un intérêt particulier à l’exercice, c’est que le professionnel, qu’il soit viticulteur ou artiste plasticien, est « en phase totale de compréhension de sa matière première ». La dégustation des productions de ce domaine enraciné dans « un sol argilo-calcaire » n’était que la première étape de leur travail.  Que ce « cérémonial » se soit tenu au restaurant Hug n’était pas non plus un hasard. « Pour moi, l’aventure humaine est indissociable des aventures de table. D’ailleurs, en servant jusqu’à 1 heure du matin, nous avons régulièrement accueilli des artistes, sortant d’un concert ou d’un vernissage. Ça s’est parfois terminé en bœuf », précise Mathieu Calligaro, propriétaire du restaurant depuis 30 ans. Cette rencontre «a pour but de favoriser l’échange, le partage et la camaraderie, mais également de proposer un lubrifiant et du lien social entre des personnes d’horizons divers », explique Philippe Hillenweck. « Les.9 » synthétisent précisément ces trois points fondamentaux : l’art, le terroir, et l’humanisme. Mercredi 6 décembre, au musée Unterlinden, cela s’est une nouvelle fois vérifié. L’aventure se poursuit…

Cave historique des Hospices civils de Strasbourg

Le direct avec les vignerons plébiscité

Publié le 17/12/2017

La journée portes ouvertes du 2 décembre de la cave historique des Hospices civils de Strasbourg a rencontré un joli succès auprès d’un public nombreux et éclectique.

Point d’orgue de l’année pour la cave historique des Hospices civils de Strasbourg, ses rendez-vous viniques de décembre avec le public ont démarré le 2 de ce mois, avec une belle affluence. Cinq vignerons adhérents de la Sica (société civile d’intérêt collectif agricole) ont accueilli les visiteurs, amateurs éclairés ou néophytes, Alsaciens ou touristes. « Ce brassage de nationalités est un vrai bonheur, souligne César Augusto Franco, responsable commercial au domaine Xavier Muller à Marlenheim. Et donne l’occasion de faire rayonner les vins d’Alsace. » Il a mis un amateur éclairé au défi de reconnaître le cépage d’un des vins du domaine, le surprenant sylvaner signature cuvée Émile 2015, qui a « la puissance et l’opulence d’une vendange tardive ». Et précisé que le domaine va « développer à l’avenir sa gamme de pinot gris, à fort potentiel ». Jean-Marie Vorburger, lui, en a profité pour expliquer les subtilités entre grains nobles et vendanges tardives, les différences entre les millésimes. Il a créé une belle surprise avec son gewurztraminer Hospices VT La Quintessence 2011. Questions, échanges et découvertes Liste des participants et de leurs vins en mains, le public a pris plaisir à déguster sur chacun des stands, en fonction de ses préférences, tout en dialoguant avec les vignerons. En quête de cadeaux ou venus pour retrouver leurs vignerons favoris, les visiteurs ont découvert les nouveaux millésimes, le 2016 notamment pour la cave de Cleebourg, avec un auxerrois fleur de printemps. Quant au muscat grand cru Markrain 2015 du domaine Fonné à Benwihr, il a fait l’unanimité dans un groupe de Strasbourgeois. La cave a également offert à la dégustation des vins d’autres régions viticoles et d’institutions publiques gérant des domaines viticoles, comme la cuvée du terroir 2016 de la Légion étrangère. Philippe Junger, ancien responsable, n’a pas manqué de faire découvrir le plus vieux vin de la cave aux touristes et en particulier au consul général de Russie, Valery Levitsky, et à son épouse, Elena, venus pour la première fois à ces rencontres viniques. Ce rendez-vous cosmopolite, toujours convivial, devrait encore attirer foule pour son dernier rendez-vous de la saison, ce samedi 16 décembre, auquel huit vignerons participeront.

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