Viticulture

Groupe des jeunes vignerons du Synvira

L’image et l’émancipation au cœur des préoccupations

Publié le 18/01/2018

En 2018, le groupe très émancipé des jeunes vignerons du Synvira va poursuivre son travail de fond sur la valorisation de l’image des vins d’Alsace.

Dans la droite ligne des nouvelles aspirations de la jeunesse, le groupe des jeunes vignerons du Synvira tient à son indépendance dans une organisation hiérarchique non pyramidale. Si le groupe est tout de même représenté par Denis Hébinger, jeune vigneron en installation à Éguisheim, chacun des jeunes du Synvira nourrit essentiellement des projets de valorisation de l’image des vins d’Alsace, relativement éloignés de nombreuses problématiques syndicales qui touchent à l’organisation de l’appellation. Il souhaite avoir les coudées franches dans ses décisions et reste attaché à son autonomie décisionnelle vis-à-vis de ses aînés du Synvira. Les jeunes souhaitent en 2018 reconduire leur partenariat d’afterwork avec les chefs étoilés d’Alsace qui promeuvent à cette occasion la « formule jeune ». « Ça s’est plutôt bien passé, explique Denis Hébinger. Il s’agit d’apprécier à présent le retour sur image et de voir si les vins des jeunes vignerons sont effectivement référencés sur les cartes des chefs étoilés d’Alsace à travers des accords mets et vins. C’est un travail de longue haleine. » Le problème pour ces jeunes vignerons, résume Denis Hébinger, « est d’exister en tant que collectif ». Du coup, plusieurs exhibitions gastronomiques pourraient voir le jour en 2018. Une première consisterait en un repas gastronomique à la Maison d’Alsace à Paris, là aussi avec l’aide d’un ou plusieurs chefs étoilés d’Alsace. Le deuxième projet cible l’événement Millésime Alsace, où les jeunes vignerons souhaiteraient être représentés en tant que groupe constitué : « Notre groupe est légitime, nous représentons les voies de l’avenir et notamment celles des vins de lieu ». Au cours de cette représentation, « chaque jeune présenterait un cru de l’année n et n - 10 », une verticale donc à découvrir pour comprendre les caractères immuables d’un terroir. S’ajoutent à ces actions, un programme régulier de conférences et formations chez les uns et les autres, par exemple prochainement, le réseau d’information météorologique et d’outils d’aide à la décision champenois Prométée, ou encore sur l’histoire du syndicalisme viticole alsacien. « On aura d’autant plus de poids intellectuel et physique qu’une dynamique de renouvellement des idées s’installe parmi les jeunes générations », résume Denis Hébinger. De nombreux jeunes vignerons, de toutes les familles professionnelles s’interrogent sur le sens de leur travail, en voyant par exemple ce qui se passe dans la filière lait… De ce point de vue, la question du type de verre à vin en lien avec l’image des vins d’Alsace, qui pourrait paraître anecdotique, leur semble en réalité emblématique.

Publié le 18/01/2018

À Ammerschwihr, Frédéric et Arnaud Geschickt se sont définitivement réorientés vers les vins libres en 2013. Ils ont eu besoin de deux ans pour revoir leurs circuits de vente.

Au 1, place de la Sinne, ne cherchez ni panneau ni flèche qui inviterait à pousser la porte du porche d’entrée pour s’asseoir à l’une des deux tables en bois massif prévues pour déguster. Il n’y en a pas. Le temps où le particulier pesait 90 % des achats appartient au passé. Le domaine Geschickt a mené deux révolutions sur une douzaine d’années. La première a lieu en 1998. À l’époque, l’entreprise est dirigée par Frédéric et Christophe Geschickt. Les deux frères sautent à pieds joints dans la biodynamie après avoir suivi une formation au CFPPA de Rouffach. « C’est mieux. Les préparations aident les plantes à reprendre leur autonomie. La biodynamie est une démarche complète. Ce n’est pas simplement remplacer un herbicide par une intervention mécanique » souligne Frédéric. Les difficultés surgissent en troisième année. L’effet des désherbants de synthèse ayant cessé, l’herbe repousse vraiment. Le désherbage du cavaillon se pose avec acuité dans des sols bruns de la plaine, dans les coteaux argilo-calcaires et sur les arêtes granitiques. Ils exigent qu’on intervienne avec une charrue à rasettes quand la terre n’est ni trop humide, ni trop sèche. Aujourd’hui, le domaine a adopté des disques butteurs. Ils sont passés en moyenne trois fois par an. Le débuttage est effectué au moins une année sur deux. « La question du désherbage du cavaillon n’est jamais définitivement réglée » insiste Frédéric. Il composte ses propres marcs avec du fumier de vache. Il stimule ses vignes avec des préparations classiques en biodynamie (bouse de corne et silice) mais aussi plus originale comme la tanaisie qui remplace le BT. Selon l’année, il utilise entre 300 g et 1,5 kg/ha de cuivre métal. Depuis deux ans, il sème un rang sur deux des mélanges personnels à base de pois, féveroles, seigle et trèfle. Une telle stratégie vise des rendements mesurés. « 50 hl, c’est l’idéal. 40 hl, c’est vital » résume Aurélie Fayolle qui rejoint le domaine en 2012, en même temps qu’Arnaud, son compagnon, fils de Christophe. Cette double arrivée lance une deuxième révolution. Celle des vins non sulfités, non filtrés. Frédéric s’y essaye dès 2008 sur un crémant et un riesling. Il essuie un échec en 2009 avec un riesling. Il tente un pinot blanc en 2010. Il persiste les années suivantes. Arnaud donne de l’ampleur à ce choix en 2013. En 2014, 95 % des vins ne reçoivent plus de SO2. « Réussir une telle vinification n’est pas qu’une technique de cave. La qualité du raisin en est la clé de voûte. Elle suppose elle-même un bon équilibre microbiologique de la vigne » signale Arnaud. Avec Frédéric, il réalise un suivi méticuleux et ne lésine pas sur les analyses (acidité volatile, sucres) pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Un sulfitage de 1 à 2 g/hl intervient uniquement si la déviation repérée est jugée « irrémédiable » ou sur un vin présentant un profil de vendanges tardives. Deux ans à faire le dos rond La ligne est de produire en douze ou vingt-quatre mois d’élevage des vins secs à moins de 2 g/l de sucre restant, pinot gris et gewurztraminer compris. « En dégustation, notre échelle de valeur a changé. Nous sommes moins regardants sur la pureté aromatique et le fruit. La texture, la longueur sont devenues plus importantes. Il y a des oxydations qui peuvent s’accepter parce qu’elles ne sont pas préjudiciables à la vitalité du vin. Elles disparaissent lors du carafage. Ce sont des vins qui ont un truc en plus alors qu’on y met moins d’intrants » expliquent Frédéric, Arnaud et Aurélie. Sur la carte, leur gamme de vins de cépage, de terroir, de liquoreux et de bulles est flanquée d’un smiley qui précise le type de vin auquel le consommateur doit s’attendre. L’évolution de l’offre a entraîné un changement de clientèle. Aurélie y a passé une grande partie de son temps. « Nous avons participé aux événements organisés par des vignerons qui gravitent autour de grands salons comme Millésime bio. Ils reviennent moins chers et les personnes qui les fréquentent recherchent des vins de niche comme les nôtres. Nous nous sommes constitués un réseau de grossistes qui diffusent notre gamme auprès des professionnels. Nous avons développé l’export via des importateurs vers le Japon, les États-Unis, le Québec, l’Italie. Nous nous rendons au moins une fois par an à l’étranger. Environ la moitié des clients particuliers nous ont suivis. Leur part est tombée à 15 % des ventes » raconte Aurélie. La phase de transition a duré deux ans. « Il a fallu faire le dos rond et se contenter de peu » commente Frédéric, persuadé que le renouveau était une nécessité. « « Nous ne voulions pas connaître le sort de certains de nos collègues contraints d’arrêter la bouteille pour devenir vendeurs de raisins. Il fallait nous différencier en nous positionnant sur un créneau porteur ».

Publié le 17/01/2018

À Molsheim, Julien Boehler taille les ceps du domaine familial dans le double objectif de les faire produire selon leur vigueur et de les faire arriver à maturité en même temps.

Le domaine Boehler a quinze vins sur sa carte, crémant et vendanges tardives compris. Chacune de ses parcelles doit en fournir un, même si par la suite il arrive que des terroirs soient assemblés pour obtenir ce résultat. Pour y parvenir, le domaine suit deux stratégies de taille. René pratique la première sur deux baguettes et, selon le cas, un ou deux coursons. Cette approche traditionnelle est réservée aux vignes assez ou très vigoureuses, avec lesquelles l’objectif de rendement se situe entre 70 et 75 hl/ha. Il s’agit par exemple des parcelles destinées à fournir des raisins à crémant. Julien, son fils, de retour sur l’exploitation depuis 2016, essaye de convertir autant que faire se peut les parcelles qu’il taille en Poussard. Il a appris la méthode au cours d’un stage dans le Bordelais. Il l’applique aux parcelles destinées à produire 40 ou 50 hl/ha, 60 hl au grand maximum. Sur le terrain, Julien commence à observer le pied. Un coup d’œil peut lui suffire. Il peut aussi prendre vingt ou trente secondes avant de se décider. Son choix se porte d’abord sur des bois de 7 à 10 mm de diamètre. Il compose ensuite avec l’orientation des bourgeons. « Le premier doit être dirigé vers le bas et en direction du rang. C’est loin d’être évident. Il sort souvent du rang. Le deuxième œil est fréquemment aux environs du deuxième fil. Si une remise à niveau est nécessaire, je pratique une taille sévère qui influence négativement le rendement. Mon but est d’arriver à former le cep en Y. Le flux de sève n’est pas interrompu. Il circule dès lors dans la partie inférieure et latérale du pied » explique-t-il. Dans l’idéal, Julien laisse une baguette longue, qui atteint le dernier fil. Une fois liée, elle va favoriser la répartition du feuillage, évitant ainsi les paquets de végétation. Il laisse entre cinq et quinze bourgeons par souche en éborgnant un œil sur deux en moyenne. Concrètement, il ne va pas demander plus à un pied dont il estime seulement le potentiel à 20 hl/ha : le courson reste à deux yeux, la baguette à quatre avec l’espoir que chaque œil débourre. Il va tailler sur huit à douze yeux le cep qui se situe dans son objectif autour des 40 hl/ha. Mais il va « brider » par une taille à douze/quatorze yeux soit 50-55 hl/ha, le cep capable de contribuer à un rendement de 70 hl/ha. Dans ce cas, le double ébourgeonnage est systématique. « En procédant ainsi, un résultat peut s’observer en deux ans. Mais il se perçoit mieux au bout de cinq à six ans » juge Julien. De 2 à 5 % de vieilles vignes recépées Les vignes de dix ans se prêtent le mieux à la conversion. Celles de quarante ans sont plus réfractaires. « Les pieds sont montés, le bourgeon bien placé est rare. J’y passe le double de temps comparé à une autre parcelle. Je me contente de 400 pieds en sept heures au lieu de 800 » concède Julien. Pour contourner le problème, il a recours au recépage. « C’est un bon moyen de conserver mes vieilles vignes. J’y ai de plus en plus recours. Je pratique le recépage pour 2 à 5 % des pieds dans les parcelles concernées en gardant un pampre bien placé de l’année, sous le flux de sève ». Le jeune viticulteur estime ainsi que 70 à 80 % de sa surface peuvent être menés en taille Poussard. « Le temps passé est le facteur limitant » juge-t-il. « Mais c’est une piste pour endiguer la recrudescence des dégâts d’esca, répartir la végétation ». À la fin des vendanges, Julien calcule le rendement exact obtenu à la parcelle pour « avoir une idée de ce que chacune peut donner ». Il en tient compte pour adapter la taille de chaque pied. « Laisser une trop grande charge ne ramène pas plus de raisins à la récolte. C’est pourquoi je recherche de la précision pour m’approcher au plus près de ce qu’un cep peut donner. L’enjeu pour moi est d’arriver à une homogénéité de la maturité en partant d’une hétérogénéité de charge ». En pratiquant ainsi, Julien a constaté que les stades de la floraison et de la nouaison étaient plus réguliers car chaque pied peut correctement alimenter les bourgeons que le sécateur lui a laissés. En 2017, ses raisins à crémant et son pinot gris étaient mûrs simultanément. Julien veut y voir le signe que sa stratégie actuelle le met sur la bonne voie.        

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