Viticulture

Publié le 26/01/2018

Le vignoble alsacien constate une érosion de son chiffre d’affaires. À un problème de concurrence de plus en plus féroce s’ajoute une question de notoriété. L’Alsace a un problème d’image de marque. C’est pourquoi le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace a entrepris un grand chantier de rénovation de la marque Vins d’Alsace. Un chantier qui devrait aboutir à la présentation d’une nouvelle identité fin mars.

Existe-t-il un écart entre la perception des acteurs du vignoble et celle du public ? D’où vient la difficulté pour le public de bien reconnaître les vins d’Alsace : est-ce un problème d’uniformité dans les messages publicitaires ? Ou bien l’image des Vins d’Alsace nécessite-t-elle une petite cure de revitalisation ? Telles sont les questions que se pose le vignoble. Communément appelée « branding » dans le jardon du marketing, l’image de marque correspond à la perception qu’a le public d’une entreprise et de ses produits. Les consommateurs se font une idée d’une marque en fonction de leurs différentes expériences personnelles ou encore d’impressions qui leur sont suggérées, soit par les messages véhiculés par les médias, soit par leurs proches. Philip Kotler, le pape du marketing, estime que « tout l’art du marketing réside dans l’art de construction de la marque. Si vous n’êtes pas une marque, vous n’êtes qu’une marchandise - auquel cas seul le prix devient essentiel et celui qui produit le moins cher, sera le seul gagnant. » Le public se forge une impression d’une marque à partir de sa perception d’une multitude d’éléments concrets et abstraits. C’est pourquoi l’image « perçue » par le public diffère parfois de celle que l’entreprise a d’elle-même ou que celle-ci s’efforce de véhiculer. Pourtant, il est possible d’influencer favorablement cette perception et permettre in fine une meilleure valorisation de la marque sur l’ensemble des marchés. Un travail partagé dans le vignoble C’est pourquoi le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) a mis en place une série d’ateliers en collaboration avec des entreprises du vignoble (vignerons et chefs d’entreprise, responsables marketing…) pour construire l’image des Vins d’Alsace. Le préalable a été de définir les objectifs visés. Ensuite, les avantages différenciants du vignoble alsacien ont été listés. Vient enfin le temps du positionnement. « Le positionnement, c’est l’espace que j’occupe dans la tête des consommateurs. Il s’agit généralement d’une phrase courte qui résume l’image de la marque perçue par le consommateur », explique Tanguy De Prest, coach marketing au Civa. Pour développer l’image des Vins d’Alsace, trois éléments différenciants forts du vignoble, liés exclusivement aux vins d’Alsace, ont été déterminés. Le premier dénominateur commun du vignoble identifié est la diversité de ses terroirs. L’Alsace est une concentration de tous les types de sols présents dans le monde. Toutes les formations du primaire au quaternaire sont présentes. Cette diversité reflète la richesse et la diversité des vins d’Alsace. Le vignoble dispose de preuves pour étayer cet argument : un cataclysme géologique avec l’effondrement du bassin rhénan, la mer en Alsace, les vibrations d’un terroir puissant et unique (climat original et adapté, géologie, luminosité, énergies de la terre et du cosmos…), 51 grands crus, une mosaïque de terroirs avec 13 unités géologiques. Son deuxième atout est d’être une référence mondiale en vins blancs. Grâce à un savoir-faire éprouvé depuis des siècles, l’Alsace produit 90 % de ses vins en blanc, des vins frais, aromatiques, purs, sans artifices, emprunts de minéralité. L’Alsace est spécialiste des rieslings, liquoreux et effervescents, présente sur tous les marchés du monde, ayant obtenu de nombreuses reconnaissances, avec une gamme large pour tous les goûts et toutes les gastronomies. Enfin, les Vins d’Alsace se caractérisent par un vignoble à taille humaine, structuré par des familles, des hommes… Des domaines familiaux, des noms patronymiques sur les étiquettes, une histoire, un ancrage et un héritage fort, une identité alsacienne, une tradition d’accueil et de générosité (fêtes de villages, accueil en caves…), des parcelles de petites tailles, un travail artisanal, une conscience de l’environnement, des valeurs de respect… Sur la base de ces trois piliers, le Civa est parti à la rencontre de 40 entreprises pour analyser et croiser les retours de l’enquête de positionnement avec les conclusions des études consommateurs en cours de finalisation. Par ailleurs, plus de 1 000 entreprises du vignoble ont également reçu une invitation à donner leur avis sur ce travail de définition du positionnement. Des piliers à la construction d’une identité visuelle forte À partir de ces piliers, le Civa va élaborer une nouvelle identité visuelle. Difficile de trouver quelque chose de plus fondamental que l’identité visuelle dans la communication d’une entreprise. « En effet, l’identité visuelle va permettre à un consommateur d’identifier et de reconnaître le vignoble alsacien. L’identité graphique agit comme une marque de fabrique et véhicule des valeurs qui résonneront implicitement dans l’esprit d’un client », déclare Didier Pettermann, président du Civa. L’identité visuelle est définie par des codes graphiques réfléchis et elle permet de donner une uniformité et un sens à tous les documents produits. Logo, nom, signature de marque, couleurs, formes constitueront une charte graphique, véritable carte d’identité de la marque. Et maintenant le rendez-vous est donné en mars pour découvrir la nouvelle identité visuelle des Vins d’Alsace…

Association Vignes Vivantes

L’ère du partage des savoirs et des acquis

Publié le 22/01/2018

Le 9 janvier, la dynamique association Vignes Vivantes tenait une assemblée générale de début d’année, après une visite de découverte du tout nouveau domaine de l’Envol, à Ingersheim.

Pour sa première assemblée de l’année, Vignes Vivantes a rempli la salle du Civa, preuve du dynamisme de l’association, avec ses multiples facettes agronomiques, ampélographiques, mécaniques… Vignes Vivantes termine une année 2017 extrêmement bien remplie, avec son stagiaire agronome Sylvain Perrot-Minot, lequel va reprendre le laboratoire BRDA d’Yves Hérody. Son mémoire d’études, intitulé « Dynamique des matières organiques du sol et engrais verts, cas de partage de savoirs vignerons chez Vignes Vivantes », aborde l’aspect sociétal des partages de savoirs entre les vignerons de l’association. Si cette notion des savoirs « ascensionnels » est dans l’air du temps, Vignes Vivantes a été précurseur en la matière puisque l’association a été créée en 1997 ! Sylvain Perrot-Minot, compétent en informatique, a scellé les bases d’une plateforme internet de cartographies en open source, où l’on peut conjuguer et consulter sur une même carte en ligne les informations cadastrales, géologiques, agronomiques, pédologiques. Ce qui en ferait un outil extraordinaire à l’usage des vignerons pour communiquer sur les terroirs, tracer la viticulture, comprendre les terroirs, partager les savoirs… La question est désormais posée aux vignerons de Vignes Vivantes s’ils souhaitent faire partager au plus grand nombre les milliers de données pédogéologiques accumulées pendant plus de 20 années d’analyses. C’est aussi la notion de partage qui est mise à profit avec les plateformes partagées de compostage biodynamique, sur deux sites en 2017. Une approche collective destinée à remédier à la problématique de l’insuffisance des matières organiques en monoculture de vigne. Attention, Vignes Vivantes n’a pas le statut d’agrofournisseur. Aux vignerons donc de trouver à s’organiser. Mais un logiciel d’évaluation du coût développé sur tableur par Matthieu Deiss permet d’estimer le prix de revient du compost élaboré et épandu à 50 €/t, une somme modique comparée aux amendements du marché. Toujours s’agissant des matières organiques, Vignes Vivantes a décroché en 2016 le label GIEE (Groupement d’intérêt économique environnemental) pour ses projets engrais verts. 11 exploitations sont mises en réseau pour tester différents mélanges d’engrais verts, sur différentes pédogéologies et selon différentes techniques de semis à différentes dates. « Cela n’empêche pas qu’il faut respecter les bases de l’agronomie, chauler, et fertiliser le semis », a souligné l’animatrice Isabelle Kuntzmann. Les effets sur la vigueur et les teneurs en sucres fermentescibles des sols seront mesurés, en lien avec les différents types de couverts. Des conseils seront prodigués en tenant notamment compte des cycles de l’azote et des éléments minéraux restitués, de la qualité de l’exploration racinaire des différents couverts… Enfin, Vignes Vivantes, c’est également un groupe de vignerons affiliés à l’association Atelier paysans pour concevoir et réaliser des outils de viticulture  spécifiques, tels que les étoiles de « Boudibinage » ou des semoirs de semis direct. Les vignerons ont aussi mis en place un conservatoire ampélographique à Marbach.

« Crémants d’Alsace Magazine »

Un numéro bien rosé

Publié le 22/01/2018

En kiosque et proposé sur le comptoir de dégustation des vignerons et metteurs en marché de vins d’Alsace, le dernier numéro de « Crémants d’Alsace Magazine » se consacre notamment aux crémants d’Alsace rosés, qui ne proviennent pour l’heure que du pinot noir, sauf expérimentation… Une garantie de signature et d’authenticité et une exigence de pratique qui vont au-delà de l’ensemble des rosés effervescents du marché…

Il y a deux façons de vinifier des vins rosés. Une manière simple consistant à couper des vins blancs avec un peu de rouge. Et une manière complexe consistant à n’utiliser que des raisins rouges et à les macérer pendant un temps donné de manière à ce que les pellicules cèdent un peu de couleur au jus, mais pas trop. Toute la difficulté réside dans la juste macération pour obtenir la couleur souhaitée. Mais au final, l’un comme l’autre font du rosé. Le sujet est sensible, car certaines appellations comme les rosés de Provence veillent scrupuleusement à ce que le consommateur soit bien informé pour savoir s’il s’agit d’un rosé de coupage ou de macération. En 2009, les producteurs provençaux étaient montés à Strasbourg pour dénoncer un flou juridique introduit par la Commission européenne sur l’étiquetage des rosés. Et avaient eu gain de cause… Cela dit, la plupart des rosés effervescents ou en vins tranquilles du monde s’autorisent les deux pratiques. Mais quelques appellations, dont les crémants d’Alsace, s’imposent l’exigence des macérations et saignées, et s’interdisent les coupages de blancs avec du rouge. Qu’on se rassure en Alsace, le cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « Crémant d’Alsace », homologué par décret, stipule que « les vins rosés sont issus du seul cépage pinot noir ». Avec des raisins blancs à l’essai, mais en macération Donc, pas de raisins blancs dans le crémant d’Alsace rosé, ce qui constitue là une garantie sur la qualité, et surtout l’authenticité et l’homogénéité de style bien encadré par le règlement d’appellation. Une réglementation appelée peut-être à évoluer : en effet des expérimentations sont en cours pour maintenir la phase de macération, mais introduire une macération d’une petite proportion de pinots blancs. Absolument pas de coupage de vins donc ! Ne pas y voir là une révision à la baisse de la qualité, car on préserve la macération et on s’interdit les coupages colorants, explique Olivier Sohler, directeur du Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace, mais simplement un alignement sur les pratiques champenoises qui autorisent des raisins blancs dans leurs rosés. Cela dit, à l’intérieur de ce cadre bien prescrit, un large panel de pratiques laisse encore le champ libre aux domaines et maisons viticoles alsaciennes pour affirmer des styles et du caractère. Ce que nous avons d’ailleurs constaté dans notre dégustation de la soixantaine de crémants rosés pour la revue Crémants d’Alsace Magazine, désormais en kiosque et chez vos vignerons… Viser la juste coloration À commencer par la phase de macération préfermentaire au pressoir des raisins dont l’intégrité des baies doit être rigoureusement préservée, de la vendange, obligatoirement manuelle, à leur introduction dans le pressoir ! Cette phase de macération, durant laquelle les baies sont en contact avec le jus, conduit les pellicules du pinot noir à céder au jus de la couleur, les fameuses anthocyanes, et des tanins : plus on attend, plus la phase liquide se colore, et plus le jus d’abord rosé tend vers un rouge éclatant. Tout l’art du vinificateur est de viser la juste coloration sur jus, sachant que le jus, puis le vin, perdront ensuite de la couleur tout au long du processus de vinification. Et en bouche, cette macération au pressoir n’est pas sans effets sur la tannicité du futur crémant, c’est-à-dire ses notes astringentes. Le risque est de se retrouver avec un crémant trop charpenté. Le crémant rosé, c’est tout un art ! D’où un contrôle gustatif de tous les instants du jus s’écoulant sous le pressoir, et une parfaite connaissance préalable de la qualité de sa vendange de pinot noir, qui ne doit en aucun cas être trop mûre. De toute façon, le vin serait trop riche naturellement en alcool pour prétendre à une deuxième fermentation en bouteille et acquérir encore 1,5 degré d’alcool supplémentaire. Imaginez un crémant à 15°… Bref, le crémant rosé de pinot noir, c’est tout un art. Et c’est une niche alsacienne qui généralement ne souffre d’aucun problème de commercialisation. Mais l’on comprend aisément que l’obtention de la couleur lors de la phase de macération prolongée au pressoir, constitue un aspect essentiel de la réussite du crémant d’Alsace rosé. Les œnologues le disent en général : « Le rosé est la vinification la plus compliquée qui soit », pour viser la juste couleur, qui conditionnera de toute façon le cerveau du dégustateur sur la qualité du vin. Explication avec le neurophysiologiste Gabriel Lepousez dans la revue Crémants d’Alsace Magazine. Des accords gastroviniques étonnants Toutefois, les couleurs du crémant rosé d’Alsace, du rose pâle au rose intense, avec des nuances du violet au jaune, en passant par le tuilé, le cuivré, l’orangé, l’œil-de-perdrix, réservent parfois d’énormes surprises en bouche. Ceci pour deux raisons : le vinificateur a tout loisir de doser les vins en sucres selon son bon vouloir, et à la différence des crémants de raisins blancs, le rosé de pinot noir peut contenir ces tanins astringents, lui conférant une certaine charpente gustative. Ce qui explique d’ailleurs les propositions gastroviniques des sommeliers d’Alsace, qui sont parfois allées sur des accords de viandes rouges et même du gibier ! Et c’est ainsi, que le crémant rosé d’Alsace, bien qu’il soit encore réservé à un marché de niche, s’offre à lui une extraordinaire palette gastronomique, pourvu que l’on retrouve dans les plats, de-ci de-là, des baies de petits fruits rouges qui viennent en accompagnement, en garniture, ou qui constituent le centre d’intérêt du mets. Ça tombe bien ! La gastronomie alsacienne adore ces baies de petits fruits rouges - airelles, cassis, framboises, groseilles, fraises, fraises des bois - qu’elle décline sous toutes les formes de plats salés ou sucrés.

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