Viticulture

Pour les 70 ans de la confrérie Saint-Étienne

À la découverte de l’une des plus petites régions viticoles d’Allemagne

Publié le 05/01/2018

Pour son 70e anniversaire, la confrérie Saint-Étienne propose une série de conférences. La troisième d’entre elles avait pour thème « L’Alsace en quête de notoriété mondiale, l’expérience du Rheingau ».

L’intitulé de la rencontre pouvait paraître trompeur. En fait, ce n’est pas d’Alsace dont il était question, mais du Rheingau, région historique de la production viticole en Allemagne. « Une conférence originale qui présente le Rheingau non pas comme modèle, mais comme expérience, car il est toujours bon de s’inspirer de ce que font les autres », a indiqué Pascal Schultz, grand maître 2017. Pour présenter cette expérience, Theresa Breuer viticultrice à la tête d’un domaine de 34 ha produisant à 80 % du riesling et le reste en pinot noir (Spätburgunder). Elle a repris le domaine familial pionnier dans la classification des crus (premier cru : erste Lage et grand cru : grosse Lage). « C’est une conférence positive et totalement dépassionnée pour progresser dans la réflexion et la paix », a poursuivi Pascal Schultz. Le Rheingau, une marque connue dans le monde entier Le Rheingau se trouve à environ 300 km au nord de l’Alsace. L’Allemagne compte 13 régions viticoles représentant 100 000 ha. Le Rheingau dispose de 3 200 ha. Thérésa Breuer est installée à Rüdesheim am Rhein. « Le Rheingau est une zone particulière, où le Rhin effectue deux virages, avec un terrain granitique d’abord, et plus on va vers le nord, plus il y a de schistes. L’autre particularité de ce terroir est qu’il dispose de collines culminant à 600 m d’altitude. Grâce au Rhin, ses vins sont connus de longue date un peu partout dans le monde. Historiquement dans le Rheingau, le Rhin est source de finances et vecteur d’exportation. 80 % du vin y est vendu en bouteille par le producteur. Il y a très peu de coopératives, mais les domaines viticoles deviennent de plus en plus grands. Le Rheingau est devenu une marque, car ses vins ont un caractère propre ». Theresa Breuer est issue de la quatrième génération d’une famille étroitement liée au vin, la première génération était négociante et vendait du vin de toute l’Europe. Le vin produit alors dans le Rheingau était sucré et léger, comme le Liebfrauenmilch. « Il y avait un risque de perdre notre identité. Mon grand-père n’avait pas donné de définition précise à nos vins, tout en gardant un attachement aux vins sucrés. Mon père a choisi une orientation toute différente. De voyages en France, il rapporte les appellations et essaie de les faire connaître à des confères en tant que président régional du Verband Deutscher Prädikatsweingüter (VDP), l’union des viticulteurs allemands. Mais il décède en 2004, sans avoir vu le résultat de son œuvre. En Allemagne, la classification a été entamée dans les années 1980, mais il n’y a toujours pas de réglementation juridique à ce sujet. La génération de mon père a amorcé une révolution en termes de qualité, le vignoble a gagné en attractivité. » Un riesling élégant et sec Le vignoble du domaine Georg Breuer est composé de 135 parcelles, essentiellement orientées vers le sud. « La vendange 2016 n’est pas encore en vente chez nous, alors que les clients viennent nous réclamer du 2017. En revanche, nous sommes parmi les premiers à être dans les vignes pour la récolte. Notre objectif est de produire un riesling clair, donc les raisins ne sont pas trop mûrs. Pour avoir un riesling élégant et sec, avec un degré d’alcool plus faible (11,5 °), il ne faut pas de pourriture. » Ses vignes produisent 52 hl/ha, bien en dessous de la moyenne de la région (90 hl/ha). Les rieslings restent huit à neuf mois en cave (cuve bois ou inox) avant la vente. Le domaine commercialise neuf rieslings différents, vendus de 9,20 à 19,20 € et un grand cru à 36 €. La seconde invitée, Eva Fricke n’a pu être présente pour cause de maladie, mais sa consœur s’est chargée de présenter son domaine. Née dans l’Allemagne du Nord, Eva Fricke découvre l’industrie des boissons alcoolisées durant un stage dans la brasserie Beck’s. En 2006, elle s’installe à Lorch, un terroir composé de schistes, un peu délaissé par les viticulteurs. Elle agrandit son exploitation à partir de 2010 pour atteindre 12 ha aujourd’hui. Ses rieslings sont différents de ceux de Theresa Breueur, car ils sont le résultat de la recherche d’un équilibre entre le côté sec et sucré du cépage. Les questions des participants à la conférence avaient trait aux techniques de production employées par Theresa Breuer, mais aussi à la communication de la région du Rheingau et à la classification des vins en Allemagne. « Pour le marketing, nous versons une cotisation au Deutsche Weine Institut qui redistribue les fonds collectés entre les différentes régions viticoles. Il est difficile de trouver un profil clair et une communication globale. Le Rheingau est déjà une marque, mais il reste beaucoup à faire. La nouvelle génération veut à la fois être sur le tracteur et s’occuper des autres aspects du domaine. Plusieurs petits groupes se développent et les clients apprécient cette dynamique. Dans le monde entier, il y a une tendance vers l’attachement aux racines, la recherche d’une identité propre, de là où on vient. C’est très attrayant lorsque l’on fait du vin », conclut-elle.

VITICULTURE

La faute au gel

Publié le 05/01/2018

Le gel a tiré un trait sur une partie de la récolte dès le mois d’avril. Elle n’atteint pas le million d’hectolitres, mais les vins s’annoncent de belle facture. Au moins ça !

Le vignoble se serait bien passé de savoir dès le printemps que le niveau de la vendange 2017 serait très probablement bas ! 855 000 hl comme le prédit fin juillet le modèle de l’interprofession et du pôle technique vigne ? Vraisemblablement. En deux nuits consécutives à des températures de - 3 à - 6 °C, le gel des 20 et 21 avril accentué par un vent du nord a sévi sur environ 4 500 ha. 1 800 ha sont très sévèrement touchés autour de Colmar et Scherwiller, mais aussi Saint-Pierre et Ergersheim. Les dégâts sont importants car la vigne avait pris de l’avance. Elle débourre le 4 avril et trois semaines après les parcelles les plus pressées déclarent déjà quatre à cinq feuilles étalées. Les zones de plaine et le précoce gewurztraminer deviennent dès lors des victimes désignées de ce froid glacial devant lequel les viticulteurs sont démunis. La vigne n’avait pas besoin de ça dans la mesure où elle sort d’une année 2016 compliquée, marquée par un manque de luminosité et de chaleur, des vendanges étalées dans le temps et une chute précoce des feuilles. Ces éléments ont influencé sa fertilité et l’ont empêchée de refaire ses réserves de manière optimale, d’où un plus faible nombre de grappes par souche au printemps 2017. Le gel reste l’épisode majeur de la campagne. Le printemps chaud n’autorise pas l’installation du mildiou et de l’oïdium. La floraison se concentre sur une semaine début juin avec une dizaine de jours d’avance sur un calendrier normal. La véraison intervient le 1er août alors que certaines vignes souffrent de stress hydrique. La faible charge favorise la maturité. Avec 2003, 2007 2009 et 2011, le nouveau millésime fait partie des cinq plus précoces des quarante dernières années. Les premiers raisins à crémant sont coupés dès le 24 août dans le secteur de Colmar. Un volume d’au moins 230 000 hl est nécessaire pour tenir le courant de vente futur. Le ban de l’AOC Alsace est ouvert le 30 août. Fin septembre, l’essentiel des raisins est parvenu en cave dans un état sanitaire particulièrement sain. Les domaines les plus mal lotis doivent se contenter de moyennes d’exploitation entre 35 et 55 hl/ha. La matière première ne cause pas de soucis particuliers aux vinificateurs. Le niveau de bourbes est faible, les jus sont clairs et partent rapidement en fermentation malgré, parfois, un faible taux d’azote assimilable. Si certaines cuves présentent un caractère vert, c’est loin d’être une généralité. L’équilibre sucre/acidité est assuré. Muscat, sylvaner et riesling font preuve de typicité. Avec sa belle structure acide, le pinot gris apparaît comme l’une des réussites d’un millésime qui en rappelle un autre aux plus anciens : 1947 ! Le millésime apporte également un beau lot de vendanges tardives. Au 11 décembre, des revendications sont déposées pour quasiment 13 912 hl, soit le triple de 2016 (4 237 hl), mais presque 10 000 hl de moins qu’en 2015 (23 742 hl). Assez classiquement, le gewurztraminer fait l’objet d’un maximum de constats pour 9 302 hl dont 3 466 hl de SGN. Le pinot gris le suit avec 3 629 hl dont 2 071 hl de SGN. Riesling et muscat ferment la marche avec respectivement 563 et 413 hl et une majorité de VT. Un léger rebond des ventes entre janvier et octobre 2017 Les Alsace reprennent un peu du poil de la bête sur leurs marchés. Sur douze mois glissants, de novembre 2016 à octobre 2017, ils retrouvent leur rythme de vente sur l’année 2016 à 961 000 hl. Sur les dix premiers mois de 2017 à fin octobre, la hausse est même de 1,3 %. Les opérateurs n’hésitent visiblement pas à puiser dans un stock qui, fin 2016, pèse deux ans et demi de ventes moyennes. Pour sa part, l’appellation crémant d’Alsace qui pèse un quart de la commercialisation du vignoble, accuse le coup de la baisse des volumes rentrés en 2015. Ses ventes totales baissent de 1,6 % à 250 895 hl sur douze mois mobiles et de 2,9 % à 182 950 hl sur les dix premiers mois 2017. Sur les dix premiers mois 2017, le marché bouteilles français progresse de 2 %. Les ventes à l’export s’élèvent à 245 000 hl sur douze mois. La Belgique et les Pays-Bas, deux pays où l’Alsace réalisait de très bons scores, poursuivent leur descente aux enfers. Le premier recule de 5 % en volume et de 4 % en valeur mais occupe toujours la première place des destinations des Alsace à l’étranger avec 35 000 hl. Les seconds concèdent 13 % à 17 000 hl et se retrouvent numéro trois à l’exportation. L’explication est toujours la même : sur ces marchés de prix, les opérateurs quand ils n’abandonnent pas la partie, ont du mal à faire des offres jugées suffisamment compétitives. L’Allemagne s’intercale entre ce duo avec 25 000 hl (+ 4%). Canada (+ 13 %), Suède et États-Unis (+ 6 %) forment le trio suivant avec à peu de chose près le même volume d’achat : 15 000 hl. L’élément positif est que ces marchés dégagent de meilleures valeurs ajoutées. Avec la faible récolte attendue, les transactions en vrac ne sont pas légion. Le faible nombre de lots échangés empêche souvent la publication des mercuriales. Quand elles le sont, les écarts types sont parfois considérables. Dès octobre l’ensemble des cépages est sans surprise orienté à la hausse. Le sylvaner se négocie en moyenne à 1,93 €/l, le pinot blanc à 2,19 €, le riesling à 3,19 €, le pinot gris à 2,89 € et le gewurztraminer à 4,20 €. De son côté, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace prépare un renouvellement de sa communication auprès des consommateurs. Annoncée comme « dynamique et offensive », la nouvelle image des vins d’Alsace doit permettre au vignoble de renouer avec ses anciennes performances commerciales tout en satisfaisant une quête de meilleure valeur ajoutée.

Viteff - conférences des œnologues

Sulfites et santé : état des connaissances

Publié le 05/01/2018

Même si le vin n’est de loin pas la principale source de sulfites dans l’alimentation, la question de l’intolérance ou de l’allergie aux sulfites, difficiles à diagnostiquer, reste néanmoins une réalité médicale.

Au Viteff, dans le cadre d’une session consacrée au soufre, les œnologues de Champagne ont fait venir le médecin François-Marie Tanazacq qui a proposé une actualisation des connaissances sur la toxicologie des sulfites. « Ils posent de réelles problématiques d’intolérance ou d’allergie, pour certains sujets, certains aliments et sous certaines conditions. Et le vin n’est pas en première ligne », introduit le médecin. Il s’agit, selon lui, de bien comprendre et prendre connaissance du message médical « avant que l’on ne vous impose un jour de préciser l’exacte dose de SO2 sur l’étiquette ». Parce qu’il est très soluble dans l’eau, le dioxyde de soufre inhalé s’attaque en particulier aux muqueuses humides de l’appareil respiratoire, de la conjonctive (au niveau de l’œil) et de la peau humide. Si le nez résorbe la majeure partie du SO2, il peut causer des altérations histologiques, jusqu’à provoquer la dégénérescence de l’épithélium olfactif et entraîner des troubles de l’anosmie. Dans les voies respiratoires, la littérature rapporte que le métabissulfite de sodium provoque des bronco-constrictions et des crises d’asthme chez les asthmatiques. La détoxication du SO2 s’effectue par la voie de la sulfite - oxydase, une enzyme qui dégrade le SO2 en sulfate, avec comme co-facteur enzymatique le molybdène. Alors les sulfates sont éliminés par les urines. De même, après ingestion de SO2, par exemple dans alimentation, c’est toujours la voie de la sulfite - oxydase qui est impliquée pour détoxifier le SO2. Il est ainsi indiqué que l’organisme est capable de métaboliser jusqu’à 2 g de SO2 par jour. En cas d’intoxication, le SO2 détruit la thiamine, c’est-à-dire la vitamine B1. Dont la carence aiguë est connue pour induire des troubles neurologiques graves décrit sous le nom de béribéri. Les symptômes suite à une intoxication aiguë au SO2 par inhalation dépendent de l’état antérieur du sujet. Un cas de fuite massive en atmosphère confinée de bouteille sous pression de SO2, avec une teneur 4 000 fois supérieure à celle de l’air ambiant, a provoqué des brûlures avec risque de cécité, brûlures du nez, de la gorge et de la peau, une dyspnée (difficulté respiratoire) intense, des douleurs de la poitrine, nausées, vomissements, fuites urinaires, « la mort survient par arrêt respiratoire ». En cas d’intoxication, la conduite à tenir se résume en trois lettres : PAS - pour se protéger, alerter et secourir. Il s’agit de pratiquer la ventilation artificielle. Sur une brûlure, appliquer la règle des trois fois 15 : arroser la zone des lésions avec de l’eau à 15 °C, pendant 15 minutes et à 15 cm de la lésion, si possible en Position latérale de sécurité (PLS). Information à destination des vignerons : « En médecine, on considère que le soufre pur est très peu toxique. Je me demande donc ce qui est irritant lors des poudrages ? Si ce n’est pas le soufre pur, ce sont les adjuvants et autres coexcipients », en déduit François-Marie Tanazacq. Un conservateur très répandu Revenons au SO2 : en cancérogenèse, il est classé dans le groupe 3, « c’est-à-dire celui dont on ne sait rien ! » Sur le plan toxicologique, la norme d’ingestion maximale est fixée à 10 mg/kg, une dose qui est très souvent dépassée si l’on additionne le SO2 de toute une ration alimentaire quotidienne. Car le SO2 est universellement répandu, le vin n’étant pas la plus importante source de ce conservateur que l’on trouve à des doses records, par exemple dans les crevettes et autres crustacées, trempées directement dans des solutions de bisulfites, puis conservées dans de la glace sulfitée sur l’étal des poissonniers. La DJA (dose journalière admissible) du SO2 est fixée par l’OMS à 0,7 mg/kg/jour. Mais le grand problème du SO2, c’est l’allergie aux sulfites ; certains parlent d’intolérance car parfois, les tests cutanés et respiratoires ne révèlent pas d’anormalité. « On identifie pourtant la responsabilité des sulfites dans de véritables chocs allergiques et anaphylactiques » qui entraînent des démangeaisons, de l’urticaire, voire un œdème de quincke, des spasmes, jusqu’à un effondrement de la tension artérielle et un arrêt cardiorespiratoire. Allergie ou intolérance, les malades sensibles au SO2 s’expriment de façon très aléatoire et variable : « Il faut un type de produit sulfité, une personne sensible et les circonstances. » D’où une réelle difficulté pour les médecins à attribuer les signes cliniques aux seuls sulfites. Ce qui donne lieu à des controverses sans fin… « Même l’adrénaline du stylo à utiliser en cas de choc anaphylactique, contient du métabisulfite ! » « Ni les patients, ni les médecins ne sont à la noce » dans cette question des sulfites. « Les intolérants aux sulfites sont de vrais malades et cette pathologie peut leur gâcher la vie. »

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