Viticulture

Publié le 15/12/2017

Un colloque transfrontalier sur « les bioagresseurs invasifs des vergers et des vignes du Rhin supérieur » se tenait le 9 novembre à la Chambre d’agriculture Alsace. Avec une première intervention de Werner Dahlbender et Olaf Zimmermann sur quatre nouveaux « bioagresseurs ».

Ce colloque consistait à restituer les connaissances actualisées sur des « bioagresseurs » potentiellement destructeurs de cultures et les moyens de défense, grâce à un programme de recherche transfrontalier appelé InvaProtect. Engagé il y a deux ans suite aux fameuses invasions de drosophiles suzukii, ce programme de recherche intègre de nombreux spécialistes français, allemands et suisses. Nous reviendrons ultérieurement sur différents sujets abordés lors de cette journée et présentons d’abord quatre espèces invasives, potentiellement dangereuses pour les cultures, identifiées dans le fossé rhénan, autour du lac de Constance et le Rhin supérieur. Parmi les facteurs responsables de leur présence : le changement climatique et le commerce mondial. Elles font l’objet d’avertissements, de prédictions et de recommandations pour le contrôle. D’origine asiatique, la punaise diabolique (Halyomorpha halys), présente autour du lac de Constance et dans le fossé rhénan, semble inquiéter par sa dynamique de propagation et cause des dégâts sérieux en arboriculture. On la retrouve sur des cultures légumières - comme la tomate - forestières, ornementales, maïs, soja, plantes fructifères - comme le poirier - ainsi que la vigne. Autre espèce invasive, la cicadelle pruineuse (Metcalfa pruinosa) est présente dans tout le Rhin supérieur et possède plus de 300 plantes hôtes, dont l’ortie, la vigne… Préférant les habitats semi-ombragés, « des dégâts viticoles sont attendus dans les années à venir », estiment les observateurs, mais il n’y a pas de dégâts pour l’heure. Si pour cette cicadelle des parasites ont été trouvés, la punaise diabolique n’a pas d’antagoniste local ! Quant à la cochenille blanche du mûrier (Pseudaulacaspis pentagona), elle s’attaque aux pêchers, aux mûriers, à certaines variétés de cerisiers. On lui connaît deux larves antagonistes : Encarsia et Aphytis. En raison de son potentiel de propagation, il est conseillé d’agir rapidement dès les premières attaques identifiées, en coupant et incinérant les parties des arbres infestées. Enfin, la cochenille rouge du poirier (Epidiaspis leperii) est bien installée. Si les dégâts sont pour l’heure limités en arboriculture en France, il est cependant conseillé d’incinérer les bois touchés. Très dissimulée, elle est difficile à identifier. L’insecte s’attaque à pas mal d’arbres fruitiers, poiriers, mirabelliers, quetschiers et même des pins. La lutte est basée sur l’arrachage et l’incinération des bois. On connaît deux prédateurs auxiliaires contre cette cochenille, les cécidomyies et les coccinelles, et un lépidoptère parasite.

Publié le 14/12/2017

À Gertwiller, Marie-Joëlle Schneider et David, son fils, font le pari de diminuer la part du vrac au profit de la bouteille. Leur caveau réaménagé de manière originale est le fer de lance de cette évolution.

L’histoire du domaine Schneider s’est longtemps résumée au seul vrac. Elle est initiée par Robert à la fin des années cinquante alors que l’exploitation se partage quelques années encore entre quelques grandes cultures et des vergers. Elle se poursuit à partir de 1982 avec Jean-Marc, l’époux de Marie-Joëlle, qui reprend un domaine désormais spécialisé dans le vrac à côté d’une activité de courtier. Elle prend un tournant en 2009. Deux ans après la disparition de Jean-Marc, David, 24 ans à l’époque, décide de déménager son matériel à Goxwiller où il possède un bâtiment et de se lancer dans la bouteille. « C’est un peu énervant de faire tout le travail à la vigne et en cave et de ne pas avoir le retour du consommateur final » explique-t-il. Marie-Joëlle qui tient toujours le rôle de chef d’exploitation, partage cet avis. Mère et fils y vont donc « au culot », pour reprendre leur expression. « Comme notre façade donne sur l’une des deux grandes artères du village, nous avons ouvert le portail et placé un panneau sur le trottoir vantant notre premier rosé. C’est comme ça que nous avons eu nos premiers clients ». David vinifie tous ses vins avec le même itinéraire quel que soit leur circuit de vente. Il réalise un pressurage de trois à cinq heures sur des raisins récoltés mécaniquement à l’exception de ceux qui servent aux cuvées. En sortie de pressoir, il sulfite ses jus entre 1 et 5 g/hl, voire pas du tout comme en 2017. Il les débourbe entre douze et quarante-huit heures en visant 80 NTU. Il enzyme et levure. Il laisse fermenter à un maximum de 19,5/20°. Il termine les vins du millésime en les sulfitant avant la fin de l’année. David produit des « vins tendus, secs », comme ses rieslings à 2, voire 0 g de sucre restant. « Je ne veux pas seulement penser à faire plaisir au client. Si je veux vendre mes vins, je dois les aimer comme je les ai fait » insiste le jeune homme qui fixe son objectif de rendement à 70 hl/ha en moyenne d’exploitation. À la vigne, il pratique l’enherbement un rang sur deux. Il l’alterne selon le type de sol et son tassement. Il désherbe le cavaillon avec un herbicide et protège la végétation en encadrant la fleur avec deux systémiques. Il pense revoir cette stratégie dès 2018 ou 2019 en optant pour le bio. « Je ne suis pas inquiet à l’idée de me passer des produits de synthèse. J’observe déjà ma vigne. Le bio me fera seulement faire plus de conduite » dit-il. Pour anticiper ce passage, il vient d’investir dans un nouveau tracteur, moderne et plus confortable. David a besoin de deux jours pour traiter une surface répartie entre Barr et Bernardswiller. 80 m², cuisine comprise ! Le domaine cède en raisins 60 ares destinés à du crémant. « Je manque de place pour en élaborer moi-même » précise David. En cas de demande, il adresse les clients à son cousin. Pour le vrac, Marie-Joëlle et David s’adressent historiquement au même courtier. Ils vendent leur cave en entier. « En février, nos cuves sont généralement vides. Nous ne nous sommes jamais retrouvés avec un lot sur les bras » se félicitent mère et fils. La vente directe se concentre sur les particuliers. Elle a démarré par un stand tenu sur un marché, s’est développée progressivement dans le sud et l’Ouest de la France. Marie-Joëlle participe à trois « petits » salons au cours de l’année et depuis trois ans à un marché de Noël en Bretagne. Elle en rajoute cette année un autre sur Paris. « Nous essayons d’être les seuls avec des vins d’Alsace. Les efforts de promotion des organisateurs font que nous y retournons ou pas » admet-elle. À chaque déplacement, elle cherche à conforter son réseau de personnes prêtes à réaliser un groupage de commandes. Le caveau est le principal relais de vente pour des bouteilles. Il en écoule 70 % depuis 2016, l’année de son agrandissement et de sa rénovation. La façade rouge, un panneau comportant toujours une offre pour attirer l’œil, doivent inciter à pousser la porte. L’aménagement intérieur mélange volontairement les genres : un canapé en velours, une table ronde en bois et des sièges rouges, un bar et ses chaises hautes, des fauteuils en cuir autour d’une table basse. Il y a même, dès l’entrée, la table de la cuisine et, à côté, tous les équipements qui vont avec. Sur 80 m², l’ensemble rappelle, comme l’on voudra, un bar ou son chez-soi. La cour accueille un banc invitant à prendre son temps. « Nous voulons donner l’impression au client qu’il est chez lui » confirment Marie-Joëlle et David. Le lieu est ouvert de 10 à 19 h quasiment tous les jours. Aux clients qui se renseignent, le tarif présenté, est encadré sous verre, comme un tableau. David y met en avant ses sélections parcellaires, comme les cuvées Tentation, J’M ou R. Il préfère cette dénomination à l’emploi des noms des lieux-dits eux-mêmes qui « compliquent l’offre et qui ne parlent pas au client ».    

Publié le 08/12/2017

L’INRA et ses partenaires évaluent l’efficacité de stratégies nématicides au court-noué. Leur objectif à terme est de les combiner pour proposer une stratégie globale capable de contrôler la maladie. Bilan d’étape.

Xiphinema index, vecteur du virus responsable du court-noué, adore tellement la vigne qu’il est en quelque sorte devenu le spécialiste. Cela se comprend. La plupart des sols dédiés à la vigne en porte depuis des dizaines d’années, voire plus. Cette durée a été largement suffisante pour que le nématode s’inféode à vitis vinifera. Pour s’en convaincre, il suffit de se mettre en conditions de laboratoire, de contaminer de la terre avec Xiphinema index et y enfoncer un plant de vigne. En quatre mois, le nombre de nématodes présents à l’origine est multiplié par dix ! Dans la nature, la concentration de nématodes oscille entre six et trente-quatre individus par kilo de terre, soit une dizaine en moyenne, naviguant en plus à des horizons variables, mais le plus fréquemment autour de 40 cm de profondeur. « Ce réservoir est toujours largement suffisant pour recontaminer une parcelle » remarque Olivier Lemaire, directeur de recherche de l’UMR santé de la vigne à l’Inra de Colmar. Ajoutons que le nématode a la vie dure. Il survit aisément quatre ans dans un sol ne portant plus de vigne. Pour se débarrasser de l’importun, le conseil est de laisser une parcelle touchée au repos pendant dix ans après arrachage. Douze ans seraient même mieux. Mais complètement impossible à appliquer dans des conditions économiques décentes. Comment réduire ce délai tout en éliminant au maximum Xiphinema index ? C’est tout l’enjeu des travaux de l’Inra. L’institut a commencé à tester individuellement la pertinence de chaque piste de réponse avant de proposer aux viticulteurs une stratégie associant ces diverses méthodes de lutte. La jachère nématicide est un premier thème de recherche. Il est étudié depuis 2010. La première étape a été de mesurer la vitesse de recontamination d’une vigne par le nématode selon la plante semée en terre. « On s’aperçoit que des espèces comme la phacélie ou le sarrasin favorisent la multiplication du nématode. Le seigle conserve presque la population de départ. L’avoine réduit de moitié le nombre de nématodes présents au départ » signale Olivier Lemaire. Mais il y a mieux : les fabacées. Cette famille comprend notamment la luzerne, le sainfoin et le lotier corniculé. Ces plantes freinent fortement la multiplication de Xiphinema index. Les chercheurs étudient actuellement leur mécanisme d’action : une molécule unique ? plusieurs en interaction ? Le semencier Jouffray-Drillaud n’a en tout cas pas attendu pour proposer dès 2015 le mélange spécifique Viver. Il associe avoine rude, vesce velue, luzerne, sainfoin, trèfle violet, lotier ainsi que spores de mycorhize pour « contrôler le développement de la population de Xiphenema index avant replantation ». Du sainfoin en granulés avant replantation Parmi les fabacées, le sainfoin fait l’objet d’une attention particulière. « En laboratoire, cette légumineuse à fleurs roses ne laisse subsister aucun nématode dans le sol » signale Olivier Lemaire. L’identification de la ou des molécules nématicides est en cours. Des essais aussi. En avril 2017, des granulés de sainfoin ont été enfouis sur une parcelle avant plantation à Eguisheim. Cette première en France sera complétée par un réseau de six autres parcelles en Champagne. Les chercheurs en attendent d’ici trois à cinq ans des informations sur leur effet nématicide, mais aussi leur apport en azote. Pour Olivier Lemaire, « l’intérêt des granulés est double : ils ne rentrent pas en compétition avec la vigne pour l’eau et ils s’épandent facilement dans l’interrang ». La stratégie actuelle expérimente une jachère nématicide de deux ans. Elle peut être suivie d’une replantation avec le porte-greffe tolérant Nemadex. À Saint-Pierre, un tel protocole a été expérimenté sur sylvaner. Le cépage a montré une meilleure vigueur dans ce cas que lorsqu’il est planté sur un sol laissé deux ans nu. La prémunition est une autre stratégie de lutte. Il s’agit de procéder à la vaccination de la vigne. Comment ? En commençant par repérer au vignoble des pieds atteints du court-noué, mais n’en présentant pas les symptômes. La deuxième étape est d’isoler le virus atténué de ces ceps et de l’introduire dans le plant de vigne par une succession de greffages et un bouturage. À l’arrivée, le plant habitué au virus se protège lui-même d’une surinfection. L’adaptation de l’itinéraire technique, notamment en matière de fertilisation, est un dernier moyen de rendre la vie difficile à Xiphinema index. L’amendement organique est à privilégier. Pour Olivier Lemaire, il est clair qu’il faut préférer « une gestion intégrée du court-noué. Le maîtriser ne se résumera pas à l’application d’une seule solution, mais passera par la combinaison de toutes celles qui sont sur la table ».

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