Viticulture

Récolte de plants de vignes

Vendredi 3 novembre, aux abords de Dachstein, les pépinières viticoles Schaffner d’Ergersheim récoltaient leurs plants de vignes. Leur parcelle de 4,70 hectares compte un million de plants de vignes au total qui ont été implantés, à la main, au mois de mai dernier. 

Publié le 03/11/2017

Vendredi 20 octobre, le GIEE de Westhalten a présenté à d’autres syndicats viticoles alsaciens, mais aussi suisses et allemands la méthode de travail Repère, qui leur a permis d’élaborer des techniques afin de se passer d’herbicides sur une partie de leur ban. L’objectif n’est pas forcément de reproduire ce projet, mais plutôt la méthode de travail, à plus ou moins grande échelle.

« Aucun d’entre nous n’est plus intelligent que l’ensemble d’entre nous. » Cette citation de Kenneth Blanchard, spécialiste du management, résume assez bien le principe de la méthode Repère (Réseau d’échange et de projets sur le pilotage de la recherche et l’expertise), fruit du Grenelle de l’environnement, et qui vise à proposer une nouvelle forme de pilotage de la recherche, en y intégrant mieux les raisonnements et les contraintes des différents acteurs d’un projet. Construire une nouvelle vérité C’est cette nouvelle forme de travail collaborative qui a été mise en œuvre à Westhalten. Dans les années 1970, ce village, situé au fond d’une cuvette tapissée de vignes, a été envahi par plusieurs coulées d’eau boueuse qui ont profondément marqué les esprits des habitants. Pour les éviter, les vignerons ont enherbé les interrangs, et entretenu les cavaillons à l’aide de solutions chimiques. « Ça fonctionnait bien comme ça, mais on a voulu trouver une solution alternative au désherbage chimique », expose Jean-François Lallemand, président du syndicat viticole de Westhalten. Mais comment faire pour se passer de désherbant ? Cette question de base énoncée, Jean Masson, coordinateur du projet à l’Inra, a rassemblé « toutes les personnes susceptibles d’avoir un avis sur la question ». Autant dire qu’il y avait du monde, et que chacun avait une réponse différente… « Nous avons alors énoncé un principe de reconnaissance, pour que chacun puisse expliquer son raisonnement, et que chacun trouve les moyens d’écouter les autres. Car l’objectif c’est de dépasser les images et les modes de raisonnement de ces acteurs très différents pour les croiser, et arriver à penser ensemble et différemment. Du coup, comme on construit une nouvelle vérité sur la somme des expertises de chacun, tout le monde entre dans l’incertitude. » Une étape enrichissante sur le plan humain : « Les viticulteurs ont fait venir leurs parents, qui ont raconté pourquoi ils avaient mis en place telle ou telle méthode. Ces échanges ont permis de révéler les contraintes héritées, de légitimer la démarche de la jeune génération, tout en reconnaissant le travail des anciens », relate Jean Masson. Du cavaillon « propre » au cavaillon couvert L’étape suivante a consisté à révéler les contraintes, ce qui fait que la situation a du mal à évoluer. « Des contraintes, il y en a par wagons, mais on peut les faire tomber. » Pour ce faire, elles ont été transcrites en une liste de questions auxquelles les acteurs ont tenté d’apporter des réponses. Vient ensuite une phase délicate, celle de l’engagement : concrètement, chaque viticulteur s’engage à ne plus utiliser de désherbant chimique sur combien d’hectares ? En tout, plus de 40 ha. Ce qui représente de 5 à 40 % du domaine engagé par viticulteur. Mais avec une nouvelle question : si le cavaillon n’est plus désherbé, qu’est ce qui va y pousser ? Et en voulant le garder « propre », « peut-être qu’on fait faux » ? C’est à ce stade qu’émerge l’idée d’aller chercher sur la lande sèche qui surplombe le vignoble une espèce endémique qui pourrait coloniser le cavaillon et contenir les adventices sans concurrencer la vigne. Une idée qui, de prime abord, ne séduit pas les associations de protection de l’environnement, pour qui la lande, classée Natura 2000, constitue un sanctuaire de biodiversité. Mais, finalement, à force de discussions, tous les acteurs arrivent à trouver un accord. Car, bien menée, l’idée est bonne d’un point de vue écologique : elle va à la fois permettre d’utiliser moins de produits chimiques, et de créer une continuité écologique entre le vignoble et le milieu naturel. La plante est identifiée parmi celles de la lande pour son port bas et rampant, qui ne gêne pas le travail et assure une bonne couverture du sol, et pour ses besoins en eau modérés, qui doivent donc limiter la concurrence avec la vigne. Il s’agit de la piloselle. Le droit à l’erreur « À ce stade, ce qui est difficile, c’est d’agir en situation d’incertitude. On ne sait pas où on va. Mais on sait comment le faire, car on en a discuté. Et on sait aussi qu’on a le droit à l’erreur », relate Jean Masson. La piloselle est donc implantée. Avec plus ou moins de succès. Chez certains elle meurt. Chez d’autres elle s’installe. Du coup certains viticulteurs abandonnent, d’autres poursuivent. « Nous plantons trois mottes entre deux pieds de vigne. À raison de 25-30 cts/motte, c’est le juste compromis entre le coût d’implantation et l’efficacité de couverture du sol que nous avons trouvé », indique Jean-François Lallemand. L’implantation se fait à la main et à genoux - « comme de la salade » - et est suivie d’un arrosage. À partir de la deuxième année, un entretien du peuplement par fauchage devient nécessaire. Le constructeur de matériel viticole Siegwald a donc mis au point une faucheuse qui enjambe un rang de vigne, pour une meilleure visibilité, et qui est équipée de têtes de fauche inclinables pour bien épouser le sol. « Nous pratiquons une à deux fauches annuelles. Une suffit si elle est bien placée », témoigne Jean-François Lallemand. Après trois années d’expérience, les viticulteurs ont tiré quelques leçons : ne pas implanter la piloselle sous une vigne trop jeune, et surtout soigner l’implantation. « On a parfois enregistré des baisses de rendement et de vigueur la deuxième et/ou la troisième année. Mais c’était dans parcelles où la piloselle ne s’était pas bien implantée, ce qui avait laissé de la place au ray-grass et au trèfle qui se sont développés et qui ont concurrencé la vigne. » Aucune différence à la vinification n’a pour l’heure été mise en évidence. Désherbage mécanique En parallèle, la Cuma qui s’adosse au GIEE de Westhalten fait l’acquisition de deux outils permettant de travailler le sol, l’un avec des disques, l’autre avec des lames, permettant de travailler mécaniquement le cavaillon. Les cadres ont été choisis pour leur capacité d’adaptation aux différentes configurations de parcelles. Certains viticulteurs n’utilise qu’un des outils, d’autres jonglent avec les deux : « Les deux outils ne font pas le même travail, donc ne procurent pas le même résultat », témoigne Jean-François Lallemand. Les disques scalpent les adventices, et l’outil peut être passé relativement vite, jusqu’à 5 km/h. Tandis que les lames travaillant entre les ceps, il faut leur laisser un temps d’effacement, au risque d’abîmer des ceps. « Souvent, pour le dernier passage, on utilise l’outil à lames, car cela permet de niveler le sol et donc de faciliter les transports de seaux durant les vendanges. » Un enherbement local pour l’interrang Une idée en faisant germer d’autres, les membres du GIEE de Westhalten, encouragés par l’expérience de la piloselle, ont eu envie de revoir l’enherbement des interrangs, potentiellement trop concurrentiel de la vigne. Un écueil qui pourrait être évité en utilisant des plantes sauvages qui poussent sur la lande sèche, donc qui seraient moins gourmandes en eau. « Nous avons organisé un atelier avec des botanistes qui ont dressé une liste des espèces, avec les caractéristiques de chaque plante. Une trentaine d’espèces ont été sélectionnées pour leur port étalé et leur cycle décalé avec celui de la vigne », décrit Mélanie Mermet, animatrice du GIEE. En 2016, les agents du Conservatoire des sites alsaciens (CSA) sont allés récolter les graines sur la lande. Nungesser Semences les a multipliées, d’abord en serre, puis en champ. « Actuellement, nous sommes en train de constituer le mélange, c’est-à-dire de définir quel sera le pourcentage de graminées, de légumineuses… Il sera planté à l’automne prochain. Notre objectif, c’est de concevoir un mélange suffisamment riche pour arriver à une autosélection des espèces en fonction des caractéristiques de chaque parcelle pour que le couvert s’auto-entretienne et devienne pérenne. » Un cercle vertueux La méthode de travail sur laquelle repos le (s) projet (s) du GIEE de Westhalten a vocation à être transmise et reproduite. Aussi « durant tout ce travail, des phrases énoncées par les participants ont été répertoriées et articulées lors de la rédaction de deux articles scientifiques, publiés dans d’éminentes revues. Les acteurs du projet apparaissent donc parmi les coauteurs des articles. C’est très rare », souligne Jean Masson. De la mise en commun des échecs et de l’entraide qui ont découlé du projet sont nés des liens d’amitié fort entre les viticulteurs de Westhalten. Déjà, ils sont repartis pour un nouveau cycle de travail. Avec comme question de base : Comment lutter contre le botrytis et le mildiou sans produits phytosanitaires de synthèse… Vaste programme ! Retrouvez l'expérience du GIEE de Westhalten en vidéo :      

Publié le 02/11/2017

À Barr, la maison Charles Wantz multiplie les références sur sa carte. Cette prolificité organisée se veut garante d’un courant de vente soutenu.

Jeter un rapide coup d’œil sur la carte des vins de la maison Charles Wantz pour s’en faire une idée est impossible. Tout simplement parce qu’elle couvre trois pages. Il faut donc prendre son temps pour passer en revue les principales gammes baptisées « classiques », « terroirs et grands crus », et « vendanges tardives », avant de poursuivre avec les vins récompensés dans des concours et sigillés, et de terminer par les millésimes de collection de 1981 à 2008. « Le nombre de références est une richesse. Elle stimule les affaires. Plus j’en propose, plus j’en vends » lance Erwin Moser, directeur général de l’entreprise. Il n’hésite pas à en ajouter. Il y a une dizaine d’années, il a créé la gamme « modernes » sous l’étiquette Charles Wantz. Elle se compose d’un pinot noir rosé et de deux assemblages : pinot blanc, muscat et gewurztraminer d’une part ; pinots blancs et gris, d’autre part. Ces vins n’affichent ni millésime, ni longueur en bouche, mais un côté facile et floral qui doit les rendre « accessibles ». Le premier assemblage cité a trouvé son marché dans la petite restauration, chez le traiteur qui ne veut qu’un seul vin, sec, avec du bouquet, auprès de la clientèle féminine fréquentant les brasseries et, un peu à la surprise générale, sur le marché… russe ! Ces vins ont cependant raté leur cible d’origine, en l’occurrence les « jeunes consommateurs qui rentrent dans l’univers du vin et qui se fichent des cépages ». Erwin Moser a donc remis le projet sur le métier. Sous la marque « Eliane Moser », la toute nouvelle gamme Fleur se compose de mises de printemps en sylvaner, pinots blanc et gris, riesling et rosé. Tous sont des « vins de fruit » car « pour défricher un terrain, il faut faire simple afin de ne pas noyer le client de notions qu’il ne saisit pas forcément du premier coup ». Pour Erwin, chaque groupe de vins de sa carte doit cibler un type de clientèle. « Certains cavistes ne veulent que des vins médaillés. C’est pourquoi « les lauréats » figurent sur la carte. Ils ont été primés à Mâcon ou à Colmar, ou alors ils ont obtenu le sigille de la Confrérie Saint-Étienne ». Une telle segmentation apparaît d’autant plus judicieuse à Erwin que le marché français recule, que la clientèle traditionnelle le demeure en refusant par exemple un conditionnement comme la capsule à vis. Les vins de collection servent l’image La trentaine de vins de collection occupe pour sa part depuis vingt ans une place particulière sur la carte. « Financièrement, ils ne font pas gagner beaucoup d’argent. Ils sont régulièrement dégustés, entretenus, rebouchés. On en parle. On en ouvre. 10 à 15 % du stock ne seront pas vendus. C’est un budget. Et c’est au reste de la gamme de supporter ces frais de communication » explique Erwin. Ces vins trouvent notamment des amateurs au Japon, au Canada, en Suisse… « A plus de dix ans d’âge, il faudrait les vendre à un tarif encore plus élevé » estime Erwin, car « plus c’est cher, plus c’est bon. Le prix fait partie de la perception qualitative et du plaisir ressenti. Ce qui ne coûte rien, ne vaut rien ». Erwin maintient le positionnement de ces vins complexes car ils sont destinés à fabriquer du souvenir et de l’émotion chez ceux qui les dégustent. Ils servent l’image de la maison Wantz. À l’arrivée, ce sont eux qui font vendre la gamme des classiques qui représente l’essentiel des volumes écoulés. La maison Wantz commercialise 32 % de ses bouteilles chez les restaurateurs et cavistes, 28 % en grande distribution et 40 % dans une bonne vingtaine de pays. Erwin a participé en 2017 à son dernier Vinexpo, un salon au prix « trop élevé » qui ne lui offre plus aucune occasion de conquérir de nouveaux clients. Il préfère se concentrer sur Prowein, un événement où il rencontre notamment ses importateurs d’Europe du nord, dont ceux de Suède. « C’est le premier marché export de la maison Wantz. Elle y réalise volume et marge » avoue Erwin. La Belgique et l’Allemagne sont deux autres destinations importantes devant l’Italie, un « pays où les vins d’Alsace sont appréciés et où la marge est la meilleure ». En termes de produits, « le gewurztraminer a sa chance en Chine car son côté épicé plaît et personne d’autre que l’Alsace ne peut en proposer ». Le crémant en constitue une seconde. « Il permet de déclencher un client » estime Erwin. Pour mettre encore davantage d’atouts dans son jeu, la maison Wantz a choisi de ne pas vendre de crémant blanc qui n’aurait pas passé un minimum de quarante-huit mois sur lattes.          

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