Viticulture

Publié le 12/10/2017

La question n’est pas tant de savoir si la flavescence dorée arrivera un jour en Alsace, mais plutôt quand elle y fera son apparition. Les syndicats viticoles préparent son repérage. Comme à Dahlenheim.

Une fois qu’elle est installée, la flavescence dorée ne plaisante pas ! Ajoutez le coût des traitements insecticides obligatoires à la perte de récolte, voire à l’arrachage de la parcelle si plus de 20 % des pieds sont atteints, il y a de quoi porter un coup dont une exploitation mettra économiquement des années à se remettre, si elle se remet… Imaginer que la maladie stoppera sa progression relève du vœu pieu. En 2013, 58 % du vignoble français était classé en périmètre de lutte obligatoire. En 2015, ce taux était monté à 70 %… En d’autres termes, le risque est à la porte du vignoble alsacien. Pareilles perspectives font réfléchir les viticulteurs, à commencer par ceux de Dahlenheim et des dix autres communes (1) qui ont cette année répondu à l’appel de l’Ava pour participer volontairement aux premières prospections concernant la flavescence dorée. « J’en ai parlé avec des collègues d’autres régions que je côtoie sur des foires. Quand on voit les dégâts, on ne se pose pas longtemps la question s’il faut contrôler ou pas. L’esca détruit déjà chaque année 5 à 6 % de mes pieds. La flavescence, c’est l’esca puissance dix ! » juge Pascal Barth, vigneron indépendant sur 8 ha. La vingtaine de ses collègues qui s’est retrouvée mardi 3 octobre dès 7 h au club-house du stade partage visiblement cette vision. Avant de passer au terrain, les techniciennes de l’Ava, de la Chambre d’agriculture et de la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) pratiquent une piqûre de rappel. Le phytoplasme qui provoque la maladie ne survit que dans la plante hôte (le cep de vigne) ou dans le corps de la cicadelle Scaphoideus titanus dans lequel il se multiplie en trente jours. Au terme de cette période, l’insecte inocule le phytoplasme à chaque nouveau pied qu’il pique. Précisons que pour être infectant, tout insecte issu d’une nouvelle génération doit auparavant avoir piqué un pied contaminé. Se focaliser sur la cicadelle vectrice est un combat quasiment perdu d’avance. Scaphoideus titanus est minuscule. Autrement dit quasi impossible à repérer et pas évident à atteindre par une pulvérisation. C’est d’ailleurs pourquoi trois traitements (2) sont conseillés en périmètre de lutte obligatoire. Ce nombre est cependant susceptible d’être abaissé à deux, à un, voire aucun en fonction de la population réelle de Scaphoideus titanus détectée par piégeage (un pour 30 ha) sur le terrain. Deux critères à observer Dans ces conditions, la meilleure réponse est de parcourir un ban, de préférence avant, ou alors juste après les vendanges, afin de repérer les pieds touchés pour, en cas de résultat positif, les arracher. C’est ce à quoi se sont exercés les viticulteurs de Dahlenheim durant une journée entière, par équipes de six à sept personnes. La procédure est simple. Un homme passe pour observer chaque cep sur deux rangs. Son attention doit être attirée par deux critères présents simultanément : sur cépages blancs, les feuilles s’enroulent et prennent une couleur jaune doré avec des nervures qui commencent elles aussi à jaunir ; le bois est peu ou pas aoûté. Sur rouge, la décoloration de couleur Bordeaux est plus prononcée ; elle s’étend par pans entiers de feuilles et les nervures demeurent bien vertes ; le bois reste vert. Chaque pied suspect est identifié par un ruban plastique rouge et blanc et photographié sur smartphone. L’application Vigi-AvA qui se télécharge en un clin d’œil et qui est utilisable pour tout signalement individuel, le géolocalise et transmet automatiquement ses coordonnées au Service régional de l’alimentation (SRAL) qui missionne la FREDON pour effectuer un prélèvement. L’échantillon sera analysé afin de déterminer si le pied est contaminé par la flavescence dorée ou atteint de bois noir, maladie qui se manifeste par des symptômes analogues mais dont la propagation est moins épidémique. A Dahlenheim, la prospection des 131 ha s’est terminée vers 18 h. « Nous avons marqué 245 pieds. Ils étaient le plus souvent proches de la forêt, là où séjourne la cicadelle à l’origine du bois noir. Dans un sens, c’est plutôt rassurant » analyse Damien Kelhetter, président du syndicat viticole. Ses membres disposeront d’ici quelques semaines d’une carte des pieds malades. Elle sera sa référence. L’Ava s’est donnée pour objectif que l’ensemble des syndicats ait prospecté la totalité du vignoble alsacien d'ici 2021. « Faire un état des lieux tous les cinq ans est un minimum » lance Vicky Chan Fook Tin, responsable des services techniques de l’Ava. « Mais nous n’avons rien contre les syndicats qui raccourcissent cet intervalle, voire qui visiteraient chaque année leur ban ».

Aux domaines Schlumberger à Guebwiller

Vendanges préfectorales

Publié le 06/10/2017

Le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a répondu samedi 30 octobre à l’invitation de la profession viticole en participant aux vendanges des domaines Schlumberger à Guebwiller. L’occasion d’évoquer tous les dossiers syndicaux.

Pour sa deuxième année de vendanges en Alsace, le préfet Laurent Touvet est allé vendanger une parcelle de pinot gris très en pente dans le grand cru Kitterlé. C’est sous un soleil magnifique que les invités ont rejoint le lieu de vendange des raisins où l’objectif a été de récolter durant la matinée l’intégralité d’une parcelle afin d’avoir suffisamment de raisins pour remplir le pressoir. Trois véhicules 4x4 ont acheminé les vendangeurs sur leur lieu de travail. Pour la cause, les voitures étaient décorées de ballons : les uns indiquant que, sans les traitements à l’hélicoptère, « c’est le bagne au boulot et la mort des vins de coteaux », les autres « Avec l’hélico, c’est facile, le boulot, et c’est plus écolo ». Une revendication des salariés des domaines Schlumberger demandant à bénéficier d’une dérogation pour les traitements, afin de pouvoir continuer à utiliser l’hélicoptère comme cela se pratique dans d’autres régions accidentées dans l’Union européenne, une pratique remise en cause au plan national. Pour Claude Vanyek, salarié depuis 38 ans aux domaines Schlumberger et délégué syndical CFTC, la dérogation concerne 120 hectares en Alsace et environ 800 ha de vignes au plan national. Le traitement à l’hélicoptère permet de traiter 60 ha en quatre heures en un seul passage, alors que sur des parcelles escarpées comme celles des domaines Schlumberger, il faut mobiliser six personnes pendant une semaine pour traiter la même surface. Un travail risqué en matière d’accidents du travail, du fait du relief accidenté, mais aussi de la proximité de contact avec les produits phytosanitaires. En attendant que des solutions alternatives se développent comme l’usage de drones, en cours d’étude, Claude Vanyek, au nom des salariés des domaines Schlumberger, a renouvelé sa demande au préfet de bénéficier d’une dérogation pour faire les traitements à l’hélicoptère sur les parcelles en forte pente. Il a demandé le soutien de l’administration, soulignant l’impression, dans la compréhension de ce dossier au plan national, de se sentir très seul alors qu’il est important de tenir compte du facteur humain, mais aussi de pouvoir continuer à produire des vins exceptionnels sur des terroirs sublimes tels que le grand cru Kitterlé et le Kessler. Affaire Albrecht : ordonnance d’irrecevabilité Dans les vignes, les invités ont pu mesurer la complexité de vendanges en forte pente et l’utilité de pouvoir accrocher son seau sur le dernier des fils porteurs. Les bottiches se sont remplies rapidement avec des raisins d’une très belle qualité et d’un excellent état sanitaire. Le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace, Jérôme Bauer, a renouvelé ses remerciements au préfet ainsi qu’aux services de l’État, au niveau de la DDT 68 et de la DDFIP 68, pour la mise en place, cet été, des mesures d’accompagnement des incidences du gel d’avril 2017. « À ce jour, il nous reste à concrétiser le dispositif concernant la demande de reconnaissance pour les pertes de fonds - des réunions sont programmées prochainement ». Concernant le dégrèvement d’office de la taxe foncière sur les propriétés non bâties, les documents à remplir sont arrivés chez les vignerons dans une grande majorité des communes concernées. « L’organisation des vendanges s’est globalement bien déroulée, même si nos entreprises doivent de plus en plus faire preuve de faculté d’adaptation que ce soit au plan humain ou administratif. Les vendanges, principalement manuelles en Alsace, sont source d’échanges entre des personnes de différentes cultures et de différents horizons. En termes d’embauche, sur une période d’un peu plus d’un mois, cela représente plus de 22 000 vendangeurs qui participent aux travaux de récolte, sur environ 4 000 exploitations viticoles en Alsace », explique Jérôme Bauer. Au niveau social, le recrutement s’effectue principalement grâce au partenariat qui existe depuis plus de 22 ans entre Pôle Emploi, la MSA d’Alsace et l’Association des viticulteurs d’Alsace. Il permet de répondre aux attentes des vignerons et des candidats vendangeurs. La difficulté rencontrée au plan social est l’augmentation du nombre de papiers à réclamer au salarié avant le démarrage des travaux. « Cette année, nous avons eu à faire face aux questions liées à la complémentaire santé. Le système mis en place est loin d’être adapté à la taille de nos exploitations et à l’emploi saisonnier », précise le président de l’Ava. Il a fait part au préfet du Haut-Rhin de l’exaspération de nombreux vignerons face au millefeuille administratif. « Nous sommes toujours preneurs, sur le plan social, de la moindre once de simplification administrative ». Un autre dossier évoqué est celui du litige concernant les 144 vignerons victimes de la déconfiture de la SA Domaine Albrecht. Jérôme Bauer a fait part de son incompréhension. « Nous sommes sans voix car nous ne comprenons plus les orientations données par la justice française. Malgré notre manifestation du 23 août dernier, durant laquelle nous avons exprimé avec les victimes le ras-le-bol face au traitement judiciaire du dossier qui dure depuis 2012, nous avons eu, le 12 septembre dernier, la désagréable surprise de recevoir de la part de Jean-François Assal (vice-président chargé de l’instruction de ce dossier) une ordonnance d’irrecevabilité et de refus de mesure d’instruction complémentaire. Nous sommes surpris et choqués de certaines prises de positions et de certaines formulations dans cet acte juridique, mais nous vous laissons en juger par vous-même. Dans ce dossier, il faut croire que rien ne nous est épargné. Nous avons donc décidé de faire appel de cette décision. Monsieur le Préfet, je vous réaffirme, que nous ne lâcherons rien jusqu’à ce que justice soit faite ». Reprendre les négociations La profession viticole a fait part de son étonnement concernant la mise en place de la cartographie des cours d’eau pour l’établissement des ZNT (zone de non-traitement). La profession viticole a demandé au préfet d’exercer son rôle de médiateur afin de faire revenir Alsace Nature à la table des discussions qui ont été interrompues du fait du clash intervenu dans le Bas-Rhin à propos du GCO. Jérôme Bauer a également relaté le travail réalisé concernant la flavescence dorée : la profession s’est prise en main, car tout en n’ayant pas la maladie, elle a accepté de faire de la prospection et de la formation auprès des vignerons. À ce sujet, a été soulignée l’importance de la prise en charge des analyses par le Sreal. Le préfet a vivement remercié l’ensemble des participants à ce moment convivial. Concernant la cartographie des cours d’eau, il a souligné le travail important qui a été fait par les services en charge de ce dossier dans le Haut-Rhin et a bon espoir de réussir à remettre les gens autour d’une table pour que les négociations puissent se poursuivre. Il a salué l’esprit d’entreprendre des vignerons et s’est engagé à faire rayonner les vins d’Alsace, en Alsace et dans le monde. Concernant le traitement à l’hélicoptère, il s’est engagé à étudier les solutions particulières respectueuses de l’environnement et des personnes, car il n’y a pas de bons produits sans les hommes.

Publié le 30/09/2017

Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace réfléchit à une nouvelle stratégie de promotion des vins d’Alsace. Voilà ce qui se prépare en concertation avec les opérateurs.

« Les vins d’Alsace ont toutes leurs chances pour se vendre mieux ! ». Les élus du Civa portent ce message depuis plusieurs mois sur les tribunes où ils s’expriment. S’il ne fallait qu’un pourcentage pour justifier leur optimisme, ce serait sans doute 77 % ! C’est le taux de notoriété assistée qui a été mesuré pour les vins d’Alsace par l’étude Wine Intelligence. Autrement dit, ils figurent dans la mémoire de près de 29 millions d’adultes parmi les 38 millions de Français qui consomment du vin à domicile. « Il n’y a pas de rejet des vins d’Alsace, mais une indécision à leur égard. Seuls 12 % considèrent qu’ils sont trop chers et pas assez souvent en promotion. 46 % des personnes interrogées ont une position neutre vis-à-vis d’eux. Cela veut dire qu’il y a un grand potentiel à exploiter » rappelle Gilles Neusch, directeur du Civa. Comment ? En « faisant le ménage dans les circuits », en France comme à l’étranger. « Des marchés proches comme le Benelux, l’Allemagne ou le Danemark présentent de bonnes perspectives mais sont pourtant en recul. Nous devons mieux connaître nos consommateurs et savoir comment les toucher » résume Gilles Neusch. Ce chantier est ouvert. Il commence par l’analyse des marchés à dynamiser, à maintenir ou à surveiller. « Grâce au passage des touristes, l’Alsace a toujours eu la chance de vendre ses vins sans faire trop d’efforts commerciaux. Mais la concurrence d’autres régions lui intime aujourd’hui de faire du marketing qui lui donnera une assise commune, au-delà des choix propres à chaque entreprise » analyse Tanguy De Prest, architecte de marque et conseiller marketing du cabinet belge Lielens & Partners, partenaire du Civa pour mettre au point la stratégie de communication qui doit succéder à l’actuelle, mise en route en 2014. Le travail en cours est de définir des valeurs spécifiques aux vins d’Alsace pour ensuite les traduire, à la fois en images et par un discours adapté à chaque marché en fonction de sa maturité. Une première évidence sera de se consacrer aux pays proches où les vins d’Alsace possèdent de la légitimité. « Nos consommateurs y sont vieillissants. Il est plus facile d’y essayer d’en recruter de nouveaux. Ce choix nécessite moins d’investissements que dans les pays où les Alsace sont peu ou pas connus » assure Tanguy De Prest. Une nouvelle signature à Prowein La lisibilité de l’offre est un autre défi à aborder. « La valeur qu’un consommateur est prêt à donner à un produit doit être en équilibre avec l’émotion qu’il lui procure. Or l’émotion que procurent actuellement les vins d’Alsace n’est pas à la hauteur car la gamme présente une image floue » avance Tanguy De Prest. « La complexité actuelle des gammes n’est pas au service au consommateur. Il faut faire de la diversité une force, sensibiliser les opérateurs pour qu’ils simplifient l’étiquetage de 75 % des vins mis en marché. L’offre à mettre en place par les entreprises doit être claire, compréhensible, avec un code facilement mémorisable » poursuit Stéphanie Dumont, responsable du service d’intelligence économique. Dans l’esprit de Gilles Neusch, cette logique collective à installer concerne essentiellement l’appellation Alsace, moins les cuvées particulières que leurs élaborateurs continueront à vendre au contact direct des consommateurs avec les explications adéquates. Le but ultime reste d’améliorer la valeur créée par de la vente à un prix plus élevé. « L’Alsace n’est pas un vignoble à rester confiné dans son coin. Il a tous les atouts pour se positionner en marque forte, de référence, créatrice de valeur, avec l’appui de tous les opérateurs alsaciens » insiste Tanguy De Prest. Une telle ambition prendra la forme d’une nouvelle signature et d’un nouveau visuel pour les vins d’Alsace. Aux entreprises de se les approprier. Et ce dès mars 2018, dans les allées de Prowein à Düsseldorf. Selon le calendrier du Civa, le salon allemand et le millésime 2017 serviront de lancement à la nouvelle identité du vignoble. Elle sera mise à disposition de tous les exposants alsaciens qu’ils soient dispersés dans les différents halls ou rassemblés sur le nouveau stand collectif du Civa. La seule certitude est que le terme « Vins d’Alsace » figurera dans le futur emblème du vignoble.

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