La Chambre régionale d’agriculture Grand Est a échangé avec des étudiants sur les systèmes de culture alternatifs à la monoculture de maïs, et leurs effets sur la structure du sol. La présentation a été réalisée sur les parcelles d’expérimentation situées à l’arrière de la ferme du lycée agricole de Rouffach.
Les échanges sur les systèmes de culture alternatifs à la monoculture de maïs ont eu lieu sur deux journées. La première a concerné quinze étudiants de licence 3 « Sciences de la vie, parcours agronomie, agroalimentaire » à la faculté de Marketing et d’AgroSciences de l’Université de Haute Alsace à Colmar. La seconde était destinée à dix élèves de 1re bac pro grandes cultures et polyculture-élevage du lycée agricole de Rouffach. Ces derniers ont profité d’une démonstration des effets des systèmes de culture sur la structure du sol, à travers des profils culturaux. Les premiers ont essayé de comprendre comment réussir l’expérimentation de systèmes de culture et leur co-conception pas à pas avec les agriculteurs, et d’appréhender les difficultés rencontrées et surmontées et les adaptations des itinéraires techniques nécessaires durant la période observée entre 2009 et 2019.
Le maïs représente plus de 75 % de la surface en terres labourables dans le Haut-Rhin. Avec l’apparition de la chrysomèle, cette monoculture a commencé à être remise en question à partir de 2003. Depuis, d’autres difficultés environnementales, comme la perte d’azote par lixiviation, sont apparues. L’allongement des rotations représente une solution efficace pour faire face à ces différents enjeux. « Dès 2008, la nécessité d’évaluer les performances d’alternatives à la monoculture a conduit à la mise en place d’un groupe de travail pluri-acteurs ayant pour mission de concevoir des systèmes de cultures alternatifs. Ici, un système de culture maïs, soja, blé en labour est testé. Il a pour objectif d’être rentable, de provoquer peu de fuites de nitrates vers la nappe, d’avoir un indice de fréquence de traitement (IFT) inférieur à 1,5 (hors techniques simplifiées) et une note I-phy élevée, indiquant un risque acceptable de transfert de produits phytosanitaires vers les eaux profondes. On cherche également à consommer peu d’énergie fossile et à améliorer la fertilité du sol », indique Anne Schaub en charge de ce dossier à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est.
Systèmes innovants et de référence
La parcelle d’expérimentation à Rouffach permet de comparer différents systèmes de conduite du sol. Les objectifs définis il y a dix ans ne peuvent pas tous être réalisés comme prévu et/ou au même moment. « Il faut donc faire des compromis et des choix. On a évolué dans tous les systèmes présents ici. Les quatre premières années, on a constaté que la technique du sur-semis sur maïs ne marchait pas. On a donc fait le choix d’arrêter. Depuis six ans, le système mis en place a atteint sa vitesse de croisière. Jusqu’à présent, nous constatons qu’au niveau économique, le système innovant et celui de référence offrent la même rentabilité. Concernant les prix des produits neutres et des intrants, huit scénarios différents ont été proposés. Un seul est favorable au système innovant, un est médian et les six autres montrent que c’est avec le système de référence qu’on s’en sort le mieux. Le système innovant est donc moins rentable. Cependant, il est plus favorable en termes de temps de travail, car il évite le travail du labour. Avec le système innovant, les pertes de nitrates sont moins importantes. Pour les produits phytosanitaires, il est plus difficile de quantifier car tous les produits ne sont pas adaptés. On observe des différences importantes entre les systèmes, les parcelles, les années. Mais, nous ne savons pas encore exactement à quoi cela est dû précisément », explique Aimé Blatz de l’Inra de Colmar.
Pour contrôler les pertes vers la nappe phréatique, l’indicateur de risque I-phy est utilisé avec des notes allant de 0 (mauvais) à 10 (très bon). Les systèmes innovants ont une note moyenne de 8,7. Sur une parcelle, du blé est planté après soja depuis trois ans. Ce blé n’est pas désherbé. Sans utiliser d’herbicide, ni de fongicide, seules les semences sont traitées. « Cette technique implique un gros travail de suivi pour contrôler les risques mycotoxines. Cependant, avant ces trois années, on avait des mauvaises herbes. Après la troisième rotation, on constate des effets positifs sur la parcelle. Il faut être patient : la première année, on ne voyait aucune différence. Quoi qu’il en soit, c’est ici la dernière année des essais. Si nous pouvons continuer, nous essaierons le zéro phyto », observe Anne Schaub.
Des échanges ont eu lieu ensuite avec les étudiants pour des précisions sur l’irrigation, l’utilisation des engrais, la technique du strip-till encore sur l’utilisation du glyphosate qui donne les meilleurs résultats. Concernant la parcelle réservée au maïs, les rendements ont été meilleurs dans le système innovant à l’exception de l’année 2015. « Cette année, la récolte s’est déroulée le 8 octobre. Le mulching, réalisé le 15 octobre, a permis de retourner les cannes de maïs et d’absorber l’azote encore disponible. Les deuxième et troisième passages ont été effectués en janvier et en février pour bien mélanger les cannes de maïs avec la terre, et avoir le moins de résidus en surface. L’idée est de pouvoir semer un soja avec une herse rotative. Il faut s’attendre à un développement assez fort d’adventices. Je sème entre 600 000 et 700 000 grains à l’hectare », indique Aimé Blatz. Il attire l’attention des étudiants sur les prix du soja, et les différences entre le conventionnel et le bio. Des explications agronomiques et techniques qui leur ont permis d’avoir une meilleure connaissance du terrain et de poursuivre dans les meilleures conditions leurs parcours de formation.