Technique

Publié le 23/04/2019

L’EARL Pfister s’est lancée dans l’irrigation au goutte-à-goutte du houblon en 2017, sur 9 ha qui combinaient deux risques : une variété sensible au stress hydrique, le strisselspalt, et des terres sableuses. L’efficacité du système a fait ses preuves. Reste à améliorer le pilotage.

À l’EARL Pfister, l’irrigation n’est pas une nouveauté : maïs et luzerne sont arrosés depuis plusieurs années par aspersion. Avec des enrouleurs ou de la couverture intégrale. Mais la crise houblonnière a rebattu les cartes chez les frères Pfister de Wingersheim. La variété strisselspalt - sensible au stress hydrique - a dû être implantée sur 9 ha de sols sableux, « des parcelles qui posaient déjà des problèmes de rendement par le passé, avec des petits cônes et des bas de lianes dégarnis », note Yves Pfister. La décision d’irriguer est donc prise. Mais il a d’abord fallu investir dans un groupe d’irrigation. 5 000 € environ. Ce qui a repoussé la mise en service d’un an. La première année d’irrigation, 2017, a été très sèche, ce qui a confirmé la pertinence du projet. « Nous avons gagné 5 q/ha par rapport à ce qu’on obtenait habituellement, rapporte l'agriculteur. Ça représente un gain de 1 500€/ ha pour un houblon à 300 €/q. » Cerise sur le gateau, la teneur en acide alpha était aussi meilleure. Ces 9 ha se répartissent entre deux parcelles de 4,5 ha chacune. L’une est équipée d’un hydrant à proximité, ce qui permet d’accéder à l’eau du réseau. Pour l’autre, les agriculteurs ont une autorisation de prélever jusque 6 m3 d’eau par heure dans un fossé. Une solution qui présente deux inconvénients : « Il a fallu investir dans un filtre à sable, et il peut y avoir un arrêté préfectoral d’interdiction de prélèvement. » Ça n’est encore jamais arrivé, mais Yves Pfister voit les années sèches s’enchaîner avec une pointe d’inquiétude. Le reste du système d’irrigation est similaire dans les deux parcelles : une veine principale amène l’eau de la pompe aux gaines de goutte-à-goutte jetables posées sur chaque rangée de houblon. Pour la parcelle de 4,5 ha équipée d’un filtre à sable, Yves Pfister estime l’investissement de 3 000 à 4 000 €/ha, dont 100 à 110 €/ha de gaines jetables, à renouveler chaque année. Un pilotage empirique, mais pragmatique Bien que les Pfister ne soient pas des néoirrigants, ils ont tout à découvrir en matière d’irrigation du houblon. « C’est très difficile de savoir quand commencer à irriguer, car il n’y a pas d’outil fiable à disposition. Il faudrait équiper les parcelles de tensiomètres, mais lesquels ? » Le houblon a en effet un système racinaire bien plus développé que la plupart des cultures annuelles, ce qui lui permet d’accéder à une ressource en eau plus importante. Du coup, Yves Pfister a mis au point son propre critère de décision, empirique certes, mais qui a le mérite d’être pragmatique. « Quand le maïs commence à faire le poireau, j’attends encore quatre à cinq jours et, s’il ne pleut pas durant ce laps de temps, je commence à irriguer le houblon. » À raison d’un passage de 20 mm, tous les 8 à 10 jours sans pluie. Avec le système actuel de goutte-à-goutte, Yves Pfister arrive à irriguer 1 ha en 24 h. Et il ne compte pas en changer. Car comme il y a moins d’évaporation qu’avec l’aspersion, la consommation d’eau est modérée. En outre, le feuillage n’est pas mouillé, donc le risque cryptogamique n’est pas exacerbé. Et comme les gaines sont positionnées sur la butte, elles ne gênent pas les interventions. « Enfin, comme je suis limité à 6 m3/h de prélèvement, ça restreint les choix », constate-t-il. C’est aussi cette restriction qui l’oblige à irriguer de jour comme de nuit, pour tenir la cadence, mais « comme la houblonnière crée de l’ombre, ça modère l’évaporation », estime-t-il. Même la manutention liée au système goutte-à-goutte ne lui semble pas si chronophage. « Il faut compter 1 à 2 h/ha pour la pose et le raccordement, et autant pour enlever le tout. Après, il y a de la surveillance au quotidien : je passe tous les matins dans les parcelles pour vérifier qu’il n’y a pas eu de fuite, d’acte de vandalisme… » Confortés dans le bien-fondé de l’irrigation, les houblonniers vont passer en 2019 de 9 à 15 ha de houblon irrigués, surtout des variétés tardives (strisselspalt, aramis, mistral, barbe rouge…), qui valorisent le mieux l’irrigation. Même si, constate Yves Pfister, « quelle que soit la variété, l’irrigation représente une sécurité, car cela permet de sauver une récolte, donc de couvrir les charges ».        

Fertigation des fraises sous serre

Garantir un minimum de récolte

Publié le 23/04/2019

Pour sécuriser leur récolte de fraises après une campagne 2017 désastreuse avec zéro kilo récolté, Clarisse Sibler et sa fille Pauline Klément ont décidé de cultiver une petite partie de leur production sous une serre en hors-sol, le tout alimenté par un système de fertigation goutte-à-goutte.

Des gelées, de la grêle et zéro fraises récoltées à l’arrivée. C’était en 2017. Une année que Clarisse Sibler et sa fille Pauline Klément, agricultrices à Sigolsheim, préféreraient oublier. Le moral « dans les chaussettes », elles se demandaient quand est-ce qu’elles pourraient produire à nouveau des fraises, avec la garantie du résultat cette fois. Une seule possibilité à leurs yeux pour y parvenir : cultiver les fraises sous serre en utilisant la fertigation. Une pratique peu courante en Alsace où le plein champ est privilégié, mais utilisé depuis de nombreuses années par les producteurs du sud de la France.     À la différence près que le système choisi par Pauline et Clarisse n’est pas suspendu comme on le voit habituellement dans les serres. « On a choisi un système hors-sol proposé par une entreprise allemande. L’idée est de créer des buttes sous la serre dans lesquelles on y plante les fraises. Elles ne sont donc pas suspendues, mais ne sont pas non plus au contact direct du sol. Le gros avantage est qu’il n’y a pas désherbage à faire. Reste les ravageurs comme les pucerons ou les petits acariens contre lesquels j’envisage de faire de la lutte intégrée », explique Pauline. Comme les fraises produites dans un système hors-sol classique, le bon développement de ces fraises est lié à ce que le producteur va leur apporter via le réseau d’irrigation. Dans le cas présent, un réseau goutte-à-goutte qui distille l’eau et les engrais (chaux, calcium, fer) à chaque pied de fraises. Le tout pilotable à distance via une application dédiée sur smartphone et ordinateur. Ce qui n’empêche pas Pauline de se rendre deux fois par jour dans sa serre pour contrôler l’arrosage et ajuster la fertigation si besoin. « Pour une première, j'ai voulu faire au plus simple » Elle ouvre également les portes latérales de la serre s’il fait trop chaud pour les fraises (à partir de 18-19 °C) comme cela a pu être le cas lors de certaines journées très douces et ensoleillées du mois de mars. Pour le moment, ce sont seulement 50 ares de fraises sur 4,5 ha qui sous cultivés sous cette serre. Elles ont été plantées pour la première fois en février dernier et pourront être récoltées, si tout va bien, dès la fin du mois d’avril. Pour la variété, Pauline a opté pour la Clery, qui est précoce. « Pour une première, j’ai voulu faire au plus simple avec une seule variété. Mais c’est vrai que si on veut étaler sa production plus longtemps dans l’année, on peut semer des variétés avec des indices de précocité différents et plus tardifs. » Mais passé les risques de gel du mois d’avril, cela n’a plus vraiment d’intérêt d’un point de vue économique considère-t-elle, pour l’instant en tout cas. « Est-ce vraiment rentable au mois de juillet avec des fraises de plein champ à côté ? Je ne suis pas sûre. » Et puis la tradition du plein champ - et de la libre cueillette - reste bien ancrée en Alsace, contrairement au sud de la France où cette pratique n’existe quasiment plus. De toute façon, l’idée est de voir dans un premier les résultats de cette culture de fraises sous serre en mode hors-sol sol. Entre dix et onze tonnes devraient être récoltées. Un bon début. Ou du moins l’assurance de ne pas terminer la saison avec un zéro pointé.

Publié le 23/04/2019

Ériger un mur en pierre sèche peut ressembler à tout, sauf à de l’improvisation. Expérience au domaine Beyer à Eguisheim qui accueillait début avril un stage de formation initié par la Chambre d’agriculture d’Alsace.

Mon chantier permet-il un approvisionnement facile en pierres ? Est-il accessible à un engin ? Est-ce que je dispose d’assez de pierres pour mener mon projet à son terme ? Telles sont les quelques questions préalables qu’un candidat à la construction d’un mur en pierre sèche doit se poser avant de démarrer pareille entreprise. Christian Beyer a choisi de ceindre d'un muret la limite sud du clos Lucas et Émile Beyer. Il longe un chemin de fond de vallée en très légère pente. « La technique me plaît. Elle va donner de la prestance à ce clos au cœur du grand cru Pfersigberg », dit-il. Le viticulteur mûrit son projet depuis quatre ans. Il les a passés à chasser la matière première à dix-quinze kilomètres à la ronde. « J’ai publié des annonces en ligne. J’ai récupéré beaucoup de matériel lors de chantiers de démolition », précise-t-il. La nature de la pierre (schiste, granite, calcaire…) importe peu. La technique reste la même, quelle que soit sa qualité. L’idéal est de prévoir 10 % de pierres en plus du volume minimum estimé. En outre, « plus on a le choix, plus facile est la pose ». Ce mardi après-midi, ils sont huit stagiaires à pied d’œuvre et à l’écoute des conseils prodigués par Bruno Schneider, murailler originaire d’Eguisheim, aujourd’hui installé en Bourgogne. Le chantier a été préparé la semaine précédente. Une pelle mécanique a excavé l’ancien mur du bord du talus et a creusé un lit pour les fondations. « Il faut atteindre un sous-sol minéral bien dur. Ici, il a fallu descendre de soixante centimètres », signale Bruno. Une pince a placé des pierres pesant 100, 150 et jusqu’à 300 kg dans la tranchée. Une barre à mine les a ajustées. Un rouleau compresseur a compacté le lit pour rendre cette base « plus solide que du béton ». Le haut de la fondation dépasse légèrement du sol. Deux rangées de grandes pierres taillées y prennent appui. Cette base robuste supportera tout le poids du mur une fois achevé. Elle servira aussi à constituer la dernière ligne. En pesant de tout leur poids, les blocs de la base stabiliseront l’édifice. « Pas plus de cinq minutes pour retailler une pierre » Les pierres de quelques kilos sont utilisées pour la partie intermédiaire du mur, à partir du deuxième niveau. Bruno recommande de les trier par taille, entre fines, moyennes et grosses, pour constituer la lithothèque dans laquelle chacun pourra aller se servir. « Il faut sonner chaque pierre à la massette avant de la placer. Un son métallique indique qu’elle convient. Un son creux signale qu’elle a gelé. Une telle pierre est à mettre au rebut », lance Bruno. Passons à la pose. Deux cordelettes séparées d’une trentaine de centimètres et tendues devant le mur servent de repère. « Alignez les pierres cinq millimètres en arrière de la cordelette. Un mur ne doit jamais être en dévers mais rester à l’horizontale », conseille Bruno. « S’il y a des bosses, des pointes gênantes, enlevez-les. Mais ne consacrez pas plus de cinq minutes à retailler une pierre. » Quand une pierre ne va pas, on l'abandonne et on en cherche une autre. « Réfléchissez à ce à quoi la pierre posée va servir, aux voisines qu’elle aura à ses côtés et à celle qui va la recouvrir. Enfin, ménagez-vous ! Pliez les genoux, faites travailler les cuisses et portez le poids au plus proche de votre corps. » Une fois en place, les pierres ne doivent pas bouger. La meilleure manière de tester leur stabilité est de marcher dessus. Et un rang une fois posé, le bâtisseur prend quelques mètres de recul pour identifier un (éventuel) défaut. Moins visibles que celles en façade, les pierres de remplissage qui donnent au mur son épaisseur n’en jouent pas moins un rôle primordial. « Les plus menues doivent remplir tout espace où on peut glisser deux doigts. On ne pense pas à elles en priorité alors qu’elles font la structure et la tenue du mur. Elles sont à caler comme les autres », explique Bruno. Dans tous les cas, la ligne de pierres supérieure (en façade comme à l’arrière) doit recouvrir le joint formé par les deux pierres de la ligne inférieure, sous peine de créer des « coups de sabre » qui fragilisent toute la structure. « Un tel mur est conçu pour résister à la pression de la terre, au poids des matériels actuels et aux vibrations qu’ils provoquent. L’eau n’est pas dérangeante. Le mur la laisse passer et la redistribue, au contraire du béton qui la bloque. »

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