Peau, troubles musculo-squelettiques (TMS), etc.
La MSA fait de la prévention
Peau, troubles musculo-squelettiques (TMS), etc.
Publié le 20/07/2018
En agriculture, les troubles musculosquelettiques (TMS) sont la première cause de maladies professionnelles, et la prévalence des cancers de la peau est significativement plus élevée que dans le reste de la population. En cause : l’exposition au soleil et la sollicitation répétée de certains muscles et articulations pour effectuer des tâches quotidiennes. Des moyens de prévention existent.
Ces moyens de prévention ont fait l’objet de différents ateliers lors d’une manifestation organisée à l’initiative des élus de l’échelon local de Molsheim de la MSA d’Alsace, en partenariat avec la Caisse d’assurance accidents agricole (CAAA), jeudi 12 juillet au domaine viticole Hubert Reyser à Nordheim. « Le public visé est plutôt viticole », précise Christelle Eyder. Mais les ateliers sont aussi fréquentés par des agriculteurs, également confrontés à l’exposition au soleil, aux produits phytosanitaires et aux gestes répétitifs, par exemple lors de la traite. Le public est composé de salariés, mais aussi de chefs d’entreprise, à la satisfaction de Christelle Eyder. Par contre, la moyenne d’âge est assez élevée : « On aimerait réussir à mobiliser davantage les jeunes pour conserver notre régime indépendant », indique la présidente. Gare aux coups de chaud Les trois premiers ateliers concernent la peau. Un organe à part entière. Et une barrière de 2 m2 contre les agressions extérieures. Elle doit donc rester efficace, même si elle est en première ligne face à de nombreux dangers. Le docteur Pascale Herbrecht, médecin du travail, développe les effets du soleil sur la peau, et de la chaleur sur l’organisme, « avec un discours adapté aux personnes travaillant en extérieur, et en contact avec des produits phytosanitaires, puisque la majorité des contaminations par ces produits se fait par voie transcutanée. » Elle rappelle les précautions à prendre par cette frange de la population davantage exposée au soleil, donc au risque de développer un cancer de la peau : porter un chapeau, des lunettes, s’hydrater, porter de préférence des vêtements clairs, amples et couvrants, sinon mettre de la crème solaire. Une stratégie de protection que Pascale Herbrecht propose avec quelques réserves : « Tous les produits ne sont pas suffisamment efficaces. Et il faudrait penser à en remettre régulièrement. Ce qui est rarement le cas. » Elle sensibilise aussi le public au risque lié à la chaleur dégagée par le soleil et qui peut provoquer des coups de chaleur quand l’organisme ne parvient plus bien à réguler sa température interne par la transpiration. Ce qui peut arriver lorsqu’on fournit un effort physique par de fortes chaleurs. L’élévation exagérée de la température corporelle se traduit par des maux de tête, des vomissements, etc. « Il est possible de tomber dans le coma, voire de faire un malaise mortel », prévient Pascale Herbrecht. Il est donc important de se mettre immédiatement à l’ombre, se reposer, boire… Le dermato, c’est comme le contrôle technique Elsa Hauger, infirmière, fait remplir un questionnaire aux participants. Les questions portent sur le type de peau, les antécédents, le comportement face au soleil, et contribuent à élaborer une note finale. En fonction d’elle, il est conseillé soit de rester prudent, soit de demander les conseils d’un dermatologue, soit de changer ses habitudes et de consulter rapidement un dermatologue. « Ça devrait être comme un contrôle technique : il faut y aller régulièrement, même si tout va bien », compare Elsa Hauger, qui rappelle qu’une journée de dépistage est organisée par la MSA au mois de mai, avec des dermatologues disponibles dans tous les échelons locaux. Elle conseille aussi de boire avant d’avoir soif car cette sensation marque le début de la déshydratation, et est moins bien ressentie avec l’âge. Autre astuce : mouiller les manches de ses vêtements… Le bon vêtement de sécurité, c’est celui qu’on porte Des vêtements, Régis Pierre en proposait toute une collection dans son atelier dédié à la peau et aux produits chimiques. Pas forcément seyants, mais au moins fonctionnels, du moins censés l’être. C’était justement l’objet de cet atelier : faire le point sur l’offre existante, et aider les professionnels à choisir les bons équipements. « Tous les équipements destinés à protéger d’une contamination par les produits chimiques doivent présenter un logo en forme de bécher. » Les gants doivent être choisis en fonction de leur indice de perméation. Et, surtout, il s’agit d’avoir « des mains propres dans des gants propres ». Il est donc important de pouvoir se laver les mains avant d’enfiler des gants : « Ce sont des nids à bactéries, et les pores de la peau ont tendance à s’ouvrir dans leur ambiance chaude et humide. » Côté masque, Régis Pierre préconise la version jetable. Le plus important, « c’est que le masque réponde à la norme de filtration A2P3 ». Pour les yeux, le must, c’est une visière qui présente l’avantage de protéger le visage, d’être compatible avec le port du masque, et me port de lunettes correctrices. Pour le reste du corps, il s’agit de mettre des bottes en caoutchouc et une cote spécialement conçue pour la manipulation de produits chimiques, en tissu déperlant. Ces derniers résistent à un certain nombre de passages en machine (l’idéal étant de les laver à part) et sont plus ou moins confortables. Régis Pierre préconise aussi de porter un tablier par-dessus la cote lors de la préparation de la bouillie. Celui-ci va éliminer une grosse partie des contaminations, il est lavable au jet, et l’utilisateur peut garder la cote lors de l’application au champ, pour être protégé en cas d’intervention sur le matériel de pulvérisation. Denis Litt, conseiller en prévention à la CAAA du Bas-Rhin, présentait d’autres équipements de protection, et distillait quelques conseils de bon sens : « Équipez-vous de différentes paires de gants, adaptés à chaque activité et lavez-les, changez-les, ou optez pour des gants jetables. Demandez des outils dont la taille est adaptée à votre morphologie, idem pour les chaussures… » Etireo : le savoir-faire des sportifs au monde du travail Un écran plat qui projette des images d’un type qui fait de la gym : l’atelier suivant dénote de prime abord. Mais lorsqu’Éric Gignet décrit l’activité d’Etiréo, sa présence à cette manifestation fait sens : « Etireo est une entreprise en cours de formation, portée par différents partenaires : Solivers, La fabrique des Territoires Innovants et Siel Bleu, une entreprise qui met à disposition le savoir-faire de sportifs auprès de personnes âgées, en convalescence, pour éviter chutes et récidives. L’objet d’Etireo, c’est d’étendre ce savoir-faire au monde du travail, en proposant des programmes d’échauffement, d’étirement, de pause active, adaptés aux postes de travail. » Un service qui doit permettre de prévenir l’apparition de TMS, ou d’en atténuer les symptômes. L’échauffement se pratique avant la prise de poste. La pause active se pratique environ toutes les heures, à raison de deux minutes de séquences de mouvements appropriés destinés à éviter raideurs, lombalgies. Selon la taille des entreprises, Etireo propose différentes solutions : un coach physique ou digital, via une application, une animation web ou un écran interactif. En viticulture, Etireo peut permettre d’échauffer les salariés avant une journée de travail, histoire de gagner en souplesse, d’échauffer le dos, les chevilles… « Nous proposons des séquences différentes pour varier les mouvements et cibler les parties du corps à travailler en fonction des tâches à effectuer. Par exemple le coude avant une journée de taille », précise Éric Gignet. Etireo fonctionne par abonnement. Contact : 03 88 38 15 65, contact@etireo.eu. TMS : quand la douleur empêche de faire Après le sport, un petit jeu de cartes. Sur le stand suivant, le docteur Marie-Claude Croce Knab et Jessica Bach utilisent la voie ludique pour parler d’un problème grave : celui des TMS, un trouble qui constitue la première cause de maladies professionnelles et engendre des séquelles handicapantes pour les victimes, voire une inaptitude au poste de travail. « Les causes des TMS sont multiples, introduit Marie-Claude Croce Knab. Il y a des facteurs mécaniques, liés aux gestes répétitifs, des facteurs psychosociaux, comme le stress, des facteurs liés à la charge de travail, à son organisation, et des facteurs personnels, comme l’âge, le sexe, la pratique d’une activité sportive… ». Jessica Bach invite une participante à tirer une carte sur un thème. Elle choisit celui de la douleur. « C’est le thème le plus souvent choisi », souligne le médecin du travail. Ce qui démontre l’impact des TMS sur la qualité de vie des victimes. Les professionnels de santé préconisent de procéder à des échauffements, des étirements, qui « devraient faire partie intégrante du travail », évoquent aussi la charge mentale, le stress… Des conseils entendus, malgré une certaine forme de fatalité : « Quand je dois tirer un fil (NDLR : de vigne), il doit être tiré, il n’y a pas d’alternative, je ne vais pas le faire avec mon nez, ou mon pied… » Des outils pour soulager Transition toute trouvée avec l’atelier animé par Anthony Metzger, conseiller en prévention à la CAAA du Haut-Rhin. S’il ne propose pas encore de bras bionique, il présente des outils qui ont été développés pour soulager le corps humain lors de la réalisation de certaines tâches. Par exemple un « harnais trompe d’éléphant », qui permet de porter un outil en soulageant les épaules, des genouillères, ou encore des Ergosièges, qui permettent de soulager un opérateur en position agenouillée (disponible en trois tailles sur securama.fr), un harnais d’aide au maintien du dos Corfor, un gilet rafraîchissant… L’acquisition de ces outils peut faire l’objet d’une prise en charge partielle par la CAAA, précise Anthony Metzger.












