Technique

Peau, troubles musculo-squelettiques (TMS), etc.

La MSA fait de la prévention

Publié le 20/07/2018

En agriculture, les troubles musculosquelettiques (TMS) sont la première cause de maladies professionnelles, et la prévalence des cancers de la peau est significativement plus élevée que dans le reste de la population. En cause : l’exposition au soleil et la sollicitation répétée de certains muscles et articulations pour effectuer des tâches quotidiennes. Des moyens de prévention existent.

Ces moyens de prévention ont fait l’objet de différents ateliers lors d’une manifestation organisée à l’initiative des élus de l’échelon local de Molsheim de la MSA d’Alsace, en partenariat avec la Caisse d’assurance accidents agricole (CAAA), jeudi 12 juillet au domaine viticole Hubert Reyser à Nordheim. « Le public visé est plutôt viticole », précise Christelle Eyder. Mais les ateliers sont aussi fréquentés par des agriculteurs, également confrontés à l’exposition au soleil, aux produits phytosanitaires et aux gestes répétitifs, par exemple lors de la traite. Le public est composé de salariés, mais aussi de chefs d’entreprise, à la satisfaction de Christelle Eyder. Par contre, la moyenne d’âge est assez élevée : « On aimerait réussir à mobiliser davantage les jeunes pour conserver notre régime indépendant », indique la présidente. Gare aux coups de chaud Les trois premiers ateliers concernent la peau. Un organe à part entière. Et une barrière de 2 m2 contre les agressions extérieures. Elle doit donc rester efficace, même si elle est en première ligne face à de nombreux dangers. Le docteur Pascale Herbrecht, médecin du travail, développe les effets du soleil sur la peau, et de la chaleur sur l’organisme, « avec un discours adapté aux personnes travaillant en extérieur, et en contact avec des produits phytosanitaires, puisque la majorité des contaminations par ces produits se fait par voie transcutanée. » Elle rappelle les précautions à prendre par cette frange de la population davantage exposée au soleil, donc au risque de développer un cancer de la peau : porter un chapeau, des lunettes, s’hydrater, porter de préférence des vêtements clairs, amples et couvrants, sinon mettre de la crème solaire. Une stratégie de protection que Pascale Herbrecht propose avec quelques réserves : « Tous les produits ne sont pas suffisamment efficaces. Et il faudrait penser à en remettre régulièrement. Ce qui est rarement le cas. » Elle sensibilise aussi le public au risque lié à la chaleur dégagée par le soleil et qui peut provoquer des coups de chaleur quand l’organisme ne parvient plus bien à réguler sa température interne par la transpiration. Ce qui peut arriver lorsqu’on fournit un effort physique par de fortes chaleurs. L’élévation exagérée de la température corporelle se traduit par des maux de tête, des vomissements, etc. « Il est possible de tomber dans le coma, voire de faire un malaise mortel », prévient Pascale Herbrecht. Il est donc important de se mettre immédiatement à l’ombre, se reposer, boire… Le dermato, c’est comme le contrôle technique Elsa Hauger, infirmière, fait remplir un questionnaire aux participants. Les questions portent sur le type de peau, les antécédents, le comportement face au soleil, et contribuent à élaborer une note finale. En fonction d’elle, il est conseillé soit de rester prudent, soit de demander les conseils d’un dermatologue, soit de changer ses habitudes et de consulter rapidement un dermatologue. « Ça devrait être comme un contrôle technique : il faut y aller régulièrement, même si tout va bien », compare Elsa Hauger, qui rappelle qu’une journée de dépistage est organisée par la MSA au mois de mai, avec des dermatologues disponibles dans tous les échelons locaux. Elle conseille aussi de boire avant d’avoir soif car cette sensation marque le début de la déshydratation, et est moins bien ressentie avec l’âge. Autre astuce : mouiller les manches de ses vêtements… Le bon vêtement de sécurité, c’est celui qu’on porte Des vêtements, Régis Pierre en proposait toute une collection dans son atelier dédié à la peau et aux produits chimiques. Pas forcément seyants, mais au moins fonctionnels, du moins censés l’être. C’était justement l’objet de cet atelier : faire le point sur l’offre existante, et aider les professionnels à choisir les bons équipements. « Tous les équipements destinés à protéger d’une contamination par les produits chimiques doivent présenter un logo en forme de bécher. » Les gants doivent être choisis en fonction de leur indice de perméation. Et, surtout, il s’agit d’avoir « des mains propres dans des gants propres ». Il est donc important de pouvoir se laver les mains avant d’enfiler des gants : « Ce sont des nids à bactéries, et les pores de la peau ont tendance à s’ouvrir dans leur ambiance chaude et humide. » Côté masque, Régis Pierre préconise la version jetable. Le plus important, « c’est que le masque réponde à la norme de filtration A2P3 ». Pour les yeux, le must, c’est une visière qui présente l’avantage de protéger le visage, d’être compatible avec le port du masque, et me port de lunettes correctrices. Pour le reste du corps, il s’agit de mettre des bottes en caoutchouc et une cote spécialement conçue pour la manipulation de produits chimiques, en tissu déperlant. Ces derniers résistent à un certain nombre de passages en machine (l’idéal étant de les laver à part) et sont plus ou moins confortables. Régis Pierre préconise aussi de porter un tablier par-dessus la cote lors de la préparation de la bouillie. Celui-ci va éliminer une grosse partie des contaminations, il est lavable au jet, et l’utilisateur peut garder la cote lors de l’application au champ, pour être protégé en cas d’intervention sur le matériel de pulvérisation. Denis Litt, conseiller en prévention à la CAAA du Bas-Rhin, présentait d’autres équipements de protection, et distillait quelques conseils de bon sens : « Équipez-vous de différentes paires de gants, adaptés à chaque activité et lavez-les, changez-les, ou optez pour des gants jetables. Demandez des outils dont la taille est adaptée à votre morphologie, idem pour les chaussures… » Etireo : le savoir-faire des sportifs au monde du travail Un écran plat qui projette des images d’un type qui fait de la gym : l’atelier suivant dénote de prime abord. Mais lorsqu’Éric Gignet décrit l’activité d’Etiréo, sa présence à cette manifestation fait sens : « Etireo est une entreprise en cours de formation, portée par différents partenaires : Solivers, La fabrique des Territoires Innovants et Siel Bleu, une entreprise qui met à disposition le savoir-faire de sportifs auprès de personnes âgées, en convalescence, pour éviter chutes et récidives. L’objet d’Etireo, c’est d’étendre ce savoir-faire au monde du travail, en proposant des programmes d’échauffement, d’étirement, de pause active, adaptés aux postes de travail. » Un service qui doit permettre de prévenir l’apparition de TMS, ou d’en atténuer les symptômes. L’échauffement se pratique avant la prise de poste. La pause active se pratique environ toutes les heures, à raison de deux minutes de séquences de mouvements appropriés destinés à éviter raideurs, lombalgies. Selon la taille des entreprises, Etireo propose différentes solutions : un coach physique ou digital, via une application, une animation web ou un écran interactif. En viticulture, Etireo peut permettre d’échauffer les salariés avant une journée de travail, histoire de gagner en souplesse, d’échauffer le dos, les chevilles… « Nous proposons des séquences différentes pour varier les mouvements et cibler les parties du corps à travailler en fonction des tâches à effectuer. Par exemple le coude avant une journée de taille », précise Éric Gignet. Etireo fonctionne par abonnement. Contact : 03 88 38 15 65, contact@etireo.eu. TMS : quand la douleur empêche de faire Après le sport, un petit jeu de cartes. Sur le stand suivant, le docteur Marie-Claude Croce Knab et Jessica Bach utilisent la voie ludique pour parler d’un problème grave : celui des TMS, un trouble qui constitue la première cause de maladies professionnelles et engendre des séquelles handicapantes pour les victimes, voire une inaptitude au poste de travail. « Les causes des TMS sont multiples, introduit Marie-Claude Croce Knab. Il y a des facteurs mécaniques, liés aux gestes répétitifs, des facteurs psychosociaux, comme le stress, des facteurs liés à la charge de travail, à son organisation, et des facteurs personnels, comme l’âge, le sexe, la pratique d’une activité sportive… ». Jessica Bach invite une participante à tirer une carte sur un thème. Elle choisit celui de la douleur. « C’est le thème le plus souvent choisi », souligne le médecin du travail. Ce qui démontre l’impact des TMS sur la qualité de vie des victimes. Les professionnels de santé préconisent de procéder à des échauffements, des étirements, qui « devraient faire partie intégrante du travail », évoquent aussi la charge mentale, le stress… Des conseils entendus, malgré une certaine forme de fatalité : « Quand je dois tirer un fil (NDLR : de vigne), il doit être tiré, il n’y a pas d’alternative, je ne vais pas le faire avec mon nez, ou mon pied… » Des outils pour soulager Transition toute trouvée avec l’atelier animé par Anthony Metzger, conseiller en prévention à la CAAA du Haut-Rhin. S’il ne propose pas encore de bras bionique, il présente des outils qui ont été développés pour soulager le corps humain lors de la réalisation de certaines tâches. Par exemple un « harnais trompe d’éléphant », qui permet de porter un outil en soulageant les épaules, des genouillères, ou encore des Ergosièges, qui permettent de soulager un opérateur en position agenouillée (disponible en trois tailles sur securama.fr), un harnais d’aide au maintien du dos Corfor, un gilet rafraîchissant… L’acquisition de ces outils peut faire l’objet d’une prise en charge partielle par la CAAA, précise Anthony Metzger.

Publié le 13/07/2018

L’expérimentation SEFerSol et les innovations mises en place sur la ferme biologique du lycée agricole de Wintzenheim, Les Jardins du Pflixbourg, se poursuivent. Une visite, proposée par l’établissement agricole et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace jeudi 14 juin, a permis de mieux comprendre les stratégies innovantes testées, d’observer les expérimentations mises en place et de visiter l’atelier de maraîchage.

Le maraîchage biologique diversifié en Alsace a souvent recours à des pratiques intensives d’utilisation du sol, notamment par des interventions répétées de travail du sol, des apports de fertilisants organiques rapidement dégradés, une faible couverture du sol, notamment l’hiver. Ces pratiques présentent des risques de diminution de la fertilité du sol dans la durée et de dégradation de la qualité de l’eau (transfert des nitrates). Les maraîchers biologiques disposent de références sur les techniques permettant de mieux entretenir la fertilité des sols : apports de matières organiques, usage des engrais verts, modes de travail du sol. Techniques mises en œuvre individuellement. Cependant, il apparaît que c’est la combinaison cohérente et efficace d’un ensemble de techniques - système de cultures - qui permet d’entretenir la fertilité du sol, en favorisant sa vie, son activité biologique afin qu’il soit capable de nourrir les plantes qui y sont cultivées. De nouvelles références sont donc nécessaires pour aider les maraîchers biologiques à adapter leurs systèmes de culture. C’est dans ce contexte que huit partenaires se sont associé : l’EPLEFPA Les Sillons de Haute Alsace et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Planète Légumes, la Chambre d'agriculture d’Alsace, Alsace Vitae (association du biopôle de Colmar), l’Association pour la relance agronomique en Alsace (Araa) et Rittmo AgroEnvironnement. Le travail mené en commun a quatre objectifs : mieux connaître les pratiques actuelles d’entretien de la fertilité du sol des maraîchers biologiques en Alsace ; tester des stratégies innovantes (ou systèmes de culture innovants) d’entretien de la fertilité du sol dans la durée en maraîchage biologique diversifié ; évaluer les performances des systèmes de culture innovants (fertilité du sol, impacts sur la qualité de l’eau, autonomie vis-à-vis des intrants organiques, résultats techniques et économiques) ; diffuser les connaissances acquises et les méthodes développées aux maraîchers et futurs maraîchers. Le projet a rejoint en 2018 le réseau Dephy Expé du plan Écophyto pour perfectionner les stratégies de double gestion de l’enherbement et de la fertilité du sol en maraîchage biologique. Les Jardins du Pflixbourg font partie de ce réseau. Ce dernier est composé de douze fermes maraîchères intéressées par la thématique de la fertilité des sols pour pérenniser les systèmes maraîchers bios. Trois systèmes expérimentés « Nous testons des pratiques. Le but est de capitaliser sur les expériences de chacun. Il y a différentes façons de faire de l’agriculture biologique. Chacune est pertinente. Chacune a des conséquences différentes sur la fertilité du sol », précise Camille Fonteny, de l’Opaba. « Pour notre part, nous sommes là pour relier et perfectionner les supports qui permettent d’enrichir l’évolution des pratiques maraîchères, pour mener des expérimentations. Nous avons démarré en 2015 et ces expérimentations profitent également à l’établissement de Wintzenheim dans le cadre des formations qu’il propose à ses étudiants », ajoute Guillaume Delaunay, chef de projet du pôle maraîchage du lycée agricole. Trois systèmes sont expérimentés depuis trois ans. Le premier est celui que l’on retrouve habituellement chez les maraîchers bios. « Le travail du sol est assez intensif avec l’utilisation d’engrais, un désherbage mécanique, peu d’engrais verts », note Guillaume Delaunay. Le second est un système avec des engrais verts max. C’est un système qui modifie pas mal de choses avec un travail du sol conduit en planches permanentes, toujours au même endroit. « On utilise des outils traînés, à disques ou à dents. Ce système optimise l’usage des engrais verts en lien avec la fertilité du sol, mais pas uniquement. Il n’y a pas d’apports d’engrais organiques, plutôt du compost », ajoute Guillaume Delaunay. Le troisième système est celui de la conservation du sol. « On en met entre les cultures et pendant l’évolution des cultures. On anticipe l’implantation d’engrais verts. L’idée est de s’adapter au maraîchage avec un travail du sol le plus réduit possible. On va diversifier les cultures et les intercultures », complète Guillaume Delaunay. Quatrième saison Le projet SEFerSol est dans sa quatrième saison. Chaque parcelle est conduite de manière spécifique afin de se situer dans des années climatiques différentes. « Cela permet d’avoir des différences sur les résultats que l’on produit, pour pouvoir ensuite évaluer globalement les cultures », précise Camille Fonteny. Deux systèmes de culture innovants sont testés en comparaison à un système de référence. Ils combinent des techniques innovantes et des pratiques intéressantes, pour étudier les principaux leviers de l’entretien de la fertilité du sol : utilisation renforcée des engrais verts et couverts végétaux (nutrition, protection et structuration du sol), limitation forte et simplification du travail du sol (horizons du sol moins ou non perturbés) et couverture du sol (protection du sol contre les facteurs climatiques préjudiciables à son activité biologique). Le tout, en préservant la qualité de l’eau, une bonne autonomie vis-à-vis des intrants et les résultats technico-économiques (rendements, qualité des cultures, marges). « Cette expérimentation implique une certaine souplesse des itinéraires techniques. Nous les adaptons régulièrement. Nous travaillons avec des règles de décision qui peuvent évoluer, tout en gardant la logique de chaque service de culture », annonce Guillaume Delaunay. Pour atteindre les objectifs assignés aux systèmes de culture, différents leviers regroupés par famille sont mobilisés : choix des successions culturales, apports de matières organiques, adaptation des pratiques de travail du sol, utilisation des engrais verts et couverts végétaux, ou encore couverture du sol. Dans le cadre du deuxième axe de ce projet, qui consiste à étudier de manière approfondie les pratiques des maraîchers biologiques diversifiés d’Alsace en matière d’entretien de la fertilité du sol, une enquête coordonnée par l’Opaba a été menée. Une quarantaine de maraîchers répartie sur tout le territoire alsacien a été identifiée en fonction des critères suivants : en agriculture biologique, possédant des surfaces exclusivement en légumes, sans rotation céréalière. Les pratiques d’entretien de la fertilité du sol mises en œuvre sont propres à chacun des maraîchers. Et dépendent d’une multitude de facteurs (historique de l’exploitation, formation de l’agriculteur, contexte pédoclimatique, expériences). L’objectif de cette étude est de donner une vue d’ensemble des pratiques d’entretien de la fertilité du sol en Alsace. Ce travail doit permettre de produire des références, directement opérationnelles pour les maraîchers. Les innovations intéressantes identifiées seront formalisées dans des fiches techniques. Il s’agit de donner des idées en matière de machinisme, de créer un groupe de maraîchers volontaires pour participer au suivi et à la co-conception des systèmes de culture innovants testés dans l’expérimentation, de renforcer le partage d’expérience entre les producteurs et de le traduire sous forme d’itinéraires techniques. Les pratiques innovantes pourront être mutualisées. Cette démarche participative permettra de favoriser l’intégration d’innovations dans les systèmes des maraîchers.

Coopérative Agricole de Céréales

Pour des cultures durables ET rentables

Publié le 05/07/2018

Le 13 juin, la Coopérative Agricole de Céréales a organisé une visite d’essais de culture d’automne à Chavannes-sur-l’Étang. L’occasion de découvrir les derniers travaux effectués par la coopérative en matière de variétés et de fertilisation. Un travail de fond motivé par un double objectif essentiel : assurer des revenus pérennes aux agriculteurs tout en minimisant l’impact des pratiques sur l’environnement.

Rentabilité et durabilité. Deux mots qui résument assez bien la politique de développement que la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) s’est fixée pour les prochaines années. Comme les autres entreprises de la filière, elle doit aujourd’hui répondre à une double équation : minimiser l’impact environnemental des pratiques agricoles tout en assurant un revenu pérenne et rémunérateur aux exploitants. « On a des solutions qui existent. Mais c’est à nous de les faire connaître et reconnaître », estime le président de la CAC, Jean-Michel Habig. C’est dans cet état d’esprit que le groupe coopératif a organisé, le 13 juin dernier à Chavannes-sur-l’Étang, une visite d’essais réalisés sur des cultures d’automne. Un rendez-vous articulé autour de plusieurs ateliers thématiques. Le « meilleur potentiel » sans prendre de risque Le premier, sur les variétés, a mis en relief une problématique nouvelle pour les producteurs d’orge : l’interdiction du Gaucho à compter des prochains semis. Pour lutter contre la Jaunisse Naissante de l’Orge (JNO) véhiculée par le puceron, il va falloir utiliser des insecticides foliaires. Au regard des essais effectués par la CAC, les résultats ne sont, pour le moment, pas très concluants. « Avant, on avait des semences enrobées avec le Gaucho. On ne s’occupait pas vraiment des pucerons. Maintenant, toute la stratégie va être à refaire », explique Joris Cuny, technicien du service Expérimentation et Marketing de la CAC. Un « grand bouleversement » s’annonce donc pour l’automne prochain. « Il faudra surveiller davantage les parcelles et appliquer un ou plusieurs traitements insecticides », prévient Joris Cuny. Une autre solution pour prévenir ce risque de JNO serait d’opter pour une variété résistante au virus. Sauf que les premières variétés qui sortent ne sont résistantes qu’à un type de virus. « Et si le virus mute, retour à la case départ. » Alors oui, l’orge est loin d’être la culture la plus représentée en Alsace. Mais comme le souligne si justement Joris Cuny, une JNO peut faire baisser le rendement de moitié. Le plus gros des essais effectué par la CAC autour des cultures d’hiver concerne bien évidemment le blé. Dans toutes les variétés disponibles sur le marché, il faut réussir à extraire celles qui présentent le meilleur potentiel pour le climat et les sols alsaciens. Pour leurs essais, les techniciens de la Coopérative Agricole de Céréales se basent sur trois critères. En premier, la note fusariose. « On commence à s’y intéresser à partir de 5, 5,5 sur 10. Les meilleures étant notées à 6 actuellement », détaille Joris Cuny. L’indice de précocité est le deuxième critère de sélection. « On veut des blés qui commencent tard au printemps mais qui terminent très vite à cause des problèmes d’échaudage. » Puis vient en troisième la note septoriose qui doit au moins être de 5 ou 5,5 sur 10, sachant que les meilleures variétés sont notées 8 à l’heure actuelle. Mais si une variété présente tous les bons paramètres une année N pour être testée, ce n’est pas forcément le cas l’année suivante. « Ces notes évoluent au fil du temps. Plus une variété est utilisée, plus la septoriose sera en mesure d’être présente, et donc de s’adapter. » Le blé étant destiné à la meunerie, les techniciens de la CAC doivent accorder la plus grande attention au choix des variétés qui seront soumises aux essais. « Pour chacun d’entre eux, nous testons les mycotoxines ainsi que le taux de protéines. Nous étudions également beaucoup le milieu afin d’adapter la variété à la météo et au contexte », poursuit le technicien de la CAC. Comme l’indique Jean-Michel Habig, il faut arriver « au meilleur potentiel » sans prendre de risque pour l’adhérent. « C’est grâce à ces essais qu’on y arrive. » Rien ne sert de surfertiliser Une fois les variétés choisies, il faut tester les différentes manières d’en obtenir les meilleurs résultats avec une fertilisation maîtrisée et efficace. La fameuse « bonne dose, au bon endroit et au bon moment » prônée par le président de la CAC, celle qui permettra de diminuer l’impact environnemental tout en assurant à l’agriculteur des rendements et une qualité élevés. Mais avant de parler de modulation et de pilotage de la dose d’azote par drone, il faut déjà mesurer la courbe de réponse à la dose d’azote pour chaque variété et dans des conditions de sol homogènes afin de pouvoir identifier tel ou tel facteur et son influence. Sur cette parcelle de Chavannes-sur-l’Étang, une quarantaine de modalités ont été testées. La référence, c’est le témoin zéro avec la dose d’azote calculée (trois apports d’ammonitrate). « Avec cette dose N, on a l’optimal en termes de peuplement et d’aspect de la végétation, d’un point de visuel du moins. Après, c’est le comptage et l’analyse de la qualité qui déterminent les choix », explique Christian Jenn, responsable Innovation, Marketing et Solutions Adhérents (IMSA) à la CAC. À ce niveau, ce dernier constate des écarts entre ce qui est obtenu suite à des essais et le blé collecté. « En essai, avec la dose N, on obtient un taux de protéines de 12,7 %. En collecte, on n’est pas à ce niveau-là. Avec des années difficiles, on a tendance à surfertiliser au premier apport. L’objectif c’est de dire qu’on va compenser avec plus de végétation et plus de tallage. Le problème c’est qu’après on a plus assez d’azote pour terminer le cycle alors que le calcul de la dose est bon. Nous, en essai, on garde toujours une cinquantaine d’unités d’azote pour le troisième apport », développe Christian Jenn. Car au vu des essais menés par la CAC, rien ne sert de mettre plus d’azote que la dose N. En revanche, l’ajout de soufre au premier apport fait gagner en moyenne trois quintaux. « Nos quatorze essais vont tous dans le même sens. » Les essais effectués par la CAC en matière de fertilisation azotée permettent de dresser un autre constat : dans le cas d’un premier apport en ammonitrate suivi de deux apports avec de l’urée, on observe une perte de rendement de 2,6 q et une augmentation de protéines de 0,7. Avec deux apports d’ammonitrate et un dernier apport d’Utec, le bilan est plus positif avec un gain de 2,4 q et 0,2 de protéines. La même référence en sous-fertilisation à N-30 donne un gain de 4,7 q et de 0,2 en protéines. Si ces chiffres semblent bons, la courbe des produits nets de fertilisation montre néanmoins que le plus gros gain financier s’établit à la dose N. Atteindre « l’optimum » grâce au drone Maintenant qu’on y voit un peu plus clair sur le type de variétés ou la nature d’azote à utiliser, il est temps d’aller un peu plus dans le détail de chaque parcelle. Contrairement à ces essais menés volontairement dans des conditions homogènes, les sols habituellement pratiqués par les céréaliers haut-rhinois se caractérisent par une grande hétérogénéité. C’est là que la modulation de la dose d’azote par drone démontre tout son intérêt. Et rien ne vaut une démonstration réelle pour en appréhender le fonctionnement. Contrairement aux drones équipés de petites hélices que l’on retrouve un peu partout aujourd’hui, celui utilisé par la CAC se présente sous la forme d’une aile fixe avec un rotor à l’arrière. « On a la légèreté et la rapidité en même temps », souligne Nicolas Kress, responsable Terrain et télépilote du drone à la coopérative. L’engin peut voler jusqu’à 150 mètres d’altitude maximum. Il dispose d’une autonomie de quarante minutes environ, ce qui lui permet de faire 70 à 75 hectares en une seule fois. À chaque passage, il fait quatre photos (verte, rouge, infrarouge et proche infrarouge) sous plusieurs angles du même morceau de parcelle. Le tout est ensuite combiné dans une synthèse qui sert de base à la préconisation. Deux cartes peuvent être émises, une simplifiée et une détaillée. Tout dépend de l’offre à laquelle l’agriculteur aura souscrit. Les cartes peuvent être ensuite chargées dans le smartphone ou la console du tracteur si le tracteur est équipé en géolocalisation. Sur les quarante exploitations qui utilisent actuellement ce service au sein de la CAC, seules trois sont équipées en modulation automatique. « D’autres agriculteurs sont sûrement équipés mais ne le savent pas. Notre travail est de nous mettre en relation avec les concessionnaires et les constructeurs pour avancer là-dessus », indique Emmanuelle Gaering, chargée de projet solutions adhérents à la CAC. Cette modulation de dose par drone se scinde en deux vols : au stade « épi 1 cm » et au stade « 2-3 nœuds ». L’analyse faite par l’engin est complétée par des appels aux différents agriculteurs pour savoir si de la pluie était tombée au moment du deuxième apport. « Comme ça, on peut savoir si l’engrais a été assimilé par la plante. On peut ainsi estimer les unités encore disponibles dans le champ. Dans cet exemple, on va aller de 35 à 59 unités d’azote dans la même parcelle. La modulation vaut clairement le coup dans le cas présent. En ajustant ainsi, on pourra économiser l’engrais et atteindre les rendements et taux de protéines espérés », ajoute Emmanuelle Gaering.

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