Les premiers pas officiels de la modulation intraparcellaire de semis de maïs ont eu lieu lundi dernier sur une parcelle de Weckolsheim. Proposée en exclusivité par la Coopérative Agricole de Céréales, cette solution baptisée Mod-IP va, dès cette année, permettre à une trentaine d’agriculteurs du département de gagner en compétitivité sur chacun de leurs hectares de maïs.
Après la théorie, la pratique. Lundi dernier, la Coopérative Agricole de Céréales a convié la presse à assister aux premiers pas officiels de la modulation intraparcellaire de semis de maïs, deux mois après une première présentation en salle organisée à Blodelsheim (voir PHR du 5 février). Baptisée Mod-IP, cette innovation unique en France va, dès ce printemps, profiter à une trentaine d’agriculteurs du Haut-Rhin pour leur semis. Au total, ce sont 2 000 ha de parcelles situées en zones irriguées (Hardt et Plaine de l’Ill) qui vont bénéficier de cette technique pour cette année de lancement. « C’est plutôt encourageant quand on sait que le maximum qu’on pourrait atteindre au sein de notre coopérative est 8 000 ha », se félicite le président de la CAC, Jean-Michel Habig. Tous les agriculteurs qui se sont engagés avec Mod-IP devraient tous terminer leur campagne de maïs 2019 avec un gain supplémentaire de 100 euros à l’hectare. « Avec ce système, nous permettons à nos petites fermes de gagner en compétitivité tout en étant plus proche de l’environnement », poursuit Jean-Michel Habig. Cet argument « environnemental » a beaucoup séduit le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68) qui a mis à disposition de la CAC ses cartographies topographiques du territoire. « On est partis de là pour établir une expertise fine des sols. Sont-ils argileux, limoneux, sableux ou caillouteux ? Chaque sol réagissant différemment en fonction de la densité de semis et de la variété choisie, il était essentiel d’obtenir une image des sols la plus précise possible », explique Christian Jenn, responsable du service innovation, marketing et solutions adhérent de la CAC 68. Il est en effet assez courant de trouver dans le Haut-Rhin deux, trois ou quatre types de sols différents d’un bout à l’autre d’une même parcelle. Ces différents types de sols ont ensuite été qualifiés grâce à un travail d’analyses et de mesures de terrain géolocalisées. Une fois ce travail effectué, une carte de conseil agronomique est éditée et injectée ensuite dans les équipements d’agriculture de précision. L’agriculteur peut alors adapter ses pratiques en fonction des différences environnementales intraparcellaires et ainsi être au plus près des capacités du sol.
Moduler l’ensemble des pratiques
Les expérimentations pour mesurer l’efficacité et la viabilité de Mod-IP ont duré trois ans. Une dizaine de variétés ont été testées pour trouver les plus adaptées en fonction des types de sols et, in fine, déterminer la densité de semis la plus pertinente à un endroit donné. « C’est l’une des raisons qui explique que cela n’avait jamais été fait auparavant sur le maïs en France, cela demande beaucoup de travail et de recherches pour parvenir à un résultat concluant », témoigne Christian Jenn. Et puis il y a aussi le simple fait que l’Alsace dispose de sols bien plus hétérogènes que dans les autres régions françaises qui produisent du maïs. « Il y a moins de besoins que chez nous », poursuit-il. En revanche, la modulation intraparcellaire de semis de maïs est déjà utilisée au États-Unis, mais pour un coût bien plus important à l’hectare que celui pratiqué par la CAC, à savoir 40 euros par hectare pour les agriculteurs adhérents à la coopérative, et 80 euros pour les autres. Un coût qui comprend l’analyse et la cartographie du sol qui est faite une fois, et les préconisations de densité de semis qui doivent être faites pour chaque nouvelle variété utilisée. « Et vu que de nouvelles variétés apparaissent chaque année, le roulement est bien plus rapide qu’avant », poursuit Jean-Michel Habig. Cette modulation intraparcellaire de semis de maïs vient compléter l’offre d’agriculture de précision que la CAC proposait déjà à ses adhérents, à savoir la fertilisation azotée sur colza et blé avec un drone. Et c’est loin d’être fini. « Toujours sur le maïs, nous expérimentons la modulation de la fertilisation, ainsi que la pulvérisation localisée avec drone pour lutter contre le liseron. Et dans le courant de cette année, nous allons tester la modulation de l’irrigation. Notre idée, au final, est d’avoir une modulation sur l’ensemble des pratiques pour amener ce qu’il faut, où il faut, et au bon moment », conclut Christian Jenn.