Technique

Publié le 10/05/2018

La concession Serma et ses agents, Léon Durrmann et Ostermann Viticole, ont organisé quatre journées de démonstration consacrées au système d’autoguidage par ultrasons pouvant équiper les tracteurs viticoles Fendt, et au travail du sol avec les outils modulables proposés par la marque allemande Braün.

Les 24, 25, 26 et 27 avril, la concession Serma, de Houssen et Mommenheim, et ses agents Léon Durmann, d’Andlau, et Ostermann Viticole, de Traenheim, ont uni leurs énergies, leur dynamisme et leurs compétences pour organiser quatre journées de démonstration des tracteurs vignerons Fendt de la série 200 Vario équipés de matériels de préparation du sol de la marque allemande Braün, reconnue pour la modularité et la robustesse de ses outils. Si la météo clémente a facilité la réussite de ces quatre journées, ce sont surtout les thématiques mises en avant - autoguidage et travail du sol - qui ont suscité un intérêt manifeste chez de nombreux viticulteurs. « Habituellement, les personnes viennent à nos démonstrations en milieu d’après-midi. Là, on avait à chaque fois plein de monde dès le début des démonstrations, à 13 h 30 », constate Freddy Jung, directeur commercial de la concession Serma. Il faut dire qu’avec la pratique inéluctable du travail du sol en viticulture dans un avenir proche, le sujet interpelle. « Ça va être une nouvelle façon de travailler pour de nombreux viticulteurs habitués jusqu’à maintenant aux herbicides », explique Guillaume Ostermann. Pour assurer l’efficacité de la tâche, Braün propose depuis quelques mois des disques émotteurs qui émiettent la terre et créent des fissurations dans le sol, le tout à vitesse d’avancement pouvant aller de 6 à 8 km/h. Aller vite, c’est bien, mais aller droit, c’est encore mieux ! C’est pour cette raison que les trois partenaires ont souhaité mettre en avant le système d’autoguidage par ultrasons qui peut équiper les tracteurs Fendt Vario destinés à la viticulture. En somme, tous les modèles 200 qui se déclinent en plusieurs tailles et plusieurs puissances (de 70 à 110 ch). Si la technologie RTK fonctionnant avec un signal GPS est aujourd’hui relativement connue dans le monde agricole notamment, qu’en est-il de cette technologie de guidage fonctionnant avec des ultrasons ? « Concrètement, c’est très simple. Le guidage se fait en temps réel avec deux capteurs situés à droite et à gauche à l’avant du tracteur. On règle l’inclinaison de ces capteurs par rapport à la hauteur des pieds de vigne, la largeur du rang, et il suffit d’activer l’autoguidage par la simple pression d’un bouton situé sur la console de commande. On peut aussi activer un seul des capteurs pour longer un mur par exemple », développe Freddy Jung. Du coup, pas besoin d’avoir cartographié au préalable sa parcelle. Avec les ultrasons, tout se fait en temps réel. Seule limite du système, le tracteur ne fait pas demi-tour tout seul en bout de parcelle, étant donné qu’il n’en connaît pas les limites. « Il faut voir cela comme une aide à la conduite où l’utilisateur peut reprendre le contrôle à tout moment, indique Léon Durrmann. C’est une technologie intéressante, car elle permet au viticulteur de se concentrer sur le travail des différents outils installés sur le tracteur. Le tracteur roule tout droit sans dévier. Du coup, fini les coups de volants malencontreux lorsqu’on se retourne pour mesurer l’efficacité du travail. » « Il ne faut pas que le travail du sol devienne une charge en plus pour le viticulteur. Grâce à l’autoguidage, deux ou trois outils peuvent travailler en même temps sans que cela ne pose de souci particulier. C’est un vrai gain de confort », conclut Guillaume Ostermann.

Châtaigneraies d’Alsace

Un patrimoine historique à valoriser

Publié le 04/05/2018

Implantées aux abords des villages pour les multiples services rendus à la population, les châtaigneraies sont aujourd’hui dans leur grande majorité tombées dans l’oubli. Insuffisamment entretenues, ces forêts sont vouées à dépérir alors qu’elles recèlent de richesses. À commencer par le bois de châtaignier, une essence aux propriétés similaires à celles du chêne !

En Alsace, les forêts de châtaigniers sont présentes de Thann à Wissembourg, sur les collines surplombant le vignoble alsacien. Ces châtaigneraies ont été implantées derrière les villages, car elles procuraient de multiples services aux populations locales : du bois, des feuilles pour la litière des animaux, un parcours pour les cochons, et des châtaignes pour les hommes. La modernisation les a fait tomber dans l’oubli. Et ces forêts, autrefois conduites en taillis ne sont plus guère entretenues par leurs propriétaires. Résultat : des arbres étriqués, peu vigoureux, voire dépérissants. Dommage. Car d’après Jean Brau, président des propriétaires forestiers des Vosges du Nord : « Le châtaignier est une essence qui a quasiment les mêmes qualités que le chêne mais qui est encore trop souvent considérée comme une essence secondaire, destinée à la fabrication de piquets, ou à la production de bois de chauffage. Elle n’a pas le prestige qu’elle mérite. » C’est pourquoi il y a quelques années un travail transfrontalier avait été mené pour mieux valoriser cette espèce. De nombreux échanges entre professionnels avaient notamment abouti à l’édition d’un guide, à un concours de design. Aujourd’hui, un projet de valorisation du bois de châtaignier émerge dans la région de Saverne, avec la mise en place d’un atelier de fabrication de bardeaux par l’association Entraide Emploi. Ces sortes de tuiles en bois fendu peuvent être utilisées comme tuiles, ou comme revêtement extérieur. C’est ce qui a par exemple été mis en œuvre sur la salle communale de Gottenhouse, le collège de Duttlenheim, ou encore le chalet du club vosgien au Grand Ballon. La création de cet atelier constituerait un nouveau débouché qui garantirait la valorisation de cette essence, issue à 90 % de forêts privées. Sa bonne valorisation nécessite donc de mobiliser les propriétaires, et de mutualiser les énergies. Une coupe collective s’organise… Pour ce faire, une réunion d’information a récemment été organisée par la Chambre d'agriculture d’Alsace et l’Association forestière des Vosges du Nord avec les soutiens du Pays de Saverne Plaine et Plateaux et du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, à Eckarstwiller et Saint Jean Saverne. Ces deux villages comportent une quarantaine d’hectares de forêts privées, partagées entre 310 propriétaires. En amont de cette réunion, 70 d’entre-eux, propriétaires d’une châtaigneraie, avaient été contactés. Et une bonne vingtaine était présente. L’objectif était de leur proposer de procéder à une coupe collective qui se grefferait sur une éclaircie d’amélioration prévue en forêt communale d’Eckartswiller, sur une parcelle de 1,6 ha. La station se caractérise par « un sol gréseux, superficiel, avec une dalle rocheuse qui affleure régulièrement », présente Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. La présence d’une mousse répondant au nom vernaculaire de « petit coussin d’argent » est la signature d’un sol acide et pauvre, typique du Piémont des Vosges du Nord. Y poussent des pins, chênes, hêtres, châtaigniers. Claude Hoh a expliqué les principes d’une éclaircie d’amélioration : « Il s’agit de repérer les arbres d’avenir, et de leur faire de la place pour que leurs troncs puissent grossir en vue de les valoriser en bois de sciage. Pour cela, il convient de dégager la couronne de l’arbre - qui constitue son usine à énergie -, de garder son tronc à l’ombre, afin d’éviter la formation de branches, donc de nœuds, et de garder ses racines au frais. » L’éclaircie prévue dans cette forêt devrait permettre de mobiliser 19 m3 de châtaignier, 60 m3 de pin, 24 m3 de chêne, 3 m3 d’acacia, 15 m3 de hêtre et 100 stères de bois de chauffage, soit un revenu net de 2000 €. … avec des multiples bénéfices attendus Les parcelles privées adjacentes font en général 12 à 15 m de large. Elles sont caractérisées par des arbres hauts, avec de petites couronnes, ce qui prouve que rien n’a été fait depuis longtemps. Et qu’il serait bénéfique de choisir quelques beaux sujets et de leur faire de la place. Les sujets les plus petits peuvent être valorisés en piquets paravalanche, ou en structure de jeu pour enfant, à hauteur de 70 €/m3 bord de route. Les sujets moyens en bardeaux. Et les plus gros sujets en bois de menuiserie, à hauteur de 100 €/m3 bord de route. Le fruit de cette éclaircie serait ensuite réparti entre les propriétaires, au prorata de leur surface. L’objectif étant qu’un maximum de propriétaires participe, afin de mutualiser les coûts. Pour Claude Hoh, cette démarche volontaire présente de multiples atouts : ramener de la lumière en forêt, donner du travail aux bûcherons, à une entreprise d’insertion, valoriser le bois localement… En tout cas, « c’est mieux que de laisser ces châtaigneraies dépérir ». La consultation des propriétaires va durer tout le mois de mai. « Nous ne martèlerons que les arbres situés dans les forêts de propriétaires participants. Et l’éclaircie sera effectuée à l’automne 2018 ou au courant de l’hiver 2019. » La réunion s’est poursuivie à Saint Jean Saverne, dans une ambiance toute différente malgré la proximité des deux stations. Et pour cause : « Nous sommes ici dans une vallée encaissée des Vosges du Nord, avec un climat plus frais et plus humide », indique Claude Hoh. Le peuplement aussi est différent, avec du sapin pectiné, de l’érable, du hêtre. Une première halte est effectuée sur un site où un taillis âgé a fait l’objet d’une coupe complète en 2014, générant 30 m3 de bois et un bénéfice de 1 200 € net. « Aujourd’hui, ce taillis se régénère, avec des tiges de 3 à 4 m de haut, dont un peu d’acacia, il sera à retravailler en 2025 ». Puis les participants se sont rendus sur une parcelle moins âgée, où une éclaircie a été réalisée en 2014 (8 m3 de bois, 255 € net). Les arbres ont réagi à cette éclaircie en émettant des pousses basses. La dernière étape a conduit les participants sur un taillis où ont été réalisées des coupes d’éclaircies dynamiques et régulières, réduisant encore la densité de peuplement. Résultat : « Des arbres bien individualisés, dont l’écorce encore lisse signe la vigueur, avec de belles couronnes, gages de bonne santé, et des diamètres importants pour leur âge. » Seul travers de ce peuplement, ses souches ont plus de cent ans et peuvent être fatiguées par le système du taillis qui, avec une coupe tous les 25 ans, s’avère assez intensif. Mais cela n’empêche pas les arbres de ce peuplement de rester dynamiques. À l’avenir, ce taillis continuera d’être régulièrement éclairci, afin de mener les plus beaux sujets jusqu’à 45 ans et 40 cm de diamètre, voire plus, pour une valorisation en menuiserie. Sous le peuplement, des semis naturels d’érables, de chênes, de châtaigniers, laissent augurer d’une châtaigneraie future rajeunie par de nouveaux sujets.

Impact du gibier en forêt

Des enclos pour témoins

Publié le 26/04/2018

Face à une population de gibier en hausse, qui exerce une pression croissante sur la forêt, au risque de pénaliser la régénération naturelle et de déséquilibrer le peuplement au profit de l’épicéa et au détriment du sapin, le Centre régional de la propriété forestière du Grand Est veut déployer l’installation de dispositifs d’enclos témoins afin d’illustrer l’impact du gibier sur les milieux forestiers et leur évolution.

Si les promeneurs sont ravis de voir une biche ou un chevreuil détaler au détour d’un sentier, les forestiers voient la situation d’un autre œil. Car si gracieux qu’ils soient, ces animaux ont un solide appétit, et se repaissent de jeunes pousses d'arbres. Et, surtout, leur population augmente. À tel point que l’équilibre entre le gibier et la forêt est parfois rompu. C’est-à-dire que la population de gibier est trop importante et exerce une pression pénalisant la régénération naturelle de la forêt. En outre, cerfs et chevreuils sont particulièrement friands du sapin. L’épicéa, lui, se fait bien moins abroutir. Conséquence : « On assiste à une inversion du peuplement, au profit de l’épicéa et au détriment du sapin », constate Pascal Ancel, ingénieur au Centre régional de la propriété forestière (CRPF) du Grand Est. Or c’est justement le sapin que les forestiers aimeraient pouvoir préserver. Car cette essence fait partie de celles qui résisteraient le mieux au changement climatique. « Comme nous assistons à un déséquilibre entre la population de gibier et la forêt dans son état actuel, il s’agit d’adapter la population de gibier à la forêt », indique Pascal Ancel. Les intérêts des gestionnaires forestiers et des chasseurs étant divergents sur la question, les premiers doivent être en mesure de prouver ce déséquilibre, et d’évaluer son ampleur, afin de prendre les mesures qui s’imposent pour rétablir la situation d’équilibre. Dispositif simple et sélectif C’est pourquoi le CRPF du Grand Est souhaite développer l’installation d’enclos/exclos témoins, des dispositifs qui permettent d’évaluer l’étendue des dégâts. La version simple consiste en l’implantation d’un enclos de 5 mètres sur 5, permettant d’apprécier l’impact des cervidés en globalité sur les essences de production, les essences secondaires et la biodiversité, mais sans pouvoir faire de distinction entre la responsabilité du cerf et du chevreuil. Une seconde version, sélective, permet de distinguer la pression exercée par les cerfs de celle exercée par les chevreuils. Ce dispositif se compose d’un enclos de 25 x 25 m équipé de portes à chevreuil laissant pénétrer uniquement ce dernier (zone hors cerf). Et d’un deuxième enclos de 10 x 10 m sans portes (hors chevreuil et cerf) disposé dans un coin de l’enclos 25 x 25 m en ajoutant une clôture de 10. Les portes à chevreuil font 20 à maximum 25 cm de large sur une hauteur de 50 cm maximum. Les bonnes conditions pour la bonne interprétation Pour mesurer l’impact du gibier, ces enclos sont équipés de piquets numérotés. Des photos de chaque placette de 1,5 m de rayon sont prises en regardant vers le centre de la placette. Ce qui permet, pour chaque piquet, de noter le nombre total de tiges présentes et le nombre de tiges non viable de chaque essence présente. Pour que les résultats de ces investigations soient exploitables, les enclos doivent être placés dans de bonnes conditions, c’est-à-dire en premier lieu dans une zone suffisamment éclairée afin de permettre la germination et la croissance des essences ciblées. En outre, les zones situées à l’intérieur (enclos) et à l’extérieur (exclos) doivent être comparables en termes de conditions pédoclimatiques, donc pas trop éloignées (5 à 20 m idéalement), mais suffisamment éloignées pour limer l’influence de la clôture sur l’exclos (certains animaux sont attirés par les abords des clôtures). Il est donc envisageable d’implanter ces dispositifs dans des trouées, une plantation après une coupe à blanc, sous un peuplement où la régénération naturelle est recherchée… Afin d’encourager l’installation de ces enclos, le CRPF a organisé une réunion, où deux exemples ont été présentés. Tout d’abord un enclos simple, en forêt communale de Steige, sous un peuplement installé. Pour Pascal Ancel, la luminosité du site choisi est insuffisante : « Il faudrait avoir moins de 35 m2 de surface terrière par hectare. Ici il y a encore trop de volume de bois sur pied pour avoir une régénération abondante », indique-t-il. Avant de préciser que « le CRPF contrôlera l’implantation des enclos dont il financera les fournitures ». La deuxième étape a conduit les participants dans la forêt domaniale du Hohwald, pour observer un enclos installé il y a cinq ans dans un puits de lumière. « La surface terrière est plus basse, il y a donc plus de lumière et plus de végétation », commente Pascal Ancel. Avec une population de gibier raisonnable, il devrait donc y avoir à peu près autant de végétation dans l’enclos que dans l’exclos, ce qui n’est objectivement pas le cas. Dans l’enclos, les participants repèrent de l’épicéa, du sapin pectiné, du pin sylvestre, de l’alisier… Il semble y avoir davantage de tiges juvéniles dans l’enclos qu’à ses abords. Mais ce qui frappe le plus le regard, c’est la différence de taille entre les myrtilliers de part et d’autre de la clôture. Ceux-ci sont significativement plus hauts dans l’enclos, car moins abroutis. Autre élément très visuel : la présence de ronce dans l’enclos, alors que l’extérieur en est totalement dépourvu. Retrouvez cette visite en vidéo :  

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