Technique

Récoltes

Mornes granges

Publié le 21/07/2016

Ça y est, les foins sont engrangés ! Leur qualité laisse cependant à désirer et devra être surveillée. La moisson des blés a débuté. Comme prévu, des quintaux manquent à l’appel.

La fenaison s’achève, enfin, après des semaines à attendre une période anticyclonique suffisamment longue pour pouvoir faucher l’herbe, la faner, l’andainer, la presser… Mais la patience forcée dont les éleveurs ont fait preuve ne sera pas forcément récompensée… Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, dépeint en effet une situation contrastée, entre ceux qui ont démarré la fenaison il y a une quinzaine de jours, sur des sols encore mouillés, avec de l’herbe couchée dessus, donc avec une couche inférieure d’herbe très humide. Et la seconde vague de fenaison, qui a bénéficié de meilleures conditions de récolte, avec des températures élevées et peu, voire pas, de précipitations, donc une herbe qui a pu bien sécher. Le spécialiste des fourrages note aussi des différences entre les parcelles : « L’herbe a mieux séché dans les parcelles en pente que dans les fonds de vallée ». Mais une caractéristique commune à tous les foins de 2016 se dégage : « C’est du vieux foin, les stades de récolte optimaux sont largement dépassés et la valeur alimentaire s’en trouve inévitablement dégradée. » C’est encore plus vrai pour les foins issus de la première vague de récolte : « Certains agriculteurs ont dû ressortir des balles de foin des granges parce qu’elles commençaient à chauffer. La qualité de ce fourrage-là sera encore plus mauvaise, avec une diminution de l’appétence, des protéines et des sucres brûlés selon la température atteinte… » Les foins issus de la seconde vague sont moins concernés par ce phénomène : « En ce moment, l’herbe sèche très bien », indiquait Laurent Fritzinger mardi 19 juillet, alors que le thermostat frisait les 40 °C et que, aussi paradoxal que cela puisse paraître après tant d’eau, quelques parcelles de maïs commençaient à exprimer des symptômes de stress hydrique. Laurent Fritzinger estime donc que « si les foins ont été bien séchés, ce ne sera pas si catastrophique que cela, le fourrage obtenu suffira à remplir la panse. » D’autant que si la qualité pêche, la quantité est là : le double de l’année précédente, marquée par la sécheresse, et quelque 20 % de plus qu’une année moyenne. Une hausse de la production qui s’explique par la fenaison tardive, « tous les foins ont été faits en juillet, avec près de quatre semaines de retard », soit autant de semaines de pousse supplémentaires. Mais aussi par des prairies très denses, conséquence des conditions poussantes du mois de mai, de la bonne valorisation des apports d’engrais grâce aux précipitations… Une densité qui a probablement contribué à la verse de certaines prairies sous l’effet des précipitations. Des fourrages à manipuler avec précaution Maintenant que le foin est engrangé, que faut-il attendre de la suite des événements ? Du côté des prairies, Laurent Fritzinger ne s’aventure pas à un pronostic. Il constate : « Les prairies reverdissent vite après cette coupe, car il y a encore du potentiel dans le sol. Mais il suffit de quinze jours de canicule pour stopper la pousse » Et tout dépend des pratiques des agriculteurs : « Ceux qui ont ensilé début mai et qui ont pu faire une deuxième coupe mi-juin peuvent déjà envisager une troisième coupe. D’autres ont déjà du regain, avec de belles deuxièmes coupes, équivalentes à la première… » Du côté des auges, Laurent Fritzinger conseille vivement de faire analyser le fourrage, afin de déterminer sa valeur alimentaire, et notamment son taux de contamination par les spores butyriques. En effet, les fourrages les plus contaminés ne seront pas adaptés aux vaches laitières : « Si on ne cherche que la fibre, il vaudra mieux leur donner de la bonne paille, propre, qui fait autant ruminer. » Pour les vaches allaitantes, les génisses, si la qualité de séchage est bonne, ce fourrage fera l’affaire. « Il faudra peut-être ajouter un peu d’énergie, de céréales, car les animaux risquent de manquer d’énergie et de protéines. » Enfin, plus que le foin, c’est l’ensilage d’herbe qui préoccupe Laurent Fritzinger : « La récolte s’est effectuée dans des conditions exécrables. Il risque d’y avoir beaucoup de contaminations par la terre, des problèmes de conservation. Or c’est un fourrage jeune, riche, traditionnellement réservé aux animaux à besoins élevés, comme les laitières, mais s’il y a trop de butyriques, il vaut mieux ne pas leur en donner. » Blé : les craintes se confirment « Catastrophique », « pire que ce que l’on pensait »… Tous les commentaires sur la moisson de blé 2016 vont dans le même sens. Visuellement pourtant, la plupart des parcelles font bonne figure. Mais entre les doigts, les épis s’effritent et il ne reste quasiment rien. « Dans un épi, il y a deux ou trois grains à l’aspect normal, les autres sont rabougris, fusariés, ne contiennent quasiment pas d’amidon, ne pèsent rien », rapporte Laurent Fritzinger. Les premiers échos des moissonneuses-batteuses confirment les impressions : les 40-50 q/ha et les PS à 60-70 ne sont pas rares. L’essentiel des dégâts serait lié à la fusariose, qui a provoqué des avortements. Mais la septoriose a aussi pu impacter la taille des grains. Ceux-ci sont parfois si légers que les conducteurs de moissonneuses-batteuses ont du mal à régler correctement les souffleries : trop fort et les grains s'envolent avec les impuretés. Du coup, il y a pas mal de débris qui passent dans les bennes. Les blés versés ne facilitent pas non plus la récolte, puisqu'il faut réduire la vitesse d'avancement pour bien les relever et les ramasser. Mais d'un autre côté, en l'absence de verse, la rareté des grains permet d'accélérer les débits de chantier. Orge et colza : des grains, mais petits et légers En orge, on a « du grain, mais du petit grain », constate Laurent Fritzinger : leur nombre est équivalent à celui de l’année dernière, mais le PMG est réduit de 25 %, et le rendement d’autant. Le PMG du colza semble aussi avoir été affecté par les conditions particulièrement pluvieuses du printemps : « Le PMG est plus proche de 4 g que de 5 g, ce qui joue beaucoup sur le rendement », indique Laurent Fritzinger. Les échos sont très variés : « On entend de tout, du bon comme du moins bon, mais le colza est sans doute une des cultures qui s’en sort le mieux cette année », rapporte Laurent Fritzinger.

Publié le 16/06/2016

Suite aux pluies abondantes de ces derniers jours, des parcelles de maïs se retrouvent inondées. Conséquences sur les plantes et conduite à tenir.

Du fait des précipitations intenses, de nombreuses parcelles de maïs se sont retrouvées partiellement ennoyées, et pas uniquement celles à proximité de rivières en crue. L’excès d’eau est assimilable à une sécheresse : la culture ne peut plus assurer ses échanges respiratoires avec l’atmosphère, elle s’asphyxie. Le pronostic est fonction de la durée de l’ennoiement. Au-delà de 48 h de submersion totale, les chances de reprise de la culture sont infimes. Une fois l’eau retirée, les plantes encore viables auront un développement ralenti et risquent d’exprimer des symptômes de jaunissement, voire de rougissement. Une autre conséquence, généralement observée suite à de l’ennoiement aux stades actuels du maïs, est le développement de mildiou ; l’expression la plus spectaculaire s’exprime après la floraison par la prolifération désordonnée de feuilles autour des organes reproducteurs du maïs. Mis à part favoriser l’évacuation de l’eau des parcelles, aucune solution préventive ne permet de limiter ce risque de maladie. Une fois l’eau retirée et les sols suffisamment ressuyés, un binage des parcelles peut s’avérer bénéfique pour casser les croûtes de battance qui se sont formées et favoriser la reprise du maïs. Biner pour favoriser la reprise Même si les maïs ne se trouvent pas totalement submergés, la présence d’eau pendant une longue période au niveau des racines peut engendrer des conséquences d’asphyxie. Vis-à-vis du désherbage, il ne faut pas attendre d’efficacité complémentaire des produits racinaires appliqués avant les pluies importantes. En plus d’attendre que les sols redeviennent portants, il est préférable de patienter jusqu'à ce que le maïs ait repris de la vigueur avant d’envisager des interventions herbicides. La pression des limaces, déjà importante depuis le début de la campagne, ne risque pas de faiblir rapidement. Rappelons qu’au-delà du stade six feuilles la sensibilité de la culture diminue fortement. Concernant la fertilisation azotée, le drainage qui s’opère sur les parcelles ne manquera pas de lessiver tout ou partie de l’azote apporté avant les pluies. Dans ces conditions, il faudra être d’autant plus vigilant à ce que le solde de fertilisation soit apporté dans les meilleures conditions pour en garantir l’efficacité. Un binage des parcelles ne pourra être que bénéfique une fois que les conditions le permettront.

Excès d’eau sur les céréales à paille

Les conséquences dépendent de trois critères

Publié le 16/06/2016

Les précipitations abondantes provoquent des excès d’eau dans de nombreuses situations, voire des inondations. Quelles conséquences sur les céréales à paille ?

Les pluies incessantes de ce printemps font exploser les cumuls de précipitations dans bien des situations, des Pays de la Loire à l'Est en passant par le Centre du pays. Dans le Centre et l’Est, ces pluies interviennent sur des sols déjà bien pourvus en eau, ce qui explique en partie la rapidité des inondations. Plus récemment, les conditions météorologiques se sont un peu arrangées, et les pluies complémentaires restent modestes par rapport aux épisodes passés (figure 1). Les conséquences d’un excès de pluie et d’eau sur des cultures de céréales à paille sont nombreuses, tant sur le plan physiologique (anoxie), que pathologique (maladies) ou mécanique (verse). Cet article ne se penche que sur les cas les plus extrêmes d’excès d’eau : l’inondation des parcelles, voire la submersion des cultures, et les conséquences sur le schéma d’élaboration du rendement des céréales à paille. Des conséquences fonction de trois critères Un excès d’eau fait rentrer la culture en anoxie (défaut d’oxygène) et bloque donc son métabolisme. Lorsqu’une petite partie de la plante (racines notamment) est concernée, cela bloque la croissance le temps de l’accident ; c’est ce qui se passe le plus souvent en hiver, à un stade peu sensible, et avec des températures fraîches. Ce qui arrive cette année est exceptionnel, et assez rare pour avoir beaucoup de mal à accumuler des suivis précis et fiables qui permettent d’apprendre de ces accidents. Les conséquences d’une inondation des parcelles vont dépendre de trois critères : le stade de la culture, le niveau et la durée d’immersion, les conditions de drainage de la parcelle. Critère 1 : le stade de la culture Il y a une période de sensibilité maximale à la floraison et au début du remplissage. Cela s’explique par le risque de défaut de fécondation ou celui d’avortement précoce. Au moment précis de la fécondation (1 à 3 jours avant la floraison), et dans les quelques jours qui suivent, les grains en tout début de formation ont besoin d’être alimentés par la plante. En cas d’excès d’eau (immersion ou simple excès d’eau), la plante réduit voire arrête son métabolisme, et ne peut donc pas alimenter les grains en cours d’initiation. Par ailleurs, des synthèses d’hormone (acide abscissique) peuvent pénaliser la fécondation des ovules. Cette situation concerne donc essentiellement les blés de la zone nord. On peut donc s’attendre à 30 à 100 % de perte de rendement selon les cas. Pour des stades plus tardifs (remplissage déjà avancé, grain laiteux), les grains sont mis en place, leur croissance va juste être « mise en pause » quelques jours. Si la plante repart (sous-entendu que l’immersion n’est pas trop longue pour être létale), elle devrait pouvoir remobiliser une partie de ces réserves pour accompagner un complément de croissance des grains. Il s’agit donc en priorité d’orges d’hiver pour lesquels la perte de rendement pourrait aller de 20 à 60 %. Pour les stades plus précoces, courant montaison (cela concerne les orges de printemps), les risques sont moindres et les possibilités de rattrapage plus nombreuses.  Pour les céréales qui atteignent la méiose à l'épiaison (orges de printemps précoces ou blés très tardifs), le risque est accru car on risque de pénaliser la fertilité du pollen ou d’abaisser le nombre de fleurs fertiles. Critère 2 : le type d’immersion Une immersion totale engendre trois problèmes : l’incapacité totale de transpirer, de respirer pour la totalité des tissus, et la possible altération des pièces florales. Il s’agit donc du cas de figure le plus pénalisant. Une immersion de courte durée (24 h) n'anéantira sans doute pas la culture ; par contre, pour une durée supérieure à 3-4 jours, il y a fort à craindre que toutes les plantes périssent, ou qu’au minimum la fertilité des épis soit très fortement affectée. Une immersion partielle (à mi-hauteur, qui ne recouvre pas les épis) va plus provoquer un arrêt de croissance de la plante, qui pourra repartir si l’eau n’est pas restée trop longtemps. Néanmoins, pour des cultures autour de la floraison, où la composante fertilité des épis se finalise et le PMG s’initie, un arrêt de croissance de plusieurs jours peut pénaliser de manière irrémédiable et très importante le rendement. Critère 3 : les conditions de drainage Une fois l’épisode d’inondation passé, les conditions de drainage de la parcelle, et de reprise de la végétation seront primordiales. Il y a deux situations à craindre : Le maintien de l’hydromorphie au niveau du sol (surtout valable pour les cuvettes et mouillères) : si les racines trempent, elles ne pourront pas redevenir opérationnelles assez vite pour permettre la reprise de la croissance de la culture. Un retour rapide et brutal d’un temps chaud et ensoleillé : avec un tel scénario, la demande évaporative des parties aériennes ne pourrait pas être satisfaite par des racines encore en situation d’anoxie, et cela pourrait provoquer une forme d’échaudage. L’idéal serait d’avoir une période de 2-4 jours de transition pour permettre à une partie des excès d’eau de s’évacuer. Une conséquence indirecte de cette hydromorphie exceptionnelle peut aussi être une aggravation du risque de verse, soit parce que le courant d’eau a poussé les plantes, soit parce que le sol perd sa cohésion et l’ancrage racinaire fait défaut. Quelles actions prendre ? Évidemment, pour la culture en place, il n’y a pas d’intervention possible et raisonnable. Et de toute façon, les conditions ne rendent pas les parcelles praticables. Par contre, il peut se poser la question du retournement de la culture pour tenter une culture d’été en remplacement. Le diagnostic et la décision doivent se faire sur l’observation de la présence et de la croissance des grains (possible une semaine après la floraison). Si les grains sont absents, le remplacement par une autre culture est envisageable, dès que les conditions le permettent. Si des grains sont présents et continuent de croître, il est sans doute préférable de laisser la culture aller à son terme et récolter ce qu’il restera. Certains producteurs pourraient se poser la question de faucher ou d’ensiler leurs céréales touchées pour en faire un fourrage. La décision devra être prise au cas par cas, mais plusieurs éléments importants doivent être soulignés. La valeur énergétique des céréales immatures est maximale au stade grain laiteux-pâteux. En moitié nord de la France, ce stade n’est pas atteint en orges d’hiver, ni en blé. La valeur fourragère serait donc limitée, sans doute plus proche d’une bonne paille que d’un bon foin. La contamination des plantes par des particules de terre (cas de la sortie d’une rivière de son lit, ou lors de la fauche dans de mauvaises conditions) risque d’engendrer des problèmes importants de conservation comme fourrage (ensilage, enrubannage). Le délai d’attente de ces cultures à des fins fourragères suite aux derniers traitements phytosanitaires peut également poser des complications. Compte tenu de la bonne disponibilité générale en fourrage pour le moment, l’exploitation d’une parcelle dégradée par les inondations n’est sans doute pas la meilleure option. Et pour les parcelles non inondées ? Ces conditions climatiques extrêmes sont évidemment négatives par rapport à un potentiel de départ flatteur. Dans toutes les situations, le défaut de rayonnement au moment précis de la floraison peut avoir un impact négatif sur la fécondation des fleurs et la mise en place des grains. Ceci avait déjà été observé en 2008 dans l’est de la France : la composante « fertilité épi » était touchée. Plus généralement, autour de la floraison, une culture de blé tendre doit croître d’environ 250-300 kg MS/ha ; les rayonnements reçus ces derniers temps en Île-de-France ne permettaient pas d’atteindre 100 kg MS/ha/j : la croissance est ralentie, par le seul effet rayonnement. Dans de nombreuses situations où les cumuls de pluie ont dépassé 50-60 mm, les sols auront été engorgés en eau pendant plusieurs jours ; cela engendre une anoxie temporaire des racines, en plus des faibles rayonnements. La floraison est encore une fois le moment le plus critique ; si la culture n’a pas encore atteint ou (mieux) a dépassé le stade, le niveau de sensibilité est moindre. Néanmoins, on peut se remémorer 2007, avec des excès d’eau courant remplissage, qui ont altéré le fonctionnement de la culture et le rendement final. Évidemment, les cumuls de pluie engendrent des risques importants de fusariose des épis (il restera à voir quelle souche de champignon se développera préférentiellement), et justifient des traitements… si les pulvérisateurs peuvent rentrer (et surtout ressortir !) des champs. La verse est également possible, soit par déchaussement des plantes, soit par défaut de résistance de la tige. Il s’agit alors d’une verse très précoce (dès floraison ou début de remplissage), qui pénalise le plus fortement le PMG, et donc le rendement.

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