Agriculteurs et apiculteurs
« Nous sommes complémentaires »
Agriculteurs et apiculteurs
Publié le 17/05/2018
Apiculteurs et agriculteurs travaillent sur les mêmes territoires et souvent de manière complémentaire : l’apiculteur peut augmenter sa production, en mettant à la disposition de ses colonies d’abeilles des espèces mellifères au moment le plus opportun, et l’agriculteur profite des pollinisateurs pour améliorer le taux de fécondation des végétaux, donc la production de nombreuses cultures (colza, tournesol, arbres fruitiers…).
Au-delà des postures médiatiques, cette complémentarité pour un bénéfice général mérite d’être mieux connue. Apiculteurs et agriculteurs se retrouvés vendredi 4 mai sur la commune de Brunstatt-Didenheim. Un exemple concret de travail collaboratif avec Philippe Elbisser, apiculteur professionnel à Luemschwiller et membre du bureau de l’ADAGE (Association pour le développement de l’apiculture du Grand Est), et Pascal Wittmann, agriculteur à Hochstatt. Pascal Wittmann loue des terrains à Didenheim. Auparavant, il cultivait presque exclusivement du maïs. Aujourd’hui, cette culture ne représente plus que 45 % de ses surfaces. Avec son fils Frédéric, ils se sont diversifiés : quelques fleurs, mais aussi du blé, des betteraves, de tournesol ou encore de colza. Le colza justement. Les abeilles sont friandes de son pollen. Thierry Grieneisen est apiculteur, amateur depuis des décennies, et professionnel depuis 2012 à Buhl (également président du CETAA Alsace). Depuis trente ans, il élève ses abeilles en bonne intelligence avec les agriculteurs du département. En période de pollinisation, il installe des ruches, aux abords des champs notamment de colza (mais pas seulement…).« J’étais au lycée agricole à Rouffach. Cela m’a permis de tisser des relations. Puis, j’ai été commercial auprès des agriculteurs », précise Thierry Grieneisen, pour expliquer qu’il connaît également le métier d’agriculteur et qu’il comprend ses problématiques. Pour créer un véritable garde-manger de près de 50 hectares pour les abeilles de Thierry Grieneisen et Philippe Elbisser, trois exploitants ont regroupé leurs parcelles de colza avec celles de Pascal Wittmann. Vincent Lidy, agriculteur à Luemschwiller, explique qu’il pratique « une lutte raisonnée contre les prédateurs. Sur une même parcelle de colza, on plante différentes variétés, dont une très précoce sur 5 % de la surface, pour les méligèthes ». Il s’agit d’un coléoptère qui, à l’orée du printemps, se jette sur les premières inflorescences. Rassasié, il ne touchera pas au reste de la production. « L’an dernier, on n’a pas eu à traiter. Cette année, un peu, la saison étant très sèche. Mais avant l’arrivée des abeilles ! ». Les apiculteurs ont installé une soixantaine de ruches, tout près d’un champ de colza. Si les apiculteurs y trouvent une nouvelle source de pollen pour leurs abeilles, les agriculteurs voient leur rendement amélioré de 5, 10 voire 15 % grâce à ces pollinisateurs. Une collaboration entre agriculteurs et apiculteurs, qui fructifie aussi, puisqu’une convention a été passée depuis cinq ans, entre le centre d’études techniques agricoles apicoles d’Alsace et la coopérative agricole de céréales, pour la pollinisation du tournesol semence, en août. Avancer ensemble « C’est ce genre d’interconnexions qui feront évoluer les mentalités, la connaissance et la sensibilité par rapport à la fragilité des abeilles. Et ce n’est pas en culpabilisant les agriculteurs qu’on fait changer les mentalités», assure Pascal Wittmann, qui est aussi secrétaire général de la Fdsea du Haut-Rhin. Mais en communiquant. Car, évidemment, les agriculteurs sont sensibles au sort des abeilles. 1 600 colonies sont aujourd’hui réparties dans tout le Haut-Rhin, une pratique qui se développe chez les apiculteurs professionnels. Une solution aux disettes liées à la météo et à la régression du fleurissement. La collaboration entre apiculteurs et agriculteurs se passe bien, grâce à l’échange d’informations. L'idée est de communiquer ensemble pour mieux savoir quand et où installer les ruches, quand utiliser des produits ou pas, pour ne pas nuire aux abeilles et aux autres auxiliaires. L’an dernier, 1 200 colonies d’abeilles ont permis d’ensemencer 250 hectares. L' objectif est d'arriver à 500 hectares en 2019. Là, l’agriculteur paie pour la ruche, les abeilles ne produisant pas de miel pendant trois semaines et devant être nourries. « Nous, les agriculteurs, on discute entre nous, avec les apiculteurs, avec les élus. Ces échanges, c’est souvent du bon sens », note Vincent Lidy. Pour Thierry Grieneisen, « il faut tout simplement être constructifs et avancer ensemble ».












