Vie professionnelle

Table ronde « Le commerce au-delà de nos repères… au-delà de nos frontières »

Réinventer la proximité avec le consommateur

Publié le 28/09/2017

Malgré la concurrence de l’e-commerce et de la grande distribution, les commerces de proximité spécialisés dans les légumes, fruits et primeurs auront toujours une carte à jouer dans les années à venir. Seule condition : bousculer certains repères pour répondre aux attentes toujours plus fortes et exigeantes des consommateurs.

Local, connecté, humain, humble, bon marché, écologique, éthique ; les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce que pourra (devra ?) être le commerce de proximité de 2027. Face au boom de l’e-commerce, aux évolutions sociétales et aux nouvelles attentes des consommateurs, le secteur du commerce traditionnel est appelé à se réinventer pour continuer à exister dans les décennies à venir. C’est une certitude partagée par Éric Birlouez, sociologue de l’alimentation, Sauveur Fernandez, expert en innovation responsable, Virginie Durin, présidente de la Fédération de Paris Familles de France, et Luc Hendrickx, directeur pour les politiques d’entreprises à l’Association européenne de l’artisanat et des PME. Quatre intervenants de qualité qui ont participé à la table ronde « Le commerce au-delà de nos repères… au-delà de nos frontières » organisée le 25 septembre à l’occasion du 57e congrès de Saveurs Commerce (anciennement Union nationale des syndicats de détaillants en fruits, légumes et primeur) qui s’est déroulée en marge du salon Saveurs et Soleil d’Automne de Sélestat. Le retour des produits bruts En préambule, Mireille Herrmann, vice-présidente de Saveurs Commerce et Primeur en Alsace, a dressé le portrait-robot du consommateur type de 2017 : « Il veut être co-créateur de ce qu’il mange, il veut que son avis soit pris en compte. Il est devenu imprévisible et veut tout, tout de suite, sans attendre. Il veut faire ses courses sur Internet tout en recherchant le plus de naturalité possible. » Elle semble désormais bien loin l’époque où l’on débarquait dans son épicerie favorite avec juste l’envie de manger quelque chose de bon pour pas trop cher. « Jusque dans les années 1980, les attentes du consommateur étaient peu nombreuses : des saveurs, de la praticité et un peu de santé. C’était simple et partagé par la majorité des Français pendant les Trente Glorieuses et un peu après », rappelle Éric Birlouez. Trente ans plus tard, les certitudes se sont envolées, la confiance s’est effritée, et la méfiance s’est instaurée vis-à-vis du contenu de nos assiettes. Le consommateur est devenu consom’acteur, plus inquiet et critique qu’il ne l’a jamais été. En 2016, l’étude TNS Sofres Food 360 révèle ainsi que 79 % des Français jugent « probable » le risque que les aliments nuisent à leur santé. Ils étaient 59 % à avoir cette conviction en 2014, preuve que plus le temps avance, plus les suspicions grandissent. S’il recherche toujours le goût des aliments, un prix abordable et la praticité à les manger ou les cuisiner, le consommateur a aussi de nouvelles attentes que les professionnels de l’agroalimentaire - dont les commerces en bout de chaîne - doivent prendre en compte. Il veut en effet savoir ce qu’il mange. Précisément. Les listes d’ingrédients à rallonge remplis de termes obscurs pour le commun des mortels sont à proscrire. « Le consommateur recherche de plus en plus des produits simples. On observe ainsi une tendance favorable vers le retour des produits bruts. Ce qui est plutôt bon pour la filière des fruits et légumes », note Eric Birlouez. Autre point positif pour les produits maraîchers et fruitiers, la quête grandissante de « naturalité » et de bien-être. « Là, encore, ces notions profitent aux fruits et légumes », constate Éric Birlouez. Une proximité plurielle Dernier point - et non des moindres -, le consommateur de 2017 est de plus en plus attaché au concept de proximité. D’où l’apparition, par exemple, de nouveaux mots comme « locavore » qui désigne celui qui cherche avant tout à consommer local. Depuis 2008, la « proximité » serait même devenue le Graal marketing à développer tous azimuts. « Cette notion est devenue bankable et continue à évoluer », explique Sauveur Fernandez. La proximité de 2017 n’est plus celle de 2008. Aujourd’hui, elle est synonyme - ou doit être synonyme - d’éthique, de transparence, de local, d’humanité et de bio. Pour justifier ses propos, l’expert en innovation responsable prend comme exemple les « nouveaux magasins » qui combinent tous ces paramètres : les 750 Ruche qui dit Oui !, les 2 000 Amap, les 300 drives fermiers, les épiceries solidaires de proximité, et même les Carrefour Bio qui tendent à apparaître ici et là. Mais en quoi ces différents points de vente seraient-ils en avance sur des commerces plus « traditionnels » ? Sauveur Fernandez a une explication : « Déjà, il faut intégrer que la proximité avec le consommateur, ce n’est pas juste un regard sympa. Il faut comprendre que les jeunes générations sont plurielles. Elles veulent avoir le choix du mode de livraison et ne pas être obligées d’aller dans le magasin si elles n’en n’ont pas envie. Rien que mettre les courses dans le coffre, c’est déjà quelque chose. Par ailleurs, il faut savoir que les consommateurs sont de plus en sensibles à l’impact environnemental d’un magasin. Il veut voir ce que le commerçant fait de bon pour la planète. Que deviennent les invendus ? Y a-t-il, le cas échéant, du gaspillage alimentaire ? » En quête de chaleur humaine Une éthique forte serait ainsi l’un des piliers essentiels du commerce de proximité de 2027. Le commerçant ne sera plus uniquement responsable de ses étals, mais plus globalement de l’impact qu’il pourra avoir sur la société et le monde qui l’entoure. Il devra aussi être proche humainement de ses clients. C’est ce que constate Virginie Durin lorsqu’elle analyse les souhaits émis par les adhérents de la Fédération de Paris Familles de France. « Les consommateurs qui vont dans une boutique de proximité recherchent la chaleur humaine, le conseil. Ce qu’ils ne trouvent pas dans les supermarchés. C’est pour cela que la personnalité du vendeur est essentielle, il vaut mieux des gens passionnés et extravertis que l’inverse. Globalement, plus vous vous intéressez à un client, à sa vie, sa famille, plus vous aurez de chances de le voir revenir. » Grâce à cette proximité, une relation de confiance peut s’établir entre le commerçant et son client. Dans certains cas, voir le visage du producteur peut même suffire. Éric Birlouez fait ici référence aux produits alimentaires vendus en grande surface où le nom, l’adresse et la tête de ceux qui les ont fabriqués sont affichés clairement. « Cela suffit à créer un sentiment de confiance chez celui qui achète. On se dit que ce producteur n’est pas fou, s’il s’affiche comme cela, c’est qu’il a entièrement confiance dans ce qu’il produit. Ça a un effet rassurant », fait remarquer le sociologue de l’alimentation. Pas d’avenir sans digitalisation Tous ces changements et efforts demandés aux commerçants seront-ils néanmoins suffisants pour continuer au cours des prochaines années ? Ayant une vue d’ensemble sur toute l’Europe, Luc Hendrickx a une vision un peu plus contrastée que ses partenaires de débat. Il met en avant la disparition des commerces de centre-ville au profit des grands centres commerciaux qui se construisent dans les périphéries des villes. Un phénomène qui touche majoritairement les pays de l’ouest de l’Europe. Ainsi, à Rome, ce sont 30 % des locaux commerciaux qui sont vides au centre-ville. « Ce phénomène est aussi visible en France. C’est une évolution qu’il faut avoir à l’esprit », souligne-t-il. Pour continuer à exister dans ce contexte, les commerces de proximité - notamment ceux destinés à l’alimentaire - ne pourront pas faire l’impasse sur la digitalisation. « Tous les vendeurs doivent investir là-dedans. Celui qui n’a pas de site n’existera plus en 2027. Il faut intégrer le online à l’offline, c’est la clé. Les consommateurs veulent aller vite quand ils font leurs achats, il faut leur simplifier la vie au maximum avec les nouvelles technologies, et pourquoi pas anticiper leurs besoins. Avec le phénomène du Big Data, des possibilités vont apparaître. De toute façon, on ne peut plus travailler sans Internet. » Sauveur Fernandez voit dans le site Web comme une commodité pour les clients. « Pour un commerce de proximité, ce n’est pas un outil qui est fait pour vendre à l’international. Il faut voir cela comme un service supplémentaire qu’on offre aux clients actuels. »

Fruits et légumes du Grand Est

Un contrat entre la Région et l’interprofession

Publié le 28/09/2017

En marge du salon Saveurs et soleil d’automne, la Région Grand Est et l’association Univers des fruits et légumes ont signé vendredi 22 septembre un contrat de filière fruits et légumes du Grand Est pour la période 2017-2020.

Le contrat de filière fruits et légumes du Grand Est s’articule sur des priorités partagées autour de cinq grands enjeux. Le premier est d’améliorer la compétitivité et la modernisation de l’ensemble de la chaîne de valeur agricole. Le second est de renforcer et de développer les marchés alimentaires régionaux des fruits et légumes frais et transformés. Le troisième est d’accompagner le développement agricole et le progrès pour les exploitations. Le quatrième est de favoriser l’installation des nouveaux agriculteurs. Le cinquième est de fortifier la place des fruits et légumes du Grand Est sur l’échiquier français et européen. Il a été signé par Pascale Gaillot, conseillère régionale et présidente de la commission agriculture et forêt, et par Pierre Lammert, président de l’association Univers des fruits et légumes du Grand Est. L’occasion pour Pascale Gaillot de rappeler que la Région a adopté les grandes orientations de sa politique en faveur de la filière fruits et légumes dans le cadre d’un plan régional pour l’agriculture. « Un budget de plus de 2,3 millions d’euros a ainsi été consacré à la filière. La Région soutient notamment les investissements dans les exploitations agricoles. Mais également la promotion des productions régionales, les campagnes de promotion portées par la filière ou encore les stations d’expérimentations fruitières et légumières de notre région. Avec les aides complémentaires des fonds européens, la place des fruits et légumes dans le Grand Est est très importante », explique-t-elle. Trois nouveaux dispositifs seront par ailleurs soumis au vote des élus régionaux lors de leur séance plénière du 20 octobre prochain. « La première concerne une mesure relative à la prévention des risques en agriculture. Nous parlons là des risques liés aux conditions climatiques, comme les dégâts résultant du gel, de la grêle ou encore des oiseaux. Pour 2017, le Conseil régional aidera exceptionnellement les arboriculteurs touchés par le gel de printemps. Une demande en ce sens sera à remplir. Cette aide sera versée avant la fin de cette année », précise Pascale Gaillot. Sécurisation, développement, structuration Le second dispositif concerne un soutien à la sécurisation de la ressource en eau pour les cultures spéciales. Le troisième une aide au développement et à la rénovation des vergers. Il est là question d’aides à l’investissement autour de l’eau et de l’irrigation, d’aides à la plantation et à la renaturation de vergers. En sachant qu’une exploitation arboricole sur quatre a disparu depuis quatre ans. « Par ces dispositifs, nous souhaitons renforcer le développement de la filière fruits et légumes sur tout le territoire. Cela passe notamment par sa structuration, la conquête de nouveaux marchés, la promotion des produits de proximité et la préservation de la qualité, mais aussi par l’investissement dans la recherche, l’innovation et la création d’emplois. Depuis seize ans, l’interprofession fait cette promotion des fruits et légumes de qualité. Ce travail a permis la création d’un logo bien identifié, d’un travail en commun avec tous les acteurs économiques et d’une communication positive qui nous permet de progresser dans nos ventes tout en faisant de la pédagogie », rappelle Pierre Lammert. Une action dynamique, saluée par la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, et par le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace et conseiller régional, Laurent Wendlinger. « Promouvoir la consommation des fruits et légumes d’Alsace, structurer la filière, être présent partout, mener des actions au quotidien. C’est ce travail exemplaire qui est réalisé par l’interprofession et qui doit être le fil conducteur de toutes les filières agricoles ». Le salon Saveurs et soleil d’automne a une nouvelle fois été l’occasion de promouvoir les fruits et légumes et de communiquer sur ces produits du territoire régional.

Denis Digel, chevalier dans l’ordre du Mérite agricole

La terre rassemble les jardiniers

Publié le 27/09/2017

Denis Digel, président des Maraîchers réunis de Sélestat, agriculteur engagé à la FNSEA et président de la société Cœur Paysan, s’est vu remettre lors de l’inauguration de Saveurs et soleil d’automne par Christiane Lambert la distinction de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole.

En tant que « marraine » du récipiendaire, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA a rappelé le parcours de Denis Digel. Sa passion pour le football, mais surtout pour les légumes. Ses engagements au sein de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, à Légumes de France notamment. « On connaît Denis Digel pour sa volonté de faire progresser la profession agricole, pour sa pédagogie, mais aussi pour sa maîtrise de nombreux sujets syndicaux. À commencer par tout ce qui concerne le travail, le salaire minimum, les distorsions de concurrence, les aides européennes. Son engagement est total. Il a été à l’initiative du premier salon Saveurs et soleil d’automne en 2009. Il est élu à la Chambre d'agriculture depuis 2013. Et, depuis 2016, il a impulsé le magasin Cœur Paysan à Colmar. Il est également très présent sur les réseaux sociaux pour défendre et promouvoir la profession agricole. Toutes ces actions font de lui cette reconnaissance méritée », a expliqué Christiane Lambert. Une reconnaissance qu’il puise dans les valeurs humanistes de sa ville natale, résumées sur le porte-cierge des maraîchers : « La terre rassemble les jardiniers ». Une phrase que Denis Digel porte en héritage et qui conduit son action. Ému, Denis Digel s’est dit surpris d’avoir obtenu une telle distinction. « C’est appréciable. C’est une reconnaissance de tout ce que je fais depuis quelques années pour promouvoir l’agriculture et militer pour son avenir. » Il s’est dit heureux de travailler en faisant partie d’un organisme, d’une filière « qui permet à des gens ordinaires de faire des choses extraordinaires », avant d’avoir une pensée pour les deux prédécesseurs de Christiane Lambert à la présidence de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer et Xavier Beulin. Il a ensuite rappelé son engagement communal à Sélestat et, bien évidemment, pour Cœur paysan. Enfin, il a dédié cette distinction à son épouse, Céline, et à ses deux enfants, « qui supportent mon engagement tous les jours. Quand j’entreprends une action syndicale, ils sont là, ils supportent et me soutiennent à leur façon, même si parfois ils préféreraient que je sois avec eux à la maison. Ils contribuent à mon équilibre. »

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