Vigne

Transmission des exploitations viticoles

Le député Éric Girardin présente ses propositions

Publié le 22/03/2023

Auteur d’un rapport sur la transmission des exploitations viticoles, le député Éric Girardin a présenté ses propositions le 3 mars, à Colmar. Basées sur des auditions réalisées dans cinq vignobles dont l’Alsace, elles ont vocation, selon lui, à s’appliquer à tous les vignobles, voire aux exploitations agricoles.

À l’initiative du groupe Centristes et territoires de la Région Grand Est, représenté par son vice-président Didier Pettermann, le député Éric Girardin est venu présenter les conclusions de son rapport sur la transmission familiale du foncier et des exploitations viticoles. Élu de la Marne depuis 2017, il a rédigé ce rapport l’an dernier à la demande de Jean Castex, alors Premier ministre. Il le lui a remis en avril 2022, au terme de nombreuses auditions conduites dans cinq vignobles : l’Alsace, Bordeaux, la Bourgogne, la Champagne, Cognac. Selon la lettre de mission confiée à Éric Girardin, il s’agissait « d’analyser les mesures à prendre pour inciter les viticulteurs à la transmission de leurs exploitations, notamment en direction des plus jeunes, en particulier dans les terroirs à très forte valeur ajoutée et où la valeur du foncier est élevée, et permettre ainsi le renouvellement des générations. » La mission s’inscrivait dans le cadre plus général de l’évolution des droits de succession, souligne Éric Girardin. Anticiper est indispensable Le moment n’est pas choisi au hasard : la filière viticole, comme l’agriculture en général, est soumise à un défi majeur, expose le député marnais. 50 % des chefs d’exploitation vont arriver en fin de carrière d’ici dix ans. « Déjà, 30 % des exploitations ne sont plus transmises et 20 % le sont à des tiers qui n’ont pas de lien avec le monde agricole. Il est nécessaire d’accompagner ces transformations », juge Éric Girardin. Histoire de « ne pas refaire avec l’agriculture ce qu’on a fait avec l’industrie il y a quarante ans ». Mais comment assurer le renouvellement des générations quand le prix du foncier est totalement déconnecté de la rentabilité de l’exploitation ? Quand il est multiplié par trois en vingt ans, comme c’est le cas en Champagne ? Quand il « ampute la capacité à investir » des entreprises viticoles, réduisant du même coup les possibilités de moderniser l’outil de production, de financer les stocks à rotation lente, d’investir dans le marketing et la communication pour développer le chiffre d’affaires ? Pour le député Renaissance, dont les recommandations se déclinent en quatre axes principaux, « anticiper la transmission est indispensable ». S’en préoccuper lorsque le dirigeant annonce son départ, « c’est un peu tard ». Éric Girardin préconise notamment de créer un guichet unique de la transmission, à l’image du guichet unique de l’installation déjà existant. Les deux guichets seraient articulés l’un à l’autre. Il suggère d’amplifier les actions de sensibilisation en direction des chefs d’exploitation et de les encourager à pratiquer un diagnostic grâce à un « chèque transmission » utilisable dès 40 ans. La structuration d’un observatoire permettant de caractériser le coût des transmissions au regard de la rentabilité du foncier et des exploitations est une autre préconisation. Pour le député de la Marne, il s’agit de pouvoir « isoler les transactions hors normes » réalisées par des investisseurs qui alimentent la spéculation foncière « sans se soucier des répercussions sur les vignerons en place qui, eux, font vivre le milieu local ». Les 7,5 ha de vignes rachetés 270 millions d’euros (M€) par la famille Pinault à Morey-Saint-Denis, il y a quelques années, illustrent ce phénomène. Fiscalité : simplifier et harmoniser Au chapitre fiscal, Éric Girardin ne plaide pas pour la création de niches supplémentaires mais, pour une simplification et une harmonisation des dispositifs existants. « Il s’agit de rendre les choses lisibles et claires. On voit bien que la pression fiscale n’est pas la même partout », dit-il. Sa proposition de porter l’abattement en cas de transmission en ligne directe de 100 000 € à 150 000 € et de ramener le délai de reconstitution de cet abattement de quinze à dix ans est, d’ores et déjà, prévue au projet de loi de finances 2024. S’agissant de la fiscalité appliquée aux mutations à titre gratuit, dans le cadre de la transmission des biens ruraux, Éric Girardin préconise une exonération totale de droits, ainsi qu’une hausse du plafond de 300 000 à 500 000 € sous réserve d’un engagement de conservation pendant 25 ans. Cette proposition a été intégrée au projet de loi de finances 2023. Pour que les propriétaires non exploitants soient incités à conserver le foncier viticole dans la durée, le député souhaite que la fiscalité des transmissions du foncier mis à disposition dans le cadre d’un bail à long terme soit harmonisée avec le Pacte Dutreil. Il recommande que l’exonération des plus-values au bout de cinq ans de poursuite d’activité prévue pour les PME soit étendue aux exploitations agricoles et viticoles. Et que les taux d’imposition pour les transmissions d’oncles et tantes à neveux et nièces soient réduits. Accueillir des investisseurs extérieurs Plusieurs propositions visent à encourager le portage du foncier et « l’accueil maîtrisé d’investisseurs extérieurs ». Sur les 26 millions d’hectares (Mha) consacrés à l’agriculture, 1 Mha changent de mains chaque année, signale Éric Girardin. « Pour exploiter, faut-il absolument en être propriétaire ou peut-on développer ses affaires à l’intérieur de quelque chose qui ne nous appartient pas ? » interroge le député, qui sait combien la question est brûlante. Le rapport préconise de transposer le dispositif des groupements forestiers d’investissement (GFI) au foncier viticole, avec les mêmes conditions et les mêmes avantages fiscaux. Il recommande d’adapter les règles de participation des coopératives dans les groupements fonciers viticoles (GFV) pour leur permettre de les diriger. Enfin, il suggère d’ouvrir les GFV familiaux à des investisseurs extérieurs en leur faisant bénéficier d’un crédit d’impôts. Cette possibilité leur serait accordée à condition qu’ils restent minoritaires. Toutes ces questions seront débattues dans le cadre de la prochaine loi d’orientation et d’avenir agricoles. La concertation publique, qui précède l’examen par les parlementaires, est en cours. Le député de la Marne espère bien que les propositions contenues dans son rapport seront reprises dans la future loi, dont le vote est prévu en septembre. En attendant, la discussion s’engage avec la salle. « Dans la réalité du terrain, il est difficile d’anticiper la transmission », juge un vigneron. L’allongement de la durée de vie fait qu’à peine une génération vient-elle de recevoir qu’elle doit déjà transmettre, reconnaît le député. Il serait plus intéressant de favoriser la transmission de grands-parents à petits-enfants. « Les patrimoines d’aujourd’hui ne sont pas les patrimoines d’hier », fait valoir un autre vigneron, favorable à des crédits d’impôts pour « ceux qui donnent plus vite en pleine propriété pour faciliter le transfert vers les jeunes générations ». Un collègue quinquagénaire renchérit : « J’aurais préféré que mes parents donnent directement à mes enfants. » Plusieurs intervenants soulèvent la question du fermage et de l’impossibilité pour les propriétaires d’exploiter les terres louées et questionnent le rôle de la Safer dans les transactions foncières.    

Publié le 07/03/2023

En collaboration avec Serge Schlée, Mathieu Ginglinger, vigneron bio à Eguisheim, élabore un pétillant de rhubarbe qui connaît déjà un certain succès.

Cela fait longtemps qu’il y pensait : Serge Schlée avait eu l’occasion, voici quelques années, d’élaborer un vin tranquille à base de rhubarbe en collaboration avec l’ancien directeur de l’abbaye de Marbach. Faute de moyens de fabrication personnels, l’expérience était restée sans suite. Mais ce juriste de profession, adepte du « bien manger et du bien boire », inventeur à ses heures, n’attendait qu’une occasion pour remettre l’ouvrage sur le métier. Sa rencontre, en 2018, avec Mathieu Ginglinger, du domaine Pierre-Henri Ginglinger à Eguisheim, va aboutir à l’élaboration d’un pétillant de rhubarbe commercialisé sous le nom de Rheum (le nom latin de la rhubarbe, prononcez Réoum). C’est par goût du challenge que Mathieu Ginglinger, un peu hésitant au départ, se lance dans l’aventure. La première difficulté consiste à trouver de la rhubarbe bio. Les recherches menées en Alsace n’ayant rien donné, Serge Schlée et Mathieu Ginglinger s’adressent à un producteur du Nord de la France. Celui-ci leur fournit un nectar de rhubarbe à partir duquel le vigneron élabore un premier jet. « Nous n’étions pas très satisfaits de ce premier essai : il était acerbe, acide, vert, se souvient Mathieu. La rhubarbe avait macéré, ce qui avait extrait des tanins et donné de l’amertume. » Ils trouvent un deuxième fournisseur dans les Vosges. Producteur bio lui aussi, celui-ci presse les tiges à façon pour en extraire le jus. C’est à partir d’un mélange de variétés de rhubarbe à jus que le vigneron réalise de nouveaux essais. La difficulté consiste « à jouer avec l’acidité tout en gardant le fruit » pour arriver à un breuvage pétillant « ni trop moelleux ni trop sec ». L’élaboration est comparable à celle d’un crémant : Mathieu réalise une première fermentation en cuve, puis il met la boisson en bouteille - elle titre alors 6 ° - en y ajoutant une liqueur de tirage. La seconde fermentation est à l’origine des bulles. La prise de mousse demande quatre à six semaines en cave climatisée. S’ensuivent le dégorgement et le dosage. « Faire vivre ce produit atypique » À l’ouverture de la bouteille, on est surpris par la mousse, très présente et plus dense que celle d’un vin effervescent classique. Des arômes fins de rhubarbe se dégagent du verre. En bouche, Rheum présente une attaque assez ronde, tandis que la finale est relevée par l’acidité restante. En dehors de l’apéritif, Mathieu Ginglinger et Serge Schlée le recommandent avec des viandes blanches, du poisson, des asperges et du jambon cru. Il passe très bien avec des desserts, ajoute Stéphanie, l’épouse de Mathieu, qui l’associe volontiers avec une tarte de Linz, une galette des rois et même avec des crêpes, en remplacement du cidre. Consommé en milieu ou en fin de repas, « il allège » l’estomac, à la manière d’un poiré. Avec son goût particulier, ses 25 g de sucres restants et ses 8° d’alcool, il peut aussi satisfaire une clientèle à la recherche de boissons nouvelles et moins alcoolisées. Il s’agit maintenant « de faire vivre ce produit atypique en le faisant découvrir en Alsace, en France, voire à l’international », déclare Serge Schlée. Classée « boisson alcoolisée autre que le vin et la bière » par les douanes, il a été tiré à 2 500 bouteilles. Une bonne partie d’entre elles se sont déjà vendues avant les fêtes de Noël. Stéphanie et Mathieu Ginglinger ont réussi à le placer dans une fromagerie à Paris et chez des cavistes. Ils sont en pourparlers avec des restaurants et cherchent des revendeurs. Serge Schlée, qui a déposé deux brevets auprès de l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle), envisage de le présenter à différents salons (Sirha de Lyon, Made in France, salon de Francfort). Mathieu et Serge souhaitent désormais passer à la vitesse supérieure : en 2023, ils prévoient de fabriquer 8 000 bouteilles de Rheum. Un protocole a été conclu avec le producteur vosgien pour sécuriser l’approvisionnement en rhubarbe. Pas question d’en faire pousser à Eguisheim. « Nos terres sont trop drainantes et caillouteuses. La rhubarbe apprécie les terrains riches, lourds, avec une humidité suffisante, indique Mathieu. Mais elle craint les mulots qui mangent le rhizome. »

Comptoir des vignerons indépendants (en images)

Les vignerons indépendants installent leur ambassade

Publié le 28/02/2023

Les dernières autorisations de sécurité accordées, il est certain désormais que le Comptoir des vignerons indépendants à Strasbourg ouvrira le 3 mars au grand public. Visite des lieux dans le feu des préparatifs.

Les murs repeints à la peinture minérale sur demande des architectes des Bâtiments de France, les agencements aux couleurs du grès rose terminés, les derniers agréments de sécurité pour un établissement recevant du public obtenus… : il est désormais acquis que le Comptoir des vignerons à Strasbourg ouvrira le 3 mars. « Surtout, on a créé une ouverture sur la place Gutenberg », complète Magalie Weiss, responsable du site à propos des travaux. Électricité, réseaux, tout a été refait. Située place Gutenberg au rez-de-chaussée et au sous-sol du Neue Bau, immeuble renaissance de 1538, qui fût une extension de l’hôtel de ville avant de devenir les locaux de la Chambre de commerce et d'industrie, cette ambassade des vins d’Alsace de vignerons indépendants, aura nécessité trois bonnes années de fortes tractations pour faire aboutir le projet. 75 vignerons partenaires se sont associés à la société par actions simplifiées Ambassade des vignerons, et pourront donc exposer chacun cinq vins. « Notre premier objectif, c’est de nous donner une plus grande visibilité commune », souligne Pascal Ruhlmann, vigneron du domaine Gilbert Ruhlmann à Scherwiller. AOC COnseils accompagne le projet « Il s’agissait de voir ce qu’on veut faire de ce magasin, les conditions de fonctionnement. Quel magasin ? Quelle logistique ? Considérer que ce n’est pas un magasin en soi mais un élément d’un tout. Ce ne seront pas que des clients qui passent, la vente en ligne est importante », décrit Jean-Marc Demange, d’AOC Conseils, l’agence qui accompagne le projet. Elle a à son actif l’accompagnement du lancement de deux chaînes de cavistes et une centaine de caves. Les 200 m2 d’accueil sont partagés en quatre zones, trois grandes sous-régions du vignoble, et une zone plus cosy dédiée aux vins d’exception et crémants. Les enfants et amateurs de boissons sans alcool disposeront d’un comptoir à jus de fruit de vigneron. Vu sa situation en plein centre-ville, le Comptoir misera aussi sur la commande digitale à la caisse et la livraison à domicile. « La particularité de ce site, c’est son accessibilité, un magasin dans un monument historique avec des contraintes. On est dans une zone hypertouristique. Le défi, c’est de faire en sorte que lorsque le client rentre, il soit livré », explique Jean Marc Demange. « Nous ne serons pas la boutique qui fera couler les cavistes » Et pour le centre-ville, un vélo-cargo à l’effigie du comptoir livrera. Les Vignerons indépendants ont négocié un contrat avec la messagerie urbaine Urby. « Clairement, ce sera une vitrine et une ambassade. S’agissant des cavistes à proximité, nous ne serons pas la boutique qui les fera couler, assure Jean-Marc Demange, et les prix pratiqués seront des prix cavistes. On n’a pas le droit de faire concurrence aux clients de nos vignerons. On applique toutes les règles de fonctionnement d’une cave classique. D’ailleurs, on paie un loyer à la CCI qui est loin d’être négligeable. » Côté règlement intérieur entre les vignerons, « c’est un projet collectif avec des droits et surtout des devoirs, mais les vignerons ont l’habitude de travailler ensemble. I ls vont devoir donner de leur temps, le planning s’est rempli tout de suite », observe le consultant. Restera encore le sous-sol à aménager. Les réflexions sont en cours, mais le potentiel du lieu laisse à penser qu’il pourrait être aménagé pour de l’événementiel comme des masters class, des afterwork…

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